IV
Toutefois, il y a une chose très urgente : c'est de prendre un parti pour cela. Il y a encore des matelots en France. Le général Davout m'a assuré que, si on lui donnait l'autorisation nécessaire, sans que les syndics ni personne n*en fût instruit, il pourrait enlever 800 hommes ; ce serait une chose assez importante. Écri?ez dans ce sens à ce général. Il y en a encore sur les côtes de Normandie et de Bretagne. Il faut une mesure extraordinaire. 11 serait aussi bien important que VAfgésiras fût prêt à Rochefort ayant Téquinoxe.
Napoléon (i).
Sur la proposition de Decrès, on convint de désigner Villeneuve pour commander à Toulon et Missiessy pour le remplacer à Rocliefort. Ces deux nominations, la convocation des deux amiraux à Paris, paraissent prouver qu'il s'agit encore de la réalisation du plan du 25 mai.
Au Wce-am/ra/ Decrès (2).
Aix-la-Chapelle, le 16 fhiciidor an xu (3 septembre 1804).
Donnez Tordre au ^ice-amiral Villeneuye de se rendre à Paris, ainsi qu'au contre-amiral Missiessy. A leur arrivée, vous leur ferez part de leur mission respective, l'un de Toulon, Tautre de Rochefort. // faudra aussi causer avec Villeneuve sur le grand projet auquel est destinée son escadre.
Napoléon.
D'ailleurs, le récit de la conversation qu'eut le Ministre avec les deux amiraux, tel qu'il résulte d'une lettre de Decrès citée par Thiers (3), d'après laquelle Villeneuve déclare « qu'il ne perdra pas quatre heures pour rallier le premier vaisseau, et qu'avec les 5 autres il sera assez fort »>, ne laisse pas de doute qu'il ne s'agisse encore pour l'escadre de Toulon de rallier successivement le vaisseau ÏAiglej de Cadix, et les
(1) Variante de cette lettre à Decrès :
« Il me paraît que pour Tescadre de Toulon, il n'y a que trois hommes : Bruix, Villeneuve ou Rosily. Vous pouvez sonder Bruix ; je crois à Rosily de la bonne volonté, mais il n'a rien fait depuis quinze ans. J'ignore s'il a été bon marin et les commandements qu'il
a eus. Toutefois, il y a une chose urgente : c'est de prendre un parti sur tout cela •
(Correspondance inédite, Archives de la Guerre.)
(?) Correspondance de Napoléon, N» 7982.
(3) Tome V, page tlO.
S vaisseaux de Rochefort, ainsi qu'il est nettement spécifié dans les instructions du 23 mai, lesquelles prescrivent après cette réunion et une croisière à l'ouvert de la Manche, d'y entrer en négligeant Brest. L'escadre de Ganteaume n'a pas d'autre mission que de retenir l'armée de blocus.
Ce n'est donc pas sans surprise que presque simultanément avec la remise de ces instructions, on va voir Napoléon élaborer un tout autre projet, où cette fois l'escadre de Brest jouera le rôle décisif.
Au vioe^amiral Decrôs (I).
Aiz-la-Cbapelle, le 19 fruetidor an xu (0 septembre 1804).
Monsieur le Ministre de la marine Decrès, je désire que vous me fassiez deux rapports : le premier, sur la colonie de Surinam, etc. ; le second, sur l'expédition d^ Irlande. Il me parait que l'escadre de Brest est enfin dans la position de faire quelque chose. Nous avons 21 vaisseaux armés^ des frégates et quelques flûtes ; i 6,000 hommes et 500 cheTaux devraient pouvoir être embarqués au commencement de brumaire. Faites-moi connaître sur quoi je puis compter. Je désire aussi que, dans le j>rochain état de situation de Tarmée navale, tous fassiez porter le nombre de matelots de chaque classe à bord de chaque vaisseau, afin que je puisse voir de quelle classe sont ceux qui manquent.
Ayant d'envoyer Emériau à Toulon, il faut que Missiessy soit rendu à Tile d*Âix, car il est impossible que cette escadre soit sans amiral. Faites-moi connaître quelles espérances vous avez du Berwick, et le temps où il pourra être en rade. Témoignez mon mécontentement à M. Pallière, à Toulon, et destituez quelques administrateurs ou changez-les de port, afin de rompre cette coupable
coalition.
Napoléon.
Le même jour, il est écrit à Ganteaume de se tenir prêt à porter en brumaire 16,000 hommes et 500 chevaux en Irlande et de s'aboucher avec O'Connor (2), et au Ministre de la marine d'utiliser deux des quatre vieux vaisseaux qui sont à Brest, pour les armer en flûtes, destinées à l'expédition d'Irlande (3).
Or, le camp de Brest, qui comptait 10,000 hommes au
(1) CoiTespondance de Napoléon, N» 7994.
[t) (24 octobre au 22 novembre). Lettre à Oanteaume, 7996. (Voir ci-dessus.)
(8) Finistère, Zélé, Gaulois, Dugommier. A Decrès, 7996.
31 mars (1), n'en compte plus que 6,338 et 268 officiers au 3 août (2). Le bataillon irlandais, transféré à Lesneven, est toujours réduit à 48 officiers ^/ 16 soldats y encore les dissentiments qui ont éclaté parmi ces étrangers ont-ils failli les faire licencier (3). On a vu plus haut quelle est encore la pénurie extrême en matelots pour armer les vaisseaux; enfin rien n'a été fait pour réunir des moyens de transport. Que penser, par conséquent, de la lettre suivante, si peu conforme aux procédés habituels de Napoléon, lorsqu'il a une intention ferme en tête ?
Au maréchal Berthier (4).
27 septembre.
Mon Cousin, l'expédition d'Irlande est résolue. Vous aurez, à cet effet, une conférence avec le maréchal Augereau. Il y a à Brest des moyens d'emifarquement pour 18,000 hommes. Le général Marmont, de son côté, est prêt avec 25,000 hommes. U tâchera de débarquer en Irlande, et sera sous les ordres du maréchal Augereau. La grande armée de Boulogne sera, pendant le même temps, embarquée, et fera tout ce qui est possible pour entrer dans le comté de Kent. Vous ferez connaître au maréchal Augereau qu'il se comportera selon les éTénements. Si les renseignements que j'ai par les Irlandais réfugiés et par les hommes que j'ai envoyés en Irlande se vérifient, une grande quantité d'Irlandais se rangeront sous ses drapeaux à son débarquement ; alors, il marchera droit à bublin. Si, au contraire, ce mouvement était plus tardif, t7 prendrait position pour attendre le général Marmont, et jusqu'à ce que la grande armée soit débarquée. La marine fait espérer qu'elle sera prête au 22 octobre ; la terre le sera aussi à cette époque. Il faut surtout au maréchal Augereau un bon commandant dartillerie.
Napoléon.
A cette époque, Marmont disposait des troupes suivantes :
Camp d'Utrecht, 3 divisions d'infanterie, 1 de cavalerie : 20,310 hommes (dont 11,000 Français) ;
Camp de Walcheren, 1 régiment français, 8 bataves : 4,848 hommes ;
Défense des côtes de Frise : 1684 hommes, tous Bataves;
Défense des îles de Voorn et de Gorée : 1486 hommes, tous Bataves ;
Troupes du Helder : 1306 hommes, dont 722 Français;
(1) Voir ci- dessus.
(2) Situation armée des Côtes. 3,000 hommes ont ^té embarqués comme garnisons sur les vaisseaux de Ganteaume. (Ordre du Minisire, i juillet, Archives de la Guen*e.)
(3) Lettres de O'Connor et Mae Sheeby, 30 JuUlet et 9 août. (Archives de la Guerre,)
(4) Cofrespondance de Napoléon, 8048.
Défense des côtes de Nord HoUand : 336 hommes, tous Bataves ;
Troupes de garnison : 2,337 hommes, dont 190S Français;
Au total : 32,307 présents (1656 détachés, 2,771 aux hôpitaux), et 4,340 chevaux (1).
Quant au camp de Brest, il faudrait pour réaliser le nouveau plan, tripler sa force. Tel est l'objet des ordres suivants.
Au Ministre de la guerre (2).
Mayenee, le 27 septembre 1804.
Mon Cousin, le camp de Brest, tel qu'il sera composé, sera fort de 18,000 hommes tout compris, Savoir : HommM.
Cayalerie 1,500
5 compagnies d'artillerie du 3* régiment, fortes chacune de 80 hommes, faisant 400
i compagnie d'ouyriers complétée ayec des conscrits
ouvriers de la marine, forte de 80
1 compagnie d'artillerie à cheval forte de 80
4 compagnies du 3* bataillon du train faisant en tout. . 200
2 compagnies du 4*' bataillon de sapeurs faisant 200
i compagnie de mineurs 80
Administrations, domestiques et autres non-combattants SOO
Infanterie 15,000
Total 18,040
Les 15,000 hommes d'infanterie seront composés de 3 bataillons du 7* régiment d'infanterie légère de
300 hommes chaque, officiers d'état-major compris. 2,400
De 3 bataillons du 16® régiment d'infanterie légère. . 2,400
De 3 bataillons du 24'' régiment de ligne 2,400
De 2 bataillons du 37* de ligne 1,600
De 1 bataillon du 47« de ligne 800
De 2 bataillons du 65» de ligne 1 ,600
De 1 bataillon du 70« de ligne 800
De 2 bataillons du 63« de ligne 1 ,600
De 2 bataillons du 44« de ligne 1,600
De 2 bataillons du lOS" de ligne 1 ,600
De 1 bataillon d'élite suisse 800
Total 17,600
(1) Carnet de situation, 19 août, armée de Batavie.
(t) Correspondance de Napoléon inédite. Archives de la guerre.
n faut compter S,600 hommes qui resteront pour augmenter les équipages des yaisseaux.
Vous donnerez ordre au 7* d'infanterie légère de compléter ses trois bataillons. Vous donnerez le même ordre au 16* d'infanterie légère. On retiendra dans le 4* bataillon, qui reste k Belle-Isle, tous les hommes dont on pourrait craindre la désertion.
La garnison de Belle-Tsle sera complétée par le 12* d'infanterie légère, qui est à Nantes. Le 24* de ligne formera également ses trois bataillons.
Tout ce qui sera embarqué sur Tescadre de Brest sera compris dans cette formation ; de même que pour le 37*, les 63* et 44* ne feront plus partie du camp de Montreuil ; Tétat-major et ce qui serait rendu à ce camp rétrograderont sur Brest. Vous donnerez ordre aux trois bataillons du 105* de se rendre à Brest, où il complétera deux bataillons à 1600 hommes pour fournir au corps d'armée. Le bataillon d'élite suisse se rendra à Brest.
L'artillerie du camp de Brest actuel est composée de quatre compagnies du 3* régiment, mais qui ne forment que 300 hommes; tous donnerez ordre qu'elles soient portées à 80 hommes chacune. Vous retirerez une. compagnie du même régiment du camp de Saintes, que tous compléterez à 80 hommes et que vous enverrez également à Brest. Vous pourrez prendre la compagnie d^artillerie légère qui se trouvera le plus près, vous la dirigerez aussi sur Brest ; vous aurez soin qu'elle soit composée aussi de 100 hommes : 20 hommes resteront pour tenir les chevaux et 80 hommes s'embarqueront. Vous ferez compléter l'escouade de la demi -compagnie d'ouvriers d'artillerie qui est de 46 hommes, avec des conscrits ouvriers de la marine, et la ferez porter à 80 hommes.
Vous préviendrez le maréchal Augereau que son armée ne pourra embarquer que 500 chevaux, dont 200 de chasseurs, 200 d'attelages d'artillerie et 100 d'état-major. On fera embarquer, cependant, des selles pour 1000 chevaux de chasseurs et des harnais pour 500 chevaux d'attelages d'artillerie.
On aura soin d'embarquer les outils de pionniers nécessaires.
Napoléon.
Deux jours plus tard, toute une série d'ordres formant un plan d'ensemble vient prouver que, dans la pensée de l'Empereur, le rôle de l'escadre de Toulon est devenu absolument différent de ce qu'avaient prévu les instructions du 25 mai et les conversations entre le Ministre de la marine et les amiraux Villeneuve et Missiessy.
Au m&réchsLl Berih'ier (1).
Mayence, le 5 vendémiaire an xiii.(29 septembre lâ04). Vous donnerez ordre qu'il soit réuni deux colonnes de troupes à Toulon :
(1) Correspondance de Napoléon^ 8059.
Tune de 5,000 à 6,000 hommes, destinée à s'embarquer sur la grande escadre de Toulon; Tautre, de 1500 à 1800 hommes, destinée à s'embarquer sur la petite division de la même escadre, commandées Tune et l'autre par l'amiral VilleneuTe.
Pour la première, tous ordonnerez la formation d'un parc de 4 pièces de 12, 4 de 8, 6 de 4, et 4 obusiers de 6 pouces, auxquels tous joindrez 200 coups à tirer par pièce, 800,000 cartouches, 2 mortiers à la Gomer de 12 pouces, 2 de 8 pouces, et 300 bombes et coups à tirer par mortier, aTec doubles crapauds, et 4,000 fusils. La 4^ et la if compagnies du 4" régiment d'artillerie à pied, complétées chacune à 80 hommes d'un des bataillons de sapeurs qui sont à Alexandrie, en Piémont, et qui se rendront à cet effet en toute diligence à Toulon.
L'escouade d'ouTriers qui fait partie du camp de Toulon, et dans laquelle seront incorporés 50 ouTriers conscrits de la marine, une compagnie du train du 4* bataillon, qui se rendra k Toulon, feront partie de la première colonne, qui s'embarquera sur la grande escadre. Le 16* régiment de ligne, qui est à Alexandrie, receTra ordre également de se rendre par le col de Tende à Toulon. Le 67*, qui est à Gènes, recevra également ordre de se rendre en toute diligence à Toulon. Arrivés à Toulon, ces deux corps fourniront chacun deux bataillons de 800 hommes chaque, qui feront partie de la première colonne. Le 23* de ligne fournira également à la première colonne deux bataillons de 800 hommes chaque, et, à cet effet, la moitié du bataillon d'élite qui appartient aux 3* et 4* bataillons rentrera au corps, de sorte que ce régiment aura 1600 hommes embarqués et deux bataillons à terre. Ces six bataillons. Joints à l'artillerie ci-dessus désignée et à un escadron de 160 hommes du 19* chasseurs, feront partie de la première colonne et s'embarqueront sur la grande escadre de l'amiral Villeneuve.
Pour la seconde colonne, destinée à s'embarquer sur la petite escadre (lie), commandée par l'amiral Villeneuve, vous ordonnerez la formation d'un parc de 2 pièces de 12, 4 pièces de 4, et 2 obusiers de 6 pouces, auxquels vous joindrez 200,000 cartouches et 1000 fusils. Une compagnie du 4* régiment d'artillerie partira de Grenoble pour s'embarquer sur la petite escadre, ainsi que 20 hommes du bataillon de sapeurs, qui sont à Alexandrie, en Piémont, et qui se rendront à Toulon en toute diligence.
Le 2* régiment de ligne fournira à la seconde colonne deux bataillons faisant ensemble 1600 hommes, y compris son bataillon d'élite, lesquels seront embarqués sur la petite escadre.
Il est indispensable que ces troupes soient prêtes pour le 25 vendémiaire (18 octobre) à être embarquées. Transmettez vos ordres sur-le-champ par un courrier extraordinaire, et prenez des mesures pour que les corps envoient aux bataillons tout ce qui est nécessaire.
Faites donner une paire de souliers à chaque homme en gratification; vous les ferez confectionner sur-le-champ à Marseille et à Toulon.
Les colonels des trois régiments à trois bataillons s'embarqueront aTec leurs corps, et les majors resteront à terre. Les colonels des corps à quatre bataillons resteront à terre, et le major s'embarquera aTec les deux bataillons de guerre.
Je TOUS ferai connaître par un prochain courrier les généraux et officiers d'artillerie et du génie qui commanderont les deux colonnes.
Mon intention est que les deux corps, à mesure de leur arrivée à Toulon, soient sur-le-cbamp formés et embarqués. La marine leur fournira les sarraux et pantalons. La guerre leur fera donner une paire de souliers en gratification, ce qui fera 4,000 à 5,000 paires de souliers qu'il faut faire sur-le-champ confectionner, ou que la marine peut fournir si elle les a disponibles. Le décompte de chaque bataillon sera fait. Il n'embarquera que ses masses de linge et chaussure. Il sera pourvu à ce que leur habillement soit aussi complet que possible.
Vous ordonnerez au général Lagrange de se tenir prêt à embarquer à bord de Tescadre de Tlle d'Aix, avec 1 général de brigade, i adjudant commandant, 2 capitaines, deux bataillons du 26^ complétés à 1600 hommes, deux bataillons d'infanterie légère piémontais formant 1200 hommes, une compagnie du 4* régiment de chasseurs à pied de 60 hommes, les 16** et 17^ compagnies du 3* d'artillerie à pied, une escouade de la 2* compagnie d'ouvriers, qu'il complétera avec 80 conscrits ouvriers de la marine, une demi-brigade du train du 7* bataillon, et le 3* bataillon colonial, qui est à l'tle de Ré, qu'il complétera avec les conscrits qu'il pourra trouver dans les difiTérents dép6ts des lies de Ré et d'Oléron. Vous ferez embarquer sur cette escadre 4 pièces de 12, 2 de 8, 6 de 4, 4 obusiers de 6 pouces, 300 coups à tirer par pièce, et 5,000 fusUs.
Napoléon.
Napoléon, Empereur, au Ministre de la guerre (1).
Mayenee, le 29 septembre 1804.
Mon Cousin,
Le général Lauriston commandera les troupes qui se réunissent à Toulon. Le général de brigade Reille commandera sous ses ordres les troupes qui s'embarquent sur la petite division de l'escadre de ce port.
Je désire que le commandement du général Lauriston reste ignoré le plus longtemps possible; il se rendra à Toulon comme pour une mission ordinaire (2).
Voilà pour le Ministre de la guerre. Tout cet ensemble d'ordres lui parvient exactement, car, dès le 3 octobre, le maréchal Bertliier en assure l'exécution.
Minute de la lettre écrite par le Ministre de la guerre à Son Excellence le Ministre de la marine et des colonies le 11 vendémiaire an XIII (3 octobre 1804) (3).
Monsieur, J'ai l'honneur de vous prévenir que, d'après les intentions de l'Empereur, je
(1) Correspondance de Napoléon inédite,
(i) D'après les Mémoires du baron de Méneval, la désignation de Laariston aurait été une véritable disgrâce, à la suite d'une réclamation mal accueillie relativement à la charge de grand écuyer.
(3) Archives de la guetTe.
donne des ordres pour qu'il soit réuni deux colonnes de troupes à Toulon ; Tune de 5,000 à 6,000 hommes, destinés à s'embarquer sur la grande escadre de Toulon; Fautre, de 1500 à 1800 hommes, destinée à s'embarquer sur la petite division de la même escadre, commandées Tune el Vautre par Tamiral VilleneuTe.
La première colonne, destinée à s'embarquer sur la grande escadre, sera composée :
Des deux premiers bataillons du 16* régiment d'infanterie de ligne, complétés chacun à 800 hommes ;
Des deux premiers bataillons du 67* régiment, aussi complétés à 800 hommes chacun ;
Des deux premiers bataillons du 23* régiment de ligne, pareillement complétés à cet effet. Les compagnies du bataillon d'élite de ce régiment, qui appartiennent aux 3* et 4* bataillons, retourneront à leurs corps, en sorte que ce régiment aura 1600 hommes embarqués et deux bataillons à terre; D'un escadron du 19* régiment de chasseurs, complété à 160 hommes; Des 4* et 42* compagnies du 4* bataillon d'artillerie à pied, complétées chacune à 80 hommes;
D'une escouade de la 3* compagnie d'oumers d'artillerie, dans laquelle Sa Majesté désire qu'il soit incorporé 50 ouvriers conscrits de la marine; D'une compagnie du 4* bataillon du train ;
Et d'un parc d'artillerie, composé de 4 pièces de 12, 4 pièces de 8, 6 pièces de 4; 4 obusiers de 6 pouces, auxquels on joindra 300 coups à tirer par pièce, 800,000 cartouches, 2 mortiers à la Gomer de 12 pouces, 2 de 8 pouces, et 300 bombes et coups à tirer par mortier avec doubles crapauds et 4,000 fusils. La deuxième colonne destinée à s'embarquer sur la petite division de l'escadre de l'amiral Villeneuve, sera composée :
Des deux premiers bataillons du 2* régiment d'infanterie de ligne, complétés à 800 hommes chacun, y compris son bataillon d'élite; D'une compagnie du 4* régiment d'artillerie à pied, complétée à 80 hommes ; De 20 sapeurs du 3* bataillon ;
Et d'un parc d'artillerie, composé de 2 pièces de 12, 4 pièces de 4; et 2 obusiers de 6 pouces, auxquels on joindra 200,000 cartouches et 1000 fusils.
Je donne des ordres pour que ces troupes soient rendues à Toulon et prêtes à partir le 25 vendémiaire. L'intention de Sa Majesté est qu'elles soient formées et embarquées à mesiu*e de leur arrivée dans cette place. J'ai chargé les généraux Cervoni et Reynier de se concerter à c^t égard avec le préfet maritime et l'amiral Villeneuve, auxquels je prie Votre Excellence d'adresser, de son cAté, les ordres et instructions qu'elle jugera nécessaires.
L'intention de l'Empereur est que la marine fournisse les sarraux et pantalons aux hommes qui s'embarqueront. 11 leur sera donné une paire de souliers en gratification, ce qui fera 4,000 à 5,000 paires de souliers qu'il faudra faire sur-le-champ confectionner. Sa Majesté m'a cependant fait connaître que la marine pourrait les fournir si elle les a disponibles. Je prie Votre Excellence de m'instruire des ordres qu'elle jugera convenable de donner à ce sujet. Le décompte de chaque bataillon sera fait ; il n'embarquera que sa masse de linge et chaussure ; il sera pourvu à ce que l'habillement soit aussi complet que possible.
Minute de la lettre écrite par le Ministre de la guerre k Son Exce/lence le Ministre de la marine et des colonies le 11 vendémiaire an XIII (3 octobre 1804) (1).
Monsieur,
J*ai l'honneur de tous prévenir que, d'après les intentions de l'Empereur, je donne des ordres pour que le camp de Brest, commandé par M. le maréchal Augereau, soit complété à 18,000 hommes, tout compris, savoir :
1,500 hommes de cavalerie; 400 hommes d'artillerie, savoir : cinq compagnies du 3* régiment, complétées à 80 hommes chacune ; 80 ouvriers d'artillerie, savoir : une demi-compagnie d'ouvriers, qui est de 46 hommes, et qui, d'après les intentions de Sa Majesté, doit être complétée avec des conscrits ouvriers de la marine ; 80 hommes d'une compagnie d'artillerie à cheval; 200 hommes du train, savoir : quatre compagnies du 8* bataillon du train
d'artillerie; 200 sapeurs, savoir : deux compagnies du 4* bataillon de sapeurs ; 80 hommes d'une compagnie de mineurs;
SOO hommes des administrations ou domestiques et autres non combattants; 15,000 hommes d'infanterie.
18,040 hommes.
Les 15,000 hommes d'infanterie seront composés de : ,
33 bataillons du 7* régiment d'infanterie de ligne, forts de
800 hommes chacun, officiers et état-major compris 2,400
3 bataillons du 16* régiment d'infanterie légère 2,400
3 bataillons du 24* régiment de ligne 2,400
2 bataillons du 37» régiment i ,600
1 bataiJlon du 47« 800
2 bataillons du 65" i ,600
1 bataillon du 70« 800
2 bataillons du 63« i ,600
2 bataillons du 44« i ,600
2 bataillons du i05« i ,600
1 bataillon d'élite suisse 800
Total 17,600
Cette force présente un excédent de 2,600 honunes au delà de 15,000 hommes d'infanterie; attendu qu'il s'y trouve compris 2,500 hommes qui resteront pour augmenter les équipages des vaisseaux.
(1) Archives de la guerre.
Tout ce que les 24*^ et 37<' régiments de ligne ont déjà fourni sur Tescadre sera compris dans les bataillons qu'ils doivent fournir.
Je donne des ordres pour que toutes ces troupes soient formées et réunies près de Brest sans délai.
Quant aux 44® et 63*' régiments, ils devaient faire partie du camp de Montreuil et ils ont été embarqués sur des bâtiments de la flottille à Bayonne, Bordeaux et Rochefort. Je donne Tordre de faire passer à Brest tout ce qu'ils ont déjà d'hommes arrivés au camp de Montreuil ; mais ils ont des détachements sur des bateauï de la flottille qui sont encore en marche. Je prie Votre Excellence de me faire connaître les moyens qu'elle jugerait le plus convenables pour faire rétrograder aussi sans délai ces détachements sur Brest.
Je préviens M. le maréchal Augereau que son armée ne pourra embarquer que 500 chevaux, dont 200 de chasseurs, 200 d'attelage d'artillerie et 100 d'état-major, mais qu'il sera embarqué cependant des selles pour 1000 chevaux de chasseurs et des harnais pour 500 chevaux d'attelage d'artillerie, ainsi que les outils de pionniers nécessaires. Je le préviens aussi que la compagnie d'artillerie à cheval s'embarquera sans chevaux.
Je prie Votre Excellence de donner de son c6té les ordres et instructions qu'elle jugera nécessaires pour remplir les instructions de Sa Majesté Impériale.
Minute de la lettre écrite par le Ministre de la guerre au général Làgrange, commandant le cantonnement de Saintes, le 11 vendémiaire an XIII (3 octobre 1804),
Général,
Je vous préviens que l'intention de l'Empereur est que vous vous teniez prêt à vous embarquer à bord de l'escadre de l'île d'Aix, avec un général de brigade, un adjudant commandant, deux capitaines attachés à l'état-major ; les deux premiers bataillons du 26' régiment de ligne complétés à 1600 hommes ; les deux bataillons d'infanterie légère de la légion du Midi, formant ensemble environ 1200 hommes; une compagnie non montée du 4* régiment de chasseurs composée de 60 hommes; les 16* et 17* compagnies du 3* régiment d'artillerie à pied ; une escouade de la 2* compagnie d'ouvriers complétée avec 50 conscrits ouvriers de la marine ; une demi-compagnie du 7* bataillon du train et le 3* bataillon colonial qui est à l'ile de Ré complété avec les conscrits que vous pourrez trouver dans les diff'érents dépôts de l'ile de Ré et d'Oléron. \
Il sera embarqué sur cette escadre 4 pièces de 12, 2 pièces de 8, 6 pièces de 4, 4 obusiers de 6 pouces, 300 coups à tirer par pièce et 5,000 fusils.
Les deux premiers bataillons du 26' régiment de ligne se trouvent à Saintes, mais comme ils ne sont composés, d'après le dernier état de situation, que de 1486 hommes présents, je donne l'ordre au 3* bataillon de leur envoyer 114 hommes pour les compléter à 1600. Ce détachement arrivera à Saintes le 23 vendémiaire.
Le i*' bataillon de la légion du Midi est actuellement à Rochefort, où il fait le service du port; le 2* bataillon arrivera le 25 vendémiaire dans cette place.
Donnez l'ordre au 4* régiment de chasseurs, qui est réuni à Fontenay, de
188 DEUXIÈME PARTIR. — CHAPITRE PRBBflER.
faire filer sur la Rochelle la compagnie de 60 hommes non montés qui est destinée à s'embarquer.
Les W et 17' compagnies du 3® régiment d'artillerie à pied sont à Saintes, ainsi que le 7® bataillon du train ; tous les ferez également arrirer sur le point d'embarquement.
L'escouade de la 2^ compagnie d'ouyriers, qui est à Nantes, arriyera le 21 vendémiaire à la Rochelle. Goncertez-Yous aTec le préfet maritime de Rochefort pour y faire incorporer 50 ouvriers conscrits de la marine.
Quant au 3* bataillon colonial, il est à Tlle de Ré. Occupez-yous, dès à présent. Général, de le faire compléter ayec les conscrits qui peuyent se trouyer dans les dépôts des lies de Ré et d'Oléron.
Instruisez-moi, Général, des dispositions que yous ayez faites pour remplir les intentions de Sa Majesté Impériale.
Pour ce qui concerne le Ministre de la marine, il allait survenir une aventure des plus singulières.
Le même jour, 29 septembre, l'Empereur rédige pour Tamiral Decrès les cinq lettres suivantes :
Au vice-amiral Decrès (i).
Mayence, le 7 yendémiaire an xiu (29 septembre 1804).
Monsieur,
Nous ayons trois expéditions à faire :
Première expédition : 1« mettre la Martinique, la Guadeloupe et Sainte-Lucie à Tabri de tout éyénement. Pour cet effet, il faut 1500 hommes de renfort, 4,000 fusils et un millier de poudre ; 2« s'emparer de la Dominique et de Sainte- Lucie, ce qui contribuera meryeilleusement à mettre la Guadeloupe et la Martinique à l'abri de tout éyénement. Il faut, pour la garnison de ces îles, 2,000 hommes. Total, pour cette première expédition : 3,500 hommes. L'escadre de Rochefort sera destinée à cette expédition, qui sera commandée par le général de diyision Lagrange ;
Deuxième expédition : i« prendre Surinam et les autres colonies hollandaises; je ne pense pas qu'on puisse y destiner d'Europe moins de 4,000 hommes ; ce qui, raisonnablement, n'en fera plus que 3,600 lorsqu'on en aura fait la conquête; 2® porter du secours à Santo-Domingo. Pour cela, il faut 1200 hommes, 2,000 fusils et 25 milliers de poudre. S'il arriyait que les colonies hollandaises résistassent et que nous y perdissions plus de monde qu'on ne peut s'y attendre, les secours à porter à Santo-Domingo seraient moindres. Total de cette seconde expédition : 5,200 à 5,600 hommes ;
Troisième expédition : prendre Sainte-Hélène et y établir une croisière pendant plusieurs mois. Il faut, pour cet objet, 1200 à 1500 hommes. L'expédition
(1) Correspondance de Napoléon, 8060, et annexe 8061.
de Sainte-Hélène porterait 200 hommes de secours au Sénégal, reprendrait la Corée, suiTrait tous les établissements anglais, le long de la c^te d'Afrique, qu'elle mettrait à contribution et brûlerait.
A cet effet ^ V escadre de Toulon^ composée de il ou 12 vaisseaux, y compris le vaisseau qui est à Cadix, partirait la première. Arriyée dans l'Océan, elle détacherait 2 Taisseaux, 4 frégates et 2 bricks, les meilleurs marcheurs, pour l'expédition de Sainte-Hélène (ces 2 Taisseaux, 4 frégates et 2 bricks) porteraient 1800 hommes; 200 seraient laissés à Corée et au Sénégal; et, au nombre de 9 à 10 Taisseaux et de 3 frégates, portant 5,000 à 6,000 hommes, elle marcherait droit sur la Cuyane, où elle prendrait Victor Hugues (1), et se rendrait à Surinam.
Du moment qu'on aurait avis que V escadre de Toulon aurait mis à la voile, Vescadre de Bochefort recevrait ordre de partir. Elle irait droit à la Martinique, s'emparerait de Sainte-Lucie et de la Dominique, et se mettrait sous les ordres de F amiral commandant Vescadre destinée à V expédition de Surinam, Cette escadre, ainsi forte de 14 ou 15 vaisseaux et de T àS frégates, mettrait à contribution toutes les îles anglaises, ferait toutes les prises qu'elle pourrait, se présenterait devant toutes les rades, arriverait devant Santo-Domingo, y jetterait 1000 à 1200 hommes, des armes et de la poudre selon les événements, ferait tout le mal qu'elle pourrait à la Jamaïque, opérerait son retour sur le Ferrol, débloquerait nos 5 vaisseaux, et, au nombre de 20 vaisseaux, irait à Bochefort.
U me semble que tout est prêt pour ces expéditions. A l'escadre de Toulon, à l'expédition de Surinam et à l'escadre de Rochefort, on pourrait joindre un certain nombre de bricks et de petits bâtiments, tant pour servir à l'expédition que pour pouvoir les laisser h la Martinique et à Surinam. Ainsi, en supposant que ces expéditions pussent partir dans le courant de brumaire, on pourrait espérer qu'avant germinal notre escadre pût opérer son retour sur Rochefort.
Quant à l'expédition de Sainte-Hélène, je vous ai remis un mémoire k Boulogne. Faites venir l'auteur de ce mémoire, qui est à Civet. Les Anglais ne s'attendent à rien moins qu'à cette expédition ; il sera très facile de les siur^ prendre. La croisière, comme elle est déterminée ci-dessus, fera, dans le cours de trois ou quatre mois, un mal immense aux Anglais. Elle se fera renforcer par tous les bâtiments que nous avons à l'île de France ; et, lorsqu'elle jugera à propos de cesser sa croisière, elle laissera la colonie approvisionnée pour huit ou neuf mois de yivres. Elle opérera alors son retour sur un port d'Espagne ou de France.
L'amiral Villeneuve commandera l'expédition de Suiinam; le contre-amiral Missiessy commandera celle de la Martinique. Choisissez un bon contre-amiral pour commander celle de Saint-Hélène.
Les Anglais se trouveront en même temps attaqués en Asie, en Afrique et en Amérique ; et, accoutumés comme ils le sont depuis longtemps à ne pas se ressentir de la guerre, ces secousses successives sur les points de leur commerce leur feront sentir l'évidence de leur faiblesse.
(1) Commissaire da gouvernement à la Ooyane française.
La Martinique et Sainte-Lucie seront sous les ordres de l'amiral Yillaret. Les deux généraux de brigade qui sont sous les ordres du général Lagrange resteront pour commander Tune et l'autre de ces deux colonies.
Victor Hugues restera commandant général de Surinam et de Gayenne. Un général de brigade commandera à Demerari, un à Berbice et un à Gayenne. Vous désignerez les frégates et bricks qui doivent rester à Surinam; il n*y restera point de yaisseaux.
Le général Lagrange ne connaîtra que la partie de l'expédition qui est relative à la Dominique et à Sainte-Lucie. Avant tout, il se concertera avec les capitaines généraux Ernouf et Villaret. Ges capitaines généraux l'aideront chacun de leur côté pour la prise de ces lies. Si Ton ne peut prendre les deux, ^on préférera la Dominique à Sainte-Lucie. Si la Dominique était prise promptement et qu'on pût tenter quelque chose sur d'autres lies anglaises, on le fera, ne fût-ce que pour les ravager, les mettre à contribution et brûler les bâtiments qui seraient dans les rades.
L'amiral Villeneuve ne restera pas plus de vingt-quatre heures devant Gayenne. Les hommes de Victor Hugues, qui connaissent les localités, débarqueront les premiers à Surinam, comme les plus acclimatés. On attaquera à la fois Surinam et Demerari, et comme, lorsque Tescadre s'en ira, on sera encore maître de la mer, les frégates et les bricks laissés à Victor Hugues, sous un bon capitaine de yaisseau, pourront être par suite employés à toute croisière qu'on pourrait entreprendre sur la Trinité, sans cependant compromettre en rien les possessions principales. Il faut donc que tous joigniez aux escadres de Toulon et de Rochefort le plus de petits bâtiments possible.
Je donne aujourd'hui les ordres au Ministre de la guerre, et tout sera prêt au 18 vendémiaire. J'imagine que le général Villeneuve est déjà à Toulon ; s'il n'y est pas, qu'il s'y rende sur-le-champ.
Si Ton pouvait embarquer 2 chevaux par yaisseau de guerre pour l'expédition de Surinam, ils auraient la destination suivante : la moitié ferait un équipage d'artillerie, et l'autre moitié fournirait un cheval à chacun des généraux. Il doit y avoir des mulets de trait à Gayenne; et, pour la petite traversée de Gayenne à Surinam, il sera facile d'en charger une cinquantaine; mais, pour une expédition de cette nature, 8 chevaux de trait sont déjà d'un grand secours, puisqu'ils peuvent faire remuer 4 pièces de 4.
Quant à l'expédition de l'Ile d'Aix, il n'y a pas besoin de chevaux. Gependant, si vous n'y Toyez pas d'inconvénient, on pourrait en embarquer 10, deux sur chaqne vaisseau ; mais j'imagine que la Martinique et la Guadeloupe en ont suffisamment.
L'homme qui est à Giyet sera retenu près de vous jusqu'au dernier moment» Il partira en poste de Paris, se rendra à Toulon, et s'embarquera immédiatement à bord du vaisseau de l'amiral qui doit aller à Sainte-Hélène.
Vous pouvez appeler près de vous le capitaine de yaisseau qui est à Boulogne, qui connaît bien la mer de la Guyane. Vous ne devez rien lui dire. Au dernier moment, il partira pour Toulon, se rendra auprès du général Villeneuve, et fera tout pour qu'on ne sache pas qu'il est embarqué, ou vous prendrez tout autre moyen plus simple. Vous lui donnerez le commandement d'une frégate, ou autre chose.
Il sera nécessaire que vous destiniez 50 ouvrière de la marine pour être em-
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