DONZELOT
C'est le 25 juillet seulement qu'une petite sortie est tentée par une division légère.
« Le 25 juillet, dit W. James, à la faveur d'une belle brise de l'est-nord-est et d'un épais brouillard, une division française, forte de 5 vaisseaux et 2 ou 3 frégates, appareilla et prit la direction du Raz. Le brouillard s'étant soudain dis-
LES ESCADRES PENDANT L'BTÉ 180 i. 165
sipé, le cutter qui était en observation put voir et signaler ce mouvement. Immédiatement, le contre-amiral sir Thomas Graves, commandant la division près de terre, donna la chasse. Mais les Français avaient déjà viré et rentrèrent en rade. C'est la seule tentative de sortie connue des Anglais, qui eut lieu de toute l'année »
Donzelot, général de brigade, chef de i'ËtaUmajor général, au maréchal Augereau, général en chef,
Aa quartier général de Breit, le 14 thermidor an xii
(25jQiUet 1804).
Mon Général,
L'amiral Ganteaume est sorti a^ec 8 (sic) Taisseaux pour croiser en a^ant de la rade de Brest. Je présume qu'il n'engagera aucune affaire avec les Anglais qui ont des forces très supérieures. Ils ne manqueront pas, sans doute, de manœuvrer pour attirer cette division un peu plus au large ; mais le motif de cette sortie étant l'instruction des marins, on se tiendra, je pense, toujours en mesure de rentrer, lorsque l'appareil de l'ennemi deiriendra offensif.
Depuis plusieurs jours je ne reçois pas de vos nouvelles, mon cher Général ; TOUS profitez de l'absence de l'Empereur pour jouir un peu plus des charmes de la campagne, mais pensez aussi que nous avons besoin de recevoir de vos lettres. J'attends la réponse à celle que je vous ai écrite le 9 messidor dernier.
Agréez, mon cher Général, la vive assurance de mon attachement respectueux.
Donzelot.
L'Empereur se montra très satisfait de cette tentative. Le MInletre de la marine à l'amiral Ganteaume (1).
Dunkerque, le 23 thermidor an xu (11 août 1804).
J'ai reçu. Monsieur l'Amiral, et j'ai mis sous les yeux de Sa Majesté qui l'a vu avec grande satisfaction, le compte que vous me rendez par votre dépêche du 44 de ce mois de l'appareillage de l'escadre légère sous vos ordres, composée de 7 (sic) vaisseaux, 4 frégates et i corvette.
J'ai remarqué en même temps, par une lettre que m*écrit le Préfet, que ce mouvement avait rempli l'un des objets que nous nous étions proposé, en donnant au capitaine Gueguen la faculté de faire franchir le Raz à une division de la flottille sous votre protection.
Ce que vous me dites de la nécessité où vous êtes de rester en dehors du
(1) Archives de la Marine, BB*, 94.
goulet, et de Timpossibilité de rentrer tous les soirs en rade, a été parfaitement senti par Sa Majesté.
Votre expérience éprouvée sur cette espèce de service ne laisse à TEmpereur aucun doute sur la sécurité qu'il doit avoir relativement au parti que tous prendrez dans les différentes circonstances de Totre situation.
Ainsi, tout ce que tous ferez à cet égard ne pourra que mériter son approbation.
Je n*ai point trouvé l'extrait du journal des mouyements de là rade que TOUS m'avez annoncé être annexé à la dépêche à laquelle je réponds.
Sa Majesté m*a demandé hier si la répartition des équipages de l'armée sur les divers Taisseaux qui la composent était opérée ainsi qu'il l'a ordonnée, de manière que toute l'armée pût appareiller dans le courant de fructidor comme il est possible que ses desseins l'exigent.
Je n'ai pu lui répondre à cette question, parce que depuis que j'ai reçu TOtre état de situation du 1*' de ce mois (et, à cette époque, le reversement d'équipages restait à faire pour parvenir à un complet numérique), votre correspondance ne m'a rien dit à cet égard.
Je compte que l'état de situation du iS et, au plus tard, celui du 30, me mettront à même de donner à Sa Majesté les renseignements qu'EUe désire à ce sujet.
Je TOUS prie de faire porter une grande attention à la confection de ces états et à la lettre d'euToi qui les accompagnera.
J'ai l'honneur de tous saluer.
L'Empereur au Wce-am/ra/ Ganteaume (1),
Aix-la-Chapelle, 19 fnictidor an xu (6 septembre 1804).
Monsieur le Tice-amiral Ganteaume, commandant en chef l'armée navale de Brest, j'ai reçu Totre lettre du 9. J'ai donné ordre que les 1273 hommes qui manquent au complet de votre escadre soient mis à Totre disposition, savoir : 200 hommes de l'artillerie de la marine, 600 conscrits ouTriers de la marine et 500 hommes d'infanterie de ligne. Voilà donc le Patriote en rade. Atcc 21 Taisseaux, j'espère que vous serez en cas de faire quelque chose.
Votre sortie a imprimé une grande terreur aux Anglais ; ils savent qu'ayant toutes les mers à défendre, une escadre qui s'échapperait de Brest pourrait leur faire un ravage incalculable, et, si vous étiez en mesure de porter, en brumaire, 16,000 hommes et 500 chevaux en Irlande, le résultat en serait funeste à nos ennemis. Dites-moi si vous pouvez être prêts et quelles sont les prohabilités de réussite. Voyez le général irlandais O'Connor^ et causez avez lui sur les points oil i^on pourrait débarquer (2). Je pense qu'une sortie comme celle que tous avez faite demande des circonstances de temps qui ne se présentent pas tous les jours, mais je ne comprends pas pourquoi tos Taisseaux n'appareilleraient pas tous les jours pour faire des bordées dans la rade. Quelle espèce de danger y a-t-il à faire cela ? Les mirliflores de l'escadre pourront en rire et se moquer
(1) Correspondance de Napoléon, 1996.
(2) Voir ci -dessous : Le plan da 29 septembre.
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de ces grandes expéditions, il n'en serait pas moins Trai que, dans ces continuels exercices, tous donneriez à Totre escadre une tenue et une expérience bien précieuses, et tous auriez fait tout ce qui dépend de tous. Je ne connais pas assez la rade de Brest pour saToir si une escadre de 5 Taisseaux peut y éToluer et, à Totre signal, se mettre en bataille pour les différentes manœu- Tros : si cela est exécutable, pourquoi ne le ferait-on pas ? J'ai fait faire de ces manœuvres par la flottille de Boulogne, le résultat en a été très bon, et, aujourd'hui, cela se continue, c'est un objet d'encouragement et d'instruction dont personne ne peut plus contester l'aTantage. Il ne faut pas chercher ce qui nous manque, je ne puis faire des miracles ; mais il fnut faire tout ce qui est possible. J'ai assez d'expérience de la mer pour saToir que, ne ferait-on que le?er l'ancre, déployer ses Toiles et rcTenir mouiller; je dis plus, ne ferait-on que le branle-bas, le résultat en serait toujours très aTantageux. Soyez sincère : combien aTez-TOus de Taisseaux dont le branle-bas se fasse bien ? Les hamacs sont mal placés, tout ne se prépare pas comme il faut ; rien n'est enfin indifférent pour le succès. Pourquoi ne feriez-TOus pas faire, tous les huit jours au moins, le signal du branle-bas, et ne tous porteriez-TOus pas alors pour Tisiter les vaisseaux et Toir ce qui peut y aToir de mal ? Je Tais encore plus loin : je pense même que l'exercice des signaux en est utile, et accoutume tous les Taisseaux à le répéter aTec la promptitude et l'expérience couTenables. Je répète encore que l'on se moquera de ces exercices, mais cela fera néanmoins que les états-majors des Taisseaux apprendront à connaître bien les signaux et franchiront les obstacles qui sont apportés souTent à leur prompte arboration et répétition. Lorsque les Anglais ont su que tous étiez dans la baie du Camaret, l'opinion des marins, en Angleterre, était que tous n'étiez pas attaquables.
Je n'ai plus de généraux de marine. Je désirerais faire quelques contreamiraux, mais je voudrais choisir ce qui pourrait m'off^ir le plus d'espérances sans considération d'ancienneté. EuToyez-moi une liste d'une douzaine d'officiers propres à faire des contre-amiraux, ayant les qualités nécessaires pour mériter la préférence, et surtout des hommes encore dans la force de l'âge.
J'ai fait mettre sur chaque chaloupe canonnière un obusier do 8 pouces de terre. Cet obusier se place sur un petit affût marin qui lui permet de lancer un obus pesant 40 livres à plus de 1000 toises : tiré sur l'angle de 45**, il fait l'effet d'un mortier ; tiré à 200 toises, l'obus éclate dans le bois ; tiré à 1000 toisés, l'effet en est considérable puisqu'il a 8 pouces d'ouTerture, ce qui est plus qu'une pièce de i2. Les chaloupes canonnières n'ont point été incom* modées de ce tir, et, comme il est d'usage, après aToir beaucoup blâmé cette arme, on s'en loue beaucoup aujourd'hui. Gomme la terre peut en fournir une grande quantité, je désirerais que tous en missiez 6 ou 10 sur chacun de tos Taisseaux. Il doit être placé sur un petit affût marin ayant ses roulettes à l'aTant et point derrière ; il peut être mis indifféremment à bâbord, à tribord, sur l'aTant ou sur l'arrière du Taisseau ; on peut le tirer en chasse comme en retraite. Je m'en promets un bon effet. La terre a de ces obusiers à Brest ; faites-en placer sur un affût et essayez-les à bord d'un de tos Taisseaux. Si TOUS pouTiez en mettre 10, cela ne ferait que mieux; ils ne pèsent que 11 00 liTres. J'aurais bien désiré que tous eussiez des obusiers anglais de 36, mais il parait que l'on n'en a pas encore fait assez ; toutefois, je suis d'opinion
que les obusiers de 8 pouces valent beaucoup mieux : 6 ou 10 de ces obusiers, faisant Teffet de 6 ou 10 mortiers, peuvent être très utiles dans un combat. L'emplacement ne gène pas, on peut les tirer du milieu du vaisseau, en s^arrangeant de manière à ne point être embarrassé par les vergues. Nos vaisseaux ne sont pas assez armés. Quand je connaîtrai les objections que vous avez à faire sur cette idée, il sera facile, si elle est praticable, de vous donner 200 de ces obusiers. Il ne faut point les confondre avec les obusiers de 6 pouces, qui, n'étant que de 36, ne remplissent point le même objet.
Napoléon.
A partir du 1*' septembre, les préparatifs de la cérémonie du couronnement vont arrêter tous les mouvements de Tescadre de Brest, puisque la moitié des capitaines de vaisseaux et la moitié de leurs seconds seront appelés à Paris (1). Il ne peut être question d*agir pendant leur absence. En outre, bien qu'elle n'ait à peu près rien fait de tout Tété, au mois d'octobre Tescadre va se trouver de nouveau immobilisée par les réparations que doivent subir certains vaisseaux.
Uamiral Ganteaume au Ministre de la marine.
Rade de Brest, à bord du vaisseaa V Impérial, le 17 Tendémiaire an xiu (9 oct. 1804) (2).
Monseigneur,
J'ai eu l'honneur de vous annoncer que j'allais faire entrer dans le port les vaisseaux le Foudroyant, le Brave et le Jupiter ; le premier de ces vaisseaux y est entré hier au soir, le Brave y entrera aujourd'hui et le Jupiter demain.
L'Alexandre sera mis en rade le 18 ou le 19.
Il restera six vaisseaux dam le port; les moyens sont malheureusement bornés pour les travaux dont nous nous occupons ; les vivres nous retardent le plus, et, malgré nos efforts, nos opérations seront plus longues que je ne m'v attendais.
Vous trouverez ci-joint le bulletin du port.
Je suis avec respect, Monseigneur,
votre très humble serviteur.
Ganteaume.
De simples exercices sont l'occasion d'avaries qui montrent le peu de valeur, au point de vue de l'instruction technique, de l'escadre de Brest à cette époque.
jl) Archives nationales, Secr. d'État, AF»», 1191. Voir ci-dessous. (2) Archives de la Marine, BB»', 205.
UamîrsLl Gantoaume au Ministre de la marine (1).
A bord du vaisscan le Vengeur, en rtde de Brest, le It bramaire an zm (3 novembre 180t).
Monseigneur,
J'éprouve une véritable peine toutes les fois que je suis forcé d'appeler votre attention sur des accidents.
M. le maréchal Augereau m*ayant montré le désir de visiter Tarmée navale, j'ordonnai, le il du courant, pour sa réception, divers exercices.
Les frégates et les corvettes eurent ordre de mettre sous voiles et d'exécuter un simulacre de combat. Peu de temps après ces appareillages, les ftrégates la Valewreuse et la FéUcie s'abordèrent.
La première a beaucoup souffert ; elle a besoin d'entrer dans le port et peut-être dans le bassin. Nous ferons tout ce qui sera possible pour qu'elle soit promptement réparée.
L'autre frégate a peu souffert.
Votre Excellence trouvera ci-joint les rapports des deux capitaines et Tordre du jour que j'ai publié à cette occasion ; elle jugera sans doute, après avoir lu ces pièces, qu'il y a des torts, mais que le blâme doit tomber plus particulièrement sur celui qui a enfreint les dispositions des règlements.
Je suis avec respect. Monseigneur,
votre trè» humble et très obéissant serviteur.
Ganteaume.
Au début de mai, ramiral Villeneuve avait, en rade de Tîle d'Aix, 4 vaisseaux et 2 frégates ; mais un de ses vaisseaux manquait presque complètement d'équipage (2). Néanmoins Tordre du 11 mai (3) avait prescrit d'adjoindre à la division la frégate VArmidej en prélevant 200 matelots sur les équipages des 7 navires en rade et en les remplaçant par autant de soldats, et d'activer les travaux du vaisseau le Lton, de telle sorte qu'il pût être mis en rade le 21 mai. Effectivement, au 14 mai, on fournit 100 soldats pour le vaisseau et 45 pour la frégate. Tout l'été se passa cependant de ce c6té sans le moindre événement. Il en fut de même à Lorient.
Quant aux 5 vaisseaux du Ferrol, on a vu que le plan du mois de mai ne leur assignait aucun rôle, et que la lettre
(1) Archives de la Marine, BBiv, 205^
(t) lettre dn 2 mai 1804, Archives nationales, APi*. 1191.
(3) Voir d-dessus.
{4) Le Ministre de la Marine au Ministre de la guerre (14 mai).
du 2 juillet à Latouche-Tréville expliquait d'une part, que 4 seulement des vaisseaux étaient disponibles, et de Tautrc, que Nelson aurait de grandes chances pour suivre, devant le Ferrol, Tescadrc de la Méditerranée. Dans ces conditions, réduite au 27 mai, à un effectif de 2,300 hommes (1), la division du Ferrol était vouée à Timmobilité, malgré les légers renforts qui lui furent fournis un peu plus tard.
Au oontre-am/ra/ Decrôs.
La Malmaison, 14 messidor an zn (3 juillet 1804) (t).
Monsieur le Ministre de la marine Decrès, je tous enfoie le rapport que me fait le colonel Lebrun sur la situation de Fescadre du Ferrol. Il parait que le Héros y V Argonaute, le Fougueux et le Duguay-Trouin seront, dans le courant de thermidor (19 août au 47 septembre), prêts pour tout entreprendre. Il faudrait leur ordonner de faire six mois de Tiyres. Il leur manque 1000 hommes, mais ce sont presque tous des matelots de 4* classe, des canonniers ou soldats. Les noyaux des équipages paraissent très bons et très exercés. Vous de^ez y a^oir fait partir 150 canonniers. Au moment de partir, ils prendront les 200 BataTes. J'y ai envoyé 250 hommes d*infanterie, ils vont recevoir 1000 hommes de Malaga ; leurs équipages vont donc se trouver au complet, et, dans le cas que cela serait nécessaire, on pourrait désarmer le brick VObservateur et même la Guerrière. Mon intention serait de faire partir, pour vendémiaire ou brumaire, ces quatre vaisseaux pour la Martinique et la Guadeloupe. J'y enverrais à cet effet 1600 hommes d'infanterie.
Napoléon.
L'attitude de Tescadre de Toulon fut plus active et mérite d'être signalée. Malheureusement, la correspondance de Latouche-Tréville, depuis le 18 mars 1804 jusqu'au 20 août, date de sa mort, manque à peu près complètement aux Archives de la Marine. Celle du Préfet maritime (3), à peu près vide au point de vue des opérations, ne traite guère autre chose que des questions de travaux. Elle permet cependant de suivre l'augmentation progressive de l'escadre. Grâce à cette source on sait que le vaisseau V Indomptable fut mis en rade le 20 juillet (4), que deux autres vaisseaux,
(1) CoîTespondance de Napoléon, lettre à Decrès, 7783 (2T mai). (t) Correspondance de Napoléon, 784t.
(3) Archives de la Marine, BB"«. 134.
(4) En grande rade, afin d'empêcher les désertions (lettre du tO juillet).
VAtlas, puis le Berwick passèrent successivement au bassin. Après que le Neptune et V Indomptable ^ auront rejoint l'escadre, celle-ci sera portée successivement à 9, puis à 10 vaisseaux et enfin à 11 à la fin de Tannée 1804. Toutefois, pendant Tété, Nelson reste supérieur en nombre de navires et surtout en force, puisqu'il a plusieurs vaisseaux à trois ponts, n est donc maître de la mer et, jusqu'à sa mort, Latouche-Tréville devra se borner à des escarmouches.
Le 12 mai, Nelson était arrivé à la Maddaiena, laissant devant Toulon les frégates Seahorse, Phœbé^ Amazon et Active^ sous le commandement du capitaine Mouray, de ce dernier navire. Le 19, il en repartit, se dirigeant par le cap Corse à un point de rendez-vous désigné par le nombre 102 et convenu d'avance. Le 31, Tavant-garde (1) se dirigea seule vers Toulon, tandis que le gros, confié à Bickerton, restait devant Port-Cros (2). Le l®'juin, à 6 heures du matin, Nelson, alors à 5 lieues au sud-est du cap Sicié, vit un vaisseau français et une frégate sous voile près de la presqu'île Sepet ; 7 autres vaisseaux et 5 frégates étaient mouillés dans la grande rade. Mais Latouche-Tréville ne se laissa pas tenter (3) par la faiblesse de la division que lui montrait Nelson et ne bougea pas. Le 4, pourtant, il dépassa la presqu'île Sepet avec 5 vaisseaux et 2 frégates d'environ 1 mille ; au soir, il rentra en rade. « Quelque beau jour, écrit Nelson à cette occasion, j'espère qu'il se décidera à sortir avec ses 8 vaisseaux et à venir par le travers de Porquerolles, auquel cas je le couperai et lui ferai son affaire (4). » Le 14, Latouche- Tréville montra 8 vaisseaux et 4 frégates. Nelson, qui avait S vaisseaux, se tint à sept lieues du cap Sicié, « ne croyant pas, écrit-il, que ce fût autre chose qu'une gasconnade ». Au soir, il mit en panne, attendant V Excellent qui vint le rejoindre. Latouche-Tréville, de son côté, rentra à Toulon.
« Ce jeu du chat et de la souris, écrit Mahan, amena un u incident qui fit sortir Nelson de son caractère et lui causa « un amusant accès de rage. Dans son rapport, en effet.
(1) Viclory, Canopus, Donegal, Belle-Isle, Excellent, (t) Iles d'Hyères.
(3) Correspondance de Nelson, lettre à Eliiott (!♦' juin).
(4) Correspondance de Nelson, à Biliott (18 juin).
m PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VI.
« Latouche-Tré ville publia que son célèbre adversaire avait « pris chasse devant lui » Nelson, au lieu de se contenter de son rapport officiel à F Amirauté, se laissa aller à de grossières injures. « Je garde, écrit-il quelques jours plus « tard, la lettre par laquelle M. Latouche dit qu'il m'a donné « la chasse et que je me suis enfui. Je la garde et si je le « prends je la lui ferai manger. C'est un poltron, un menteur « et un mécréant » (1).
Voici quel avait été le rapport de Tamiral Latouche-Tréville sur ce curieux incident.
Uamiral Ganteaume au Ministre de la marine.
A bord do Taisseaa le Bucentaure, en rade de Toulon, le 20 prairial an xn (15 jain 1804) (S).
Général,
J'ai rhonneur de tou8 rendre compte de la sortie de toute Tescadre à mes ordres.
Sur TaTis que j'aTais reçu que plusieurs corsaires anglais infestaient la côte et les lies d'Hyères, je donnai Tordre il y a trois jours, aui frégates VIncorrufh tihle et la Sirène et le brick le Furet, de se rendre dans la baie d'Hvères. Le vent d'est les ayant contrariés, elles mouillèrent sous le chftteau de PorqueroHes. Hier matin, les ennemis en eurent connaissance. Vers midi, ils détachèrent 2 frégates et 1 Taisseau qui entrèrent dans la grande passe, dans rintention de couper la retraite à nos frégates. Du moment où je m'aperçus de sa manœuTre, je fis signal d'appareiller à toute Tescadie ; ce qui fut exécuté. En 14 minutes, tout était sous \oiles, et je fis porter sur l'ennemi pour lui couper le chemin de la petite passe, et dans le dessein de Fy suivre s'il avait tenté d'y passer ; mais V amiral anglais ne tarda pas à renoncer à son projet, rappela son vaisseau et ses deux frégates engagés dans les îles et prit cfiasse. Je rai poursuivi jusqu* à la nuit ; il courait au sud-est. Le matin^ au jour, je n'en ai eu aucune connaissance.
Je vous salue avec respect.
Latouche-Tréville.
Tout le mois de juillet se passa pour Nelson à guetter Fescadre française et à chercher à l'attirer au dehors de la rade. L'ignorance oii était l'amiral anglais de l'objectif assigné à
(I) Captain Mahan, Life of Nelson, (t) Moniteur du 18 juin (n» 279).
LES ESCADRES PENDANT l'ÉTÉ 1804. 173
Latouche-Tréville l'entraîna parfois à des suppositions tout à fait gratuites sur les projets de ses adversaires.
« L'amiral Ganteaume, écrit-il le 10 août (t), a arboré son pavillon à Brest. C'est pour moi une indication certaine que tout ou partie de son escadre est destinée à la Méditerranée. C'est là que Bonaparte veut faire sa grandeur ; c'est là qu'il faut placer de grandes flottes et de grandes armées. J'espère que le gouvernement ne laissera pas l'ennemi y acquérir une supériorité trop au-dessus de mes moyens d'action »
Quant à sa crainte de laisser échapper Latouche, elle se traduit sous toutes les formes. Le 17 juillet, à la fausse annonce que l'escadre française a pris la mer, « si M. Latouche m'a joué, écrit Nelson, il m'aura tué bien mieux qu'avec un de ses boulets ». Il n'en a rien été, du reste, et Tescadi^e française n'a plus bougé depuis sa sortie du 13 juin.
Pourtant, d'après les derniers ordres de Napoléon en date du 2 juillet, c'est vers le 28 de ce mois que l'escadre de Toulon devrait sortir pour arriver à Boulogne en septembre. Pendant les seize ou dix-sept jours qui précèdent le moment fixé pour le départ, une succession de coups de vent rendent très difficile à Nelson de se maintenir devant Toulon. Plus de la moitié de ses navires ne sont plus en état de tenir la mer. A l'arrivée le \ 9 juillet de 8 transports et de la frégate Embuscade^ Nelson fit route sur Palma, à la fois pour se ravitailler et pour mettre ses navires à Tabri. La station devant Toulon resta confiée au capitaine W. Hargood, du Belle-Isle avec les frégates Fisgtiard et Niger^ la bombarde Acheron et 2 transports.
C'eut été pour Tescadre de Toulon une excellente occasion de prendre la mer, si telle avait été l'intention de l'Empereur. Au lieu d'un départ général, le 2 août seulement, 5 vaisseaux et 6 frégates, sous les ordres de Dumanoir sortirent de Toulon et croisèrent à six ou sept lieues du cap Sepet. A l'approche des croiseurs ennemis, la division rentra au port. Pendant ce temps, Nelson était toujours à Palma, dont il ne partit que le 10 ; un gros temps l'ayant forcé à s'abriter au cap Saint- Sébastien, il ne reparut devant Toulon que le 26 août.
(1) A Aclon.
Lui-même, malade, et ne croyant pas pouvoir résister à un nouvel hiver semblable à celui qu'il a passé dans ces parages Tannée précédente, demanda un congé dont il ne profita d'ailleurs pas lorsqu'il lui eut été accordé. Les fatigues subies par son escadre avaient été excessives. Cependant le blocus de Toulon n'avait été tenu que par intervalles et parfois avec des forces tout à fait insuffisantes, ainsi qu'il était arrivé au capitaine Hargood pendant cinq semaines. Sans doute, Latouche- Tréville aurait profité de la reconnaissance faite le 2 août par la division Dumanoir, mais, ce jour-là, l'Empereur lui adressait les ordres suivants, où se marque l'impression subie lors du voyage sur les côtes aussi bien du fait du retard de la concentration que des incidents survenus à Boulogne à la même époque (i).
Au Ministre de la marine.
Faire connaître au général Latouche que différentes diyisions de la
flottille n'ayant pu joindre, j'ai jugé qu'un retard d'un mois ne peut qu'être avantageux, d'autant plus que les nuits deyiendront plus longues. Mais mon intention est qu'il profite de ce délai pour adjoindre à l'escadre le Taisseau le Berwick Presser Tarmement de VAlgésiras à Lorient, il faut qu'il
soit en rade au 10 fructidor (28 août) (2).
C'était un nouveau délai d'un mois et, avant qu'il soit écoulé, Latouche-Tré ville expirait le 18 août, à bord du Bucentaure. Confiée d'abord au contre-amiral Dumanoir, l'escadre ne bougea plus du port ; quant à Nelson, il reprit dès le 26 août sa pénible tâche avec une nouvelle énergie. Sauf un ancrage de dix jours à la Maddalena, du 20 au 30 octobre, un autre du 19 au 2i décembre à Palma, tout le reste de l'année 1804 devait se passer, pour Tamiral anglais et son escadre, constamment à la mer et occupés à une croisière opiniâtre.
(1) Voir ci -dessous.
(7) Correspondance de Napoléon à Decrès, 7896.