IV
Mais, à cette réclamation, le soussigné le dit à regret, la France est encore fondée à ajouter des plaintes qui ont été déjà plusieurs fois présentées à la cour d'Espagne. L'escadre anglaise non seulement n'a pas été avertie de Tinjure constante que sa perpétuelle station fait à la neutralité du littoral espagnol, mais ses communications faciles avec ce port, son ravitaillement journalier par des chaloupes qui, à chaque heure entrent et sortent comme si elle avait au Ferrol des facteurs, une administration et des magasins, ont dû naturellement lui persuader que l'Espagne la voyait sans peine établie, et mouillée en sûreté comme dans une espèce de port extérieur à la vue de l'escadre française.
Cependant, t7 n'y a atdcune parité de droit entre les deux escadres. L escadre française est entrée en détresse et dans C intention de sortir quand elle sera radoubée. L'escadre anglaise, au contraire, s'est établie au Ferrol dans une intention hostile, La première est là pour ses besoins, la seconde pour faire la guerre. Le secours donné aux deux escadres prend donc naturellement le caractère de leurs positions. Pour l'une, il est un devoir, un ofQce de neutralité; pour l'autre, il est un concours, une participation à des mesures de guerre.
Le soussigné, en présentant ces réflexions à la considération du gouvernement de Sa Majesté Catholique, ne doute pas que son discernement ne lui en fasse saisir toute la justesse, et il a Tordre de réclamer qu'Elle veuille bien donner des ordres pour que les communications du Ferrol et de la Corogne soient rendues libres, et pour que des précautions soient prises afin d'empêcher que les chaloupes anglaises ne soient perpétuellement admises dans le port où l'escadre française est mouillée.
Le soussigné a l'honneur de renouveler à Son Excellence M. l'ambassadeur d'Espagne, l'assurance de sa plus haute considération.
Bien loin de s'éloigner des côtes, les Anglais émirent la prétention de les bloquer aussi bien pour les navires espagnols que pour les navires français.
Copie d'un papier non signé, écrit en espagnol, à l'adresse de M, le Gouverneur du Ferrol (i).
3 vendémiaire an xni (25 septembre 1804).
L'honorable amiral Cochranne, commandant l'escadre britannique dans les limites du Ferrol, présente son plus profond respect au capitaine général de marine et au gouverneur, leur annonçant que, le même jour, il a communiqué d'ofûce au capitaine général de Galice, de se charger de signifier au ministère espagnol, d'empêcher la sortie d'aucune escadre combinée, ne permettre l'entrée ni la sortie d'aucun bâtiment de guerre espagnol au port du Ferrol (les courriers n'étant pas bâtiments de guerre), jusqu'à ce que l'on reçoive des nouvelles de Madrid. De plus, l'amiral supplie de ne faire sortir ni vaisseaux ni frégates du Ferrol, car si l'on voulait le tenter, il se verrait forcé de les
(i) Archives des affaires étrangères, — Espagne 4
l'entrée de l'bspagne dans la lutte. 243
faire rétrograder. L^amiral croit qu'en conséquence de la nouvelle qu'il a donnée à son gouyernement de la rentrée dans Tarsenal des vaisseaux que Ton y avait armés, il ne tardera pas à recevoir des instructions pour le tirer de rembarras où il se voit.
Cette attitude des escadres anglaises dégénéra très vite en hostilités commises en pleine paix qui causèrent une lamentable catastrophe.
Le 5 octobre, 4 frégates espagnoles chargées de 12 millions de piastres tirées d'Amérique furent attaquées, prises ou détruites par une division anglaise composée du vaisseau anglais VIndefatigable et des frégates Médusa^ Amphion et Lively.
Rapport du capitaine Moore, de /' « Indefatigable »i à l'amiral Cornwallie (1).
6 octobre 1804.
J'ai rhonneur de vous rendre compte de Texécution du service dont vous m'avez fait Thonneur de me charger. Le 29 septembre au matin, VIndefatigable était devant Cadix; le 30, elle rencontra la Méduse. Ayant appris que
V Amphion était à l'entrée du détroit et le Triumph devant Gibraltar je
fis chercher V Amphion par la Méduse, avec ordre de me rejoindre au cap Sainte-Marie. Le 2, je fus rejoint par le Lively, et le 3 par la Méduse et V Amphion Hier, étant à 9 lieues du Cap, la Méduse signala quatre voiles et
j'ordonnai une chasse générale A 8 heures du matin, on découvrit quatre
grandes frégates espagnoles, qui se formèrent en ligne de bataille et continuèrent à se diriger sur Cadix La Méduse se plaça au yent du navire qui
portait un guidon de commodore, VIndefatigable le long du navire que montait un contre-amiral, V Amphion et le Lively en firent autant pour les deux autres bâtiments. Après les avoir hélés pour les faire diminuer de voilure, j'envoyai un boulet à la frégate du contre-amiral, lequel diminua sa voilure. Je le fis prévenir par le lieutenant Avott que j'avais ordre de l'arrêter et désirais éviter l'effusion du sang, mais qu'il devait répondre immédiatement. Après quelque attente, je fis rappeler le bateau et tirai en avant de la frégate amirale. Dès que l'envoyé fut revenu avec une réponse « non satisfaisante (sic) », je tirai un nouveau coup et laissai porter sur la frégate. A ce moment, le navire qui la suivait tira sur V Amphion, et elle-même tira sur VIndefatigable, Je signalai de
combattre à courte portée En moins de dix minutes la Mercedes, qui
suivait la frégate amirale, sauta en Tair à côté de V Amphion Au bout
d'une demi-heure, la frégate amena son pavillon, le navire que combattait le
Lively en fit autant Le navire du commodore, qui cherchait à s'échapper,
dut se rendre au soir à la Méduse et au Lively Do la frégate qui avait
sauté, 40 personnes seulement furent recueillies, les 2i0 autres périrent
(1) Annual Regitter.
Madrid, le 16 bromiire an xm (7 norembre 1804).
Selon la Tersion que je tiens de M. le prince de la Paix, le convoi espagnol était composé de 4 frégates et de quelques bâtiments. Après un combat de trois heures, une frégate espagnole étant sautée, les trois autres se sont rendues, et Tennemi les a conduites à Portsmouth. Ces frégates étaient chargées de 12,000,000 de piastres (1), dont 5,000,000 pour i le compte du Roi, et le reste pour celui des particuliers. La Sabine^ autre frégate expédiée de Lima et chargée de 3,000,000 de piastres, est heureusement échappée à la piraterie anglaise et elle est entrée dans le port de Vigo.