ÉPILOGUE
Troii jours après la lettre personnelle de l'Empereur d'Autriche à Napoléon, en date du 23 janvier et qui fut, on s'en souvient par ses effets, considérée comme sincère, la cour de Vienne était entrée en relations fermes avec la Russie, alliée avec la Suède le 14 janvier et qui devait signer un traité avec TAngleterre le 11 avril (1). 11 ne s'agissait de rien moins que de « réduire la France à ses anciennes limites ». Les négociations, peut-être activées par la nouvelle que Napoléon s'était fait décerner le 17 mars la couronne d'Italie, ne traînèrent guère, car le traité du 11 avril vise les engagements antérieurs déjà pris par l'Autriche envers la Russie pour l'organisation d*un contingent de 2S0,000 hommes, tandis que les Russes doivent envoyer 60,000 hommes vers la fi?ontîère autrichienne et 80,000 hommes vers celle de Prusse. Les préparatifs militaires de l'Autriche reprennent donc de plus belle et un plan de campagne est arrêté le 16 juillet entre le russe Winzingerode et les autrichiens Mack et Schwartzemberg.
On ne peut nier que Bonaparte ait manifesté très longtemps la plus grande confiance dans le maintien de la paix continentale ; cependant, dès le 20 mars, il a envoyé des espions en Russie (2) pour se tenir au courant des mouvements de troupes ; en avril et surtout à partir de mai, il a reçu de ses agents les renseignements les plus certains touchant les préparatifs de l'Autriche ; le i juin, il a annexé Gènes sans pouvoir douter de l'impi^ession que devait produire cet acte auprès de ses ennemis. Enfin, à partir du 12 mars, il a poussé
(1) Toate cette histoire a été complètement exposée dans l'ouvrage de MM. Colin et Alombert : Campagne de 1805. ,
(2) Minute de la lettre écrite par le Ministre de la guerre
à M. le maréchal Bemadotte, commandant en chef formée du Hanovre.
% gtrminal an xin (tS man 1805).
Moogienr U Maiéehal,
J'ai l'honneur de rous préTenir que llntantion de l'Bmpereur est que, sous dliTérenta prétextes, vous fassles voyager des individus intelligents dans les provinces polonaises russes, afin que vous soyez constamment informé des mouvements des troupes russes^ vous devez mémo faire constater le nombre de ces troupes qui existe en ce moment dans ces provinces, afin que si elles étaient renforcées, vous fussiez à même d'en être Instruit promptement par la comparaison.
Je vous prie, Monsieur le Maréchal, de m'informer an résultat des mesures que tous aurez prises pour remplir sur cet objet les intentions de Sa Msjesté.
816 TROISléUB PARTIE. — CHAPITRE XIX.
avec actî^îté un traité d'alliance avec la Bavière et le souci qu'il prend d'empêcher absolument l'Électeur de rester neutre montre clairement, qu'avant peu, il s'attend à opérer sur son territoire.
Dès le 15 juillet, l'attitude de l'Autriche est devenue si manifestement hostile qu'on ne peut plus feindre de l'ignorer et Talleyrand reçoit le 31 l'ordre de préparer une note qui, expédiée le 3 août (1), contient une menace formelle. « L'atti- « tude de l'Autriche, dit l'Empereur, fait une véritable diver-
« sion en faveur de l'Angleterre Dans timpossibilité de
« soutenir la guerre maritime^ il (Napoléon) marchera pour « pacifier entièrement l'Autriche, v Le 8, il fait à la Prusse l'oflEre ferme du Hanovre. Le iS (2), il fait dire à son Ministre des affaires étrangères cette phrase typique : « Déjà il (Napo* léon) A SUSPENDU rexécution de ses projets d'hostilité, et il a compris qu'il ne pouvait se porter en Angleterre avec 150,000 hommes lorsque ses frontières du midi étaient menacées ». Le 16, Talleyrand doit présenter à Cobentzel un ultimatum formel (3) le prévenant que si l'Autriche ne désarme pas, trois semaines après la réponse de Vienne « il sera avec « 200,000 hommes en Bavière ».
Le lendemain du jour où il prévoit que l'arrivée de Villeneuve à Cadix ne l'empêche pas de se rendre ensuite dans la Manche, il écrit à Talleyrand ce qui suit :
A M. Talleyrand (4).
Camp de Boologne, 5 fructidor an xni (23 août 1805). Monsieur,
Plus je réfléchis à la sitmition de TEurope, plus je vois qu'il est urgent de prendre un parti décisif. Je n'ai, en réalité, rien à attendre de l'explication de rAutriche. Elle répondra par de belles phrases et gagnera du temps, afin que je ne puisse rien faire cet hi^er; son traité de subsides et son acte de coalition seront signés cet hiver, sous le prétexte d'une neutralité armée, et, en airril, je trouverai 400,000 Russes en Pologne, nourris par l'Angleterre, avec lee
(1) Correspondance de Napoléon, 0032 et 0038.
(2) Correspondance de Napoléon, 0070.
(3) Lettre à Talleyrand du 16 août.
(4) Correspondance de Napoléon, 0117.