‹ 1793-1805 (volume 3)Chapitre 71 sur 81 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Au viœ^amhal Deorèa (i).

Camp de Boulogne, 4 fnietidor an xiii (2t août 1805).

Monsieur Decrès,

Je TOUS renvoie yotre courrier. J'estime que VilleneuTO n'a pas le caractère nécessaire pour commander une frégate. C'est un homme sans résolution et sans courage moral. 2 yaisseaux espagnols se sont abordés, quelques hommes sont tombés malades à bord de ses vaisseaux ; joignez à cela une contrariété de deux jours dans les vents; un bâtiment ennemi qui est venu Tobserver, un bruit que Nelson est réuni à Galder, et ses projets sont changés, lorsque, isolément, ces objets les uns auprès des autres ne sont rien.

Ce qu'il y a surtout d'impertinent, c'est que, dans une expédition aussi composée, il ne donne aucun détail, ne dit pas ce qu'il fera, ce qu'il ne fera pas. C'est un homme qui n'a aucune habitude de la guerre et qui ne la sait pas faire. Si Nelson avait joint Calder, et qu'il se crût en force, il se serait présenté devant le Ferrol ; cela est une chose assez simple.

Vous savez que les journaux anglais disent que Nelson a été aux Canaries. Dans cette situation de choses, il faut renvoyer un courrier extraordinaire à Brest pour instruire l'amiral Ganteaume, et lui ordonner que, si Villeneuve parait devant Brest par le Raz, il ait à ne pas le laisser entrer, à prendre le commandement de l'armée navale et à appareiller pour se rendre devant Boulogne.

Si Villeneuve a été à CadiXy mon intention est qu'il se rende dans la Manche, après avoir réuni les 6 vaisseaux qui s'y trouvent et pris deux mois de vivres. S'il est possible de réunir l'escadre de Cartfiagène, qu'il le fasse.

Je vais faire ma dépêche à Ganteaume et prendre mon décret; je vous les enverrai dans un quart d'heure. J'attendrai, pour faire ma dépêche de Cadix, l'arrivée du courrier de demain.

Quant aux croisières, je ne conçois pas ce degré d'imbécillité de les faire partir avec moins de six mois de vivres.

Napoléon.

Cela paraît donc formel ; aux yeux de l'Empereur la campagne n'est pas du tout manquée parce que Villeneuve sera allé à Cadix se renforcer des vaisseaux espagnols. Et pourtant, dans cette hypothèse, l'escadre ne sera pas à Boulogne avant le milieu de septembre, au plus tôt.

Ce qui achève de le montrer ce sont les objections de Decrès au projet de persévérer après cette jonction faite à vouloir marcher sur Brest.

(1) Correspondance de Napoléon, 01 lit*

814 TROISIÂMB PARTIB. — CHAPITRE XIX.

n août 1805.

Je me suig mis aux pieds de Votre Majesté pour la supplier de ne pas associer aux opérations de ses escadres les vaisseaux espagnols. Loin d'avoir obtenu quelque chose à cet égard, Votre Majesté entend que cette association s'accroisse des vaisseaux de Cadix et de ceux de Garthagène.

Elle Teut que, avec une pareille agrégation, on entreprenne une chose très difflcile en elle-même et qui le devient da?antage ayec les éléments dont Tarmée se compose, avec Tinexpérience des chefs, leur inbabitude du commandement et les circonstances enfin que Votre Majesté connaît comme moi-même et quMl est superflu de retracer.

Dans cet état de choses, où Votre Majesté compte pour rien mon raisonnement et mon expérience, je ne connais pas de situation plus pénible que la mienne. Je désire que Votre Majesté veuille bien prendre en considération que je n'ai d'intérêt que celui de son pavillon et Thonneur de tes armes ; et ii ion escadre est à Cadix, je la supplie de considérer cet événement comme un arrêt du destin, qui la réserve à d'autres opérations. Je la supplie de ne point la faire revenir de Cadix dans la Manche, parce que ce ne sera qu'avec des malheurs que s*en fera la tentative en ce moment» Je la supplie surtout de ne pas ordonner qu'elle tente cette traversée avec deux mois de vivres, parce que M. d'Estaing a, je crois, mis soixante-dix ou quatre-vingts jours pour venir de Cadix à Brest (et peut-être plus).

Si ces prières que j'adresse à Votre Majesté ne lui paraissent d'aucun poids, elle doit juger ce qui se passe dans mon cœur.

C'est surtout dans ce moment où je puis arrêter rémission d'ordres funestes, selon moi, au service de Votre Majesté, que je dois insister fortement. Puisseje être plus heureux, dans cette circonstanco, que je ne Tai été précédemment.

Mais il est malheureux pour moi de connaître le métier de la mer, puisque cette connaissance n'obtient aucune confiance et ne produit aucun résultat dans les combinaisons de Votre Majesté. En vérité, Sire, ma situation devient trop pénible. Je me reproche de ne savoir pas persuadé Votre Majesté. Je doute qu'un homme y parvienne. Veuillez, sur les opérations de mer, vous former un conseil, une amirauté, tout ce qui pourra convenir à Votre Majesté. Mais, pour moi, je sens qu'au lieu de me fortifier, je faiblis tous les jours. Et il faut être vrai, un ministre de la marine, subjugué par Votre Majesté en ce qui concerna la mer, vous sert mal et devient nul pour la gloire de vos armes, s'il ne lui devient nuisible.

Ce serait donc à Decrès qu'on devrait attribuer à ce moment Tabandou du grand projet d'entrée dans la Manche, si ce ministre avait eu la moindre influence sur Napoléon.

Mais, en vérité, dès ce moment TEmpereur ne comptait plus faire la descente ; car, si même Villeneuve avait paru en vainqueur le 25 août devant Boulogne avec 50 vaisseaux, il n*y avait plus moyen d'enlever à la défense des frontières de terre les 150,000 soldats des camps de la MauchCé

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