‹ 1793-1805 (volume 4)Chapitre 2 sur 65 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Les vaisseaux de votre escadre ont six mois de vivres; ils doivent également être approvisionnés de rechanges de voiles, agrès et munitions de guerre. Il faut qu'ils puissent tenir la mer pendant quatre mois sans relâcher dans aucun port.

Peut-être n'avez-vous de l'eau que pour trois mois ; dans ce cas, vous en prendrez pour un quatrième mois, dussiez-vous débarquer le sixième de vos vivres, et convertir en eau-de-vie et en biscuit une partie du vin et du pain frais qu'il est d'usage de distribuer aux équipages ; C4ir il est essentiel que vos vaisseaux ne soient pas encombrés et qu'ils ne perdent pas leurs qualités naviguantes

Vous devez, au contraire, vous efforcer de faire acquérir à votre escadre le plus de légèreté et d'ensemble possible par des dispositions uniformes et convenables sur l'arrimage, l'installation, la voilme et le gréement des vaisseaux qui la composent.

Vous interdirez avec la terre toute communication autre que celles indispensables au service de l'escadre, et vous occuperez, matin et soir, vos équipages aux exercices de la manœuvre et du canon, chaque homme au poste et dans l'emploi auxquels il aura été destiné par les rôles de manœuvre et de combat.

Ces dispositions pouvant faii*e croire à l'ennemi que l'escadre est sur le point d'entreprendre quelque expédition et le déterminer à resserrer sa croisière, vous ferez en sorte : 1® de le jeter dans Tincei-tilude sur ce point; 2» de le tromper entièrement sur la destination de l'escadre.

Pour qu'il doute si votre intention est réellement d'appareiller ou seulement d'en faire le semblant, chaque fois que l'ennemi sei*a à vue, vous ferez hisser les huniers — à tète des mâts, et, si le temps le permet, vous ferez effectivement appareiller un nombre quelconque de vaisseaux et frégates, lesquels, après avoir couru jusqu'au point que vous jugerez convenable, devi-ont rentrer avant d'y avoir été contraints par le fait de l'ennemi. Cette manœuvre, souvent répétée par des détachements tantôt moins, tantôt plus forts, pourra le déterminer à s'éloigner, sm*tout s'il se croit bien informé de la destination ultérieure de notre escadre.

Pour lui donner le change à cet égard, vous ferez rechercher et embarquer des pilotes pratiques des ports de Sicile. Vous demanderez également et vous embarquerez des pilotes ayant été en Egypte sur l'escadre de l'amiral Bruix.

Si TOUS pensiez que ces dernières dispositions ne pussent être connues de Tennemi, il vous serait facile de les lui faire connaître d'une manière indirecte. Vous pourriez, par exemple, écrire au commissaire de marine, en Corse, pour lui ordonner de vous envoyer tous les pilotes de cette lie qui auraient été employés dans l'expédition d'Egypte, et vous feriex partir le bateau porteur de votre dépêche dans des circonstances telles qu'il ne pût éviter de tomber au pouvoir de l'ennemi.

Enfin, les vents étant favorables et la sortie libre, vous attendrez l'entrée de la nuit pour faire appareiller toute votre escadre ; vous la iVumin'z dans le moindre espace possible, et vous ferez la route la plus directe et la plus prompte pour sortir de la Méditerranée.

Il est possible que vous trouviez devant Cadix quelques croiseurs ennemis; dans ce cas, et si vous ne pouviez vous en emparer sans vous éloigner de ce point, vous vous bornerez h les faire chasser par une partie de votre escadre, de manière à les écarter assez pour qu'ils ne puissent pas vous observer dans votre navigation ultérieure.

A votre passage devant Cadix, vous ferez le signal de ralliement au vaisseau le (en blanc dans la minute : c'est V Aigle ...., qui, à la faveur du même vent qui vous aura fait passer le détroit, soi-tira aussitôt et se rangera sous votre pavillon.

Si, par un changement subit de vent, vous jugiez que ce vaisseau ne piU point sortir de Cadix dans le jour, et qu'il fallût compromettre votre mission pour l'attendre, vous continueriez votre route.

Soit que vous ayez rallié ce vaisseau ou que vous ayez été forcé de le laisser à Cadix, vous vous écarterez le plus directement possible de la côte jusqu'à trente lieues au large, et vous dirigerez votre route de manière à parcourir les côtes d'Espagne et de Portugal, et à doubler le cap Finistère à la même distance de trente lieues.

Si, dans ce trajet, les vents vous étaient contraires et qu'il vous fallût louvoyer, vous combineriez vos l)ordées de manière à ne jamais vous approcher à moins de vingt-cinq lieues de la terre.

Au moyen de vos frégates, vous ne permettrez à aucun bâtiment de prendre connaissance de l'escadre au point de distinguer à quelle nation elle appartient.

Vos frégates devront toujours arraisonner (5/r) en anglais les bâtiments neutres, et les forcer à prendre une route qui les détourne de celle de l'escadre.

Elles ne les visiteront que dans le cas d'une forte suspicion qu'ils sont anglais.

Lorsqu'elles feront des prises, elles en retireront les équipages avec la plus grande célérité, et couleront les bâtiments captun^s — sans qu'elles puissent s'en dispenser par le prétexte de la valeur des cargaisons.

Quant aux bâtiments de guerre que vous pourriez rencontrer, il importe essentiellement qu'ils ne puissent reconnaître la force et la direction de l'escadre, ni l'observer en suivant sa route.

11 appartient h votre expérience de déterminer, pour leur faire perdre vos traces, telles manœuvres que pourront exiger votre position, celle de l'ennemi, l'état du temps, les vents régnants et les parages où ces rencontres auraient lieu.

Lorsque vous aurez doublé le cap Finistère, c'est-à-dire lorsque vous vous trouverez nord et sud de ce cap, si vous avez pu vous maintenir à la distance qui vous a été prescrite, vous ferez valoir votre route nord-nord-est corrigé, pour passer à trente lieues au moins du Ferrol, devant lequel se trouve une escadre ennemie à laquelle il vous importe de dérober la vue de la vôtre.

Si, par des circonstances quelconques, vous vous trouvez, en doublant le cap Finistère, à une distance plus grande ou moindre que celle qui vous est prescrite, vous feriez la route la plus convenable, soit en vous rapprochant, soit en vous éloignant de terre, pour passer à trente lieues au large de Cizargue et du cap Prior, qui sont alternativement les points fixés de la croisière ennemie, selon que les vents participent du nord ou du sud.

Dès que vous aurez amené le cap Prior au sud-est corrigé, vous dirigerez votre route de manière à vous porter le plus directement possible à l'ouvert du pertuis d'Antioche : les vents qui régneront alors détermineront s'il convient d'atterrir au sud ou au nord de ce pertuis.

Vous aurez tr^s probablement connaissance d'une escadre ennemie destinée à bloquer celle du vice-amiral Villeneuve, au mouillage de l'Ile d'Aix.

Cette escadre, bien inférieure à la vôtre, prendra sans doute chasse dès qu'elle vous aura aperçu.

Si les vents soufflaient dans une direction qui ne permit pas au vice-amiral Villeneuve de sortir, vous chasseriez l'ennemi de manière à le persuader que vous n'avez pas d'autre mission que de le poursuivre ; et cependant, aussitôt que la nuit serait faite, vous vous reporteriez à l'ouvert des pertuis.

Si, contre toute vraisemblance, l'ennemi poussait sa sécurité au point de se laisser surprendre d'assez près pour ne pouvoir plus éviter le combat, vous l'attaqueriez de la manière la plus convenable pour faciliter au vice-amiral Villeneuve le moyen de se joindre à vous pendant l'action. La défaite prompte et complète de l'ennemi serait le résultat nécessaire d'une telle manœuvre.

Mais, soit qu'il ait d'abord pris chasse et que vous l'ayez poursuivi comme il est dit ci-dessus, ou soit qu'il se soit laissé surprendre à l'ouvert des pertuis, TOUS aurez soin de détacher une ou plusieurs frégates pour faire le signal de ralliement au vice-amiral Villeneuve et même pour lui en porter l'ordre.

DELiaÈME PARTIE.

Dès que celui-ci se sera rangé sous votre pavillon, et que vous aurez mis l'ennemi dans l'impossibilité de vous observer, vous prendrez la bordée qui vous portera le plus directement à cinquante lieues dans l'ouest, et vous dirigerez ensuite votre route pour vous mettre par la latitude septentrionale de 48® 30' et par la longitude occidentale, méridien de Paris, de 12®. Ce point vous place sur l'abord méridional du banc de la Petite-Sole.

Depuis votre départ de Toulon, votre escadre ayant été augmentée de six

vaisseaux de ligne et de (en blanc sur la minute) frégates ou corvettes dont

vous trouverez ci-joint l'état nominatif ; votre nouvelle ligne de bataille aura dû être distribuée sous cachet à chacun des bâtiments de l'escadre, loi-s du départ de Toulon, pour être décachetée lorsque vous en ferez le signal, et vous aurez également eu soin de faire remettre par vos frégates, aux vaisseaux que

TOUS aurez ralliés, cette nouTelle ligne de bataille, ainsi que vos cahiers de signaux, séries de pavillons, et les divers règlements qui seraient en usage à bord des vaisseaux qui composaient votre escadre avant la réunion des autres.

Dans votre trajet des pertuis au point de fh)isière qui vient de vous être tracé, si vous éprouvez des vents contraires, vous aurez l'attention de faire de très courtes bordées, afin de vous maintenir dans une zone étroite de navigation et d'éviter de tomber dans des parages plus fréquentés que la ligne de route qui vous est prescrite.

Vous agirez, à Tégard des bâtiments ennemis ou neutres que vous pourriez rencontrer, de la même manière qu'il a déjà été dit dans le cours de ces instruirons.

RenAti à votre station, que vous devez considérer comme le point central de votre croisière, vous pourrez en parcourir les rayons indistinctement dans une étendue de vingt lieues. Cette faculté vous donne un espace de quarante lieues dans tous les sens, pourvu que votre ligne de route ou bordée passe par le point de section du méridien et du parallèle qui sont assignés.

Les vents qui régneront et les rencontres que vous pourriez craindre d'après les vents vous détermineront dans le choix des rayons que vous devrez parcourir. Les rencontres que vous n'auriez pas pu éviter sur un des points quelconques de cette croisière, devront vous engager à la porter sur le point le plus éloigné de celui où vous aurez été rencontré.

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