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L'ENTRÉE DE L'ESPAGNE DANS LA LUTTE

La convention du 19 octobre 1803 avait placé TEspagne dans une situation difficile. Obligée de fournir aux réparations et à Farmement des vaisseaux réfugiés à Cadix et au Ferrol, tenue de laisser passer sur son territoire les détachements qui allaient renforcer les équipages de ses navires, elle souffrait en même temps que les escadres anglaises bloquassent en permanence Cadix et le Ferrol et même vinssent mouiller souvent dans la baie d'Ares (1), coupant absolument le passage à la division de l'amiral Gourdon. Les nombreuses réclamations faites à ce sujet n'aboutissaient pas plus que celles du Premier Consul, relativement au retard que mettaient les Espagnols à s'acquitter du subside promis.

Copie de la lettre écrite par le Ministre dee relations extérieures

à M. le chevalier d'Hervas (2).

Paris, le 3 ventôse an xii (23 février 1804). Monsieur,

Les assurances que vous avez données plusieurs fois au Premier Consul, au nom de votre gouvernement, sur le désir qu'il avait d'acquitter avec exactitude le subside auquel TÉspagne s'est engagée, ne pouvaient lui laisser aucun doute sur l'exécution complète de cette partie du dernier traité, et il ne peut échapper à votre pénétration que le gouvernement français a dû compter sur ce paye-

(1) Voir les lettres de Ooordon d-dessas.

(î) Archives des affaires étrangères, Espagne. Écrite en conséquence d'une lettre du Premier Consul du 2 ventôse an xn (t2 février 1804), n* 7562.

ment pour faire, des promesses de l'Espagne, la base de ses propres engagements.

Cependant, Monsieur, FEspagne defrait avoir payé 36 millions au 1*' ventôse, et elle n'en a pas payé la moitié. Ce simple rapprochement vous convaincra, Monsieur, de la nécessité de prendre toutes les mesures propres k assurer incessamment le payement des sommes arriérées, et à garantir Texactitude du service à venir, soit pour les valeurs, soit pour les époques des recouvrements.

Je vous prie, Monsieur, de vouloir bien me faire connaître le résultat des mesures que vous avez prises. Le Premier Cionsul a trop d^opinion de vos lumières et de votre loyauté pour douter de Tactivité et de Tefficacité des efforts que vous ferez pour assurer Texécution des engagements que votre cour a contractés.

Recevez, Monsieur, l'assurance de ma parfaite considération.

D'autre part, le gouvernement anglais exigeait du cabinet de Madrid Tinterdietion de la vente des prises anglaises, la suppression de tout armement, et se plaignait vivement de l'aide donnée aux vaisseaux français. Pour conserver Fétat de neutralité qui lui était favorable, Napoléon consentit à ce que l'Espagne donnât quelques satisfactions aux demandes des Anglais.

Rapport àu Premier Ooneul de là République,

10 ventôse an xii (l^mars 1804).

La première demande, celle de ne faire aucun armement dans les ports d'Espagne, s'accorde avec les devoirs de la neutralité, et il ne peut y avoir aucun inconvénient d'y consentir, en se réservant néanmoins le droit de réparer, dans les ports d'Espagne, les bâtiments que les circonstances auraient forcé d'y relâcher.

La seconde demande, celle de ne pas permettre en Espagne la vente des prises anglaises, met dans l'obligation d'examiner s'il est plus important de maintenir la neutralité de l'Espagne que d'encourager la course maritime.

La neutralité de l'Espagne assure davantage la paix continentale ; elle vaut un subside à la France : si elle ôte aux corsaires un marché important, du moins elle leur laisse un asile. Les prises de l'océan pourront encore être vendues dans nos ports, celles de la Méditerranée pourront l'être en Corse ou en Italie. La défense de vendre les prises en Espagne n'exclut pas d'ailleurs la liberté de les faire passer en France quand les circonstances le permettront, ou de les mettre en dépôt dans les ports d'Espagne où elles ont été conduites.

Ces motifs me font penser que la défense de vendre les prises dans les ports d'Espagne peut être consentie par le Premier Consul. Cette défense deviendrait commune à l'Angleterre comme à la France. Elle entrerait davantage dans les principes de la neutralité, le plus habituellement suivis.

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