‹ 1793-1805 (volume 3)Chapitre 68 sur 81 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

L'état de découragement manifesté par Tamiral Villeneuve , dès son arrivée à la Corogne, ne fit que s'accroître ; Tamiral Gravina, lui aussi, ne comptait plus du tout sur le succès du plan général.

L'amiral Gravina au Ministre de la marine.

Port do Ferrol, 3 août 1805 (1).

Je dirai à Votre Excellence que le plan d'opérations ne pouvait

paraître mieux conçu, qu'il était diyin (sic) Mais aujourd'hui c'est 60 Jours

que nous sommes partis delà Martinique, et, ayant déjà eu occasion les Anglais d'avertir d'avance en Europe et de se donner le temps de renforcer leur

escadre du Ferrol, tout cela a, selon moi, beaucoup déconcerté un si beau

et si bien prémédité plan. A présent, l'ennemi connaît nos forces C'est

naturel qu'en sortant d'Ici, ils oseront nous donner le combat, et (ils pourront) après envoyer leurs mouches avertir l'escadre de Brest, nous suivre et nous guetter et nous proportionner (administrer) un second combat avant notre atterrage à Brest et détruire le plan de la campagne, qui certainement était le plus beau et le plus intéressant, et qui très probablement aurait réussi, si nous étions arrivés au Ferrol vite et sans être attardés, réunir les forces d'ici et continuer notre marche. Mais malheureusement notre très long voyage a donné le temps aux ennemis de se prévenir, de renforcer leurs croisières et de prendre leurs mesures. J'ai fait prévenir l'amiral Villeneuve que je suis prêt à partir au premier signal et à le suivre partout

Je suis très fâché de me voir séparé de mon digne collègue, étant lui à la Gorogne. Gela rendra plus difficile notre sortie ensemble : lui a besoin de Vent à l'Ouest pour sortir, moi ici seulement des vents de l'Est.

(1) Archives de la Marine, BB^r, 233. Minute de la main de Oravina.

Uamiral Villeneuve au Ministre de la marine.

Bucentaure, le 19 thermidor an xiu (6 août 1805) (1). Monseigneur,

Je réponds à Totre lettre particulière du 28 messidor. Si, comme je dexais l'espérer, j*eusse fait un trajet prompt de la Martinique au Ferrol, que j'eusse trouvé l'amiral Galder avec 6 vaisseaux, ou au plus 9, que je l'eusse battu et, après aToir rallié l'escadre combinée, ayant encore un mois et demi de Tivres et de l'eau, j'eusse fait ma jonction à Brest et donné cours à la grande expédition, je serais le premier homme de France. Eh bien tout cela devait arriver^ je ne dis pas avec une escadre excellente voilier e, mais même avec des vaisseaux très ordinaires. J'ai éprouvé dix-neuf jours de vents contraires ; la division espagnole et V Atlas me faisaient arriver tous les matins de 4 lieues, quoique la plupart des vaisseaux fussent, la nuit, sans Toiles ; deux coups de vent de Nord-Est nous ont avariés, parce que nous avons de mauvais mâts, de mauvaises voiles^ de mauvais gréements, de mauvais officiers, de mauvais matelots. Uennemi a été averti, il s'est renforcé, il a osé venir nous attaquer avec des forces numériquement bien inférieures, le temps l'a servi. Pas exercés aux combats et aux manœuvres d'escadre, tous les capitaines dans la brume n'ont suivi d'autre règle que de suivre leur matelot d'avant et nous Toici la fable de l'Europe.

J'arrive dans ce port : tordre positif de ne pas entrer au Ferrol achève de mettre des entraves au ravitaillement de f escadre et à la jonction. Je suis obligé de mouiller à la Corogne, ou ton ne trouve rien, pas même la possibilité de débarquer des malades et mes communications avec le Ferrol, sont longues et (jiilficiles. Le général Gourdon, qui pouvait si puissamment m*aider, est malade mourant. On n'éprouva jamais plus de contrariétés, je suis dans un état qui ne peut se décrire, environné d'ennemis, depuis que la fortune ne me sourit plus ; j'en trouverais bien plus encore parmi ceux mêmes qui n'auront pas partagé, ou du moins qui n'auront pas été témoins de ma situation, et je m'attends à tout.

On me rend l'arbitre des plus grands intérêts, mon désespoir redouble d'autant plus que l'on me témoigne plus de conGance, parce que je ne puis prétendre à aucun succès, quelque parti que je prenne. // m'est bien démontré que les marines de France et d'Espagne ne peuvent pas se montrer dans ces circonstances en grande escadre, elles n'ont aucune ressource pour parer aux accidents, et l'ennemi est d'autant plus audacieux qu'il conçoit mieux que nous-mêmes notre position. Des divisions de 3, 4 ou 5 vaisseaux au plus, c'est tout ce que nous pouvons faire que d'être capables de les conduire.

Que Ganteaume sorte et il en jugera, et l'opinion publique sera fixée.

Je vais partir, mais je ne sais ce que je ferai. Huit vaisseaux se tiennent en vue de la côte, à huit lieues ; ils profileront de la leçon donnée à Pamiral Orde, ils nous suivront : je ne pourrai pas les joindre et ils iront se rallier aux

(1) Archives de la Marine, BB^r, Î30-26Î.

escadres devant Brest ou devant Cadix, suivant que je ferai route pour l*un ou r autre de ces deux ports. Si fêlais retenu ici seulement dix ou douie jours, je serais hors d*état de reprendre la mer, et la famine serait dans cette province. Il s'en faut de beaucoup que, sortant d'ici avec vingt-neuf vaisseaux, je puisse être considéré comme pouvant lutter contre un nombre de vaisseaux approchant. Je ne crains peu de le dire à vous, je serais bien fâché d'en rencontrer vingt.

Nous afons une tactique DRTale suranDée ; nous ne savons que nous mettre en ligne, et c'est ce que demande Fennemi; je n'ai ni le moyen, ni le temps, ni la possibilité d'en adopter une autre avec les commandants auxquels sont conâés les vaisseaux des deux marines, dont la plupart n'ont Jamais su faire une réflexion, et qui n'ont aucun rapport de comparaison dans la tête.

Je crois bien que tous tiendront à leur poste, mais pas un ne saurait prendre une détermination hardie. Je prévoyais tout cela avant de partir de Toulon, mais je me suis fait illusion, seulement jusqu'à ce que j'aie vu les vaisseaux espagnols qui se sont joints à moi; alors, ma foi, il a fallu se désespérer de tout. L'amiral <jravina, qui a reçu tant d'éloges pour son appareillage de Cadix, aurait mérité le blâme le plus sévère. Nous avons pris la mer avec des vaisseaux ainsi équipés et mauvais par eux-mêmes. Je rends d'ailleurs toute justice à son dévouement, lui seul apprécie ma position et se montre vraiment mon ami.

Je veux finir cette jérémiade, je vous écris ici dans l'amertume de mon âme, et je ne finirais pas si je laissais cours à mon épanchement. Mais pour^ quoi ne m'avez-vom pas plus écouté avant mon départ de Toulon? Nonobstant, veuillez bien recevoir l'assurance de tous les sentiments, en retour de ceux que vous avez bien voulu m'exprimer et que je vous ai voués depuis longtemps.

Dans une lettre du même jour, Villeneuve annonce que les vents passant à TEst, ce qui est nécessaire pour la sortie des vaisseaux du Ferrol, il va faire touer les vaisseaux pour sortir de la Corogne. « En quelque état qu'ils se trouvent, dit-il, je mets en mer pour me présenter devant Brest. »

Ce jour-là, huit vaisseaux ennemis étaient signalés à neuf lieues dans le Nord-Ouest, et Villeneuve pensait que peutêtre ils n'avaient pas connaissance de son entrée à Vigo ni à la Corogne.

Les journées des 3, 4, 5, 6 et 7 août furent nécessaires pour compléter Teau et les vivres. On put trouver des approvisionnements pour quarante-cinq jours, sans toucher aux ressources de Tescadre espagnole, grâce aux ordres donnés par le prince de la Paix (1). Le 8, Villeneuve s'occupa de nouveau d*appareiller, mais les vents contraires, la mauvaise

(1) Lettre de Beornon ville du 15 août. Voir ci^desssus.

778 TROISIÊBiB PARTIE. — CHAPITRE XVni.

situation du Ferrol, dont la sortie est très difficile, retardèrent le départ jusqu'au 13. Cependant, de Taveu d'un témoin fort peu bienveillant pour Tamiral, les efforts sont journaliers et la perte des cinq jours, écoulés entre le 8 et le 13, parait être facilement justifiable.

Journal de Reille,

Les 15, 16, 17, 18 et 19 (3, 4, 5, 6 et 7 août), resté à la Gorogne, fait de l'eau et complété chaque Taisseau à quarante-cinq jours de viyres. Le 20 (8 août), sorti en dehors de la Gorogne et mouillé à cause des Tents contraires. Le 21 (9 août), Tarmée a encore appareillé, mais n'a pu aller qu'à un mille plus loin. Dans Taprès-midi, un vaisseau ennemi est Tenu la reconnaître. Le 22 (10 août), Farmée a encore appareillé et est sortie entièrement de la haie de la Gorogne et a louvoyé en dehors. Les vents ayant passé au Nord-Est, les cinq vaisseaux français ont commencé à sortir vers midi du Ferrol; ils ont été suivis par huit vaisseaux espagnols. Trois vaisseaux espagnols sont encore restés au Ferrol, il est très malheureux qu'ils n'aient pas suivi les autres, l'armée eût pu de suite mettre en mer. Elle a, en attendant, jeté l'ancre à l'entrée de la haie d'Ares ou Betanzos.

Ce jour-là, effectivement, Villeneuve avait cru pouvoir annoncer son départ :

I 22 thermidor an xni (10 août 1805) (1).

Monseigneur,

L'escadre du Ferrol fait sa jonction; je pars et je me dirigerai, suivant les circonstances y sur Brest ou sur Cadix. Les ennemis nous observent ici de trop près pour pouvoir espérer de leur déguiser ma marche. Je ne puis vous écrire plus au long, mais je charge M. Ailhaud de vous expédier des courriers pour vous annoncer cet événement.

Je prie Votre Excellence d'agréer l'hommage de mon respect.

ViLLBNBUTB.

Mais cet espoir est encore une fois déçu, cinq vaisseaux français, huit vaisseaux espagnols ont seuls rejoint. Il en manque trois qu'il faut encore attendre.

De plus, rinexpérience des officiers et des équipages s*est, une fois de plus, affirmée. « Je suis consterné, écrit Yille-

(1) Archives de la Marine, BB", 230.

neuve le 11 (1), de la soirée d'hier. J'ai été obligé de mouiller au dehors du Ferrol. Tous les vaisseaux espagnols et français se sont abordés en mouillant. » Le nombre des malades est devenu excessif, il faut sacrifier la frégate la Sirène.

23 thermidor aniein (11 août 1805) (S).

Monseigneur,

Au moment de mon départ» on me rend compte que les Taisseaux VAlgésiras et V Achille ont, le premier, 114 malades, et le second, 75, malgré ceux qu'ils ont laissés à Vigo et à la Gorogne, ce qui réduit considérablement les équipages de ces Taisseaux et qui fait craindre, si la maladie y continue ses ravages, qu'ils ne se trouvent même bientôt transformés en hôpitaux et, par conséquent, inutiles à Tarmée.

Pour parer autant que possible à cet inconvénient, j'ai résolu de fortifier les équipages de ces deux vaisseaux, de celui de la frégate la Sirène, qui prendra alors les malades de V Achille et de VAlgésiras, pour les porter, aussitôt après notre départ, dans les hôpitaux de la Gorogne ou du Ferrol.

Gette frégate pourra être bientôt réarmée par les hommes qui sortiront des hôpitaux de Vigo, de la Gorogne ou du Ferrol.

Je prie Votre Excellence d'agréer l'hommage de mon respect.

VlLLBNBDYB.

Cependant, le déficit en matelots sur les navires qu'on emmènera atteindra presque à 2,060 hommes (3). En outre, le vaisseau espagnol de 64, le Saint-Julien, est reconnu impropre à tout service. Il doit être remplacé par le vaisseau de 74, le Saint-Ildefonse.

Journal de Reille.

Le vaisseau de 64 canons, le Saint-Julien, a été laissé au Ferrol et remplacé par le Saint-Ildephonse, de 74 canons. Get arrangement convenait de toute manière aux amiraux français et espagnol, qui sont d*une même opinion sur l'inconvénient grave de l'inégalité du rang et de la marche des Taisseaux. Dans la traTersée de l'escadre, à son retour de la Martinique, on en a fait la plus contrariante épreuTe, et c'est principalement la raison qui a déterminé MM. de Villeneuve et Gravina à laisser à Vigo V Atlas, V America et VEspana,

(1) Cité par Tamiral Jurien de la Oravière.

(2) Archives de la Marine, BB"', 230.

(3) La situation du 2 septembre accase 2,060 manquants ; 1731 hommes aux hôpitaux 311 déserteurs (Lettre de Villeneuve, BBi^, 230).

Le 11 et le 12, le vent reste faible de TOuest, tout à fait contraire à la sortie des navires restés au Ferrol.

Journal de Reille.

Le 23 (H août), les yenls, à TOuest toute la jouroée, n*ont pas permis aux ▼aiuseaux du Ferrol de sortir. L'armée s'est ud peu plus enfoncée dans la baie

d'Ares.

Le 24 (12 août), calme et petite brise d'Ouest, cause du même retard.

Les cinq vaisseaux français qui ont rejoint l'armée sont le HéroSj le Duguay-Trouin, le Redoutable , le Fougueux, V Argonaute, de 74 canons; et le brick VObservateur. Les vaisseaux espagnols le Prince, de 120 canons; le Neptum, de 80 ; le Saint- Jean-Népomucène, de 74 ; le Saint-François-d^Assise, de 74; le Monarque, le Saint-Augustin, Vlldefonse, de 74; le Saint- Fufgencio, de 64, la frégate la Flore et la corvette le Mercurio,

Lamiral Villeneuve au Ministre de la Marine.

25 thermidor an x:ii (13 août 1805) (1).

La journée d'hier a été calme, ou petit vent de l'Ouest. Les yaisseaux du Ferrol n'ont pas pu sortir et Fescadre n'aurait pas pu mettre en mer ; le vent vient de passer à TE^t et tout me fait présumer que dans la journée nous serons tous sous voiles.

M. Ailhaud vous donnera les nouvelles et les détails qui pourront lui parvenir, ainsi que je lui ai recommandé.

Je prie Votre EscoUmce d'agréer Thommage de mon respect.

ViLLBMEUVE.

Avant midi, le 13, les trois vaisseaux restés au Ferrol rejoignent, et, à deux heures du soir, l'armée peut enfin appareiller.

Voici quelle était, à ce moment, sa force. Car, en ce qui concerne Tescadre française, le vaisseau VAilas demeure à Vigo, la frégate la Syrène^ au Ferrol, la Revanche^ la Guerrière^ au Ferrol, la Didon, partie en mission, a été prise.

(I) Archives de la Marine, BB»». Î30.

COXPOMTION DE L*BSCàDRK à SON DÉPART DU FbRROL (I).

Bucenlaure,

Formidable,

Neptune.

Imlompiahli*.

Platon.

Scipion.

Stviftsure,

Mont-Blam\

Intrépide,

Benvick,

Fougueux,

Redoutable .

Argonaute.

Duguay-Trouia.

fférox.

Achille,

Algésiras.

Aigle.

Frégates :

Bhin.

Hermine.

Comélie,

Hortense,

Tliémis.

Furet, brick.

Argus,

Observateur^ rallie au Ferrol.

Téméraire, goélette, rallie au Ferrol.

C'étaient donc 18 vaisseaux, 5 frégates, 3 corvettes. Quant aux Espagnols, des six vaisseaux partis de Cadix, le 10 avril, il n'en restait plus que^eux (2).

Le Terrible et VArgonaute.

Il était sorti du Ferrol :

Le Prince-deS'Asturies 112 cauons.

Le Neptune 80 —

Le Saint-Jean-Népomucéne 74 —

Le Saint-François- d'Assise 74 -

Le Monarque 74 —

Le Saint' Augustin 74 —

Le Saint' Hdefonse 74 —

Le Saint'Fulgencio 74

Le Aîontanez 74 — -

La corfette Mercurio » —

La frégate la Flore 34 —

La corvette Indagora » —

Ce qui portait l'appoint fourni par les Espagnols à 11 vaisseaux, 1 frégate et 1 corvette.

Le total de Tarmée combinée était donc de : W vaisseaux^ 6 frégates, 4 corvettes.

(1) Archives de la Marine, BB«», t30.

(2) Deux pris : Sainl-Baphal et Firme ; deux laissés à Vigo : Espafia et America.

Pendant toute la journée du 13, le vent souffla, avec violence, du Nord-Est. Partie ce jour-là à deux heures du soir, le 14 au matin, Tarmée était encore en vue du Ferrol.

■^ff'"

Ijf-Août <^* it dumahn*

ISAoùt

la 'orogiiie

JrS*

ROUTE d'allemand ET DE VILLENEUVE DU 13 AU 19 AOUT 1805.

Voici ce qui s'était passé :

L*armée, dit Reille, a fait route à l'Ouest jusque Ters les 6 heures du soir. Un bâtiment de guerre ayant été yu au Tent de Tarmée, elle a Tiré de bord et a couru sur le cap Prior. Le 26 (14 août), à 2 heures du matin, reTiré de bord et fait route au Nord-Ouest.

Pour que rien De manquât à la mauvaise fortune persistante qui poursuivait Villeneuve, une déplorable méprise de ses éclaireurs lui fit perdre une chance inespérée.

A 11 heures du matin, les chasseurs ont signalé 14 foiles ennemies au Nord-Est (1).

A 2 heures, une frégate avancée a signalé 8 voiles au Nord-Ouest ; elle a reçu Tordre de les reconnailre; celles que l'on a pu reconnaître étaient neutres. L'amiral avait signalé qu*à rentrée de la nuit il ferait route à TOuebl- Nord-Ouest (2).

Villeneuve se borne, à ce sujet, à quelques mots peu précis et peu clairs.

A bord du vaisseau le Buceniaure, en rade de Cadix, le 4 fructidor au xiu

n août 1803(3).

Monseigneur,

J'ai Thonneur d'informer Votre Excellence, qu'étant parti de devant le Ferroi le 25 thermidor (13 août), j*ai été observé le même jour et le lendemain par des frégates et deux Taisseauz de ligne ennemis, que j'ai fait chasser par les meilleurs yoiliers de l'armée sans qu'ils aient pu en approcher.

Quelle pouvait être la nationalité de ces vaisseaux, alors que Calder et Nelson étaient déjà à Ouessant ou tout près d'y arriver et que seuls le vaisseau le Dragon (4), les frégates Phcenix, Nayad et Iris étaient restés en observation. C'est ce qui va sans doute s'éclaircir. S'il s'agit de deux vaisseaux et deux frégates, c'étaient, peut-être, le Dragon et les trois frégates. Mais s'il s'agit de quatorze voiles, ce ne peut être qu'Allemand.

En effet, nous avons laissé ce chef de division se préparant, le 11 août, à quitter son rendez-vous par 46^36' de latitude

(1) Journal de Reille.

(2) Journal de Reille.

(3) Archives de la Marine, BBir, Î30-261.

(4) Bientôt rejoint par le Goliath,

Nord et 9*30' de longitude Ouest, pour se porter vers Vigo. Le 14 au matin, il était dans le Nord-Ouest du Ferrol, à un relèvement qui le plaçait tout à fait dans les environs de Tarmée combinée. Il y a donc les plus grandes chances pour que ce fût la division de Rochefort que signalèrent les éclaireurs de Villeneuve, mais ce qui est singulier, des deux côtés on se considéra comme ennemi.

Le 26 (li août), à A heures du matin, dit en effet Allemand, me trouvant par la latitude de 45» S^ et la longitude de IS^Si', je vis 3 bâtiments à trois mâts à 3 lieues au Nord-Est, lit du vent, je les supposais bâtiments de guerre. Le Jemmappes me les signala suspects ; ils étaient trop au vent pour les chasser etyje suis trop pressé de me rendre à Vigo prendre des nouvelles certaines de l'escadre combinée.

Le 27 (iS août), au jour, je tîs une goélette portugaise Tenant dans l'escadre ; j*étais entre Finistère et Vigo, je la fis couler par VArmide. A 10 heures, le capitaine de cette frégate m'eu?oya le rapport numéro 8 (1).

Voici quel fut le renseignement très important donné par ce navire portugais.

18 thermidor (16 août 1805).

Le capitaine de la goélette portugaise VHercule, sortie du Ferrol, déclare qu'il y a six jours, il est sorti de ce port une escadre française et espagnole forte de dl à 3S bâtiments de guerre, vaisseaux, frégates et corvettes.

Trois de ces vaisseaux, qui n'avaient pu sortir du Ferrol avec les premiers^ sont sortis il y a trois jours pour rejoindre t armée.

L armée combinée, ayant été de relâche à Vigo, en était sortie pour rejoindre celle du Ferrol lorsqu'elle a rencontré une armée anglaise qui a coupé la ligne à deux vaisseaux espagnols et s'en est emparé ; un troisième vaisseau espagnol pst entré avec le reste de l'armée étant tout délabré.

Certifié conforme à l'original.

Le commandant de Cescadre,

Allemand.

Tout cela était parfaitement exact : c'était Tannonce de la tentative de sortie du 11 et de la concentration du 13 qui amena le départ définitif de Tarmée combinée. La fin du rapport était confuse, mais un fait pouvait frapper Allemand, c'est que Tescadre était sortie de Vigo pour aller au Ferrol et

(1) Archives de la Marine, BB'v, 2t8-26.

qu^au premier de ces points , il ne trouverait plus personne. Néanmoins, Allemand persista à se rendre à Yigo où il parvint le même jour 16 août.

Je forçai de voiles pour entrer à Vigo, in*attendant trouver des instructions de Votre Excellence ou de Tamiral Villeneuve. A 4 heures de Taprès-midi je mouillai, non à Vigo, mais à 6 milles en dehors, afin de pouvoir sortir cette nuit ou demain matin au plus tard.

J*expédie le Sylphe pour porter ces paquets à Vigo, au commissaire de Sa Majesté Impériale et Royale ; je lui mande de les faire passer à Votre Excellence le plus tôt possible et par voie sûre, de m'envoyer ceux qu'il aurait à mon adresse, de me dire ce qu'il sait des armées combinée et ennemie, de me faire savoir, en un mot, tout ce qu*il peut connaître.

La communication avec la terre et la défense d*écrire est interdite à l'escadre. L'ordre de se tenir prêt à mettre sous voiles lui est donné. Je joins ici. Monseigneur, l'état des bâtiments que j'ai été forcé de détruire, suivant les instructions de Sa Majesté. Vous verrez, Monseigneur, que sur 91 bâtiments vus par l'escadre, il y a 22 neutres de coulés et 3 anglais ; j'ai laissé aller les 66 autres parce que j'ai pu les tromper par de fausses routes, occasion que je n'ai jamais laissé échapper, Monseigneur, et d'après les instructions de Votre Excellence et pour l'intérêt de Sa Majesté Impériale et Royale.

Veuillez, s'il vous plaît, Monseigneur, présenter mes respectueux hommages à Sa Majesté Impériale et Royale et agréer le respect le plus profond avec lequel j'ai l'honneur d'être de Votre Excellence, Monseigneur, le très humble et très obéissant serviteur.

Allemand.

Pendant ce temps, l'armée avait continué à gagner dans rOuest-Nord-Ouest, aussi au Nord, par conséquent, que le permettait le vent opiniâtre du Nord-Est pendant la journée du 15.

Journal de Reille.

Le 27 (15 août), au matin, l'on a aperçu quelques voiles qui ont été chassées; plusieurs se sont trouvées neutres. Un bâtiment marchand anglais a été pris et coulé.

A midi, l'armée se trouvait à 40 lieues à TOuest-Nord-Ouest du cap Finistère. Dans la soirée fait route au Sud, la frégate i'Hortense a reconnu un vaisseau de guerre remorquant une frégate que nous avons su depuis être la Didon.

Ceci était exact, en effet c'étaient le Dragon et le Phœnix remorquant la Didon (1). Mais lorsque, le 15 au soir,

(1) Langhton. Life of Nelsoa. — Le 15 août 1805, Villeneuve vit dans le nord-est trois IV. 50

786 TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE XVm.

Villeneuve fit route au Sud, il se rapprocha encore de la route suivie par Allemand dont il avait déjà coupé la trace.

Ayant trouvé à la mer des Tents du Nord-Est établis, écrit-il

le 22 août, et ayant poussé ma bordée dans rOaest-Nord-Ouest toute la Journée du 26 (14) et du 27 (15), sans apparence de changement, ne pouvant avoir aucune confiance dans Vétat cTarmemeni de mes vaisseauXy dans leur marche et dans rensnnble de leur manœuvre^ la réunion des forces de Pennemi, la connaissance qu'il avait de toutes mes démarches depuis mon arrivée sur la côte d'Espagne^ ne me laissaient aucune espérance de pouvoir remplir le grand objet auquel V armée navale était destinée. En luttant plus longtemps contre les vents contraires, /allais éprouver des dommages irréparables et des séparations inévitables.

Le vaisseau espagnol le Saint-François-d'Assise, ayant déjà cassé son grand mât d*hune^ convaincu que Vétat des choses était essentiellement changé depuis rémission des ordres de Sa Majesté Impériale et Royale, qui, en dirigeant la meilleure partie de ses forces navales sur les colonies avait eu pour objet de diviser celles dp Vennemi, en attirant son attention sur ses possessions éloignées pour pouvoir le surprendre et le frapjïcr au cceur par leur retour subit en Europe et leur réunion combinés ; que ce plan n'ayant pas réussi et se trouvant même décelé par le temps qui s'était écoulé et par les calculs auxquels h marche des escadres a donné lieu, Vennemi s'était évidemment mis en mesure de le faire échouer et que la réunion de leurs forces, en ce moment, était plus considérable que dans aucune des circonstances précédentes, et telle qu^elle pouvait s'' opposer avec supériorité aux forces réunies de Brest et du Ferrol ; ne prévoyant donc aucune chance de succès dans l'état de choses et C0!<(F0RHfiHBNT A LA DÉPÊCHE DB Votre Excellence du 27 messidor (16 juillet) je me suis déterminé, le troisième jour de mon départ, le 27 (15 août)^ à l'entrée de la nuit, à faire la route de Cadix, étant encore à 80 lieues dans VOuest-Nord-Ouest du cap Finistère,

Cette dépêche du Ministre (i) s'exprimait, en effet, en ces termes :

« L'Empereur a prévu le cas où, par des événements

qu'on ne peut calculer, la situation de Tarmée ne vous permettrait pas d'entreprendre Texécution de ces projets qui

auraient une si grande influence sur le sort du monde

Alors r Empereur veut réunir à Cadix une masse de forces imposantes »f

navires qui étaient, ainsi qu'on le sut plus tard, le Phcenix avec sa prise et le Dragon, et apprit d'un navire marchand que c'était un détachement d'une escadre anglaise de

25 vaisseaux

(1) Voir ei-dessus.

LE P«RROL. — CADIX. 787

C'était la traduction de la prescription impériale du même jour(l).

« Dans ce cas, qui avec l'aide de Dieu n'arrivera pas,

nous désirons qu'après avoir débloqué nos escadres de Rochefort et du Ferrol, vous mouilliez de préférence dans le port de Cadix. »

Sachant Allemand sorti de Rochefort, ayant débloqué les vaisseaux du Ferrol, ignorant tout des nouvelles intentions de VEmpereur, ordonnant une bataille que^ jusque^lày il devait éviter^ Villeneuve put, à juste titre, se croire couvert par les termes des ordres en date du 16 juillet et autorisé à renoncer à se porter sur Brest avec ses 29 vaisseaux.

Voici quels incidents marquèrent le voyage jusqu'à Cadix :

Les deux jours suifaDts, 28 et Î9 (16 et 17 août), continue Villeneuve, les yents ont soufffé du Nord-Est, gros frais, qui m'ont porté rapidement sur le cap Saint-Vincent, je ne doute pas que si j^enise essuyé ce coup de tent au piaf près, j'eusse perdu beaucoup de mâts et de Toiles, le vaisseau espagnol, le SairU'^lldephontef ayant cassé son grand mât de bune, quoique vent arrière. Je D*ai pu avoir aucune connaissance, ni réunir aucun renseignement sur la division de Roobefort* La frégate la Didon, que j'arais expédiée de la Corogne le 18) ne m'a pas rejoint; quoique ce fût la meilleure voilière de l'escadre; j*ai des craintes les plus fondées qu'elle soit tombée entre les mains de l'ennemi, le capitaine de Vffortense, dans une cbasse prolongée^ ayant eu connaisMnce d'un vaisseau et d'une frégate ennemis, remorquant une frégate démâtée, qu'on lui a dit être une frégate française. Sur le soir, sur le cap Sainte-Marie, l'escadre a cbassé plusieurs bâtiments de guerre ennemis, qui tiraient des coups de canon en fuyant ; une frégate, à l'entrée de la nuit, m'ayant signalé une escadre sur mes derrières (2), dans la nuit, je n'ai pu faire beaucoup de voile pour laisser rallier des vaisseaux qui étaient arriérés, en sorte qu'au jour je me faisais encore à H lieues de Cadix et que trois vaisseaux anglais, qui étaient devant ce port, nous ayant reconnu de loin, ont eu le temps de prendre chasde et de donner dans le détroit. Le contre-amiral Magon quif avec l'escadre légère, les a approcbés de plus près, m'a rapporté d^ailleurs que ces vaisseaux avaient un grand avantage de marcbe sur lui. Ces vaisseaux se sont retirés dans Gibraltar et l'armée combinée a mouillé dans ce port.

Il ne saurait échapper à Votre Excellenee que depuis cinq mois l'escadre est presque coniirtuellement à la voile ; que tous nos objets de consomination Journalière sont épuisés ; que les voiles^ les agrès sont usés, ou dans le cas de réparation. Lis capitaines commandants me font déjà des demandes de voiles, de

(1) Voir ci-dessus.

(2) ÀllMoiaiid tekm toute apparence.

cordages, que je ne sais s'il sera possible de leur procurer ici; la plupart demandent à recalfater leurs Taisseaux. Je donne les ordres les plus pressants pour que chacun se mette en état, par ses propres moyens, de reprendre la mer ; mais il est beaucoup d'objets de réparation ou remplacement qu'il sera indispensable de se procurer ici.

M. le Roy fient de me remettre votre dépêche du 7 thermidor (26 juillet), renfermant les instructions de S. M. I. du même jour, conformes à celles que j^avais reçues précédemment. Gomme je ne puis manquer de recevoir d'un moment à Tautre de nouveaux ordres, en réponse à mes dépêches de Vigo et de la Gorogne, je presserai avec la plus grande activité les réparations de Tescadre, pour qu'elle soit en état de les exécuter à leur arrivée.

LeK quatre vaisseaux du Ferrol, qui étaient destinés à une croisière, ont encore trois mois et demi de vivres à bord ; dans la possibilité qu*il y avait qu*en sortant du Ferrol je rencontrasse les escadres réunies de Nelson et Calder, comme cette réunion même m'était annoncée de toutes parts, je n*ai pas cru devoir me détacher de ces Taisseaux k la mer ; si des ordres nouveaux que Votre Excellence aura pu m'adresser ne changent rien à la destination générale de Tarmée navale, ou à celle particulière des divisions, ces quatre vaisseaux seront prêts à partir.

J'ai pu encore moins envoyer à Rochefort ceux des vaisseaux de l'escadre qui sont hors d'état d'entreprendre une campagne d'hiver ; ces vaisseaux étant les plus mauvais voiliers de l'armée, eussent été trop évidemment compromis étant livrés à eux-mêmes, au moment d'une lunaison de vents contraires qui leur fermait l'entrée de tous les ports, et d'ailleurs j'avais encore besoin de toutes les forces pour faire face à celles de Nelson et de C aider, dans le cas très probable de leur réunion.

Monseigneur, quelle que soit l'impression que V. E, éprouve des circonstances qui ne nCont pas paru admettre V exécution du vaste dessein de 5. M. I. , je vous prie de croire que rien n'égale le désespoir que fai éprouvé et Vhorreur de la situation où je me trouve. Mais si ce grand armement qui m'était confié devait être inévitablement le jouet des vents, dans des mers absolument inconnues aux marins qui montent ces vaisseaux ; si l'état de l'armement de ces vaisseaux, défaut d'ensemble et d'intelligence, ne comportait pas d'éprouver les moindres contrariétés, sans en éprouver des dommages irréparables, des dispersions et la ruine du projet, en se rendant la fable de l'Europe ; si cet armement avait cessé d'être redoutable à l'ennemi qui aurait eu le temps et les moyens de se reconnaître, en sorte qu'un combat^ sur quelque point que ce fût des parages que j'avais parcourus, rte pouvait nous promettre ni succès, ni gloire, ni chance favorable à Varmée navale de Brest de terminer ce que nous aurions entrepris inconsidérément; enfin, si le brave et respectable amiral allié, auquel seul j'ai pu communiquer les vues de S. M. L, en était lui-même atterré, et ne me suivait qu'avec le dévouement du désespoir ; fai dû, après avoir mis toute la persévérance possible à former les réunions désirées dans les pians de S. M, /., m'arréter là où il ne pouvait plus résulter que désastre, confusion et une vaine démonstration, qui eût consommé pour jamais le discrédit des deux marines alliées.

Je prie V. Ë. d'agréer l'hommage de mon respect.

ViLLENBUVE.

Lettre du générAl Reille à Son Excellence le prince Murât,

grand amiral de l'Empire (1).

Monseigneur,

L*armé6 combinée, composée, avec les Taisseaux du Ferrol, de 29 Taisseaux, 6 frégates et 4 corfettes, est partie de ce port le 25 thermidor et est arriTée ici hier. Voilà cette armée, qui aurait pu faire tant de mal aux Anglais, rentrée sans aToir rien fait ; et, quand on considère bien notre position, on en est réduit à regarder comme un avantage de la Toir en sûreté, à même de se ravitailler et de faire, dans la suite, ce qui ne peut s*espérer raisonnablement à présent.

Quelque pénible qu'il soit pour un militaire de s'expliquer sur le compte d*un général commandant une armée, j'aime trop les intérêts de Sa Majesté pour ne pas dire la irérité à Votre Altesse. Les choses en sont à un point où l'on serait coupable de se taire. J'avoue donc que je ne conçois pas comment le Ministre, qui a servi sous les ordres de notre amiral et qui le connaît particulièrement, a pu proposer à Sa Majesté de le mettre à la tête d'une expédition importante. Il est pénible de voir cette armée qui, sous Latouche, était pleine de volonté et d'activité, être sans confiance dans son chef et dans ellemême, et dans l'apathie ; de voir les Espagnols, qui avaient l'ardeur que leur inspira toujours le brave général Gravina, découragés par la perte qu'ils ont faite ; il est encore plus pénible pour nous d'entendre parler de leurs deux vaisseaux que nous avons honteusement laissé emmener par quatorze vaisseaux anglais, dont deux étaient démâtés et ne pouvaient manœuvrer, tandis que nous étions au vent et que nous avions dix-huit vaisseaux, dont quatorze français, auxquels il ne manquait pas une vergue. Ils devaient presque s'y attendre, après avoir été laissés en arrière le jour de notre départ de cette ville pour aller à la Martinique.

11 parait que nous avons perdu la Didon, Cette perte serait d'autant plus sensible que c'était notre meilleure frégate et que son capitaine, Milius, est sûrement un des meilleurs officiers de la marine. Elle était sortie quelques jours avant nous, et un de nos chasseurs a vu une frégate presque démâtée, remorquée par un vaisseau anglais, que des neutres, visités, lui ont dit être française. Si ce vaisseau, qui était à vue^ eût été chassé, il est vraisemblable qu'elle eût été reprise.

Nous eussions pu aussi prendre trois vaisseaux et une frégate qui se trouvaient devant ce port à notre arrivée; les rapports des bâtiments neutres visités nous les annonçaient, et il ne s'agissait que d'envoyer quelques-uns de nos vingt-neuf vaisseaux leur fermer l'entrée du détroit, tandis que le reste viendrait dessus en colonnes un peu écartées, pour former une seine et les prendre; les vents favorisaient cette manœnvre, mais nous avons fait petite manœuvre toute la nuit. A la pointe du jour, nous étions à quatre lieues d'eux, bien serrés, et ils s'en sont allés à Gibraltar.

Nous allons tâcher de mettre les troupes à terre, pour les faire reposer, et

(1) Archives de la Marine, campagne J805, BBi% 133.

TROISIEME PASTIS. — CHAPITRE XTIfl.

BOUS aUeodroDs let «rdre* de Sa Majesté. Noa* ironf atUqoer les angljûs an bout lia Monde, Buif il e«t dor de les foir.

Je peoie que le çénéral LtonstM inforBcn PEapereor de toot ee qui se passe, nuis je derais œ compte à Votre Altesse, à moo ancien général qui m'a toujours honoré de sa coDÔance, aa beao>frère de Sa Majesté.

Nous aTons deux bons cootre-amiraux, Dumanoir et Ma^oa* Us aoot bien malhearenx de m trouTcr conduits de cette manière. La mariae ira, mak il faut qa>lle soit menée.

Je me recommande aux bontés de Votre Altesse et la prie de me ooBserrer toujours son amitié, de présenter mes hommages respectoen à la princesae Caroline.

Je prie Votre Altesse, etc.

De Cadix, le

LaminU Villetiûuvt mu ÊÊinittre <h Im manne.

BucenUntrt, w r»d« de Cidix, \i 4 (hictiiJor ui xm [H aoftt 1805) (l).

Vous jugerci facilement. Monseigneur, de Tanxiété avec laquelle j'attends les réponses à mes dépêches depuis mon arrÎTée dans les mers d'Europe ; je ne me dissimule pas que, quelque détermination que l'Emperenr prenne, rien ne peut me relever de Tablme de malheur dans lequel je suis tombé, nuis j'y éUis tout préparé à mon départ de Toulon, et je n'ai jamais rien pu entreroir de bon dans la campagne que j'allais entreprendre ; je pardonnerais à toute la terre de me jeter la pierre, mais les marins de Paris et des départements qui s*en mêleront seront bien aveugles, bien méprisables et surtout bien sots. Je TOUS écris ceci sous forme particulière, ça n'en sera pas moins officiel si vous le jugei i propos et je tous prie d'en faire tel usage que tous jugerez confenable.

Je crois SToir eu l'honneur de tous le dire, les marines de France et d'Espai^ne ne sont pas en état de se montrer en grandes escadres, elles ne sont pas même en état de se montrer à la mer, si leur armement n'est pas mieux soigné. Des Taisseaux qui sont restés des années en rade, avec les mêmes arrimages, les mêmes Tivres, leurs gréements, leurs Toiles exposés aux injures de l'air pendant si longtemps, s'ils Tont à la mer dans cet état, ne penrent éprouver que malheurs et désastres, qui seront d'autant plus grands et d'autant plus inévitables, qu'ils ont moins de matelots et d'olficiers expérimentés qu'il ne leur est néce>saire. L'ennemi en est persuadé et connaît si bien ses avantages qu'il n'hésitera pas à l'attaquer avec des forces infiniment inférieures, bien assuré de s'en tirer dès qu'il lui conviendra. Il m'est tombé entre les mains une lettre du capitaine Pouder, du vaisseau le Queen, à un commissaire de l'amirauté, où il dit qu'ils bloquent avec quatre Taisseaux les sept qui sont à Carthagène et que, s'ils sortent, ils espèrent en rendre bon compte, en les attaquant de nuit ou par un Tent bon frais. Et je ne doute pas

(1) Archives de la Marine, campagne 1805, BB»', 230-t63.

LB FKRROL. — CADIX. 791

qu*ane attaque de ce genre n'eût le snccès le plus eertain, parce que dans rétat où noui sommes, par défaut d'expérience de met officiers et mateloti, défaut d'expérience de la guerre de mes capitaines commandants, défaut d'ensemble dans le tout, au moindre incident de nuit, tout n'est que désordre et confusion. Je voudrais m'étendre sur ce chapitre, comme sur tout ce qui pour^ rait contribuer à tous persuader que vingt, trente, quarante vaisseaux ne valent pas, dans Tétat actuel des choses, je ne dis pas leur nombre égal, mais même un nombre inférieur d'un tiers, d'une marine exercée, habile et pleine de confiance, tandis que trois, quatre et cinq, au plus, de mes vaisseaux, s'ils soDt armés soigneusement, s'ils ont des commandants bien choisis, pourront lutter contre l'ennemi. Mais je suis trop bourrelé de chagrin pour pouvoir exprimer toute ma peusée sur ce sujet.

J'ai à vous parler du général Lauriston. Personne ne respecte plus que moi le caractère dont il est revêtu, l'avantage qu'il a d'approcher de la personne de Sa Majesté, je dirai même le caractère militaire et social qui le distingue, mais ce n'est pas sur un vaisseau où il fait le mieux voir toutes ses qualités. J'ai épuisé tous les moyens de le bien traiter, ainsi que j'ai fait dans toutes les circoDStances avec les passagers que m'a donnés le gouvernement ; mais je n'ai pas éprouvé de lui les retours que je devais en attendre; abusé par les dernières lumières qu'il a puisées dans ses missions dans les ports, par la malveillance des individus qu'il va questionnant sur les moindres incidents de navigation, il me fait tous les jours l'objet de ses critiques, même vis-à-vis des officiers de marine, que flatte l'opinion de son crédit. Il est impossible de me rendre plus malheureux que je ne suis depuis le moment de mon départ^ depuis surtout que les contrariétés et les malheurs se sont appesantis sur cette escadre ; il est affreux pour moi d'être continuellement en présence, assis à la même table, avec celui que je ne puis plus considérer que comme mon ennemi déclaré. Je vous en conjure, Monseigneur, faites cesser cette situation. Le besoin de faire partir maintenant le courrier qui va vous porter ces dépêches m'empêche de vous écrire plus au long pour le moment. Je prie, en attendant. Votre Éminence de recevoir l'assurance de tous les sentiments que je n'ai cessé de professer et que je conserverai inviolablement.

ViLLBNBDVB.

Quant à Allemand, mouillé le 16, à 6 heures du soir, en rade des lies Bayonna, devant Vigo, il reçut immédiatement par le lieutenant Gauthier (1) les instructions qui Tattendaient et le lendemain matin à 9 heures, il partit pour commencer la campagne remarquable qui illustra son nom.

Monseigneur (2), J'eus l'honneur de vous informer que je mouillai, le 28 thermidor au soir.

(1) Archives de la Marine, BB^^, 233, 17 août. Lettre de Gauthier au Ministre, (t) Archives de la Marine, BB^, M8-9B.

à sept milles en deçà de Yigo; à i heure, le lieutenant de Taissetu Gauthier Tint me porter TOtre dépêche et celle du général VilleoeuTe, n^ 1 ; je Texpédiai à 3 heures avec mes réponses; k 6 heures du matin, je fis appeler les capitaines de Tescadre et leur remis la pièce n* 2 à décacheter en cas de séparation ; à 8 heures, j'étais sous Toiles avec le signal de ralliement pour le Sylphe qui était à Yigo; je mis en panne en dehors pour l'attendre; à 2 h. i/2 il me rallia avec 16 hœufs pour Tescadre. J*en ordonnai la répartition et reçus du capitaine de ce h&timent la lettre n^ 3, car, Monseigneur, il n'était point autorisé à se serfir de mon nom pour la plus légère demande. Je reçus du commissaire des relations commerciales la lettre n* 4 ; du capitaine du Su/fren la pièce n* 5 et de celui du Jemmappes la pièce n*6. Les Tents étaient du Nord-Est à TEst, Tair frais, et ont régné constamment de cette partie jusqu'au 8 fruotidor (96 août) que j'attrapai le cap Saint-Adrien et longeai la côte, Monseigneur, pour m'assurer si l'escadre combinée était encore au Fcrrol, dans ce cas opérer ma jonction, dans celui contraire atterrir à Penmarch, d'après les ordres que me donne l'amiral Villeneuve. Voyez s'il tous plaît. Monseigneur, la pièce n* 1 par laquelle il annulait ceux que j'ai pu recevoir précédemment de Sa Majesté Impériale et Royale par l'ordre exprès qu'il en a reçu.

Un bâtiment sortant de la Gorogne m'apprit que l'escadre combinée était partie du Ferrol le 23, que depuis on ne l'avait plus vue. Je continuai ma route sur Penmarch en forçant de voile et ne pouvant m'y rendre qu'en louvoyant, les vents éUnt de l'Est-Nord-Est à TEst-Sud-Est.

Le 42 fructidor, j'arrive à la pointe du jour à dix heures de Penmarch sans avoir rencontré dans ma route un bâtiment qui pût me donner des nouvelles de Tarmée combinée ; le temps était brumeux, les vents au Nord-Ouest ; à 6 h. 1/2, j'aperçus trois voiles, sous le vent, qui me parurent de guerre. VArmide me les signala ennemies. J'ordonnai, Monseigneur, une chasse générale sans avoir pu les joindre au coucher du soleil que je ralliai l'escadre; ces trois bâtiments jetèrent à la mer leurs embarcations, ancres, canons et pièces d'arrimage. Le Sylphe visita un bâtiment portugais venant de Lisbonne ; ayant reconnu ces trois voiles pour une frégate et deux corvettes anglaises, il m'apprit aussi que, le 26 thermidor, étant trente lieues dans le nord-ouest du Ferrol, il avait donné dans l'escadre combinée faisant route à Touest et avait été visité par la corvette le Furet; que, le 18 fructidor, il a rencontré dix-huit vaisseaux anglais à la hauteur du Ferrol; serait-ce, Monseigneur, l'escadre de Galder ou Nelson revenant de la baie de Lagos? Si ce rapport est vrai, il me ferait présumer que le général Villeneuve, au lieu de venir atterrir à Penmarch, comme il me le mandait, aurait fait route directement sur Gadix en partant du Ferrol. Voulant avoir des renseignements plus positifs, je me déterminai à croiser à quinze lieues de Penmarch, espérant rencontrer des neutres sortant du golfe ou venant de la Manche, puisque l'amiral Villeneuve me prescrivait de n'entrer à Brest qu'autant que l'escadre coalisée y fût, et, dans le cas contraire» de le joindre à Gadix, sa destination définitive. Voyez, s'il vous plaît, Monseigneur, la pièce n^ i.

Le 19, au jour, une des corvettes chassées la veille se trouva à deux heures de l'escadre; j'ordonnai une chasse générale; mais, Monseigneur, présumant qu'elle m'occuperait toute la journée, et peut-être infructueusement, je la levai. Le Jemmappes visita un bâtiment parti le 10 de Morlaix, allant à Bor-

deaux, ayant tu 38 Toiles anglaises sous Ouessant et ne sachant rien de l'escadre combinée. Le Sylphe Tisita un bâtiment parti depuis trois jours de Maresmer; il assure qu'il n'y avait pas de bâtiments de guerre mouillés à 111e d'Àix ; il ne saTait rien qui fut relatif aux escadres combinées.

La même corTette Tisita encore un bâtiment parti le iO de Saint-Martin, lie de Ré, et aussi peu instruit sur la position des armées.

Ces renseignements. Monseigneur, coïncident parfaitement et ne me laissèrent plus de doute sur la route qu*afait tenue l'escadre combinée et je dirigeai la mienne sur Cadix; les Tents me contrarièrent jusqu'au 21 fructidor que je doublai Finistère et que je trouvai ceux du Nord-Est.

Le 23, étant par 38<*34^ de latitude nord et i2<»45' le longitude occidentale, VArmide Tisita un portugais qui apprit que l'escadre combinée était à Cadix. Je continuai ma route. Monseigneur, sous toutes voiles possibles.

Le 24, à 6 heures du soir, étant par OS^'SO' de latitude nord et iio.38' de longitude occidentale, le brick anglais le Phébus Tint dans l'escadre avec son parillon arboré. Je le fis amarioer à son grand étonnement. Monseigneur. Il était parti de Gibraltar le 18, allant à la Grenade, et avait donné avec con* fiance dans l'escadre qu'il croyait être celle de Nelson, attendu tous les jours pour commander le blocus de Cadix ; il m'apprit que l'escadre combinée était dans cette rade, bloquée par 26 vaisseaux, et Carthagène par cinq. Chaque homme de Téquipage, questionné séparément, fit le même rapport et les lettres particulières adressées à la Grenade et dont je suis muni le confirmèrent; il ventait petit frais, le temps beau. Je regardai dès lors, Monseigneur, mon entrée à Cadix comme impossible, à moins que ce ne fût pendant un coup de vent qu'il eût fallu attendre longtemps; d'ailleurs, cette baie, par sa large ouverture, est une des plus faciles à bloquer par une armée nombreuse; en m'y présentant, Monseigneur, je pouvais éprouver une chasse difficile à supporter d'après les pièces 5 et 6 qui constatent le mauvais état de la mâture des vaisseaux le Suffren et le Jemmappes; ma retraite pouvait être aussi coupée par l'arrivée de Nelson et, sous ces trois rapports, Monseigneur, l'escadre sous mes ordres était évidemment perdue, je n'avais pas une chance avantageuse pour moi. Je pris la bordée 'du Nord-Ouest en attendant une plus mûre réflexion. J'assemblai les capitaines auxquels je fis part de cette nouvelle, je leur montrai les lettres écrites de Gibraltar qui la confirmaient; ils déclarèrent tous qu'il était impossible d'entrer à Cadix, que c'était inutilement exposer l'escadre â une perte évidente et qu'il fallait prendre un autre parti. Je les congédiai.

Vous voyez, Monseigueur, que, si je ne réussis pas à joindre l'escadre combinée, comme Sa Majesté Impériale et Royale le voulait, c'est par une suite d'obstacles qu'il n'est pas à mon pouvoir de lever parce que je ne peux rien de surnaturel et que j'ai fait tout ce qui m'a été prescrit et tout ce qui était en mon pouvoir pour satisfaire sa volonté; et vous et lui. Monseigneur, êtes trop équitables pour ne pas me rendre cette justice ; si je n'avais eu qu'à forcer le passage contre des forces moitié supérieures, j'aurais pu l'entreprendre, parce que personne n'est plus dévoué que moi à l'exécution des moindres ordres qu'il plaira à Sa Majesté Impériale et Royale de me donner. Mais, Monseigneur, vous ne m'eussiez jamais pardonné si j'avais voulu, avec cinq vaisseaux, entrer à Cadix bloqué par vingt-six.

J'eus donc reoours, Monseigneur, tux instruotions dont m'honore Sa Majesté Impériale et Royale, en date du 7 thermidor; je n'y ris rien qui fut très relatif à la position critique où je me trouvtis, position occasionnée par l'ordre du général VilleneuTe, qui m'avait prescrit d'atterrir à Penmarch. Cet amiral, en terminant ses instructions, n*aTait sans doute pas prévu, Monseigneur, qu'en allongeant ainsi le terme de ma jonction il serait bloqué par des forces trop supérieures, comme trop nombreuses pour que je pusse entrer à Cadix; cependant il me fallait prendre un parti : voici, Monseigneur, celui auquel je m'arrête. Il me parut le plus avantageux au service de Sa Majesté Impériale et Royale, en ce qui pouvait nuire considérablement à l'ennemi, comme la suite le justiûera bientôt à Votre Excellence.

Sa Majesté impériale et Royale termine ainsi les instructions dont elle m'honore, en date du 20 prairial :

« Vous finirei de consommer vos vivres en croisant dtns les parages où u vous pouvez faire le plus de mal h l'ennemi. Et tous ne rentrerex dans nos u ports que six mois après Totre départ ; nous nous reposons, poor le succès u de cette expédition sur votre zèle, votre bravoure et sur Totre attachement u k notre personne. »

Les conTois anglais revenant des Antilles et de Terre-Neure font assez ordinairement leur retour en yent derrière ; non seulement ils sont sous de fortes escortes, mais encore. Monseigneur, une escadre est dépêchée à leur rencontre. Si je sentis l'importance de ces obstacles je me rappelle aussi. Monseigneur, un des paragraphes des instructions dont vous m'honoriez en date du 3 messidor. Il est ainsi conçu :

u Vos instructions vous feront bien connaître l'esprit de votre mission et son but, mais Sa Majesté s'en rapporte à votre zèle et à votre discernement et à toutes les modifications que l'intérêt de son service et les circonstances vous conduiront à y apporter dans toutes celles où vous tous trouverez ; employez toute Totre audace à faire du mal à l'ennemi, c'est ce que l'Empereur TOUS ordonne essentiellement. » Je ne balançai donc plus, Monseigneur, et je fis route pour me placer dans l'ouest du cap Lizard, où je pouvais m'emparer de quelques bâtiments ennemis et, par là, utiliser la sortie de l'escadre.

Le 30 fructidor je pris une lettre de marque anglaise armée de 12 canons.

Le 2 vendémiaire, au matin, étant par 40^22' de latitude nord et iÂ^éV longitude occidentale, je vis 8 voiles au Nord-Nord-Ouest, 3 au Nord, i à l'Est, 2 au Sud-Ouest. Je les chassai.

Le 3, les vents à Ouest-Sud-Ouest, je continuai la chasse. Monseigneur, tant le jour et la nuit suivante en ordre de bataille dont je pris la tête. La Gloire, qui était en avant, m'ayant signalé 6 vaissetux de ligne ennemis et m'ayant rendu compte à la voix qu'elle en aTait distingué 5, au jour je reconnus les bâtiments chassés pour un conToi, escorté par un vaisseau de ligne ; dans la matinée, les frégates et corTettes firent amener 4 bâtiments fort riches, venant des Isles du Vent ; je ne puis pas tous dissimuler, Monseigneur, que si la Gloire me donna quelques sujets de mécontentement pendant le cours de la campagne, je n'en fus du tout point satisfait dons cette circonstance et dans celle du jour suiTant. A il h. 1/2, je donnai l'ordre à VArmide, qui était très en avant du Taisseau anglais, de rétrograder pour l'arrêter.

kO?

LE FBRROL. -- CADIX. 796

Le 4, à 3 h. i/îy je donnai Tordre à VArmide de commencer le feu ; elle se mit en avant et tira qaelqaet coupi de eanon de retraite; à4 heuret, elle était par le travers du vaiiteau ennemi, à grande portée, et à 4 h. i/2, Monseigneur, elle se retira du feu pour tout à fait.

Le Magnanime approchait, mais lentement, (fuoique ayant toutes voiles dehors. Mon impatience était extrême : j'étais aussi couvert de voilures et Tennemi, à plus d'une lieue en avant de moi ; la nuit vint, elle était des plus sombres, je désespérai de prendre ce vaisseau. A 8 h. 45 je fis le signal de nuit d*ordre aux b&timenfs avancés d*engager le combat dès qu'ils seraient à portée; à 9 h. 4K, ce vaisseau le Magnanime commença un feu vif et soutenu à petite distance jusqu'à iO heures, que l'ennemi amena. Ce dernier a perdu 4 hommes, le Magnanime en eut 2 bien légèrement blessés et VArmide en avait eu i. Je fis sur-le-champ amariner et armer ce vaisseau en guerre et j'en donnai le commandement au capitaine de frégate Bérard, le plus ancien de l'escadre.

Le 5, à 7 heures du soir, le Sylphe me rallia avec une prise fort riche, venant de Tabago.

Le 6, il en prit un autre venant de Saint-Christophe.

Le 8, le Palinure en amarina deux venant de Tabago et de Démérari. Le temps était violent du Sud-Est à TEst^Sud^Est, ma croisière devait être déeelée par les bâtiments qui m'avaient échappé le 4 et qui devaient Atre rendus en Angleterre le 6. La mâture du Suffren et du Jemmappes était hors d'état. Monseigneur, de supporter une chasse. Voyez, s'il vous plaît, les pièces n** 5 et 6. Leurs avaries avaient considérablement augmenté depuis. Je levai, en conséquence, ma croisière et fis route pour faire de l'eau à Vigo avec les prises qui ne pouvaient pas nuire à ma marche, bien résolu de les couler comme j'en ai fait d'une partie lorsque je me suis aperçu qu'elle me retardait. J'espérais aussi. Monseigneur, avec l'aide de marteaux et de la forge du MajettueuXy mettre dans six jours de relâche la mâture de ces deux vaisseaux en état de soutenir une continuation de campagne. Je démâtai de mon petit mât d'hune, j*en pressai la réparation. Je suis loin d'avoir à me louer du capitaine de frégate Willaumex, commandant je vaisseau le Majestueux ; il a constamment justifié. Monseigneur, que l'on ne peut rien savoir sans l'avoir préalablement appris, que le commandement d'un vaisseau est trop fort pour celui qui n'a préalablement été qu'un médiocre officier de quart et sans s'être perfectionné par le commandement d'un bâtiment léger, et joint à cela un amour-propre désordonné au lieu de la docilité nécessaire à celui qui a besoin d'acquérir les connaissances premières. Je m'abstiens, Monseigneur, de vous parler de ses torts envers moi.

Le 14, la Thémis fit une prise.

f^ 16, VArmide en fit une autre.

Le 17, j'étais à 12 lieues de Vigo, un brick suédois venant de la Méditerranée m'assura avoir été visité devant Cadix par un des 18 vaisseaux qui bloquent ce port.

Le 18, à 4 heures du matin, un vaisseau de ligne ennemi parut en avant de l'escadre et assez près de moi ; il reconnut sa méprise et prit chasse. Je le poursuivis sous toutes voiles possibles. Le Magnanime, qui était le vaisseau marchant le mieux de l'escadre, appuya la chasse ; mais, Monseigneur, l'en-

Demi avait une marche bien supérieure, le temps était à grains, il en passa un si TÎolent qu*il fut obligé de ferrer son perroquet et d'amener sa brigantine. Le Magnanime en fit autant. Je conserfai tout dehors, faisant il nœuds 1/2, la seconde batterie à Teau. Je le gagnai considérablement pendant 20 minutes. Le grain ayant passé, il borda son perroquet et 8*éloigna avec une supériorité de marche incontestable. Si ce grain avait duré iO minutes de plus, j'étais démâté. Monseigneur, ou ce vaisseau était à moi. À 9 h. 1/2, n*ayant plus Tespoir de le joindre, je levai la chasse. Ce vaisseau fut reconnu par les officiers anglais pour être le Dragon , le meilleur marcheur d'Angleterre. A 10 h. 1/2, le Magnanime me signala 19 voiles au Sud. Cette chasse me mettait beaucoup sous le vent de Vigo. Le scorbut faisait dans l'escadre des ravages considérables. Malgré ces considérations. Monseigneur, je ne pus pas me résoudre à laisser passer ce convoi. Je manœuvrai pour m'en emparer, j*ordonnai une chasse générale, les vents étaient au Nord-Ouest grand frais et pas de grain. Le Magnanime, le LÀon, VArmide et la Thétis donnèrent sur les tratneurs. L'escadre se trouva bientôt aflklée sur la côte de Portugal. A 5 heures, quatre prises me rallièrent dont une lettre de marque de 16 canons. Ce convoi était destiné pour Lisbonne et Oporto, il doit avoir perdu beaucoup de temps sur la c6te, les vents y battent avec violence dans ce moment, et n'ayant point de mouillage dans cette partie. Au jour, l'escadre était à la cape, il me manquait le Magnanime, il me donna de vives inquiétudes, je craignais qu'il ne put pas se relever.

Le 19, je restai à la cape tout le jour et la nuit suivante. Un bâtiment danois m'apprit que dix vaisseaux de ligne ennemis croisaient à vingt lieues dans le Nord-Nord-Est de Finistère, espérant me voir bientôt atterrir au Ferrol.

Le 20, je vis avec le jour le Magnanime rallié. S'il me fit éprouver une grande satisfaction, je remarquai avec peine ma position. J'étais affalé de quarante-sept lieues sous le vent de Vigo, il me fallait dix jours au moins pour les remonter. Le vaisseau qui m'avait échappé avait serré le vent et fait route pour le Ferrol où croisaient dix vaisseaux. Avec sa marche supérieure, il était présumable, Monseigneur, qu'il arriverait assez à temps pour que je trouve

Vigo bloqué au moment où je m'y présenterais J'avais dans l'escadre

900 scorbutiques sur les cadres, â qui il fallait des rafraîchissements que Vigo n'offrait pas. Avec les vents régnants je pouvais être dans cinq jours aux Canaries, où d'après Borda je trouverais abondamment l'eau et les végétaux sans lesquels les équipages ne pouvaient pas se remettre ; je pris donc. Monseigneur, la route de ces lies.

Le 22, j'appris qu'on avait monté les câbles de la cale. J'avais défendu, Monseigneur, au capitaine Willaumez de faire de mouvement conséquent dans cette partie du vaisseau sans préalablement m'en prévenir, ayant remarqué plusieurs fois que par de mauvaises dispositions on avait ralenti considérablement la marche du vaisseau. Je rappelai cet ordre à ce capitaine, qui me dit que sous ce rapport il était indépendant de moi. Je le priai de se retirer, il me demanda si c'était dans sa chambre. Je regardai cela comme un défi, je lui donnai Tordre de garder les arrêts. Deux heures après je le fis venir chez moi pour lui représenter combien son entêtement était déplacé, il me répondit qu'il ne voulait point de mercuriale, qu'il lui importait peu d'être dans sa

chambre et il retourna sans attendre ma réponse. Le surlendemain je lui fis donner Tordre d'en sortir.

Le 6 brumaire je reçus la lettre n* 1, je répondis celle n? 8. J'adressai celle n« 9.

Le Calcutta manquait totalement de yifres. Je lui en fis répartir, Monseigneur, par différents Taisseaux. Les vents passèrent au Sud-Ouest et j'en fus contrarié jusqu'au 8 de brumaire, que je pus faire une route directe.

Le iO> je fis visiter par VArmide une goélette portugaise déradée de Madère dans un coup de vent. Le capitaine Louvel me rapporta que lorsque ce bâtiment sortit de Madère, une escadre anglaise de 8 vaisseaux, 8 frégates et environ 130 bâtiments de transport anglais chargés de troupes, s'y étaient présentés pour en demander l'entrée qui leur avait été refusée; que le bruit courait que ces forces étaient destinées pour une expédition lointaine et devaient en passant s'emparer des Canaries ; cette nouvelle, Monseigneur, accrut considérablement mon embarras, j'étais à la veille de manquer d'eau avec 1200 scorbutiques sur les cadres. Je ne crus pas devoir en faire un mystère aux capitaines de l'escadre, seulement je les assemblai et leur commandai la plus grande célérité dans la marche. Je conçus aussitôt le projet de m'emparer des Canaries si l'escadre ennemie en était sortie.

Le 11, je vis les Salvages le soir et à 6 heures du matin l'Ile de Ténériffe. J'ordonnai branle-ba« général de combat et pris la tète de l'escadre.

Le 12 au matin, j'envoyai VArmide en avant pour reconnaître la rade de Sainte-Croix. Elle était chargée de remettre au gouverneur espagnol la pièce n^ 10, au commissaire des relations commerciales celle n^ M, et en cas que l'Ile fût au pouvoir de l'ennemi d'envoyer un parlementaire porter la pièce n^ 12. Le capitaine de VArmide avait les instructions n^ 13. Je disposai tout pour l'attaque des forts, mais à 4 h. 1/2 VArmide me prévient par un signal convenu que la place était aux Espagnols. J'y mouillai à 6 h. 3/4. Je fus le soir saluer M. le gouverneur. Au soleil levant je saluai la terre de quinze coups de canon qui me furent exactement rendus. Dans la journée je fis trois salves de vingt et un coups de canon pour la fête de Charles lY, roi d'Espagne. Les bateaux du pays vinrent prendre les pièces du troisième plan de chaque vaisseau. A 11 heures je descendis à terre avec tous les capitaines de l'escadre pour faire une visite de corps à M* le Gouverneur général des lies Canaries. Son Excellence se trouva au débarquement avec les officiers de tous les corps d'administration, la justice et les notables du pays. Les troupes étaient sous les armes, rappelant. Nous fûmes conduits au Gouverneur, suivis d'environ 2,000 personnes du peuple.

Le lendemain. Monseigneur, je donnai des ordres pour la réparation des mâtures avariées ; il vint de l'eau et des rafraîchissements à l'escadre qui en avait bien besoin» ayant 1300 scorbutiques sur les cadres. Je reçus le no 14.

Le 14, je fis mettre 80 malades à terre. Son Excellence M. le Gouverneur vint me faire sa visite avec une suite espagnole. J'avais réuni tous les capitaines à mon bord pour le recevoir. A son départ. Monseigneur, je le fis saluer de treize coups de canon du Majestueux et de trois cris de : « Vive l'Empereur 1 » par tous les bâtiments sous mes ordres.

Le 15, je mis encore 80 malades à terre, j'activai l'eau par de nouveaux

moyens et ordonnai une répartition égale des Tivres de campagne à bord de tous les bâtiments de Tescadrc, je fis prendre à terre la Tiande et le pain pour tous les équipages et parce qu'ils en afaient besoin, Monseigneur, et pour économiser les vivres de campagne. Je reçus la pièce n<* 45 à laquelle Je ne crus pas deroir faire droit, ni même répondre. Je reçu^ celle n* iO et répondis le n* 17. Un homme du peuple arracha Tépaulette de l'enseigne de yaisseau Gastagnet. J'en témoignai ma sensibilité à Son Eieellenco. Le lendemain il m'entoya le coupable et m'écritit le n» 18, je répondis par le n» 19. H y atait déjà du mieui dans la santé des équipages et les 160 mourants qui avaient été mis à terre se rétablissaient à vue d'oeil.

Le 17, au coucher du soleil, je fis faire une salve générale de tingt et un coups de canon en commémoration de la fôte du lendemain 18 brumaire, la place en fit autant.

Le 18, l'escadre fut pavoisée au soleil levant et fit une salve de vingt et un coups de canon que la terre répéta. J'écrivis le n* 20 et je reçus, Monseigneur, le n* 31. A midi le salut fut le même. Je donnai à dtner à Son Excellence et à sa famille, aux officiers généraux et leurs femmes, aux colonels, lieutenantscolonels et majors, aux chefs d'administration, de justice et notables, à 4 h. 1/2. Je portai une santé à Leurs Majestés Impériale et Catholique, elle fot saluée de vingt et un coups de canon que la terre répéta ainsi que la salve du coucher du soleil.

Le 19, les prises furent mises en vente, je donnai à la commission les instructions n^ 22.

Le 21 , la Gloire cassa deux cAbles et le SuffYen perdit sa chaloupe.

Le 22, j'embarquai les approvisionnements de campagne. La vente des prises était terminée. Monseigneur, elle se montait à la somme de 433,552 livres 90 centimes tournois, dont le tiers appartenant aux Invalides était de 140,492 livret 20 centimes. Je le laissai sur récépissé k M. le commissaire des relations commerciales pour faire face aux dépenses de l'escadre que mon départ précipité m'empêchait de régler, à charge. Monseigneur, d'en rendre un compte détaillé à Votre Excellence et de détenir comptable du reste.

Le 24, je fis prendre les malades qui étaient aux hépitanx, je n'en laissai que onze qui étaient dans un éU|t désespéré. Je remis à MM. les capitaines la pièce n« 23.

Le 25, je pris congé de Son Excellence M. le Gouverneur; j'ordonnai, Monseigneur, la répartition de ce qui revenait de parts de prises aux équipages, stimulant bien nécessaire au moment d'un départ, et où je prévoyais avoir encore bien des chances désagréables à courir. L'escadre mit sous voiles à 6 h. 1/2 du soir.

Le 26, j'écrivis le n^ 24, j'en rendis le Sylphe porteur et je tins dans la rade sous petits bords. Je reçus, Monseigneur, du capitaine du Sylphe qui veut bien être toujours pour moi avec considération, la lettre n^ 25. Je reçus les n'** 26 et 27. Le lendemain je reçus le n« 28. J'écrivis les n^ 29 et 30 et fis route à midi et demi avec un bon frais de Sud-Ouest, me trouvant trop affalé sous le vent pour saluer la ville à 4 heures de l'après-midi. Le Sylphe me rallia avec les lettres n<» 31, 32 et 33.

Je partis des Canaries, ayant à bord de chaque bâtiment 60 jours de vitres

LE PERROL. — CADIX. 799

secs et 50 jours de liquide, avec le projet, Monseigoeur, de croiser à toute Tue de Madère, k 40 lieues dans le Sud -Ouest, passage des conTois et des diyisioos détachés pour les colouies. Je voulais ensuite remonter la côte de Portugal pour rencontrer quelques-uns des Taisseaux ou frégates détachés allant de Cadix en Angleterre, ou plutôt encore d'Angleterre à Cadix, ainsi que les contois qui devaient ravitailler Tescadre qui bloquait ce port ; je dirigeais ma route, Monseigneur, en conséquence de ces instructions. Je n'avais encore aucune nouvelle de l'armée combinée, Monseigneur, je la présume toujours bloquée à Cadix.

Le 28, à 9 h. 45 du matin, le Magnanime cassa sa vergue de petit hunier et me signala 7 voiles à TEst-Nord-Est. Je pris la bordée opposée pour donner le temps à ces vaisseaux d*ètre en état de combattre, si c'était une des escadres à ma recherche ; j'envoyai, Monseigneur, les frégates reconnaître, et une heure après je pris la tète de la ligne de bataille et virai sur l'ennemi.

Le 29, je continuai la chasse. VArmide me signala l'ennemi, inférieur en force à celle de l'escadre ; je chassai sans observer d'ordre, la nuit fut très obscure, l'ennemi m'échappa par de fausses routes.

Le l^*" frimaire, je vis un grand bâtiment i trois mâts que je supposais de guerre. Je le chassai, le calme survint, Monseigneur, je fis mettre tous les canots de l'escadre à la mer à remorquer la Gloire et le Sylplie.

Le % au jour, le Sylphe me rallia avec sa prise qui faisait partie d'un convoi destiné pour la c6te d'Afrique. Je profitai du calme pour en tirer quelque objet de traite que je fis distribuer à l'équipage pour accroître leur zèle, le bâtiment fut aoulé avec le reste de la cargaison. Le capitaine m'apprit. Monseigneur, qu'au moment de son départ de Portsmouth, le bruit courait qu'une action avait eu lieu entre Nelson et l'escadre combinée, qu'on disait Nelson tué et qu'on ignorait les détails de cette affaire.

Le 11, à 5 heures du soir, deux bâtiments postés dans le lit du vent firent des signaux, la nuit fut sombre et quelque attention. Monseigneur, qu'on mit à les observer, au jour ils ne parurent plus. La Gloire apprit, par un bâtiment danois, que la France était en guerre avec la Russie et la Suède, que l'escadre combinée avait eu un engagement et avait perdu des vaisseaux.

Le 21, la vergue du grand hunier du Majeitutux se rompit. J'étais observé par deux frégates anglaises, placées à 3 lieues dans ma hanche sous le vent ; elles ne me quittèrent que le 25. L'une d'elles fut sur le point d'être jointe par le Magnanime.

Depuis le 20 brumaire, j'avais constamment eu des vents de la partie de l'Est; mes vivres diminuèrent considérablement, ajant 1000 consommateurs de plus qu'en partant, j'ordonnai. Monseigneur, un retranchement général d'un sixième des rations de toute espèce.

Le 27, le Sylphe prit un bâtiment anglais venant du Portugal allant à Torbay ; il donna dans Tesoadre qu'il crut être une de celles de sa nation à ma recherche.

Le 2d, la Gloire prit un trois-mâts allant â la Jamaïque, je le fis couler. UArmide s'empara d'une baleinière allant dans les mers du Sud, qui fut aussi coulée ; on saisit les papiers anglais qui m'apprirent. Monseigneur, la malheureuse défaite de l'armée combinée avec tous ses détails, la prise du contre* amiral Dumanoir avec ses quatre vaisseaux : j'en ressentis la pins vive douleur.

L*iQdi8crétion de ceux qui me les apprirent mit la consternation à mon bord et donna de Tives inquiétudes pour mon atterrage.

Le 29, les Tents qui avaient été constamment de la partie de TEst depuis près d*un mois, passèrent à TOuest et ne tardèrent pas à derenir gros frais. Il me restait peu de vivres, Monseigneur, je As route à l'Est et rendis aux équipages leur ration entière.

Le 30, étant par la latitude de 45*47' Nord et la longitude de ii«24' Tescadre faisant 10 nœuds, le temps très brumeux.

Un paquebot se trouva près du Suffren, je lui donnai Tordre de s*arrèter. Il me le signala rishe. Je lui donnai Tordre de le couler et fis mettre Tescadre à la cape pour lui en donner le temps. Ce bâtiment avait 40 hommes ; la mer était à peine navigable, le Jemmappes eut Tordre de mettre son grand canot à la mer pour aider le Suffren qui me demandait h donner la remorque à sa prise; je lui réitérai Tordre de la couler, il me répéta, Monseigneur, qu*il serait prêt à cinq heures; je supposai, dès lors, que ce bâtiment contenait de Targent, et, voulant faire route avant la nuit, craignant, dans le cas contraire, une séparation, j'enjoignis au Suffren d'escorter sa prise, si elle était amarinée. Le Suffren reprit son poste, Tescadre en route, la prise suivait. A cinq heures on s'aperçut qu'elle s'éloignait. Je fis mettre Tescadre à sec, à cinq heures et demie on me prévint. Monseigneur, qu'on perdait ce bâtiment de vue. J'envoyai VArmide et le Sylphe à sa recherche ; à sept heures et demie, VArmide me rapporta qu'elle ne Tavait pas trouvé, que la Thétis lui dit qu'elle l'avait vu tenir le vent tribord, encore à six heures du soir. Il est assez singulier. Monseigneur, que cette frégate Tait laissé faire cette route, ayant pu, comme moi, le juger très riche, d'après les signaux du Suffren, celui qui le commande aura sans doute préféré aller en Espagne.

Le 3, je mouillai. Monseigneur, en rade de Tlle d'Aix, après cent soixante et un jours de départ, dont cent quarante-huit sous voiles, ramenant, avec Tescadre que sa Majesté m'avait confiée, le vaisseau ennemi le Calcutta, Si, Monseigneur, Sa Majesté Impériale et Royale et Votre Excellence, daignez approuver les dispositions que j'ai prises dans les diverses circonstances difficiles et embarrassantes où je me suis trouvé, je me trouverais très récompensé des peines que je me suis données pour parvenir à ce but.

Les graves conséquences qu'eut la détermination de Villeneuve et de Gravina de se porter sur Cadix, obligent à examiner quels effets aurait pu avoir la décision inverse, à rechercher par suite quels adversaires Tarmée combinée aurait rencontrés dans sa marche sur Brest.

On sait que Tamirai Cornwallis bloquait en permanence l'escadre de Ganteaume. Or, le 7 août, ce dernier apprit l'arrivée de Villeneuve à Vigo. L'ordre déjà donné tant de fois de poster l'escadre à Bertheaume de façon à être à portée de combattre lorsqu'on viendrait la débloquer prenait donc une nouvelle importance.

A bord da vaisseaii V Impérial, le 19 thermidor an xm (7 août 1305) (1).

Monseigneur,

J'ai eu rhonneur, ce matin, de tous rendre compte par le télégraphe, que je reeerais dans l'instant du Ferrol une dépêche de la plus haute importance ; le contre-amiral Gourdon m'apprend, par la date du 10 thermidor, que l'amiral Villeneuve vient de paraître à la hauteur de Yigo, et que cet amiral fait route pour le Ferrol.

J'ai, en même temps, reçu, par le courrier de ce jour, Totre dépêche du 44 de ce mois, qui, en m'annonçant le départ de Sa Majesté et celui de Votre Eicellence pour Boulogne, me donne l'ordre d'aller occuper la rade de Ber^ theaume. Par mes précédentes, tous aurez vu. Monseigneur, que si nous n'avons point encore exécuté vos ordres à cet égard, la contrariété des vents en est la seule cause ; depuis ces jours, nous n'avons que des vents d*Ouest qui, ainsi que j'ai eu Thonneur de vous en rendre compte, ont soufflé avec une très grande force.

Ainsi que je vous en ai fait mention, V armée ennemie n'a cessé d'être signalée sous Ouessant, A iO heures du matin, les vigies ont encore annoncé 18 vaisseaux, 4 frégates et 10 corvettes.

Je suis avec respect. Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Gàmteaumb.

Le 9 août, Tescadre était embossée à Bertheaume ; Tennemi paraissant réduit à 15 vaisseaux, Ganteaume se proposait d'attaquer. Ce jour-là le calme vint tout arrêter.

En rade de Brest, le 23 thermidor an xm (11 août 1805) (1).

C'est avec le sentiment le plus pénible que j'ai l'honneur de vous rendre compte que, quoique les vents aient passé de VOuest au Nord-Est dans la nuit du 21 au 22, il m'a été impossible défaire faire aucun mouvement à l'armée; les vigies ne signalaient que quinze vaisseaux ennemis; je voulais aller les reconnaître et je me flattais qu'avec le flot, la brise prendrait assez de consistance pour nous faire refouler les courants, mais il fit calme pendant tout le jour, et il fut de toute impossibilité de faire appareiller même un seul vaisseau.

Aujourd'hui, le calme est profond ; l'armée est toujours en appareillage et n'attend qu'un souffle de vent favorable.

La frégate la Félicité est dans le goulet et fait route pour Brest.

Je suis avec respect. Monseigneur, votre très humble et obéissant serviteur.

Gantbaumb.

(1) Archives de la Marine» BBnr, 224

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