CHAPITRE II
Puisque cette fois il était sérieusement question d'agir pendant l'été 1804, la première chose à faire était d'en finir avec la concentration de la flottille qui avait causé tant de déboires pendant l'hiver.
On sait combien il restait encore à faire.
Au mois de mai Verhuell était arrivé à faire passer à Ostende la première partie de la flottille batave et une fraction de la seconde. 11 restait encore à Flessingue 26 bateaux canonniers de la deuxième partie et toute la troisième, dépourvue presque totalement d'équipages.
Le Wce-am/ra/ et commissaire Verhuell, commandant en chef la Hottîlle batave, à Son Excellence M. le vice^amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies (1).
Ostende, le 27 prairial (16 jain) 1804.
Je viens de recevoir, par une résolution du gouvernement de la République batave, ma nomination de vice-amiral, je m*empresse de la portera la connaissance de Votre Excellence, persuadé de Tintérêt que Votre Excellence veut bien prendre à tout ce qui me concerne ; cette marque de conûance de la part du gouvernement ne peut être qu'une suite de celle que Sa Majesté Impériale met en moi, en me confiant le commandement de la flottille batave.
J'ai appris avec la plus grande satisfaction que Sa Majesté Impériale avait promu Votre Excellence au grade de vice-amiral, la priant d'agréer mes sincères félicitations pour cette marque de distinction de TEmpereur, juste récom^
(l) Archives de la Marine, BB'^, 19L
pense pour les services que Votre Excellence ne cesse de rendre. J'ai été passer une journée àFlessingue, à l'effet d'inspecter Tarnienient de la troisième partie de la flottille ainsi que les 26 bateaux canonniers de la deuxième partie qui y sont encore ; ces derniers, commandés par le premier lieutenant Waardenburg, sont tous prêts et n'attendent qu'un vent favorable pour mettre à la voile.
Toute la troisième partie sera incessamment entièrement armée, mais en rassemblant tous les marins qui se trouvent encore dispersés ça et là dans les canaux intérieurs, je ne pourrai équiper que onze chaloupes canonnières.
J'ai l'honneur d'offrir à Votre Excellence l'hommage de ma haute considération.
Veruuell.
Le passage à Ostende de ce qui était resté à Flessingue ne pouvait être soutenu par les forces parvenues dans le premier de ces ports, car la rade y était si dangereuse que Verhuell devait écrire le 12 juin (1) : « Depuis vingt jours que je suis ici, il n'y en a pas eu quatre où j'aurais pu sortir ». D'ailleurs les Anglais, furieux de leurs échecs, avaient augmenté leurs forces et redoublaient de surveillance.
Le général de d'msion Sorbier, commandant VartUlerie du oamp, à M. le Maréchal de l'Empire commandant en chef,
Aa quartier général de Blankenberghe, le 29 praiiial an xn
(ISJtiin 1S04).
Monsieur le Maréchal,
Les Anglais, sans doute bien instruits du départ prochain de la flottille venant de Flessingue, ont renforcé depuis trois jours leur croisière, qui se trouve actuellement composée de quatorze bâtiments, dont les plus petits sont des cutters. Mais on n'y voit point de chaloupes canonnières.. Avec la moitié de cette escadre, ils ont pris, entre Blankenberghe et Heyst, un mouillage très près de la côte et que j'estime en être à une portée et demie de canon ; ils paraissent, d'après cela, très décidés à empêcher le passage de notre flottille ou au moins à forcer une partie à se metti*e à la côte. Dans la position actuelle des choses, je regarde comme bien difficile que cette flottille, composée de bâtiments presque sans défense, puisse tenter le trajet ; mais comme l'amiral Verhuell en sait là-dessus beaucoup plus que moi, je ne donne ces observations que comme celles d'un badaud. Au surplus, toutes les dispositions sont faites pour l'établissement de l'artillerie d'escorte et nous ferons tout ce qui dépendra de nous pour protéger efficacement sa marche.
(1) Archives nationales, APi^, it03.
Le vent, comme vous sa\ez, est pleinement à Touest et nous donne la certitude qu'il n*y aura aujourd'hui rien de nouveau. J'ai l'honneur de tous saluer avec un respectueux attachement.
Sorbier.
Au 20 juin et au 21 on signalait devant Ostende : 2 vaisseaux, 8 frégates, 5 bricks, 1 lougre et 2 cutters (1) et 23 bâtiments devant l'île de Walcheren.
D'après l'historien anglais W. James, les dispositions prises par le commodore Sydney Smith étaient les suivantes. « Le mouillage habituel était à environ six lieues ouest-nord-ouest de Flessingue, en laissant Ostende à environ même distance au sud-sud-ouest, à l'extrémité nord-est du canal de l'Escaut. Le plan suivi pour recevoir les renseignements était le suivant : un navire se tenait à toute vue du bâtiment monté par le commodore, communiquant avec des pavillons aussi grands que ceux de nationalité et non d'après leur couleur, mais d'après leur nombre et leur position. C'est par cet intermédiaire que les bâtiments de surveillance communiquaient les nouvelles au chef de la division. »
Malgré la force des Anglais, le brave amiral Verhuell exécuta un nouveau passage, avec autant de hardiesse que de bonheur.
Le ¥ice-&miral et commissaire Verhueil, commandant en chef la flottille batave, à Son Excellence M. l'amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies (2).
Ostende, le 4 messidor 1804 (23 Juin).
J'ai l'honneur de faire rapport à Votre Excellence que 26 bateaux canonniers faisant partie de la 3* division de la flottille batave et qui étaient restas à Flessingue, ont appareillé aujourd'hui à la vue de Vennemi qui était mouillé au nombre de 23 en ligne le long de la côte, et qui mit à la \oile dès qu'il aperçut le mouYement de notre division.
L'engagement a été extrêmement vif de part et d'autre ; malgré que la force ennemie était bien supérieure à la nôtre, j'ai eu la satisfaction de voir mouiller devant ce port, à 10 heures du soir, la division.
Je ne puis avoir l'honneur de donner à Votre Excellence des détails soit sur les dommages que les bâtiments ont pu recevoir, soit sur le nombre des morts
(1) Archives nationales, APi^, 1203.
l (2) Archives de la Marine, BBi^, 191.
et blessés qui n'excédera néanmoins pas 20 hommes, parce que la mer est trop
forte et la nuit trop avancée pour pouvoir me les procurer ; j'ai néanmoins la
certitude qu'ils sont peu considérables. J'aurai l'honneur de les faire connaître
incessamment à Votre Excellence.
Je prie Votre Excellence d'agréer l'hommage de ma haute considération et
estime particulièi*e.
Verhlell.
L Davout, maréchal de l'Empire^ colonel -général de la Garde de Sa Majesté l'Empereur, commandant en chef le camp de Bruges, à M, le maréchal de l'Empire Soult
Au quartier général à Ostende. lo l messidor an xii
(23 juin 1804).
Je suis fâché, mon cher Maréchal, que ni son Altesse Impériale ni vous, ne puissiez vous absenter : j'espère que par la suite vous me dédommagerez ; mais je n'aurai pas une circonstance aussi agréable, celle d'une réunion nombreuse, et du lendemain d'un nouveau et brillant combat que nos braves alliés viennent de soutenir pour vous recevoir ; en attendant, je vais vous faire plaisir en vous donnant des détails sur co combat.
Aujourd'hui, 26 bateaux canonniers bataves sont partis de Flessingue à midi : l'escadre anglaise, forte de 2 i bâtiments de guerre, dont la moitié vaisseaux de ligne et frégates, a appareillé pour aller à leur rencontre. Nos flegmatiques et braves alliés ont continué leur route, malgré une canonade très vive et souvent sous la mitraille, quelquefois même à portée de fusil. Il est vrai de dire que les bateaux canonniers étaient livrés à leur propre force, étaient très au large; et malgré toute la volonté possible, notre artillerie légère n'a pas eu l'occasion de faire beaucoup de mal aux Anglais, les bateaux canonniers en ayant eu seuls la possibilité, par leur éloignement de la côte. Deux frégates ennemies ont été pai*ticulièremcnt maltraitées, étant venues à portée de la mousqucierie des garnisons. Cette journée est aussi belle que les combats précédents, et en nous pénétrant d'estime poiu* nos braves alliés et l'amiral Verhuell, elle éicctrise nos troupes qui ont été témoins de ce combat.
Notre perle est de 8 ou 10 hommes tués ou blessés, malgré le feu très vif des Anglais.
Je vous envoie, mon cher Soult, l'extra. t d'une gazette anglaise assez franche du 18 juin ; il paraît que les espérances d'une partie de l'opposition de renverser le ministère actuel sont très fortes.
Si l'Empereur commence sa tournée de nos côtés, vous en serez prévenu de suite.
Amitié. L. DAvoti.
Au quartier général à Ostende, le 7 messidor an xii (?6 juin 1804).