IV
770 TROISlillE PARTIE. — CHAPITRE XVII.
Le lendemain, il prévenait le commandant de Fescadre de la Manche de son approche.
Nelson à Gardner (1).
Je pan pour le Nord» car je oe doute pas que Tennemi ne soit allé dans quelque port du golfe de Gascogne. Si j'apprends qu*il va en Irlande, je tous rallierai. Il est bien probable que je chercherai le cap Glear où je tous prie de m'adresser les nouTelles. J*ai aTec moi onze vaisseaux
Nelson à lord CornwalliB (1).
L'escadre ennemie est sûrement quelque part dans le golfe. Je pars
pour le Nord avec onze vaisseaux, et j'irai chercher le cap Glear ou vous rallierai à Ouessant suivant les renseignements. Après une longue poursuite j'espère arriver au moment de la rencontre, car ma santé va m'obliger k débarquer pour quelque temps.
Depuis ce moment, jusqu'au 15 août, jour où la jonction fut opérée avec Tescadre de la Manche, il existe dans toutes les histoires de Nelson un vide tout à fait singulier.
Certes, les vents du Nord qui, au même moment, forçaient Villeneuve à entrer à Vigo, au lieu du Ferrol, retardèrent terriblement aussi Nelson le long de la côte d'Espagne, puisque le 3 août, il était encore par 39® de latitude, c'est-à-dire à hauteur de Lisbonne. Mais ce qu'on à peine à comprendre, c'est qu'il soit passé successivement devant Vigo et le Ferrol sans y prendre le moindre renseignement, ni de Tennemi, ni de Calder qu'il devait compter trouver dans ces parages ; qu'il ait dépassé Rochefort sans s'informer non plus si l'escadre combinée n'y est pas entrée, ainsi qu'il l'avait cru lui-même un moment.
Le journal particulier de Nelson, sans faire la lumière sur les différents états d'esprit par lesquels dut passer l'Amiral, témoigne au moins de la contrariété que les éléments apportèrent à son voyage (2) .
27 juillet. — Au jour devant le cap Saint- Vincent. Vent du Nord.
28 juillet. — Grains frais du Nord-Ouest.
(1) 27 jaUlet. British Muséum, vol. 34930.
(2) NeUon'8 private diary (British Muséum, 34068), très difâeile à déchiiDrer.
ROUTB D£ NELSON.
29 juillet. — Brise modérée du Nord-Nord-Est. A 143 milles du cap Saiot- Vioceot. La nuit beau temps. Yeot du Nord.
30 juillet. — Brise modérée du Nord-Est. Fait 110 milles dans les dernières TÎngt-quatre heures.
3! juillet. — Brise fralcbie du Nord-Est, mer mauYaimî. Fait 75 milles. 1" août. — Brise légère (?). Fait 36 milles.
2 août. — D'abord brises légères de la partie Nord, puis grains. Route au Nord- Nord -Est, distance 46 milles.
3 août. — Brise du Nord. Je suis bien attristé de ce ^ent contraire, mais
je me fie à la Providence (illi^^ible). Latitude 39* 1', longitude 16* Ouest
Venu dans TOuest de 72 milles.
4 août. — Brise du Nord -Nord-Ouest, cap au Nord-Est. Je crois que nous allons avoir un vent d*Ouest (?). Route Nord-Nord-Ouest. 41 milles.
5 août. — D'abord de.s soufQes du Nord puis enfin nous avons en du
Tent d'Ouest. Fait 80 milles nu Nord-Nord-Est. Puis toute la nuit route au Nord.
6 août — D'abord brise modérée du Nord-Est. Route Nord-Nord-Ouest Distance 60 milles.
7 août. — D^bord brise du Nord-Est. Latitude 4i^ 8, longitude i8* i4 Ouest.
8 août. — D'abord brise du Sud-Ouest Route Nord-Est. 50 milles.
9 août. — Brise modérée Ouest. Brouillard. Boute Nord-Est. 146 milles.
10 août. — Presque calme, brume. Route Nord-Nord-Est. 57 milles.
11 août. — Brise légère Sud-Ouest. Route Nord-Nord-Est. 53 milles. Le soir brise fraîche du Nord •Nord-Ouest. Mer en tête.
12 août. — Brise fraîche du Nord, n Si cela continue, il faudra renoncer à l'Irlande >». Route Nord-Est-Nord. 149 milles. A 5 heures, parlé à la
Niobé pas de renseignements sur l'arrivée de l'ennemi dans nn des ports
du golfe de Gascogne.
13 août. — Brise modi'rée. Mer grof^se. A mx^^ parlé à un navire venant de Cowes. Pas de renseignements. Où peuvent être les flottes combinées f Je suis peu à mon aise. Latitude 49*7, longitude 15* Ouest. 136 milles.
14 août. — Beau temps. 112 milles.
15 août. — 18 lieues d'Oues^ant. Jonction avec l'escadre de la Manche.
ColQcidence singulière, pendant la pénible traversée que Nelson venait de faire, pour rejoindre le commandant en chef, l'Amirauté lui avait envoyé Tordre qu'il exécutait de luimême. Pour la deuxième fois, et comme pour la marche vers les Antilles, Texécution avait devancé l'arrivée des instructions.
L'amiral Cornwallis (1), nous ayant transmis le compte rendu de Tamiral Calder sur un combat livré le 22 juillet par 43* 30 latitude Nord et 11* 17 lon-
(1) Record Office, Channel Fleet, et British Muséum, vol. 34830.
gitude Ouest avec Tescadre ennemie forte de vingt vaisseaux dont il a pris deux après une action de quatre heures, et ayant lieu de croire que le reste des forces ennemies est au Ferrol, nous invitons Votre Seigneurie, sans perdre de temps, à se porter avec son escadre sous Ouessant et à se mettre sous les ordres de Tamiral Cornwallis. Si vous n'aviez pas encore quitté le rendez-vous devant Cadix, vous laisseriez à la disposition de lord CoUingv^ood assez de vaisseaux pour maintenir le blocus de ce port.
Londres, 3 août 1805.
Ainsi, c'était Tapplication du mot d'ordre général, consistant à tout réunir à l'entrée de la Manche et pour la protection de l'Angleterre, consigne déjà appliquée par Orde en avril, que l'Amirauté rappelait une fois de plus.
De lui-même, Nelson s'y était conformé, mais il n'était pas le seul. Le 13 août, Stirling, envoyé devant Rochefort et ayant appris que l'escadre d'Allemand était partie le 25, avait rejoint Cornwallis (1) ; le 14, Calder, avec les 9 vaisseaux qui lui restaient, avait aussi rallié le commandant en chef « bien qu'il eût appris, dit ce dernier, que toute l'escadre qu'il avait combattue le 22, était au Ferrol ». Resté devant ce port jusqu'au 8 août, et se sentant trop faible pour empêcher la sortie de Farmée combinée^ il avait fait voile sur Ouessant, laissant, pour observer les alliés, le vaisseau le Dragon et les frégates Phœnix, Nayad et Iris qui devaient garder le contact.
L'arrivée de Nelson, avec ses onze vaisseaux, portait la force totale de l'armée de lord Cornwallis à 39 vaisseaux (2), c'est-à-dire à un eflfectif très supérieur à tout ce que Villeneuve aurait pu amener sous Ouessant.
D'après ce que l'on sait de l'impossibilité absolue où se serait trouvé Ganteaume de prendre part à une bataille livrée au large, on peut conclure que l'armée combinée, arrivant.
(1) Record Office t Channel Fleet et British Muséum, vol. 34830.
(2) Avec Nelson 11 vaisseaux.
— Stirling 4 —
— Calder 9 —
— Cornwallis 15 —
Total. , 39 vaisseaux.
Plus deux : le Goliath et le Dragon^ laissés vers le cap Finistère.
'S le IS août, au contact de la grande escadre de lord mwallis, était vouée à une défaite certaine. ^ la vérité, ce jour-ià, Villeneuve n'était encore qu'à lieues du cap Finistère et, s'il avait continué à marcher ■8 te Nord, il aurait trouvé à son arrivée une situation un 1 différence, sur laquelle il y aura lieu de revenir un peu is loin.