‹ 1793-1805 (volume 4)Chapitre 36 sur 65 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L^adoption du plan d'opérations du mois de mai coïncida avec un ensemble d'ordres relatifs aux travaux maritimes, dans lesquels se manifesta Timpaliencc de l'Empereur.

Au contre-amiral Decrôs (1).

Saint-Cloud, 21 floréal an zii (II mai 1804).

D'après les renseignements que j*ai de Rocbefort, je suis fondé à penser qu'ayant le !•' prairial le vaisseau le Lion sera en rade de Rochefort. Je désirerais qu*aTant la fin de ce mois la frégate VArmide fût aussi en rade, et, comme il pourrait y avoir des difficultés à trouver des équipages pour cette frégate, je désire que vous augmentiez de 200 hommes les garnisons d'infanterie sur les S$ vaisseaux et les 2 frégates qui sont en rade de Rochefort, et que vous en ûtiez 200 matelots pour former Téquipage de cette frégate.

Dans les états de situation que vous me remettrez, je désire que vous fassiez mettre le nombre d'hommes d'infanterie qui sont i\ bord de chaque vaisseau, et de quel régiment ils sont. Il est temps de mettre de l'ordre dans ce service.

Par ce moyen, dans le courant du mois prochain, nous aurions à Rochefort 5 vaisseaux de guerre et 4 frégates. Gomme de raison, je comprends dans ce nombre la frégate qui est au bas de la rivière de Bordeaux.

Donnez l'ordre, à Lorient, que la Ville-de-Milan soit mise sur-le-champ en rade, mon intention étant qu'elle soit prête à mettre à la voile avant le i5 prairial. A cet effet, donnez l'ordre de faire faire le service du cabotage par les invalides de la marine, et de retirer du cabotage les meilleurs matelots pour l'armement de la frégate.

Donnez l'ordre que la frégate le Président soit mise à l'eau sur-le-champ;

(1) Correspondance de Napoléon, 7741.

148 PBEMlàRE PARTIE. — CHAPITRE VI.

Mon inteQtioD est que Ton prenne les meilleurs matelots des caboteurs pour former son équipage.

Faites connaître au préfet maritime, à Lorient, que Je désire qu'au i4 juillet le Taisseau ÏAlgésiras soit mis à Teau.

Faites connaître au préfet maritime, à Rochefort, que mon intention est qu'au 14 juillet le Taisseau V Achille soit mis à Peau.

Faites connaître également au préfet maritime de Toulon, qu'au 44 juillet un des deux vaisseaux neufs soit mis à Teau.

A Saint-Malo, il faut qu'au 14 juillet la frégate la Piémontaùe soit mise h l'eau; qu'à Dunkerque, le i4 juillet, la frégate VAmphitrite soit mise à l'eau, et qu'à Anvers le brick le Phaéton soit lancé au i4 juillet. S'il est nécessaire, à Lorient, Rocbefort et Toulon, on doit employer tous les moyens pour remplir ces ordres.

Quant à Toulon, je ne puis qu'être mécontent de voir que le Neptune n'est pas encore en rade. Le manque de matelots ne peut arrêter dans la Méditerranée.

On peut désarmer quelques bâtiments qui ne font pas partie de l'expédition.

J'ai besoin de iO vaisseaux à Toulon, prêts à partir dans les derniers jours d'août. Il y en a aujourd'hui 8, Tlndomptable fera 9, et le Pluton fera le dixième.

Si, avec toute l'activité du port, il était impossible que le Pluton pût être prêt, ce que je ne puis concevoir, puisque, à Toulon, quand on le veut, on peut faire un vaisseau dans trois mois, il faudrait alors que le dixième vaisseau soit fourni ou par le Berwick ou par l'A tlas.

Vous ne m'avez pas fait connaître s'il était possible de construire un vaisseau au Havre.

Le vaisseau V Aigle , qui est à Cadix, manque de canonniers de la marine. Je pense qu'il serait convenable d'y envoyer une quarantaine de bons canonniers. Vous les ferez partir en quatre détachements de 10 hommes chacun, commandés par un sergent, et vous leur donnerez assez d'argent pour qu'ils puissent se rendre à Cadix par des voiturins {sic) y afin d'y arriver promptement, de manière que cela n'ait point l'air d'im transport de troupes. Donnez ordre au citoyen Leroy de faire entrer le brick V Argus au bassin, s'il en est besoin, afin qu'il puisse être prêt pour toute sorte de missions.

Les 5 vaisseaux de la Corogne auront, à ce que je pense, leurs vivres. H faut qu'ils profitent des deux mois qu'ils ont encore à rester là pour se préparer à pouvoir faire toutes missions. Faites-y passer 150 canonniers de la marine, qui seront répartis sur les 5 vaisseaux. Ces détachements passeront également dans des voiturins et par détachement de 10 hommes.

Écrivez à l'ambassadeur pour qu'on prenne tous les matelots français qui sont en Espagne, et qu'on les dirige sur la Corogne.

Je donne ordre également au Ministre de la guerre d'envoyer à la Corogne 150 hommes d'infanterie, qui seront répartis aussi sur les vaisseaux.

Voyez l'ambassadeur d'Espagne ici pour causer sur la situation de cette escadre. Vous lui ferez sentir combien il est ridicule de ne pas faire passer au bassin les vaisseaux qui sont au Ferrol, et combien il serait avantageux à l'Espagne qu'ils pussent bientôt sortir, puisque cela peut compromettre sa neutralité.

Vous lui ferez part de ces mesures et de ce passage de troupes.

Vous aurez soin de faire passer les hommes qui Tont à Cadix par la Catalogne, et, les hommes qui vont au Ferrol, par Bayonne. Faites passer les détachements à cinq jours Tun de Tautre, et enfin que toutes les précautions soient prises pour que les vivres de ces vaisseaux soient complétés, ainsi que les poudres. Comme c'est nous qui en fournissons à TEspagne, on pourrait les passer par mer sur un vaisseau espagnol qui n*irait pas au Ferrol, mais dans un port tout près, et ensuite on les dirigerait par terre.

Si ce moyen présente trop de dangers, faites-les passer par terre par Bayonne.

Conférez sur tous ces objets avec Gravina.

U est temps que tous me remettiez un projet pour Texpédition des deux frégates à envoyer en Amérique.

Je n*ai pas besoin de vous dire que tous les bâtiments en rade à Brest, Tile d*Aix, le Ferrol, Cadix, Toulon, doivent exercer les équipages et Tinfanterie qu'ils ont à leur bord, soit au canon, soit aux manœuvres. Il faut d'abord amariner ces troupes. Il faut que, pour cela, dans la rade les garnisons nagent dans les canots de Tescadre, même quand il y a un peu de mer. Faites-leur passer Tinstruction qui a été faite pour la flottiUe.

Dites aux amiraux qui les commandent que nos soldats sont capables de tout ; que, quand on leur aura appris à gouverner un canot avec un seul timonier, il fnut aussi apprendre aux plus lestes à monter sur les m&ts, et, pour les encoturager, tous les jours d'exercice, donner une récompense à celui qui montera le plus haut.

Je désire aussi que, dans l'escadre de Brest, tous diminuiez le complet des équipages d'une trentaine de matelots, lesquels seraient remplacés par des troupes de terre. Gela vous donnerait, pour la rade de Brest seule, de quoi armer un vaisseau.

L'escadre de Brest doit être prête à lever V ancre au ÎÂ juillet au nombre (Tau moins 20 vaisseaux de guerrey avec autant de vivres qu'il est possible qu'tm vaisseau en porte.

Bonaparte.

Il importe de voir comment l'exécution répondit aux ordres donnés.

On sait qu'en mars 1804, l'escadre de Brest comptait seulement 16 vaisseaux (1). Au 2 mai, il y avait encore 3 vaisseaux dont l'armement était retardé par défaut d'équipages (2). C'était là la raison des prescriptions de la lettre précédente relative au remplacement d'une proportion relativement considérable de matelots par des soldats. Ceux-ci étaient d'ailleurs en nombre insuffisant, car, au 5 avril, il manquait

(1) Situation da t mars. {Archives de la marine, BBi^, t05.)

(2) Archives nationales t AF^, 1191.

encore 1600 hommes aux garm'sons de l'escadre (1). Le Ministre de la marine devait donc demander à son collègue de la guerre un supplément de troupes de terre.

Le MiniBtre de la marine au Ministre de la guerre.

H mti 1804.

D'après les ordres du Premier Consul, il sera également nécessaire, Citoyen Ministre, qu'un autre détachement de 200 hommes soit mis à la disposition de ce préfet (2) ; cette troupe sera destinée à être répartie sur les bâtiments déjà armés de Fescadre, en remplacement d*un même nombre de marins qui ser- Tira à former les équipages du Taisseau et de la frégate en armement.

Cette mesure est indispensable potur suppléer à Tinsuffisance des gens de mer, et Tintention du Premier Consul est de rappliquer aussi à Tarméc naiale de Brest; il a ordonné que 600 marins soient pris sur les vaisseaux armés, pour serrir à la formation des équipages des bâtiments qui n'en ont pas» et qu'ils soient remplacés par 600 hommes de troupes, que je vous prie de vouloir bien faire mettre à cet effet à la disposition du préfet maritime à Brest.

Cette nouvelle disposition est indépendante de celle que le Premier Consul a prise relativement à rembarquement des 300 hommes du 24* régiment, et qui fait Tobjet de ma lettre de ce jour.

J'ai l'honneur de vous saluer. Decrks.

Pour obtenir ces soldats, il fallut un ordre du Premier Consul.

Ordre de Sa Majesté Impériale au Ministre de la guerre,

21 mti 1804.

Mon Cousin,

Les deux premiers bataillons du 2i^ régiment de ligne resteront potur former l'armée du général en chef Augereau, ou pour faire le service de l'arsenal; les garnisons nécessaires aux vaisseaux seront fournies, savoir : par une compagnie du 3' bataillon du 47* régiment, qui sera complétée à 120 hommes et qui se rendra à Brest ;

Par deux compagnies du 3*^ bataillon du 65^ régiment, qui seront complétées à 120 hommes chacune et qui se rendront à Brest;

Par deux compagnies du 70® régiment, de 120 hommes chacune et qui se rendront également à Brest.

Ces cinq compagnies formeront un total de plus de 600 hommes qui, dès l'instant de leur arrivée à Brest, seront embarquées sur l'escadre.

(1) I>e Ministre de la marine au Ministre de la guerre, 5 avril et 14 mai. {Archives nationales, AV^, 1191.)

(t) IjQ préfet maritime do Brest.

Vous donnerez Tordre au 1^' bataillon du 11 S*' régiment de se rendre dans la citadelle d'AuTers, où il sera à la disposition de la marine pour faire le ser- TÎce de Tarsenal.

Stur ce, je prie Dieu qu'il tous ait en sa sainte et digne garde.

Écrit à Saint-Gloud, le 1* prairial an xii.

Signé : Bonaparte.

Peu après même, l'Empereur devait en venir à essayer de former organiquement de soldats de terre le tiers des équipages des vaisseaux (1).

Cette pénurie de matelots, qui avait si gravement influencé le rôle de la marine française depuis 1793, explique jusqu'à un certain point l'inaction dans laquelle était restée Tescadre confiée à l'amiral Truguet. Mais elle ne lui évita pas les reproches de l'Empereur.

A ramiral Truguet, commandant l'escadre de /'Océan (2).

Saint-Cload, le 5 prairial an xii (25 mai 1804). Monsieur T Amiral,

Je ne puis qu*être mécontent de l'immobilité de l'escadre qui est sous tos ordres. Par les comptes qui me sont rendus, tos vaisseaux restent immobiles au mouillage. L'ennemi n'est point contenu ni harcelé, aussi n'étes-Tous bloqué que par un petit nombre de vaisseaux, et Tamiral anglais, yis-à-yis de tos 20 vaisseaux, a la liberté de laisser quelques frégates devant Audierne pour empêcher la flottille de passer. Je conçois d'autant moins cette inactivité que ce n'est pas le moyen d'exercer vos équipages, puisque la principale difficulté à la mer est le mouillage et l'appareillage et qu'il est très utile pour l'instruction de tenir toujours en haleine les équipages.

Ce ne sont pas des phrases et des promesses que j'ai le droit d'attendre de vous, ce sont des faits et de l'activité.

Napoléon.

Bientôt le mécontentement de Napoléon devait se traduire par le rappel de Truguet et la nomination à sa place de Ganteaume.

Au Wce-am/ra/ Decrès (3).

Saint-CIoad, le 11 prairial an xii (31 mai 1804). Monsieur,

Je n'ai pu voir qu'avec beaucoup de mécontentement que, malgré mon inten-

(1) Correspondance de Napoléon, à Decrès, 26 mai, 7784.

(2) Correspondance de Napoléon, 7780.

(3) Correspondance de Napoléon, 7800.

152 PREBilÉRE PARTIE. — CHAPITRE YI

tion bien soutenue que les Taisseaux en rade de Brest letassent l'ancre tous les jours, afin d'exercer les équipages, de harceler Tennemi, et de faToriser le passage de la flottille d'Audiemc, aucun Taisseau, pendant tout le cours de Tannée, n'a appareillé, de sorte qu'on a permis à l'ennemi de bloquer, aTec un petit nombre de bâtiments, une escadre considérable. L'amiral Truguet, dans le compte qu'il tous a rendu, n'ayant justifié par aucune raison suffisante l'inexécution de mes ordres, mon intention est qu'il soit rappelé et remplacé immédiatement par un officier actif, qui ait l'habitude des mouvements, qui soit allé depuis peu à la mer, et qui sache que la perte de plusieurs mois passés dans l'oisireté est irréparable.

Vous ferez connaître à ce nouvel amiral que des escadres légères doivent journellement harceler l'ennemi, et qu'il convient que tous les vaisseaux, chaque fois que le temps le permet, appareillent et remouillent, ne courussentils que quelques bordées. Vous prescrirez que, sous quelque prétexte que ce soit, on ne s'écarte point de ces dispositions.

Leur exécution précise produira l'effet qu'on doit se proposer, de tenir en alerte l'ennemi et les équipages en haleine, d'exercer l'armée aux deux opérations les plus difficiles, appareiller et mouiller, et de l'accoutumer à l'ensemble nécessaire pour profiter d'une circonstance favorable.

L'ordre d'appareiller ne sera donné aux escadres légères que par un signal, et l'amiral, dans le compte qu'il vous rendra journellement, fera connaître le temps que chaque bâtiment aura mis à appareiller.

Les bâtiments qui appareilleront seront, autant qu'il sera possible, accompagnés de quelques caïques, dont les vaisseaux fourniront les équipages. Il doit se présenter, dans le cours de l'été, un grand nombre d'occasions où ces caïques pourront être utiles.

J'ai ordonné au Ministre de la guerre de faire fournir le nombre de soldats nécessaire comme garnison, pour qu'il y ait 200 hommes sur chaque vaisseau de guerre.

Ces hommes seront exercés, indépendamment des manœuvres basses, à nager dans les grandes chaloupes des vaisseaux.

L'amiral, pour encourager les soldats, leur fera sentir combien ils seront utiles pour la descente et leur présentera l'exemple des troupes campées sur les côtes, qui passent des journées entières à nager dans les bâtiments de la flottille.

Prescrivez à l'amiral d'accorder des prix aux soldats qui monteront sur les vergues, et faites sentir aux contre-amiraux et aux capitaines des vaisseaux qu'il n'est rien que des chefs ne puissent obtenir des sentiments d'honneur et de l'émulation dont le soldat français est animé. Mettez à la disposition de l'amiral les fonds nécessaires pour ces arrangements.

C'est l'occasion de remarquer combien serait stérile l'observation des capitaines qu'ils n'ont pas de matelots, si l'on ne prenait pas les moyens propres à en former.

Enfin chaque vaisseau doit être approvisionné d'un certain nombre d*obus de 36, chargés avec la roche à feu. L'amiral inspirera confiance aux officiers dans ces mobiles, et en fera tirer fréquemment dans les exercices du canon. Vous lui enverrez une instruction imprimée qui fera connaître la manière de

placer Tobus dans le canon, et tous recommanderez de ne se sertir que d*obus à petites portées. Cette instruction sera mise à Tordre de Tannée.

Je n'ai pas besoin de rappeler que Tamiral ne doit point aToir de logement à Brest, et qu*il doit passer des mois entiers sans quitter la rade, que les capitaines de Taisseaux ne doivent jamais aller à terre, et que les officiers de conrée doivent toujours être des officiers inférieurs.

Bonaparte.

Le Ministre de /a marine à l'amiral Ganteaume, nommé par Sa Majesté •Impériale au commandement de l'armée navale à Brest (1).

11 prtirial aa xii (31 mti 1804).

Sa Blajesté, Monsieur l'Amiral, ayant jugé convenable d'appeler à de nouvelles fonctions Tamiral Truguet, commandant Tarmée navale de Brest, a voulu que cet officier fût immédiatement remplacé par im amiral actif, qui eût V habitude des mouvements de mer, qui en eût la pratique récente, et qui fût pénétré de ce sentiment que les moments passés dans Toisiveté sont irréparables.

C'est sur vous, Monsieur TAmiral, que Sa Majesté Impériale a fixé ses vues pour remplacer Tamiral Truguet ; et je lui ai garanti que la confiance particulière dont elle vous honore serait justifiée par le développement de votre activité et de vos talents éprouvés. Je vous ferai connaître par une instruction particulière Tétat actuel de Tarmée que vous allez commander, et les dispositions établies pour les rapports de service que vous devez entretenir avec le préfet maritime du 3* arrondissement. J\v ajouterai le résumé des ordres déjà donnés sur la composition de Tarmée et son approvisionnement.

Vous ne devez pas perdre un moment pour vous rendre au poste où vous appelle la confiance de TEmpereur.

A votre arrivée à Brest, le commandement de Tarmée vous sera remis soit par Tamiral Truguet, s'il y est encore, soit par le contre-amiral Missiessy, qui, dans le cas où le premier serait parti, est chargé de Tintérim du commandement jusqu'à votoB arrivée.

Sa Majesté Impériale m'a ordonné de vous faire connaître que son intention est que toutes les fois qu'il sera possible, des escadres légères harcèlent journellement l'ennemi. Tous les vaisseaux devront appareiller chaque fois que le temps le permettra, ne fût-ce que pour coturir quelques bordées et revenir au mouillage, manœuvrant toutefois de manière à ne pas se compromettre contre des forces supérieures : ces dispositions d'appareillage journalier sont impérieusement commandées par Sa Majesté, qui n'entend pas qu'on s'en écarte sous quelque prétexte que ce soit ; leur exécution précise produira l'effet qu'on doit se proposer, de tenir l'ennemi en alerte et les équipages en haleine ; d'exercer aux deux opérations des appareillages et mouillages, et de s'accoutumer à Tensemble nécessaire pour profiter de toutes les occasions qui peuvent se présenter en faveur de nos armes.

(1) Archives de la Marine, ports, an xii. BB", 04. — Marine.

Sa Majesté leut que chacun des vaisseaux soit si constamment prêt à mettre tous voiles que tous ne devez point être obligé de les ayertir d'aTance de s^y préparer ; ils deTront appareiller sur le signal le plus impréfu que tous leur en ferez. Vous m*en Terrez un rapport journalier des mouTements de la rade, et ce rapport énoncera le temps que chaque bâtiment aura mis à appareiller. C'est ainsi que les escadres de Toulon et Rochefort s'exercent par des roanœuTres habituelles dont Tenneroi a reconnu TactiTité, et qui le forcent, d'après ses propres rapports officieb qui ont été interceptés, à une circonspection constante en présence de ces escadres.

Je ne tous dissimulerai pas que Tannée de Brest n'est pas exercée à la même actiTité, et que c'est à tous qu'elle sera redevable de celle qui Ta lui être imprimée.

L'intention de Sa Majesté est que les bâtiments qui appareilleront soient, autant que possible, accompagnés de quelques calques dont les Taisseaux fourniront les équipages ; Elle pense qu'il se présentera, dans le cours de l'été, un grand nombre d'occasions où ces calques pourront être très utiles. Elle a ordonné au Ministre de la guerre de faire fournir le nombre de soldats nécessaire comme garnison pour qu'il y ait 200 hommes pour chaque Taisseau. Ces hommes deTront être exercés, indépendamment des manœuTres basses, â nager dans les grandes chaloupes de Taisseaux.

Sa Majesté Teut que pour encourager les soldats, tous leur fassiez sentir combien ils se rendront utiles dans le cas d'une descente, et que tous letur présentiez l'exemple des troupes campées sur les côtes, qui passent des journées entières à nager dans les bâtiments de la flottille.

Sa Majesté tous autorise à accorder des prix aux soldats qui se porteront aux manœuTres hautes, et il tous sera facile d'exciter cette ardeur parmi les troupes embarquées : les officiers sous tos ordres doiTent savoir qu'il n'est rien que des chefs ne puissent obtenir des sentiments d'honneur et de l'émulation dont le soldat français est animé ; et, dans la situation actuelle de l'Inscription Maritime, les capitaines doJTent s'appliquer à retrouTer des matelots parmi les soldats embarqués par Tarmée navale.

L'Empereur Teut aussi que chaque Taisseau soit approTisionné d'un certain nombre d'obus de 36 chargés avec la roche à feu ; pour que l'armée naTale s'accoutume à Tusage de cette arme, il est nécessaire que tous lui inspiriez confiance dans ces projectiles, et que tous en fassiez tirer fréquemment dans les exercices.

Je TOUS adresserai une instruction sur la manière de placer l'obus dans le canon, et cette instruction sera mise à Tordre de Tannée : je tous préTiens, au surplus, qu'on ne doit se senrir d'obus qu'à petites portées.

Enfin, Monsieur T Amiral, tous saTez par expérience à quel point la présence des chefs contient dans le deToir les états-majors et équipages ; conséquemment, les commandants des Taisseaux ne doiTent jamais quitter leur bord, et le serTice des conrées doit toujours être fait par des officiers inférieurs : les officiers généraux et l'amiral lui-même doiTent donner cet exemple, et Sa Majesté Impériale, qui attend les effets les plus utiles de cet ordre de service, Teut même que Tamiral n'ait pas de logement à terre.

Vous connaissez, Monsieur T Amiral, les grandes Tues de Sa Majesté Impériale pour donner à la marine tout l'éclat qu'elle doit aToir ; il est honorable

LES BSGADRES PENDANT L'ÉTÉ 180i. ISS

pour vous d'être appelé à les réaliser, et ce sera toujours pour moi une véritable satisfaction que d'avoir à rendre compte à Sa Majesté de vos travaux et de vos soins, qui, je n'en doute pas, prépareront et assureront les succès de Tarméo navale.

J*ai rhonnetur de vous saluer.

En prenant possession de son commandement, Ganteaume se trouva en possession de forces considérables, qui, d'après son témoignage, présentaient un très bel aspect.

Ordre du 25 prairial an XII.

14 JniQ 1804.

L'amiral Ganteaume, conseiller d'État, commandant en chef l'armée navale impériale de l'Océan, témoigne sa satisfaction à l'armée pour l'ordre, la tenue et les bonnes dispositions qu'il a généralement trouvés à bord des vaisseaux.

Il croit n'avoir pas besoin d'inviter les capitaines, et se repose sur leur zèle, pour que les hommes nouvellement embarqués qui n'ont encore pu être habillés le soient le plus promptement possible.

L'uniformité et la propreté des habillements de l'équipage du vaisseau le Conquérant ont particulièrement fixé l'attention de l'amiral.

La quantité des vaisseaux dont l'armée est composée exigeant une organisation définitive ; k compter d'aujourd'hui, les escadres seront formées ainsi qu'il suit :

1" Escadre.

Le Vengeur \

Le Brave 1

Le Batave I L7nrfie/ine, frégate.

Le Cassard >

UJean^Bart L ^ Diligente, corvette.

L Alliance 1

Le Diomède /

2« Escadre.

Le Bépublicain

V Alexandre

VEole

Le Watigny ) La Valeureuse, frégate.

Le Vétéran

V Aquilon

VUlysse

(1) Archivée de la Marine, BB»^, t05.

3* Escadre.

VJnvincible \

UConqy^ant j Ul Félicité, îréfs^ie.

Le Tourville I

Le Jupiter (. ^

VImpétueux La Com^re, frégate.

Le Foudroyant /

Les vaisseaux VAlexandrey VEole, le Foudroyant^ VImpétueux, placés à la tète et à la queue des 1** et 2* escadres, formeront les deux divisions de Tescadre légère; les deux premiers composeront la i'* division, les deux derniers la seconde.

Les signaux suivants, qui seront portés sur le cahier, feront connaître les intentions de Tamiral pour la formation de cette escadre ou sa réunion à Tarmée :

Ordre aux vaisseaux composant la i'* division de Tescadre légère de se détacher de Tarmée.

Ordre aux vaisseaux composant la 2* division de Tescadre légère de se détacher de Farmée.

Ordre aux vaisseaux composant Fescadre légère de se déficher de Fermée.

Ordre aux vaisseaux composant Fescadre légère de se réunir à Farmée.

Ordre aux vaisseaux composant la 1** division de Fescadre légère de se réunir à Farmée.

L'armée étant sous voiles, les vaisseaux composant Fescadre légère ne pourront se considérer comme détachés des escadres qu'autant que le signal leur en aura été fait, et ils devront, jusque-là, prendre leurs postes dans les 2* et 3« escadres.

Le chef d^état-major provisoire,

Signé : Ganteaume.

D'autre part, l'insuffisance des équipages se manifeste par les mesures qu'il faut prendre pour garder en permanence 7 vaisseaux sur 20 en état d'agir.

Ordre du 26 pràiri&l an XII.

15 juin 1804.

L'amiral Ganteaume, conseiller d'État, commandant Farmée navale impériale de F Océan,

Ordonne :

Les vaisseaux le Vengeur, le Foudroyant, V Alexandre, le Cassard, VImpé-

(1) Archives de la Mâtine, BB«^, Î05.

tueuXy VEolCy le Jean-Bart ; les frégates V Indienne^ la Comité^ la Félicité et la corvette la Diligente se tiendront prêts à mettre sous voiles.

Leurs quatre grosses ancres devront être toutes sur le bord.

Tous les autres vaisseaux de Varmée formeront des détachements de marins destinés autant pour renforcer les bâtiments qui doivent appareiller, que pour être exercés aux manœuvres à la voile.

Chacun de ces détachements sera composé de 81 matelots, de 7 officiers mariniers, d'un aspirant, et d'un officier, enseigne ou lieutenant.

Un quart de ces détachements sera en matelots de la 3^ classe, un quart en matelots de 4^ classe et Tautre moitié en novices.

On choisira, autant qu'il sera possible, des hommes alertes et robustes.

Chaque vaisseau à trois ponts formera deux de ces détachements ; chacun des autres vaisseaux, un seul ; ils seront prêts à s'embarquer, avec leurs sacs et hamacs, au premier ordre, à bord des bâtiments désignés.

Ils seront en subsistance et resteront compris sur le rôle d'équipage du vaisseau dont ils proviennent.

L'officier commandant le détachement tiendra un contrôle, sur feuille volante, des hommes qui lui sont confiés ; il sera annexé, pour mémoire, au rôle d'équipage du bâtiment où ils auront passé et servira pour la délivrance des rations.

L'officier conduisant ce détachement tiendra un registre de tous les noms et qualités des hommes, avec un état de leurs bardes ; il marquera tous les mouvements qui pourront survenir, ainsi que l'état des malades et celui des morts. Il veillera sur la pi*opreté de son détachement et, sous les ordres du commandant et de l'officier en second du vaisseau, il en surveillera exactement la police et la discipline.

Pour compléter les équipages des vaisseaux à mettre sous voiles le 1*' messidor, les dispositions suivantes seront exécutées.

V Invincible, V Ulysse et le Diomède enverront chacun un détachement à bord du Vengeur ;

VEole en recevra un du Watigny ;

Le Jean-Barty un du Dioméde ;

V Impétueux, un du TourvUle;

Le Foudroyant, un du Conquérant ;

V Alexandre, un de V Aquilon.

Le même jour, au matin, ces détachements recevront leurs vivres à bord des vaisseaux où ils passent en subsistance.

Les corvettes le Vulcain, le Festin et la Nécessité ne conserveront que leurs officiers mariniers et leurs novices, en raison de leur faible équipage ; elles prendront, à proximité du port, le mouillage le plus sûr et le plus convenable (1).

Signé : Ganteaume.

(Ij Correspondance de Napoléon, 7818.

Au vice-amiral Ganteaume, commandant l'escadre de VOcéan» Monsienr Saint-Cloud, 4 messidor an xn (Î3 juin 1804).

J*ai reçu votre lettre. Je vois avec plaisir que vous êtes satisfait de la tenue de l'es^

Ordre du 11 me98idor an XII (i).

30 juin 1804.

La présence et la supériorité de l'ennemi dans Tlroise ou au-deTant de File d'Ouessant exigeant la plus grande circonspection, Tamiral Ta régler les dispositions du service particulier de Tescadre destinée à se porter en dehors du goulet.

Le mouillage de Tescadre sera toujours au milieu du canal, entre la côte de Bertheaume et les roches qui forment le passage de Toulinguet, un peu plus près cependant de la côte de Bertheaume, de manière à pouvoir appareiller avec tous les \ents et pouvoir, dans tous les temps, donner dans le goulet.

Les vaisseaux mouilleront ainsi qu'il suit, sur deux lignes Nord et Sud, à deux encablures les uns des autres, pour ne pas craindre les abordages en restant sur une seule ancre :

Q Alexandre, Vengeur, Impéttieux, Foudroyant, ^

^ Cassard, Jean-Bari, Eole. §

Les frégates mouilleront sur les ailes, mais à Test des deux lignes. L'escadre étant au mouillage, tous les vaisseaux se tiendront toujours prêts à remettre sous voiles, et les huniers seront constamment sur les fils de carret. Un grelin sera toujours prêt à être frappé sur le c&ble, pour présenter promptement le travers.

eadre. J'ai recommandé aa contre-amiral Missiessy de s'attacher à vous. De votre c6té, oubliez d'anciennes préventioDs qui tiennent à des époques qui ne peuvent plus se renouveler. S'il vous donne lieu d'ôtre satisfait de ses services, je les reconnaîtrai de plus d'une manière. Je vous recommande de ne point souffrir de freluquets dans vos ôtats-majors et surtout à bord de votre vaisseau amiral. Environnes- vous d'hommes de talent et de main, qui aient beaucoup navigué et qui ne s'imaginent point être marins parce qu'ils sont depuis longtemps dans la marine, quoiqu'ils aient passé tout leur temps à terre. L'âme de toutes les armées, et surtout des armées navales, c'est le franc attachement de toutes les parties au chef. Ne souffres aucune espèce d'intrigues et ne doutes pas de la confiance que j'ai en vous.

Napoléon.

Correspondance de Napoléon, 7819.

Au contre-amiral Missiessy.

Saint-Cloud, 4 messidor an xii (23 juin 1804). Monsieur,

J'ai reçu votre lettre du 19 prairial. J'ai eu lieu d'être satisCait de vos services au Havre. Je jugerai du désir que vous aves de m'étre agréable par la conduite que vous tiendrez avec le nouveau commandant de l'escadre de Brest, qui a toute ma confiance. Vous avez des talents ; vous serez bientôt à même d'en donner des preuves ; mais cela ne peut avoir lieu qu'en vous réunissant de cœur à votre général. Je ne perdrai point de vue, aux premières circonstances, de vous donner des preuves d'estime et du cas tout particulier que je fais de vous.

Napoléon.

(1) Archives de la Marine, BB»', 206.

Les canons seront toujours chargés à deux boulets ronds, et si Tescadre se trouTait à même de combattre, l'amiral recommande à chaque capitaine de faire continuer cette charge jusqu'à ce que Ton jugeât être à portée à pouvoir tirer à boulet et mitraille.

On ne négligera pas d'avoir, pendant la nuit, les armes légères à portée, et d'être, par conséquent, toujours en mesure de repousser toute attaque subite ou imprévue.

Ix>rsque les vents seront à Test, il sera également détaché des bateaux d'observation en dehors du passage de Toulinguet et aux environs des Tas-de>Foin.

L'amiral prévient les capitaines que le service de cette escadre étant particulièrement pour observer les mouvements de l'ennemi et exercer les équipages, les vaisseaux seront sous voiles toutes les fois que le temps le permettra ; qu'ils doivent manœuvrer avec toute la prudence et la précision possibles pour éviter de donner à l'ennemi aucune chance favorable, et tâcher de profiter de celle qu'il pourrait nous offirir.

Signé : Ganteaume.

U Adjudant j

ÂYREAU.

Sept vaisseaux vont donc être tenus en rade et prêts au combat. Quant aux autres, ce sera encore au même expédient qu'il faudra avoir recours : remplacer les matelots par des soldats en proportion toigours croissante, car l'Empereur se prononce très nettement contre les prélèvements temporaires faits à certains équipages pour renforcer les autres.

Au vioe^amiral Ganteaume (i).

ÏA Malmaison, 14 messidor aa xu (3 juillet 1804).

Monsieur Ganteaume, je reçois votre lettre du 2 messidor. Il n'y aura possibilité de faire une levée de conscrits pour la marine qu'au mois de vendémiaire prochain ; si, au préalable, les cadres n'étaient pas formés, ils ne tarderaient pas à déserter. J'ai déjà eu l'idée de ce projet, et j'ai ordonné qu'on s'en occupât de nouveau. J'ai donné l'ordre qu'il fût mis h votre disposition un renfort de 3,000 hommes, dont 1500 du 24^ et 1500 du 3T^ régiment de ligne. J'espère que, moyennant ces 3,000 hommes et les marins que vous poiurez vous procurer en désarmant les b&timents de cabotage, vous ne changerez rien à l'équipage de vos vaisseaux. Vous sentez combien il est important que les capitaines connaissent bien leur monde, et que rien ne nuit davantage au service que ces versements d'un vaisseau sur un autre.

Napoléon.

(1) Correspondance de Napoléon, 7843.

Au Ministre de là marine.

Malmaison, le It messidor an xu (1*' Juillet 1804).

Monsieur le Ministre de la marine Decrès, le Ministre de la guerre donne ordre que 1600 hommes soient fournis par les bataillons d'élite des 2* et 23* de ligne, en prenant, s'il est nécessaire, un supplément dans le 2* de ligne pour renforcer les garnisons de Tescadre du TÎce-amiral Latouche.

Faites connaître à ce Tice-amiral qu il embarque le plus d'officiers qu'il croira possible sans embarrasser ses vaisseaux, et qu'il n'est pas inutile d'embarquer les deux chefs de bataillon commandant les deux bataillons d'élite, puisque, s'il avait occasion de jeter des troupes sur les côtes d'Espagne ou ailleurs, il lui serait utile d'avoir des officiers supérieurs pour les commander.

Le Ministre de la guerre donne ordre également, à Brest, pour que le 24^ de ligne et le 37® fournissent 3,000 hommes. Le général Ganteaume n'embarquera que les officiers dont il aura besoin, cependant, je désire qu'il en embarque quelques-uns de plus qu'il n*est d'usage.

L'amiral Ganteaume peut également embarquer à Brest 500 ou 600 hommes de l'artillerie de la marine. Mais faites-lui connaître qu'il faut que ses vaisseaux soient prêts tous les 20, et tous les équipages définitivement fixés, afin qu'il ne soit pas nécessaire de faire des changements pour faire sortir quelques vaisseaux.

Au Ministre de la, marine (i).

Saint-Omer, le 10 fructidor an xn (t8 août 1804).

Je vois, par le dernier état de situation de la marine, que nous aurions 3ti,000 marins employés sur les vaisseaux et au cabotage nécessaire aux ports, mais ces 35,000 hommes sont-ils tous marins ? ou faut-il y comprendre les garnisons? Je vois par exemple, à Brest, que vous portez 12,200 marins pour l'escadre et ensuite 4,600 hommes de garnison : vous auriez donc sur l'escadre de Brest i 6,800 personnes, ou bien le nombre de 4,600 doit-il être été de celui de li,200 ; par exemple, V Invincible, à qui vous donnée 788 matelots et 336 soldats de terre, aurait donc à bord il 24 hommes. V Alexandre, qui n'est qu'un vaisseau de 80, en aurait près de 1000 ; V Impétueux, qui n'est que de 74, en aurait 800.

Donnez-moi des éclaircissements là-dessus.

Il me semble que le complet d'un vaisseau à trois ponts n'est pas de 1200 hommes, mais bien de 920 hommes.

Je ferai la même observation pour Rochefort, où sont portés 4,200 hommes pour marins en rade et 870 pour soldats.

Le Majestueux a-t-il en tout 886 hommes à bord ou 886 hommes et i97 hommes d'infanterie, ce qui ferait près de 1100?

La Gloire a-t-elle 271 hommes à bord en tout ou ce nombre et plus de 50 soldats, ce qui ferait 320 hommes ?

Même observation pour Toulon.

(1) Correspondance de Napoléon ^ 7993.

Au 6 septembre, Napoléon annonce au Ministre de la marine les 1273 hommes qui manquent à Ganteaume. A ce moment, la mise en rade du Patriote a porté la force de l'armée en rade à 21 vaisseaux.

Au vicô^amir&l Decrés.

Aix-la-Chapelle, 19 fructidor an xii (6 septembre 1804).

Par les états que je reçois, il me parait que les escadres de Brest n'ont plus besoin que de 1273 hommes pour ôtre portées au complet, y compris ce qui est nécessaire pour le Patriote, ce qui nous fait 21 Taisseaux en rade. Je viens d'ordonner que les Î4« et 37« régiments de ligne fourniraient en tout 539 hommes. Je pense qu'il serait nécessaire que le surplus soit fourni par 600 ou 700 conscrits ouvriers de la marine ; on prendrait préférablement des hommes de bonne volonté, et, s'ils étaient insuf6sants, on les ferait marcher par tour. J'imagine qu'à Brest, Lorient et Saint-Malo, ce nombre doit se trouver facilement. Lçs 100 ou 200 hommes qui pourraient manquer encore à l'escadre seraient fournis par l'artillerie de la marine. Un conscrit ouvrier est bien plus essentiel à bord d'un vaisseau qu'un simple conscrit, et un matelot le serait plus qu'un simple conscrit. La France a plus de surface que de côtes, l'art doit donc consister à pousser la population du centre sur les côtes pour le service de la marine. De grandes colonies et un grand commerce, cela va tout seul, mais cela ne peut être que le résultat de la marine. Si nous nous en rapportions à ces seuls moyens, nous ferions un cercle vicieux. Voici ce que j'imagine pour augmenter la population maritime. Vous avez des matelots de quatre classes et des novices : je désirerais que, dans l'organisation fondamentale des équipages, chaque vaisseau de guerre eât, comme matelots de 4* classe et des novices, 30 conscrits ouvriers qui auraient été au service de la marine dans les ports pendant une année entière pour cette fois et deux ans pour l'avenir ; les 30 conscrits novices fournis par la circonscription de l'année de toute la France. On veillerait & ce que les ouvriers apprissent à nager dans la rade sur des canots et péniches. Par ce moyen, on se procurerait de suite une population de 3,000 jeunes gens, dont 1500 ouvriers, qui pourraient dès à présent être mis à bord de nos vaisseaux. Cette idée est bonne si, en général, vous manquez de novices, car, si vous en avez autant que vous en voulez, il est inutile d'en chercher par la conscription. Quant aux ouvriers, si cette idée vous parait bonne, présentez-moi un projet d'arrêté en conséquence, et alore, à Brest, Toulon, Rochefort et Lorient, et partout où il y a des vaisseaux, on embarquerait le nombre d'ouvriers conscrits mentionnés plus haut, et qui seront remplacés par une levée de la conscription de l'an xui, et parce moyen, les escadres de Brest, Toulon, Rochefort, la garnison de VAlgéniras, pourront se trouver au complet.

Napoléon.

Tout cela ne comble pas le déficit en vrais matelots ; aussi

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