IV. 5i
Pendant les journées qui suivirent, on s'aperçut très clairement des renforts considérables qu'avait reçus lord Comwallis.
Signaux de côtes.
Extrait du journal de V état-major général <^ 46 ou 30 thermidor an XIII
(ÂauiS août).
loutft.
46 thermidor
4 août.
M > et
oiSiRVATiona.
Croisaot.
Croisant.
Croisant.
Les frégates mouillées et les eorreUes croisant.
Croisant.
Moaillés.
Croisant.
Les frégates mouillées et les correttes croisant.
Les fMgatei mouillées.
CroSsant
Croisant.
3 frégates mouillées.
Croisant.
Croisant.
CroiiaDl.
A bord du Taisseau V Impérial, le !•' fructidor an XIII.
L Adjudant commandant de V armée navale.
Clément Baaon.
Vu : par V Amiral,
GAIfTSAUMB.
En réalité, l'escadre anglaise s^était trouvée le 45 août forte de 39 vaisseaux. Ce ne devait pas, du reste, être pour longtemps. A peine Nelson avait-il échangé, avec le commandant en chef, ses signaux de reconnaissance qu'il recevait Tordre suivant :
LB FBRROL. ^ CADIX. 803
A bord de la VilU-de-ParU, 15 août 1805.
Votre Seigneurie est inTitée, ayec les deux yaisseauz désignés ci*contre {Viciory et Superb), à se rendre à Spithead et à prétenir le secrétaire de TAmirauté de Totre arritée.
GORnWALLIS (i).
Comment le commandant en chef se priva-t-il de deux vais* seaux et de Nelson? Comment celui-ci consentit-il à rentrer en Angleterre à la veille d'une bataille qui devait paraître imminente? C'est ce qu'il faudrait renoncer à comprendre, si les pièces suivantes ne montraient que l'Amirauté douta jusqu'au bout que Villeneuve viendrait devant Brest.
Le 13 août, en efiFet, il avait été écrit à Nelson :
Au cas où la flotte ennemie combinée se porterait Ters le Sud, tous êtes invité à envoyer à l'amiral CoUingwood, devant Cadix, tels de vos vaisseaux que vous Jugerez convenable.
Et le 16 :
Vous êtes invité à vous rendre immédiatement aveo Tescadre sous vos ordres à Plymoutb, en envoyant à Spithead ceux des navires qui ont le plus besoin de réparations (2).
Quoi qu'il en soit, Nelson obéit et arriva le 48 août en rade de Spithead.
« J'ai laissé, écrit-il à l'Amirauté, les vaisseaux Canopm, « SpenceVy Belleisle^ Spartiate^ Conqueror, Tigre, Leviathan^ « Do7iegal et Swiftsure à l'amiral Cornwallis et j'ai reçu de (( lui Pordre de me rendre, avec le Victory et le Superby à « Spithead où je suis arrivé ce matin ».
Il restait donc trente-sept vaisseaux à lord Cornwallis, lorsque le 16, il prescrivit une nouvelle division de ses forces.
Ville-de-Paris sons Oaessant, 16 août 1805.
Je vous prie d'annoncer aux Lords de TAmirauté que j'ai été joint, hier, par lord Nelson avec les 11 vaisseaux mentionnés ci- contre
L'ennemi ayant des forces considérables dans le golfe de Gascogne, je mets 20 vaisseaux sous les ordres de sir Robert Calder avec l'ordre de se rendre devant
(1) British Muséum, vol. 34930.
(I) Regittra d'ordres de rijniraaté. British Muséum, vol. 34936.
le Ferrol, pour bloquer ce port et empêcher l'ennemi de mettre à la voile, ou le suivre s'il y a quelque chance de lui être supérieur.
Je ne laisse ici que peu de naTires» mais je compte bientôt sur des renforts et sur la jonction des derniers restés aux Downes. J*espère Totre approbation, car je tiendrai les escadres ennemies en échec, si Tescadre de Rochefort est encore en mer. Si les Lords Tentent donner d*autres instructions, elles peuvent ainsi être facilement exécutées.
CORNWALUS (i).
D'après la lettre d'un officier de son escadre écrite le 17 août, au moment où il allait quitter Tarmée principale (2), Tamiral Calder devait avoir sous ses ordres les navires suivants :
Nous partons sous les ordres de sir Robert Calder, avec les vaisseaux Princeof-Wales, PrincCt Britannia, Téméraire^ Canopus, Conqueror, Swiftsure^ Leviathan, Donegal, Spencer, Tigre, Spartiate, Neptune, Orion, Polyphemus, Bevenge, Dragon, Zealous, Goliath, Défense, Sirius et Basilic.
D*après sir Robert Calder, Tennemi a 25 vaisseaux français au Ferrol, cnr il a été joint par Tescadre de Rochefort. Les Espagnols en ont 43 ou 44. Le Dragon et le Goliath seront ralliés en route.
Le total, après la jonction, devait donc être de vingt-deux vaisseaux. Il en restait dix- sept à Cornwallis.
Tel fut ce détachement, souvent critiqué, et que Napoléon, ostensiblement au moins, considéra comme une *< chance unique » qu'aurait manquée Villeneuve.
Certes, la situation de Cornwallis serait devenue très grave si Calder, dans sa marche vers le Sud, et Villeneuve, s'il avait fait route au Nord, ne s'étaient pas rencontrés. Mais l'événement devait prouver, une fois de plus, que les dix-sept vaisseaux, qui restaient à l'escadre de la Manche, étaient très suffisants pour maintenir le blocus de Brest.
Le 21 août, au matin, toute l'armée de Ganteaume, forte de 21 vaisseaux, 5 frégates, 3 corvettes avait mouillé entre Camaret et Bertheaume et avait été reconnue par l'amiral anglais en personne. Quelques coups de canon avaient été échangés avec les batteries de la pointe Saint-Mathieu.
A 6 heures du soir, dit W. James, Tamiral Cornwallis rejoignit la flotte et fit connaître son intention d*attaquer le lendemain Tennemi à son mouil-
(1) Record Office, Channel Fleet.
(t) Lettre du capitaine Hallowol, commandant le Tigre, Britith Muséum, ▼ol. 34030.
lage ; il jeta donc Tancre un peu au Sud aes Pierres-Noires, la Ville-de-Paris les releTant au Nord 2 quarts Est, le phare Saint-Mathieu à l'Est-Nord^st et le Bec-du-Raz au Sud 2 quarts Est.
Le 22> à 4 heures du matin, Tescadre anglaise leva l'ancre et, par un temps brumeux et brise du Nord par l*Est, fit Toile les amures à bâbord vers Gamaret, en ordre de combat serré, la Ville-de-Parù en tête, suivie du César de 80, du Monfagu de 74. A 6 h. 30, la Parqxiette étant tout près, les Taisseaux Tirèrent successivement et, la brise se dissipant, on put yoir l'escadre française à l'ancre. A 8 heures, elle était sous voiles et pendant les vingt minutes suivantes, les navires anglais continuèrent à virer, puis firent route sous petites voiles. A 9 heures Vlndefatigable, qui se trouvait en tête, se trouva près du vaisseau de 80 Alexandre, monté par le contre-amiral Willaumez, qui conduisait la ligne française. A 9 h. 30» ce vaisseau lAcha une bordée sans effet contre Vlndefatigable qui riposta de ses pièces des gaillards, la portée étant trop grande pour les caronades. Vlndefatigable vira de bord et la Ville-de-Paris, suivie des vaisseaux, fit route vers l'ennemi qui fit demi-tour et se dirigea vers le goulet, comme s'il voulait éviter le combat. A 10 h. 45, le César et le Montagu sortirent de la ligne pour attaquer V Alexandre qui, avec le Foudroyant et V Impétueux formait l'arrière-garde française, et le feu commença à 11 heures entre la Ville-de-Paris, le César et le Montagu, d'une part, les trois vaisseaux français d'arrière-garde, les batteries de terre et les frégates Valeureuse et Volontaire de l'autre.
A il h. 30, la pointe Ouest de la Bertheaume restant à i mille et demi dans le Nord 2 quarts Est, l'escadre anglaise fit voile vers le large en ordre de combat, sous le feu des batteries de terre qui la couvrirent de boulets et d'obus jusqu'à midi un quart.
Les dommages causés à Tavant-garde britannique, surtout par les batteries, montrèrent combien ces dernières protégeaient efficacement le nouveau mouillage de la flotte française. A bord de la Ville-de-Paris, un obus éclata contre une ancre de salut, et un fragment pesant une livre et demie frappa l'amiral Cornwallis à la poitrine, un midshipman fut aussi blessé. La coque et le gréement furent atteints plusieurs fois. U en fut de même pour le César et le
Montagu, A bord de ce dernier vaisseau, il y eut 3 tués et 6 blessés Les
jours suivants, du 23 au 30» quelques navires français manœuvrèrent dans la baie, mais il n'y eut pas de sérieuse tentative de sortie générale »
Sans entrer dans le détail, le rapport de Ganteaumé confirme au moins que cet amiral ne crut pas devoir accepter le combat.
Rade de Bertheaame, à bord du Taisseaa Vlmpénalf le 4 fructidor
an xni (23 août 1805) (1).
Monseigneur,
J'ai l'honneur de vous rendre compte de nos mouvements dans la journée du 2. Les vents ont été au Nord-Nord-Est et au Nord, petit frais, temps brumeux.
(1) Archives de la Marine, BB»v, 224.
806 TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE XVin.
Dès le point da joar, renoemi, qui avait paisé la nuit ao aMmillage, a mil à la Toile ; noat apercerioDi 18 Taûteaiix» taYoir : iO Tiiaaeaax à trois ponts et 8 de 80 et 74 canoos. Vers 8 heures, j*ai fait appareiller tonte l'année; mon inteation était d*éYolaer dans la baie de Bertheanme et itaUemirt reimtmiàla voile si son projet était de nout attaquer,
J^avais chargé le contre-amiral Willaumes, eommandant Teseadre légère, de bien reconnaître le nombre et la forée de ces bâtiments.
A 10 h. 1/î, le gros de Tannée était par le traTers de Saint4fathieo» l'en* nemi Teniit à nons tous tontes Toiles. J'ai fiit signal à Tarmée de Tirer de bord ; à 11 heures, Tescadre légère a engagé TaTant-garde ennemie, dont l'A' bemia faisait partie.
Les Taisseaai V Alexandre et V Impétueux ont en 1 homme tué et 12 blessés. Nons sommes en ce moment au mouillage. L'armée ennemie eonrt an large ; elle a Uis»é les frégates à leur poste ordinaire.
Je suis aTec respect, Monseigneur, Totre très humble et très obéissant ser- Tîtcur.
GARTiAinau
Uamirsil Qànteaume, conseiller d'État, grand offloler de tune dee cohortes de Ist Légion d'honneur, oommMdMt l'Armée nàfàle impériale de r Océan, A Son Excellence le Ministre de la marine et des colonies,
A bord do Taitssao Yltnpérial, on rade de Bertheanme, le 10 frnctidor
an xm (28 août 1805) (1).
Le 8 et le 9 fructidor (26 et 27 août} les vents ont été faibles et changeants ; nous n'aTODs pas pu quitter le mouillage ; ce matin, Ters 7 heores, j*ai fait appareiller toute l'armée ; les rents étaient è l'Ouest, temps brumeux.
A peine étions-nous à la Toile que nous ayons entendu plusieurs eoups de canon. J'ai pensé que l'armée combinée poutait être aux prises ayee l'ennemi, et j'ai touIu être à portée de la secourir.
J'ai, en consi^quence, ordonné force de Toiles ; tous les Taisseaux se sont élevés bord sur bord et nous nous sommes STancés au large de la pointe Saint-Mathieu.
Avant 9 heures, on avait cessé de tirer; la brume commençait à se répandre et j'étais disposé à croire que les coups de canon qui s'étaient fait entendre n'étaient autre chose que les signaux de l'ennemi, qui a continué de tirer par bordées dans les temps brumeux.
J'ai cependant tenu l'armée à la Toile jusqu'à midi, mais la brume est devenue alors tellement épaisse, que nous perdions quelquefois de vue tous les vaisseaux qui nous environnaient. J'ai saisi le moment d'une éclaircie pour donner l'ordre de revenir à Berlheaume et peu de temps après tous les vaisseaux ont mouillé.
Je suis avec respect, Monseigneur, Totre très humble et obéissant senriteur.
Gàutbàuiib.
(1) Archives de la Marine, BB»», Ît4.
Or, Ganteaume pouvait et devait se croire autorisé par la lettre et les dépêches du 20 juillet, à sortir même au prix d'une bataille, s'il ne devait rencontrer que seize vaisseaux. On ne peut douter qu'il aurait risqué l'aventure si, avec vingt et un vaisseaux contre dix-sept, il s'était cru assez fort.
C'est avec une proportion de moyens d'actions à peu près pareille : vingt-deux vaisseaux contre vingt-neuf, que Calder était envoyé au-devant de l'armée combinée. Ayant, le 22 juillet, lutté, plutôt avantageusement, avec quatorze vaisseaux contre vingt, il est rien moins que certain qu'il dût être écrasé si une nouvelle rencontre avait eu lieu du 16 au 20 août. On a vu que la force de leurs vaisseaux et la confiance dans leurs amiraux et équipages faisaient, depuis longtemps, admettre aux Anglais qu'on pouvait rechercher le combat, quand on aurait deux vaisseaux contre trois* Trafalgar devait bientôt prouver, une fois de plus, ce qu'un tel calcul avait de réel.
Voici d'ailleurs, à ce sujet, l'opinion d'un marin français et d'un grand écrivain, l'amiral Jurien de la Gravière : « Si Villeneuve, écrit-il, .... eût rallié à Vigo la division Allemand, qui mouilla le 16 août dans ce port, il aurait eu la chance, en se portant sur Brest, de se croiser, sans le rencontrer, avec l'amiral Calder et de surprendre, à la tête de trentetrois vaisseaux (1), les dix-huit vaisseaux (2) de Cornwallis sous Ouessant. Û est plus probable cependant que Calder, qui reparut le 20 août devant le Ferrol, eût été informé, par les croiseurs anglais ou par les b&timents neutres, des mouvements de l'amiral Villeneuve. A cette nouvelle, Calder fût, sans doute, revenu brusquement sur ses pas et eût de nouveau rallié Cornwallis, ou, comme Nelson l'eût certainement fait à sa place, il eût poursuivi et harcelé l'armée combinée jusqu'aux atterrages. Dans ces deux cas, les craintes de Villeneuve et de Gravina se seraient infailliblement réalisées La jonction de Villeneuve et de Ganteaume se fût-elle, malgré tant de chances contraires, opérée sans combat, cinquante-
(1) Mexent, comme oa l'a tu, 29 seulement. (t) Idem, 17.
808 TROISIÈME PARTIB. — CHAPITRE XVIU.
cinq vaisseaux (i) eussent-ils été réunis devant Brest, qu'il restait encore à conduire ces vaisseaux dans la Manche .... Trente-cinq vaisseaux anglais (2) auxquels fussent venus, peutêtre, s'ajouter de nouveaux renforts, auraient-ils essayé de nous disputer le passage?. . . Ces vaisseaux, pleins de confiance et formés par deux années de croisière auraient-ils attaqué avec avantage une armée peu faite aux manœuvres d'ensemble et que des vents variables, des courants violents et irréguliers, des nuits déjà longues, auraient probablement empêchée de se concentrer. Pour Villeneuve, malheureusement, ces questions n'étaient plus douteuses ».
Elles ne peuvent l'être pour personne ayant fait une étude approfondie de cette lamentable histoire. Une bataille, du 16 au 25 août, sous Ouessant, eût été vraisemblablement la destruction de l'armée franco-espagnole (3).
(1) 50 seulement.
(t) 37 ou 39.
(3) Archives de la Marine, BB»', tti,
A bord du vaisseau VImpérial, en rade de Brest le 15 fructidor an xin
(\t septembre 1805).
J'ai reçu, après le départ du dernier courrier, votre lettre du 17 ; il me serait difficile de TOUS exprimer combien J'ai été satisfait d'apprendre par vous-même que l'état de votre santé s'était amélioré et que vous éties à même de supporter les fatigues de la route.
J'ai été, ainsi que vous, extrêmement inquiet sur le sort de nos cinq vaisseaux, aux ordre* du capitaine Allemand : mais, puisque cette esqiulre n'a point encore paru sur ces parages» il faut nécessairement qu'elle ait fait route pour tout autre port que celui de Brest.
Je partage également tous les regrets de Votre Excellence, relativement au parti qu'à pris l'amiral Villeneuve d'aller à Cadix, de préférence à Brest, quoique les nouvelles circonstances oit se trouve la France depuis peu de temps eussent suffi pour déranger le premier plan d^ opérations {sic). Nous ne devons pas moins être extrêmement attristés de n'avoir pu réussira opérer la réunion des escadres ordonnée par Sa Majesté. Je vois que ce fâcheux événement va nous obliger à changer notre système de guerre, puisque Votre Excellence me fait l'honneur de demander des projets de croisière et la liste des vaisseaux que je juge propres à ce genre de service.
Je ne peux, Monseigneur, répondre en ce moment à ce que vous me demandes ; je le ferai par des prochains courriers, et je me borne à vous annoncer que je ne puis pas avoir au delà de dix vaisseaux (sic) en état d'être envoyés en croisière. Et pour que ces vaisseaux puissent présenter toutes les espérances, je juge qu'il est indispensable de renouveler leur arrimage. Je vous prie donc, Monseigneur, de m'autoriser à faire entrer pour ce travail dans le port, au fur et à mesure, les vaisseaux que je viens d'avoir. Je vous ai adressé une pareille demande pour V Alexandre qui a besoin de changer son grand mât. Je vous prie de vouloir bien me répondre à cet égard. Je suis avec respect, Monseigneur,
votre très humble et très obéissant serviteur. Oàntiauicb.