‹ 1793-1805 (volume 3)Chapitre 70 sur 81 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

U a toigours été admis que la décision prise par Villeneuve de se porter sur Cadix au lieu d'aller à Brest, avait été la cause déterminante de l'abandon du projet de descente en Angleterre. Pour apprécier ce qu'il y a de fondé dans cette thèse historique, il suffit de rechercher quelle situation Tamirai aurait trouvée à Boulogne au moment où il pouvait y arriver.

Partie le 13 août du Ferrol, l'escadre franco -espagnole, supposée victorieuse sous Brest, ne pouvait parvenir à Boulogne avant le 25 août ou même le l^' septembre.

En efifet, le vent était contraire et l'on a vu que Nelson avait mis 6 jours à aller de la latitude du Ferrol à celle de Brest, et Calder, autant. La bataille sous Ouessant ne pouvait donc se livrer avant le 20 août. Employer cinq jours seulement pour parcourir toute la longueur de la Manche, doit être considéré comme le minimum excessif de ce qu'on pouvait attendre d'une navigation en escadre dans ces parages si difficiles.

C'est à partir du 15 août que commencent à arriver par l'Angleterre des renseignements nombreux qui ne permettent plus de douter que Nelson joigne ses forces soit à Calder, soit à Cornwallis.

Au vlce^amiral Decrèa (1).

Camp de Boulogne, t7 thermidor m xni(15 août 1805).

Je yiens d'ourrir votre coorrier de Paris. Il parait que le 49 il 7 avait 3 vaisseaux devant Rocbefort.

(1) Correspondance de Napoléon^ 9083.

Par les journaux anglais du 8 août, il paraîtrait que ce sont 3 yaisseaux de Calder. Ainsi VilIeneuTe a été bloqué du 14 au 19 thermidor (du 2 au 7 août), par 10 vaisseaux de guerre ; il en a 30 ; il sait qu'Allemand doit être là, et il Texpose seul à des forces supérieures. Il est dans Tordre des choses possibles qu*aTec une escadre de 5 vaisseaux d'un côté et 30 de l'autre, mes opérations soient déconcertées et mes escadres battues par 10 vaisseaux anglais. Il est constant que le 12 (Si juillet), et même le 15 (3 aoàt)^ Allemand était au cap Finistère (1); il est constant que le 19 (7 août\ Nelson était sur le cap Saint-Vincent (2), et il est constant que le i thermidor (23 Juillet), un aviso est parti de Tescadre de Galder pour appeler Nelson.

Il est possible qu'Allemand n'ait pas joint. Aurai-je donc 30 vaisseaux bloqués par 24? Car, en supposant Nelson arrivé, Tescadre ne sera que de 24 Taisseaux devant le Ferrol. Il est impossible d'avoir manœuvré plus mal que Villeneuve ne Ta fait ; il est cause des maladies de VAlgésiras et de V Achille et de la disette d'eau qu'ils ont éprouvée par le nombre d'hommes qu*il a gardés. Il a afiaibli mes colonies autant que possible, et enfin, avec 30 vais* seaux, il n'a pas le sens de marcher au secours de 5 qu'il sait être dans ces parages, de balayer l'escadre anglaise ; et, malgré les chances inconcevisdtles d^une navigation de cinquante-cinq jours et l'heureuse manœuvre de Nelson qui revient en trente Jours, Nelson se trouve hors de combat ainsi que GoUingwood.

Ce que Je trouve extraordinaire dans ceci, c'est que le lieu de rendex-vous d'Allemand du 4()<^53*' et 9^30'' est Justement le degré où s'est donné la bataille. Allemand était le 15 (3 août) au rendez-vous. S'il a eu le malheur de ne rien apprendre» il se rendra le 25 (13 août) à Vigo, d'où probablement il se rendra au Ferrol, si toutefois Villeneuve ne se laisse pas bloquer par une escadre moitié de la sienne. Il me semble quMl était tout simple que Villeneuve fût croiser avec ses vaisseaux devant le Ferrol . Il Yalait bien la peine de faire quelques mouvements pour sauver une escadre si importante. En se tenant ainsi, et lui expédiant 2 frégates, il en eût été Joint en peu de jours.

Napoléon.

Au vice-amiral Deorès (3).

. Camp de Botdogne, 30 thermidor an un (18 août 1805).

Les Journaux anglais du 14 août disent qu'une escadre de 4 vaisseaux, dont 1 k trois ponts, et de 4 frégates, a été, le 8 août, chassée par l'amiral Comwallis, et que deux des frégates de cette escadre ont eu un combat aveo la Dianay sans résultat ; mais que, par la supériorité de sa marchei elle avait échappé.

D'un autre côté, il paraît prouvé qu'elle était, le 15, au cap Finistère. Qu'aurait été faire Allemand à vingt-cinq lieues d'Ouessant ? Le second point de rendez^ous que vous avex donné à Allemand était-il si près ^

Napoléon.

(1) Exact.

(t) Douteux.

(3) Correspondance de Napoléon, 9000.

ÉPILOOtJE. 811

Le 22 août 8e^l6Inent parvint Tannonce du départ de Tarmée du Ferrol pour Brest. Ganteaume, qui le 20 a reçu une dépèche lui demandant s'il est à Bertheaume, reçoit par un télégramme et une lettre Tordre d'empêcher Villeneuve d'entrer à Brest.

L'Empereur au vice-amiral Ganteaume (1).

(Dépêche télëgnphiqtte).

Camp de Boulogne, t fructidor an xm (tO aoftt 1805).

Êtes-vous mouillé à Bertheaume ? Avez-vous reçu un courrier du Ferrol ? J'espère que tous sentez Timportance du moment et que vous connaissez ce que j*ai droit d'attendre.

• L'Empereur au vioe^amiral Ganteaume (2).

(Dépêche têMgraphiqiie).

Boulogne, le 4 fhietldor an xm (tt août 1605).

L'amiral VilleneuTe vient à Brest, avec Tintention d'y mouiller; ne le souffrez pas, mais partez tous ensemble pour votre destination. Il n*y a pas un moment à perdre.

Telle est mon intention, et je compte sur votre caractère.

Au vice-amiral Ganteaume (3).

Camp de Boulogne, 4 fructidor an xm (22 août 1805).

Monsieur le Tice-amiral Ganteaume,

M. le vice-amiral Villeneuve a appareillé du Ferrol le 22 thermidor, mais n'est effectivement parti que le 26, afin de vous rejoindre à Brest. D'^après ce que j'ai pu comprendre de ses dépêches, il me paraît quUI est dans l*intention de passer par le Ras. Il me parait aussi qu'il doute si» joint avec vous, il ne passera pas plusieurs jours à Brest pour se ravitailler. Je vous ai déjà fait connaître, par le télégraphe, que mon intention est que vous ne souffriez pas qu*il perde un seul jour^ afin que, profitant de la supériorité que me donnent 50 vaisseaux de ligne, vous mettiez sur-le^hamp en mer pour remplir votre destination, et pour vous porter dans la Manche avec toutes vos forces.

Je compte sur toi talents, votre fermeté et votre caractère dans une circonstance si importante.

(1) Correspondance de Napoléon, 0102.

(2) CorresponéUsnee de Napoléon, 9113.

(3) Correspondance de Napoléon, 9114.

Partez et venez ici. Nous aurons rengé six siècles d'insultes et de honte.

Jamais, pour un plus grand objet, mes soldats de mer et de terre n'auront

exposé leur Tie.

Napoléon.

Au vioe-suniral Villeneuve (1). .

Camp de Boulogne, 4 fructidor an xm (tt août 1805).

Monsieur le yice-amiral Villeneuve,

J'espère que tous êtes arrivé à Brest.

Partez et ne perdez pas un moment, et, avec mes escadres réunies, entrez dans la Manche.

L'Angleterre est à nous. Nous sommes tous prêts, tout est embarqué. Paraissez 24 heures et tout est terminé.

Napoléon.

Tout indique donc qu'à ce moment encore tEmpereur attend Villeneuve à Brest ; d'ailleurs, le 20, il a écrit à Decrès : « Je ne sais quelle sera Tissue de tout ceci ; mais vous voyez « que malgré tant de mauvais jeux et de circonstances dé- (( favorables, la nature du plan est foncièrement tellement « bonne que nous avons tous les avantages ». Il paratt donc plein de confiance et d'impatience.

Néanmoins il ne peut négliger l'hypothèse dans laquelle Villeneuve serait allé à Cadix, puisque ses propres instructions en ont admis la possibilité.

Au vice^amiral Deorèa,

Camp de Boalogne, 4 fructidor an xm (tt août 1805).

Monsieur Decrès,

Je TOUS prie de m'enyoyer, dans la journée de demain, un mémoire sur .cette question :

Dans la situation des choses, si Vamiral Villeneuve (sic) à Cadix, que faut-il faire ? Élevez-yous à la hauteur des circonstances et de la situation où se trouTent la France et T Angleterre.

Ne m'écrivez plus de lettres comme celle que yous m*aTez écrite, cela ne signifie rien. Pour moi, je n'ai qu'un besoin, c'est celui de réussir.

Napoléon.

(1) Correspondance de Napoléon, 9115. Parti le 13 août do Ferrol, VilleneuTe poQTait, en effet» être le tt à Brest.

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