‹ 1793-1805 (volume 3)Chapitre 77 sur 81 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

les plus distinguées n'attendent que la première action d'éclat qut signalera votre courage.

Je TOUS réitère, Monsieur rAmiral, Texpression de tous les sentiments que je TOUS ai Toués.

La lettre du Ministre doit être rapprochée de celle du 4 septembre, où pour la première fois TEmpereur manifeste son impression des nouvelles reçues de son escadre.

Au Wce-am/ra/ Decrès (1).

La Malmaison, 17 fractldor an xui (4 septembre 1805). Monsieur,

Je TOUS renToie tos lettres. L'amiral Villeneuve vient de combler la mesure ; il donne j à son départ de Vigo, V ordre au capitaine Allemand d'aller à Brest et vous écrit que son intention est d'aller à Cadix (sic). Cela est certainement une trahison. Voilà V escadre d Allemand, fortement compromise, qui va errer plusieurs mois sur les mers. Gela n*a plus de nom. Faites-moi un rapport sur toute l'expédition. Villeneuve est un misérable qu'il faut chasser ignominieusement. Sans combinaisons, sans courage, sans intérêt général, il sacrifierait tout pourTU qu'il sauve sa peau. Car enfin, le 26 thermidor y il était encore aux atterrages du Ferrol ; il savait que le capitaine Allemand devait être leiS à Vigo (2) : il devait donc considérer la jonction comme faite. Bien loin de là, il vous écrit le 26 qu'il va à Cadix (?), et le 26 il laisse courir les dépêches qu'il avait faites avant, dans lesquelles il dit qu'il va à Brest, et compromet ainsi le salut d'une escadre aussi considérable que celle du capitaine Allemand, comme il a perdu par sa faute et sa lâcheté cette pauvre « Bidon » (?) Je suis obligé de reconnaître, après cela, que Missiessy est un héros. Rien n'est comparable à l'ineptie de Villeneuve. Je désire avoir un rapport sur toutes ses opérations : i^ Jl a pris une peur panique et n'a point débarqué à la Martinique et à la Guadeloupe le 67* et les troupes que l'amiral Magon avait à bord; 2<* Il a exposé nos colonies en ne renvoyant que par quatre frégates i,200 hommes de l'élite des garnisons; 3» Il s'est lâchement comporté, dans le combat du 3, en ne réattaquant pas une escadre dégréée, qui avait deux vaisseaux à la traîne ; 4® Arrivé au Ferrol, il a laissé la mer à l'amiral Calder, quand il attendait une escadre de 5 vaisseaux, et n'a point croisé devant le Ferrol jusqu'à l'arrivée de cette escadre ; 5® Il a été instruit que Tescadre Toyait des Taisseaux ennemis mener la frégate la Didon à la remorque, et il n'a point fait chasser ces vaisseaux pour dégager la frégate; 6® // est parti le 26 et, au lieu de venir sur Brest, il s'est dirigé sur Cadix, violant ainsi ses instructions positives (?) Enfin, il a su que l'escadre du capitaine Allemand devait venir le 25 thermidor à Vigo (?) prendre des ordres, et, le 26, il a appareillé du Ferrol sans donner de nouveaux

(Il Correspondance de Napoléon, 0179.

(2) Très douteux.

ordres à cette escadre, lui ayant au contraire fait remettre au Ferrol des instructions toutes opposées qui compromettent cette escadre, puisqu'elle avait ordre de se rendre à Brest, tandis que lui, Villeneuve, allait à Cadix.

Napoléon.

On a VU que tous ces griefs ne sauraient être appréciés de la même manière. Mais chose singulière, ce n'est pas encore là qu'apparaît la légende, devenue l'histoire , de Villeneuve faisant, par sa marche sur Cadix, manquer l'invasion de l'Angleterre. Cela ne va pas tarder d'ailleurs, car le 8 septembre, pour la première fois, le reproche prend corps.

Au vioe^amirai Decrèa (i).

Saiût-Cloiiâ, 21 ft'aetidor an xm (8 sdptembre 1805).

Je me dispense de tous dire tout ce que je pense de la lettre que tous m*écrivez (4). Il s'ensuit donc de ce qu'un Tnisseau espagnol a eu un m.\t de

(1) Correspondance de Napoléon, 0100.

(t) Probablement le rapport saWant :

Rapport de Decrés*

n paraitrait qu'après le combat (da f2 juillet) il (Villenenye) a été réellement forcé d'entrer à Vigo le 9 thermidor (28 juillet), soit en raison des vents contraires, soit parce qu'il avait un gand nombre de malades sur plusieurs de ses vaisseaux, enfin parce que d'autres manquaient absolument d'eau,

A l'entrée à la Corogne, U recevait les instructions du t7 messidor (16 juillet) qui lui défendaient expressément d'entrer au Ferrol ; il vint mouiller à la Oorogne sans avoir pu en prévenir à temps l'amiral Oravina qui entrait alors au Ferrol.

Son désespoir est marqué dans toutes les expressions d'une de ses lettres particulières du 7 août. L'amiral Gravina partageait ses sollicitudes

Le 22 thermidor (10 août), Tarmée appareille, plusieurs vaisseaux s*abordent,

éprouvent des avaries^ de nombreuses découvertes absorbent les mouvements ennemis. L'amiral apprend que Oalder et Nelson se réunissent, ses anxiétés redoublent» il n'a que quarante jours de vivres. Il restfi dans la baie jusqu'au 25 (13 août). Enfin, après avoir donné connaissance au capitaine Allemand du projet qu'il paraissait avoir dès lors de se rendre à Cadix (ces mots sont barrés sur la minute), il prend la mer et se dirige d'abord à l'ouest-nord-ouest et le 25, il se décide à faire route sur Cadix.

U semblerait, par la correspondance du vice-amiral Villeneuve que dès le 23 (U août), il avait pris cotte détermination, mais il était parvenu à un tel degrd de découragement et d'inquiétude qu'on n'aperçoit plus que des irrésolutions dans sa conduite. Son moral était tellement oifecté qu'il n'a pu faire (la minute porte : a négligé de faire) connaître au commandant Allemand la marche qu'il devait faire. Il n'était plus en état de le savoir luimême.

Ainsi quoi qn'il ne put ignorer qne le capitaine Allemand aérait à ?igo

ÉPILOOtTB. 8Î7

hune cassé e% qu'un vent du nord a soufflé, ce qui n'est pas rare à la mer, que je dois aToir 5 iraiMeaux pris et MON expédition manquéb ! Gela n'est pas exact. Après aToir lu les dépêches de YilleneuYe, irous n'arei jamais dû penser qu'il ylnt à Brest. H tous écrifait : k Je vais à Cadix »; et Lauriston, qui a été trompé, qui m'écrivait le 26 thermidor : « Nous allons enfin à Brest », m'écrit de Cadix que la première chose que lui dit TArairal en mettant à la voile fût : « Nom allons décidément à Cadix; je l'ai écrit au Ministre ». Je déshreraisvoir justifier Villeneuve ; jusqu'à ce que vous ayez trouvé quelque chose de plausible, je vous prie de ne me point parler d'une affaire si humiliante et de ne point me rappeler le souvenir d'un homme aussi lâche. Dans tous les pays du monde, une escadre de 40 vaisseaux ferait huit cents lieues pour sauver 6 vaisseaux. Mais qu'importe à Villeneuve qu'Allemand $oit perdu ? Il n^y

est paê.

Napoléon.

Enfin le 13, apparaît Thistoire faite, après coup, du grand projet, présenté comme bâti de toutes pièces, infaillible, et que la lâcheté ou la trahison d'un seul a fait échouer.

le 25 (sic), il n'a rien ajouta aux ordres <ia*il loi avait antérieurement expédiés de la Oorogne par la frégate la Didon ; ces ordres, au sorplos, prévoyaient jusqu'à un certain point le cas oii l'armée se porterait sur Cadix.

Le général Villeneuve avait ordre, dans le cas oii il se dédderait à faire routa sur ce port, de destiner une partie de son escadre à nne expédition partioulière, de fiire passer à Rochefbrt quelques vaisseaux et de n'en conduire à Cadix qu'un certain nombre. Les motifs qu'il fait valoir pour justifier le parti qu'il a pria de tout emmener avec lui paraissent assez plausibles ; mais on observe qu'à son départ de la baie d'Ares, il était encore dans l'incertitude de la route qu'il allait faire et, conséquemment, il ne devait point alors affaiblir ses forces.

Deux circonstances sont remarquables dans sa navigation du Perrol sttr Cadix.

La première est l'apparition d'un vaisseau et d'une frégate ennemis, remorquant une frégate démâtée qui était très probablement la Didon, Le vice-amiral Villeneuve pouvait* il poursuivre ces bâtiments ? Telle est la question qui se pose. Il est constant qu'ayant à la remorque une fk^gate démâtée, il leur était impossible de conserver leur proie. D'un autre cAté, l'Amiral dit que VHortense a eu connaissance de ces bâtiments dans une chasse prolongée et ne donne pas d'autres détails. De sorte qu'on pourrait supposer qu'avant que VHotiente eût rallié l'armée» ou qu'on eût aperçu ses signaux et qu'on se fut mis en devoir de poursuivre Tennemi, l'année n'était plus en position de le faire. Il faudrait, pour juger ce fait, avoir les journaux sous les yeux.

L'autre circonstance est celle où l'escadre légère a chassé plusieurs bâtiments de guerre sur le cap Sainte-Marie et où une frégate signala une escadre sur les derrièi*es de l'armée. On voit que le général Villeneuve diminua de voiles pendant la nuit pour rallier des vaisseaux arriérés et on pourrait lui reprocher cette manœuvre.

Mais l'Amiral devait-il se livrer à la poursuite de l'ennemi, au risque de voir son escadre dispersée et peut- être compromise. Avait-il assez de vaisseaux bien équipés et bon marcheurs pour entreprendre cette chasse ? C'est encore ce qu'on ne peut juger par la simple correspondance.

{Archives de la Marine, BBi^, t80.)

Note pour le Ministre de la marine (i).

Saint-Cload, 26 fraetidor an xm.

Quel a été mon but dans la flottille de Boulogne ?

Art. d«'. — Je voulais réunir 40 ou 50 vaisseaux de guerre dans le port de la Martinique, par des opérations combinées de Toulon, de Cadix, du Ferrol et de Brest; les faire revenir tout d'un coup sur Boulogne; me trouver pendant quinze Jours {sic) maître de la mer; avoir 150,000 hommes et 10,000 chevaux campés sur cette côte, 3,000 ou i,000 bâtiments de flottille et, aussitôt le signal de TarriTée de mon escadre, débarquer en Angleterre, m'emparer de Londres et de la Tamise. Ce projet a manqué de réussir. Si Vamiral Villeneuve, au lieu d'entrer au Ferrol, se fût contenté de rallier l'escadre espagnole et eût fait voile pour Brest pour s'y réunir avec Vamiral Ganteaume, mon armée débarquait et c'en était fait de l'Angleterre,

Art. 2. — Pour faire réussir ce projet, il fallait réunir 150,000 hommes à Boulogne, y avoir 4,000 bâtiments de flottille, un immense matériel ; embarquer tout cela et pourtant empêcher Venneyni de se douter de mon projet, cela paraissait impossible. Si fy ai réussi, c'est en faisant Vinverse de ce qu'il semblait qu'il fallait faire.

Si 50 vaisseaux de ligne devaient venir protéger le passage de Tannée en Angleterre, il n'y avait besoin d'avoir à Boulogne que des bâtiments de transport ; et ce luxe de prames, de chaloupes canonnières, de bateaux plats, de péniches, etc., tous bâtiments armés, était parfaitement inutile. Si j'eusse ainsi réuni 4,000 bâtiments de transport, nul doute que l'ennemi eût vu que f attendais la présence de mon escadre pour tenter le passage; mais en construisant des prames et des bateaux canonniers, en armant tous ces bâtiments, c'étaient des canons opposés à des canons, des bâtiments de guerre opposés à des bâtiments de guerre et l'ennemi a été dupe. Il a cru que je me proposais de passer de vive force, par la seule force militaire de la flottille. L'idée de mon véritable projet ne lui est point venue ; et lorsque, les mouvements de mes escadres ayant manqué, il s*est aperçu du danger qu'il avait couru, l'effroi a été dans les conseils de Londres, et tous les gens sensés ont avoué que jamais l'Angleterre n'avait été si près de sa perte.

Que convient-il de faire aujourd'hui de la flottille de Boulogne ?

Art. 3. — Le projet a été démasqué; l'ennemi voit que le plan était d'arriver sous la protection de mes escadres. Les travaux faits à Boulogne et aux ports de Wimereux et Atnbleteuse, qui lui sont parfaitement connus, lui ont prouvé, cTailleurs, que la flottille ne peut appareiller dans une seule marée et qu'elle ne saurait passer un coup de vent dans la rade de Boulogne. Dès lors, l'Angleterre n'a plus la crainte que la flottille veuille passer par ses propres forces, puisque les combinaisons de l'amiral Villeneuve ont prouvé que j'attendais son arrivée pour passer, et que la connaissance de la côte lui a montré l'impossibilité de faire sortir la flottille dans une seule marée. Aussi, depuis ce temps, les

(1) Correspondance de Napoléon, 9209.

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