‹ 1793-1805 (volume 4)Chapitre 54 sur 65 · C. Vanderd (I · texte numérisé non relu

C. Vanderd (I

Voici comment le gouvernement anglais essaya, plus tard, de justifier cette violation si formelle du droit des gens.

Déclaration ofdoiôllô anglaîBe (2).

6 pluTiôte an xm (tb février 1805).

Du moment où les hostilités commencèrent entre la Grande-Bretagne et la France, le traité de Saint-Ildefonse était déjà un motif suffisant de guerre entre l'Angleterre et TEspagne.

En effet, TEspagne, par ce traité, se trouTait identifiée avec le gouvernement républicain de la France, qui la tenait entièrement dans sa dépendance.

Par les articles de ce traité, TEspagne était tenue de fournir un contingent déterminé de forces militaires et navales pour aider la République française dans toute espèce de guerre où il lui plairait de s'engager.

Elle avait formellement renoncé à toute espèce de droit ou de prétention de s'enquérir de la nature, de Torigine ou de la justice de cette guerre.

Elle s'était engagée en premier lieu à fournir un contingent de troupes et de vaisseaux qui était déjà considérable, eu égard à ses moyens, et dans le cas où ce contingent ne se trouverait pas suffisant, elle était tenue de mettre à la disposition de la France toutes les forces de terre et de mer qu'U lui serait possible de mettre sur pied. Il était convenu que ces forces seraient mises à la disposition de la France pour être employées conjointement ou séparément pour nuire à Tennemi commun. Ainsi l'Espagne devenait, entre les mains du gouvernement français, un instrument d'ambition ou d'agression qu'il pouvait

(1) On prit 3,200,000 doUoj'S.

Un Espagnol revenant en Europe avec sa famille, composée de sa femme, 4 flUeset

5 fils et toute sa fortune avait, peu avant le combat, quitté la Mercedes ^ oh se trouvaient tous les siens. Il assista au désastre, qui anéantit en quelques mioutes sa femme, ses

filles, 4 de ses fils et tous les trésors gagnés en vingt-cinq ans de travail {Annual

Register.)

(2) Archives des affaires étrangères, Espagne, Angleterre. Mémoires et documents, 1743 à 1813.

l'entrée de L'ESPAGNE DANS LA LUTTE. 2*5

employer à son gré, et faire servir à ses projets de renverser le gouvernement et de détruire Texistence nationale de la Grande-Bretagne.

La nature d'un semblable traité donnait à la Grande-Bretagne le droit incontestable de déclarer à FEspagne qu'elle ne pouvait être regardée comme une puissance neutre, à moins qu'elle ne renonçât à son traité avec la France, ou qu'elle ne donnât l'assurance de n'en pas remplir les conditions.

Cependant, par des raisons de prudence et des motifs de tendresse et de considération pour l'Espagne, ce droit n'a pas été exercé dans toute son étendue, et, en conséquence des assurances qui furent faites à Sa Majesté des dispositions paciûques de l'Espagne, elle crut ne devoir pas d'abord insister sur la renonciation formelle du traité. U ne parait pas que la France eût fait aucune demande expresse de secours avant le mois de juillet 4803; et, à la première notification qui fut faite de la guerre, on donna à entendre au Ministre de Sa Majesté à Madrid, en conséquence des communications qui eurent lieu entre lui et le gouvernement espagnol, que Sa Majesté Catholique ne se regardait pas comme tenue par le seul fait de l'existence d'une guerre entre la Grande-Bretagne et la France, et sans des explications ultérieures de remplir les conditions du traité de Saint-Ildefonse, quoique les articles de ce traité dussent certainement donner lieu à une interprétation bien différente. Au mois d'octobre, il fut signé une convention par laquelle l'Espagne s'engageait à payer à la France une certaine somme par mois, en équivalent de son traité avec ce gouvernement ; mais il ne fut donné aucune communication officielle ni du montant de cette somme ni des autres stlpulationb qui pouvaient faire partie de ladite convention.

Le Ministre de Sa Majesté à Madrid s'empressa de notifier à la cour d'Espagne qu'un subside aussi considérable que celui qu'on supposait qu'elle s'était engagée de payer à la France passait toutes les bornes de la modération et qu'il ne pouvait être regardé que comme un arrangement momentané, attendu que s'il devait être durable, il pourrait devenir plus préjudiciable à l'Angleterre qu'une rupture ouverte. On répondit à ces remontrances, en disant qu'on avait eu recours à cet expédient pour gagner du temps, et Sa Majesté reçut des assurances qui lui furent confirmées par des voies indirectes, que le gouvernement espagnol était disposé à s'affranchir de cet engagement si le cours des événements lui en offrait l'occasion sûre.

Aussitôt que Sa Majesté eut lieu de croire que la convention dont il s'agit avait été conclue, elle donna ordre à son Ministre à Madrid de déclarer que la mesure de sa conduite à l'égard de l'Espagne dépendrait en partie du montant des subsides et de la stricte neutralité qu'elle observerait sous tout autre rapport. Il fut ensuite enjoint à l'envoyé de Sa Majesté : 1<^ de protester contre la convention, comme une violation de la neutralité et une cause légitime de guerre ; 2<* de déclarer qu'elle sera regardée comme une mesure hostile dans le cas où l'on ne recevrait pas l'assurance que cet engagement n'est que momentané ; 3** que toute entrée en Espagne de troupes françaises doit être sévèrement interdite ; 4® qu'on regardera d'un œil extrêmement jaloux les préparatifs maritimes, et, comme une cause immédiate de guerre, la moindre tentative de donner des secours maritimes à la France; 5<^ que les ports d'Espagne demeureront ouverts à notre commerce et que nos vaisseaux de guerre y seront traités aussi favorablement que ceux de France. Les instruc-

lions du Ministre de Sa Majesté portaient, en outre, que s'il entrait des troupes françaises en Espagne, ou s'il était informé, d'une manière authentique, qu'il ge préparât dans les ports de ce pays des expéditions pour Tenir au secours de la France, il s'éloignerait sur-le-champ de Madrid et donnerait l'ordre aux commandants de nos flottes de courir sur les yaisseaux espagnols sans attendre des ordres ultérieurs.

Ces instructions données à notre Ministre amenèrent de longues discussions; et M. CcTallos ayant demandé si la continuation d*un tel secours pécuniaire en faveur de la France serait regardée comme une cause de guerre et s'il était autorisé à le déclarer, le Ministre de Sa Majesté lui répondit qu'il avait ordre de répondre dans l'affirmatiTe, et qu'il en résulterait une guerre inévitable.

Cependant, Sa Majesté crut devoir temporiser autant qu'il serait possible, attendu que le gouvernement espagnol avait annoncé que ce subside ne devait être que momentané ; mais son Ministre reçut l'ordre de déclarer que cette détermination n'aurait d'effet qu'autant qu'on lui donnerait une connaissance parfaite de la nature précise de toutes les stipulations qui existaient entre l'Espagne et la France, et de la disposition du gouvernement espagnol à faire respecter sa neutralité sous tous les autres rapports, et, qu'en conséquence, il fallait qu'il eût reçu une réponse satisfaisante à toutes ces questions et qu'on lui eût communiqué la convention avec la France avant de pouvoir déclarer, d'une manière positive, si les secours pécuniaires donnés à la France, seraient regardés ou non comme une cause de guerre.

Avant la réception de ces instructions, en date du 21 janvier 1804, le bruit de certains armements dans les ports d'Espagne avait donné lieu à une nouvelle correspondance entre le Ministre de Sa Majesté et le gouvernement espagnol. Il déclara dans une de ses notes que, si le roi était forcé à commencer la guerre, il n'aurait pas besoin de faire d'autre déclaration que celle qu'il avait déjà transmise. Les réponses du gouvernement espagnol furent d'abord évasives, «t le Ministre de Sa Majesté termina la correspondance par une note en date du 18 février par laquelle il déclarait que son gouvernement exigeait qu'on cessât toute espèce d'armement, et qu'on interdit la vente des prises dans les ports d'Espagne ; et que si ces deux points n'étaient pas garantis d'une manière précise il avait ordre de quitter Madrid.

On répondit à la seconde demande d'une manière satisfaisante et l'on donna des ordres en conséquence. Quant au premier article, on s'en référa aux anciennes déclarations. On ne fit aucune réponse satisfaisante à la demande de faire connaître la convention avec la France. Cependant, comme il sembla que les préparatifs maritimes n'étaient pas continués dans les ports d'Espagne, les choses en restèrent là pour un certain temps.

Au mois de juillet 1804, le gouvernement espagnol donna l'assurance de sa parfaite neutralité, et déclara n'avoir donné aucun ordre d'armer dans ses ports. Cependant, le mois suivant, lorsque ces assurances étaient encore toutes nouvelles et qu'on y ajoutait une grande confiance, le chargé d*aflaires britannique reçut avis de l'amiral commandant les vaisseaux de Sa Majesté, à hauteur du Ferrol, qu'il venait d'arriver par l'Espagne des renforts de soldats et de matelots pour les flottes françaises de Toulon et du Ferrol. D'après cette information, deux notes furent présentées aux ministres d'Espagne, mais elles restèrent sans réponse. Vers la fin du mois de septembre, on fut informé à

l'bntrée de l*espaonb dans la lutte. 247

Londres par ramiral commandant Tescadre anglaise deyant le Ferrol que la cour de Madrid ayait réellement donné Tordre d'armer sans perdre de temps, dans ce port, 4 yais-seaux de ligne, t frégates et d'autres petits Mtiments; que, d'après l'information qu'il ayait reçue, de pareils ordres ayaient été donnés, à Carthag^ne et à Cadix, et particulièrement que trois yaisseaux de ligne du premier rang ayaient ordre de faire yoile de ce dernier port, et comme une preuye plus manifeste d'intentions hostiles, qu'on ayait donné l'ordre d'armer les paquebots comme en temps de guerre.

D'après cette yiolation des conditions de la neutralité, Sa Majesté pouyait commencer sur-le-champ les hostilités ; mais elle préféra ce système de modération si conforme à ses dispositions; et il fut résolu qu'on laisserait encore une porte ouyerte pour un raccommodement, si on laissait à l'Espagne la liberté d'adopter la conduite que lui prescriyait le juste sentiment de son propre intérêt et de sa sûreté. On doit remarquer ici que les imputations imaginaires et déloyales qui sont dirigées contre la conduite de Sa Majesté dans le manifeste espagnol, n'ont d'autre fondement que la modération qu'elle a montrée dans cette occasion. Si Sa Majesté avait youlu exercer sans réserye les justes droits de la guerre, il aurait été impossible de donner la moindre couleur de yraisemblance à ces déclamations et à ces assertions pleines de fausseté et sur lesquelles on s'est appesanti ayec tant d'artifice. En conséquence, on lui a fait un crime de sa modération et d'ayoir cherché h. écarter le fléau de la guerre, tant que les agresseurs n'en viendraient pas aux dernières extrémités.

En conséquence de ces informations, le Ministre de Sa Majesté à Madrid reçut ordre de faire des représentations et des remontrances à la cour d'Espagne, de demander des explications relativement aux conyentions existantes entre la France et l'Espagne ; et principalement d*insister pour que les armements dans les ports d'Espagne fussent mis sur le même pied où ils se trouyaient au commencement des hostilités entre la France et la Grande-Bretagne. Il eut ordre en outre de déclarer d'une manière précise au gouvernement espagnol, que Sa Majesté se yoyait forcée de prendre sans délai, toutes les mesures ordinaires de précaution et particulièrement de donner ordre à son amiral commandant la station du Ferrol d'empêcher qu'il ne sorte de ce port aucun bâtiment espagnol et qu*il n'y en entre aucun.

Ces remontrances réitérées ne produisirent aucune réponse satisfaisante de la part du gouvernement espagnol tandis que par suite de la modération de Sa Majesté, l'ennemi ayait reçu des remises considérables en argent et qu'il pouvait toujours compter sur de nouveaux subsides. Chaque circonstance de la conduite de l'Espagne était faite pour appeler l'attention de Sa Majesté. La sortie des yaisseaux espagnols de leurs chantiers pour faire place à des vaisseaux français ; la marche de soldats et de matelots français à trayers le territoire espagnol ; l'armement qui avait lieu au Ferrol et qui réuni à la flotte française qui se trouvait dans ce port, aurait fourni aux ennemis une escadre supérieure à celle de Sa Majesté qui s'y trouvait en croisière. La dépense extraordinaire que cette conduite de l'Espagne devait nécessairement occasionner, tous ces motifs ensemble firent à Sa Majesté un devoir d'employer en même temps la voie des remontrances et des mesures actives. La cour d'Espagne eut connaissance de ces dispositions et du désir qu'avait Sa Majesté

de Toir la bonne harmonie subsister entre les deux gouTerncments ; mais c'était à deux conditions, savoir : de s'abstenir de tous préparatifs hostiles, et de déclarer, sans la moindre réserve, la nature et Tétendue des engagements contractés aTec la France, question qu*on avait faite déjà si souvent et si inutilement.

Sa Majesté prit alors les précautions qui lui parurent inJispensablement néceS' saires pour empêcher pendant les discussions, que VEspagne n*augmentdl ses armements et quUlle ne reçût les trésors qu*elle attendait d^ Amérique ; attendu qu^on savait, par expérience, que l'Espagne avait souvent prolongé les discussions pour donner le temps à ses galions d'arriver dans ses ports, et qu'ensuite elle déclarait Ja guerre.

Les ordres donnés à cette occasion par Sa Majesté aux amiraux commandants ses flottes, sont une preuve convaincante de son extrême modération. On se renferma dans les bornes les plus strictes pour parvenir au but qu'on se proposait, et on prit toutes les précautions convenables pour empêcher autant que les circonstances le permettaient, qu'il ne fût commis aucun acte de violence et d'hostilité contre les possessions et les sujets de Sa Majesté catholique. En conséquence des préparatifs qui avaient lieu dans le port du Ferrol, il fallait en premier lieu augmenter notre escadre d'observation devant ce port, et il fut enjoint à nos amiraux de faire connaître au gouvernement espagnol les ordres qu'ils avaient reçus, de s'opposer à la sortie des flottes espagnoles et françaises qui tenteraient de mettre à la voile.

Sa Majesté leur avait enjoint en même temps de ne pas saisir la première fois, aucun vaisseau de Sa Majesté catholique sortant des ports d'Espagne, mais d'exiger du commandant qu'il rentrât dans le port d'où il était sorti, et que, dans le cas seulement ou ils éprouveraient un refus, ils devaient s*en emparer et les conduire à Gibraltar ou en Angleterre.

On donna l'ordre ultérieur de ne s'emparer d'aucun vaisseau de guerre espagnol destiné pour le royaume, à l'exception de ceux qui auraient des trésors à bord, ni d'aucun navire marchand quelconque appartenant à cette nation, quand bien même il aurait un chargement.

Sa Majesté est profondément affligée de l'événement fâcheux qui a coûté la vie à tant de personnes estimables et qui provient de circonstances malheureuses qui ne peuvent nullement s'attacher aux mesures de précaution qu'elle avait prescrites. Sa Majesté a agi d'après un principe de justice qui est consacré par les lois de la nature et des nations, et elle n'a pris que les mesures qui lui étaient commandées pour sa propre défense et pour prévenir l'agression.

S'il fallait de nouvelles preuves pour justifier les mesures de précaution que Sa Majesté a cru devoir prendre, on les trouverait dans le manifeste même de l'Espagne où ce gouvernement déclare que l'Espagne et la Hollande avaient traité conjointement avec la France à Amiens et que leurs intérêts étaient tellement liés qu'il était difficile qu'elles ne fissent pas cause commune avec leur alliée.

On verra de plus, si l'on veut examiner les dates et les résultats des diverses représentations qui ont été faites par le chargé d'aflaires de Sa Majesté à la cour de Madrid, qu'il n'a jamais été question de la saisie des frégates espagnoles dans le cours des discussions qui ont précédé son départ de Madrid. En consé-

l'entrée de l*bspagne dans la lutte. 249

qucDce, ce motif de plainte qu'on a tant allégué depuis, n'était donc pas le prétexte des mesures hostiles de TEspagne et Ton \erra ci-après qu'il n*a pas été la cause des ruptures des négociations.

Le 26 octobre i8(U, le chargé d'affaires de Sa Majesté présenta une note du Ministre espagnol, dans laquelle il insistait sur les conditions suivantes comme devant servir de préliminaires à la nomination d'un ministre britannique qui traiterait d'autres points qui resteraient à discuter :

V Que les ordres donnés au Ferrol, à Cadix et àCarthagène seraient contremandés, soit pour l'armement des vaisseaux, soit pour leur translation d'un port dans un autre;

2^ Que non seulement les armements actuels seraient discontinués mais que l'établissement des vaisseaux de guerre dans les différents ports serait mis sur le même pied ou il se trouvait au commencement des hostilités entre l'Angleterre et la France ;

3^ Qu'on s'expliquerait ouvertement sur la nature des engagements qui existaient entre la France et l'Espagne et sur les in tentions futures de l'Espagne relativement à la France. Depuis cette époque jusqu'au 2 novembre on s'écrivit de part et d'autre plusieurs notes officielles, celles du Ministre ne cessant de demander satisfaction, et celles du chargé d'affaires d'Angleterre ne contenant que des réponses évasives et peu satisfaisantes. Après tant de délais et d'incertitudes le chargé d'affaires de Sa Majesté reçut ses passeports le 7 novembre et quitta Madrid le i4du même mois. Pendant tout le cours de cette négociation, il n'a été fait aucune mention de la saisie des frégates espagnoles et il ne parait nulle part qu'on eût été informé à Madrid de cet événement. Il est donc évident, quoique la cour d'Espagne ait cherché à profiter de cette circonstance dans le manifeste qu'elle a publié depuis, que la guerre était également inévitable entre les deux pays, quand bien même la saisie des galions n'eût jamais existé et que c'est un point de fait incontestable que cette mesure n'a aucunement influé sur la rupture qui a eu lieu pour des motifs tout à fait différents.

Les circontances remarquables qui prouvent l'abus qu'on faisait de la modération de Sa Majesté eussent chacune suffi pour lui faire abandonner ce système de patience et de douceur qu'elle avait adopté : secours accordés à des ennemis; explications refusées ou éludées après des demandes réitérées; conditions violées, après la notification expresse que de leur accomplissement dépendait la continuation de la paix : telle a été la conduite de la cour d'Espagne, et c'est dans de pareilles circonstances que Sa Majesté trouve toute l'influence dominatrice de la France et la nation espagnole dans un état de guerre ouverte.

Sa Majesté en appelle avec confiance à toute l'Europe comme juge de l'extrême modération qu'elle a montrée dans tout le cours de ces transactions. Sa Majesté sent avec regret la nécessité qui la met dans une situation hostile avec l'Espagne, et elle éprouverait une vive satisfaction si elle voyait de la part de ce pays des sentiments plus dignes du caractère national et un exercice moins indépendant des droits du souverain.

Sa Migesté regarderait en effet comme un grand bonheur si elle retrouvait dans les conseils d'Espagne ces sentiments honorables qui ont été dans tous les temps la marque distinctive du caractère espagnol et qui dans des temps plus heureux ont marqué la conduite de son gouvernement. Sa Majesté saisira

aTec empressement la première occasion qui 8*offrira de cette sorte pour rétablir des relations de paix et de confiance avec une nation qui a tant de liens d*intérét commun qui Tunissent à la Grande-Bretagne et qu*il a toujours été disposé jusqu'à présent à regarder atec des sentiments de Festiroe et de la considération la plus parfaite.

Downing-Street,25janTier 1805.

C'est ainsi que le gouvernement de Madrid se trouva forcé de déclarer la guerre à l'Angleterre. Bien que le sentiment général de la nation fût fort peu favorable à la France, l'indignation soulevée par Todiéuse agression des vaisseaux anglais fit des Espagnols d'actifs et dévoués alliés. L'activité remarquable de leurs préparatifs maritimes, la bravoure de leurs marins ne purent cependant réparer le tort qu'avait fait aux forces de terre et de mer l'administration la plus détestable qu'un peuple ait pu avoir.

Le gouvernement français ne perdit pas de temps pour stimuler le zèle inspiré par l'attentat des frégates ; dès la réception de cette nouvelle, Beumonville reçut l'ordre de partir pour Madrid.

Paris, le 8 bmmaire an xm (30 octobre 1804).

Monsieur,

La guerre Tenant d'éclater inopinément entre TEspagne et TAngleterre, par une de ces scandaleuses violations des lois générales, qui marque depuis plus d*un siècle le début de toutes les querelles de T Angleterre, Sa Majesté a déterminé que vous vous rendriez sans délai à Madrid, où votre présence, votre zèle, rinfluence que vous avez acquise, sont réclamées par Tintérét de son ser?ice.

J'ai, par son ordre, expédié cette nuit un courrier extraordinaire à M. Vandeuil, et je Tai chargé de remettre sans délai une note que Sa Majesté m'a ordonné d'adresser à M. de Cevailos, vous trouverez ci-jointe une copie de cette note, qui exprime d'une manière franche et précise, tout ce que Sa Majesté Impériale désire inspirer à la cour d'Espagne.

La communication que j'ai l'honneur de vous en faire est une première instruction qui vous montrera sur quels principes et vers quel but vous devrez diriger votre conduite.

Les ordres que j'ai donnés à M. Vandeuil sont préparatoires. Il a fallu pourvoir aux premiers intérêts de cette circonstance importante autant qu'imprévue. M. Vandeuil doit se pénétrer de la lecture de ma note à M. de Cevallos, et dans l'intérêt du ministère espagnol, il ne doit pas perdre de vue deux points importants : i® que la guerre n'est pat Mît objet de délibération et de doute; qu'elle est faite; que le sang espagnol a coulé; que dans C attentat de t escadre anglaise^ V audace se joint à la barbarie; que dans la manifestation ultérieure des senti-

LENTRÉB DE L*BSPAGNE DANS LA LUTTE. 251

ments des Anglais sur ces événements, Tinsolencese mêle à Thypocrisie, pour aggraver, s'il se pouvait, Toffense qui a été faite au droit des gens, à la dignité de la couronne d'Espagne, et aux plus intimes sentiments de Sa Majesté catholique.

Le second objet qui doit occuper incessamment M. Vandeuil, jusqu'au moment de votre arrivée, est la nécessité de pourvoir à la sûreté des ports plus immédiatement menacés, et dont la préservation importe davantage aux intérêts de la France et de l'Espagne. Le Ferrol et Cadix sont au premier rang ; vient ensuite Mahon, Ces trois points doivent d'abord être mis à l'abri de toute insulte. Il faut que des renforts marchent sur le Ferrol, pour empêcher que l'ennemi n'attaque notre escadre. Il faut que le commandant du Ferrol reçoive l'ordre de tenir les vaisseaux anglais hors de la portée du canon de la côte. Il faut que tous accès, toute approche soient interdits aux chaloupes anglaises, et que celles qui pourraient se trouver en rade soient séquestrées par mesure de réciprocité.

Des avis doivent être donnés dans tous les ports espagnols, pour avei*tir les français attachés au service de Sa Majesté, et autres, aux commandants des bâtiments, etc., de se tenir sur leurs gardes ; et un embargo doit être mis sur les vaisseaux espagnols, pour les empêcher de s'exposer à un danger certain. Sa Majesté désirerait encore que par voie de représailles, tout ce qui est anglais, les personnes, les propriétés, les magasins, les marchandises, fussent retenus et conservés, pour servir de gage de sûreté aux Espagnols absents et à leurs propriétés distantes qui pourraient être compromises. Pourquoi sans déclaration préalable, en pleine paix, et pendant le cours même d'une discussion prétendue amicale, les anglais passent-ils sans gradation, des procédés trompeurs de l'amitié, de la bonne intelligence, à tout ce que les actes de la guerre ont de plus violent et de plus inhumain? c'est que l'Europe se gouverne par des principes de modération, de bienséance et de justice, qui ne sont cependant obligatoires qu'à l'égard de ceux qui s'y soumettent. Il n'y a qu'un moyen de ramener les Anglais aux lois générales que toutes les nations observent. Puisque la paix de l'Europe n'est jamais troublée que par l'ambition et les fantaisies de leur gouvernement, il faut que dans tous les intervalles de tranquillité qu'il veut bien laisser au monde, tout Anglais craigne de laisser des propriétés, d'avoir des intérêts, et de voyager hors de l'Angleterre. Il faut que toute la terre soit pour eux un séjour périlleux, et qu'un danger indéterminé de séquestre pour leurs marchandises et de captivité pour leurs personnes, avertisse enGn ce gouvernement arrogant et pertubateur, de la nécessité de se résigner à toutes les obligations qui lient et engagent entre elles toutes nations civilisées.

Telles sont, Monsieur, les premières instructions que j'ai données à M. Vandeuil. Il vous informera à votre arrivée de tout ce qu'il aura fait pour obéir aux ordres de Sa Majesté, et vous aurez à en poursuivre la pleine et entière exécution. Sa Majesté, par l'expérience du passé, est avertie de craindre que l'événement qui va bientôt soulever en Europe l'indignation générale, ne frappe l'esprit naturellement indolent et faible du ministère espagnol et ne lui inspire des sentiments d'embarras et d'inquiétude, que vous devez vous attacher à dissiper. Il faut que ce ministère sache que si l'Angleterre est l'ennemie de TEspagne, la France est son alliée, et que le génie et la puissance de

Sa Majesté sont une sauvegarde qui doit ranimer toute sa confiance. La guerre est un mal sans doute, mais à quelle époque a-t-on pu se flatter d*étrc en paix avec TAngleterre, et quels sont les rapports avec l'Angleterre auxquels on peut donner le nom de paix? Tant que cette puissance n*aura pas abjuré les odieuses maximes d'après lesquelles elle se gouverne, aucun État ne doit se confier dans ses relations avec elle. 11 n*y a point de sécurité, il n'y a point de paix, il nV a point de neutralité à Tégard d*une telle puissance ; tout avec elle est mensonge, piège et perfidie ; et puisque Sa Majesté Impériale est déterminée à ne déposer les armes que lorsqu'elle sera assurée d'une paix honorable et véritablement solide, il vaut mieux pour l'Espagne participer ouvertement aux travaux d'une entreprise qui est dirigée vers un tel but. Quand la France sera en paix, c'est alors que l'Espagne pourra véritablement être tranquille dans ses rapports avec l'Angleterre. La paix du monde tient à la destruction de la politique inique, immorale et sans foi des hommes qui dirigent aujoiu*d'bui le cabinet d'Angleterre. Aujourd'hui plus* que jamais le ministère espagnol doit sortir de l'état d'engourdissement dans lequel, depuis le dernier règne, on lui reproche de languir. Ses escadres sont attaquées, son commerce sera désolé, ses ports seront bloqués. Elle est une proie sur laquelle l'armée, la marine et le peuple le plus avide qui existe, brûlent de se jeter. Si devant une telle perspective, la cour d'Espagne ne se sentait pas animée du sentiment implacable d'une juste vengeance, n'aurait-on pas lieu de penser, en France, qu'il n'y a plus en Espagne ni souveraineté, ni peuple, ni nation, dignes de ce nom.

// faut que le ministère espagnol réunisse franchement ses efforts aux nôtres, dans une cause qui nous est commune. Vous devez l'engager à envoyer des pouvoirs à M. de Gravina, pour la négociation et la conclusion d'un plan combiné d'opérations militaires. 11 faut, en même temps, que le ministère espagnol s'occupe sérieusement de la recherche de nouveaux moyens pour subvenir aux besoins extraordinaires de la circonstance présente. L'Espagne est encore un des pays de l'Europe qui présente le plus de ressources, l'esprit de fiscalité n'y a pas attenté, comme dans d'autres, aux sources de la production. Ce royaume est celui de l'Europe où le poids de la dette publique se fait le moins sentir, et où le crédit de l'État est le moins affaibli par la défiance qu'excitent les écarts du passé, les abus du présent, et les fantaisies ambitieuses de l'avenir.

L'Espagne a un clergé riche, qui doit être imposé pour la guerre. Il faut que ce clergé fournisse son contingent des charges nouvelles, par un don gratuit considérable. Il serait utile de supprimer les ordres religieux les plus riches. Ils sont supprimés en France, en Allemagne et dans plusieurs parties de l'Italie. Les lumières généralement répandues, et auxquelles le clergé d'Espagne participe plus qu*un autre, lui rendent moins nécessaire l'existence de ce nombre trop multiple de corporations monastiques, dont l'opulence et l'oisiveté contrastent trop avec l'humilité, les vertus et le zèle qui distinguent éminement le haut clergé de l'Église espagnole. Sa Majesté penserait encore que s'il était nécessaire de mettre en vente les biens de l'ordre de Malte, l'emploi de cette ressource serait suffisamment justifié par l'objet de cette guerre qui est de punir les tyrans de l'ordre de Malte, les déserteurs de son île, et les usurpateurs de ses biens.

Les fonds qui proviendront de ces recettes extraordinaires doivent être employés à la solde de l'armée de terre et de mer, aux travaux et aux

L'ENTREE DE l'ESPAONE DANS LA LUTTE. 2S3

dépenses j[ue demande la défense des forts, et surtout à la réparation des yaisseaux. Il est indispensable que la marine du roi d'Espagne soit remise sur un pied respectable, et que les Anglais sachent bientôt qu'il y a au Ferrol et à Cadix, une escadre imposante dont la réunion pourra entrer dans le plan de quelque entreprise capable de leur faire regretter l'odieuse agression dont ils Tiennent de se rendre coupables. '

Telles sont, Monsieur, les instructions que Sa Majesté m*a ordonné de tous donner. Je tous engage à partir sans délai, je tous recommande d'employer dans cette graTe occasion toute Tactivité, le zèle et le déTouement dont tous aTCz déj^ donné tant de preuves; il me sera particulièrement agréable d'aToir à en rendre compte à Sa Majesté, et d'aVoir à tous transmettre l'assurance de sa satisfaction, comme je me félicite de pouToir tous donner celle de la continuation de sa confiance.

Je TOUS prie, Monsieur, de reccToir l'assurance de tous mes sentiments.

Talletrand.

Les dispositions de la nation espagnole, au fond peu favorables à une guerre contre T Angleterre, se manifestèrent d'une façon curieuse à Cadix même, c'est-à-dire tout près de l'endroit où la violence commise par les Anglais aurait, semble-t-il, dû exciter le plus d'indignation.

Le capitaine de vaisseau Gourrège, commandant /' « Aigle y>, à Son Excellence le vice-amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies, Paris (i).

Rade de Cadix, le 25 brumaire an xiii (16 novembre 1804).

Monseigneur,

L'événement des quatre frégates espagnoles n'a pas tardé à devenir public à Cadix, les pacifiques habitants de cette ville cherchent les moyens de justifier les Anglais dans leur conduite quoiqu'il leur en coûte, car on dit que V argent pris sur ces bâtiments était pour le compte du commerce. Malgré leur perte, ils se flattent que cet attentat ne détruira point l'harmonie des deux nations.

L'ennemi, qui depuis plusieurs jours n'aTait paru, a été tu hier : un seul Taisseau (le Triumph) est Tenu à petite distance de la Tille, on dit qu'une de leurs divisions a établi sa croisière entre le cap Saint-Vincent et le cap Sainte- Marie. C'est précisément le théâtre où s'est passée l'aflaire des frégates prises. On remarque que, depuis l'époque précitée, il est arriTé beaucoup de bâtiments espagnols Tenant de divers lieux, richement chargés, qu'il en est entré un hier qui aurait pu être arrêté par le Taisseau qui était dcTant Cadix, et

(1) Archives de la Marine, campagne 1804. BB^r, t07,

qu*enfin ce même Taisseau a laissé entrer deux bâtiments de sa nation dont un chargé de morue.

Le gouverneur de Cadix n'a reçu aucun ordre de sa cour pour se mettre en défense, il a cependant eu celui de prévenir les négociants de prendre des mesures à la conservation de Feurs intérêts. M. Leroy m'écrit lui avoir fait part de ses observations relativement aux entreprises des Anglais. Il lui a répondu que je pouvais compter sur toute la protection des forces confiées à son commandement.

Où j'en suis de ma lettre, on m'annonce des voiles ennemies Je viens

de compter 7 bâtiments de guerre, dans le nombre desquels sont 3 vaisseaux, ils se sont montrés devant la baie et paraissent faire route pour le détroit. Cette apparition m^occupe et me force à clore ma lettre.

Agrées, Monseigneur, l'assurance de mon profond respect.

GoURRÈtiB.

P. 'S. — Ils font route pour le détroit, suivant toute apparence.

Le capitaine de vaisseau Gourrège, commandant /'« Aigle »i à Son Excellence le Ministre de la marine et des colonies, à Paris (I).

Rade de Cadix, le 13 frimaire an xiu (4 décembre 1804).

En conformité de vos ordres, j'ai l'honneur de vous expédier les états de situation des trois bâtiments de Sa Majesté l'empereur des Français à Cadix.

Le blocus de ce port se continue toujours avec la même précaution par les Anglais, ils ont envoyé ici plusieurs équipages des bâtiments espagnols qu'ils ont pris venant de leurs différents ports d'Amérique. Malgré cela, nous sommes encore dans 1 incertitude d'une déclaration de guerre certaine de la part de TEspagne; rien ne nous est parvenu des intentions de la cour de Madrid, aussi l'esprit mercantile de cette place, trouvant son compte à' l'état de paix, fait des nouvelles qui y ont rapport et que je ne puis croire. Quoi qu'il en soit, le gouverneur, en personne, se donne beaucoup de soins pour la défense de la ville, on arme les mêmes chaloupes canonnières qui se sont si bien manœuvrées dans leur dernière guerre ; en apparence, les dispositions annoncent l'indignation contre la conduite de notre ennemi commun.

M'étant procuré la liste des vaisseaux susceptibles d'être armés à la Caraca, j'ai l'honneur de vous la donner ci-incluse, parce que je la crois exacte.

Agréez, Monseigneur, l'assurance de mon profond respect.

GOURRKGE.

(1) Archives de la Marine, cauipagno 1801. BB>v, 207

l'entrée de l'espagnb dans la lutte. 255

Noms des vaisseaux espagnols prêts a armer au port de la Caraca, savoir :

oaoons.

La Santa-Trinidad, de 130

La Santa-Anna 120

El Rayo 400

El Terrible 74 f Ces neuf vaisseMix ont tous passé aux

El Glorioso U\ ^^" •* ^?> *^"f «usceptibles dôtre

/ armés. Jai heu de croire quils ont L Espagne 64 ( tous leur gréement, partie sont gréés.

Le Saint'Raphaé" 80

El Sirène 74

Le Saint-^acqueS'<r Amérique 74

El Vencidor 74 )

Le Saint-Finnin 74 [ ^^^^î^olh^"^ ^""^ d*ni le bassin

El Castilla..., 64 J

. i En rade de la Caraca ; il n'est pas doublé

L Argonaute 80 { en cniTre, quoiqu'il y soit monté pour

t ce fait.

Le Bahama 74 | Kn rade de Cadix, ayant son équipage.

Total 14

Et 2 frégates.

11 fallut donc plus de deux mois de négociations pour aboutir à une convention qui consacrât la coopération effective de TEspagne dans la lutte contre l'Angleterre.

L'ambassadeur Beurnonville à Talleyr&nd.

Madrid, le 6 frimaire an xni (t7 novembre 1804). Monseigneur,

Dans les divers entretiens que j'ai eus avec M. le prince de la Paix, j'ai converti en demande formelle toutes les indications précédemment données par M. Vandueil, et j*y ai compris tous les nouveaux détails sur lesquels les ordres de Sa Majesté Impériale et les instructions de Votre Excellence m'ont fait un devoir d'exciter l'attention et l'influence iu prince de la Paix.

Dans rénumération des points convenus, et de ceux dont le principe a été admis avec franchise, Votre Majesté trouvera une évaluation précise des dispositions du prince de la Paix, des mesures qu'il a déjà prises pour le commencement d'une guerre trop peu prévuej et de celles qu'il est prêt à adopter pour la réforme indispensable de Tadministration actuelle, soit dans le plan sur lequel elle est conduite, soit dans le choix des personnes qui la composent.

Voici d'abord les points exécutés, ou sur l'exécution desquels nous sommes parfaitement d'accord :

4® L'existence de la guerre est reconnue, k cet égard plus de doute, plus de retour à craindre de la part de la cour d'Espagne ;

2** Tous les ordres sont donnés pour la mise en état de défense des trois départements de marine, tous les approvisionnements sont commandés, tous les mou-

356 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE lU.

Tements de troupes s'effectuent, et les forts seront garnis de rartillerie nécessaire pour que les cdtes de la péninsule, et File de Minorque surtout, soient à r&bri d'une tentatiTe de débarquement ou dinyasion.

Des avisos sont partis pour faire exécuter des dispositions semblables dans toutes les colonies ;

3® Les commandants de terre et de mer feront saisir dans toutes les possessions de Sa Majesté Catholique tous les Taisseaux, navires ou embarcations anglaises qui pourraient s'y trouver. Ils éloigneront le pavillon anglais hors de la portée du canon des forts de Sa Majesté Catholique ;

4* L'embargo a été mis dans tous les ports, et le commerce a reçu tous les avis convenables ;

5* Toutes les propriétés anglaises doivent être séquestrées, tous les Anglais seront décidément retenus dans les États de Sa Majesté Catholique.

Cette dernière disposition avait d'abord été jugée de peu d'avantage, pourtant le prince de la Paix s'y est déterminé depuis qu'il a appris l'enlèvement des volontaires de Castille, dans la traversée de Barcelone à Minorque;

6® M. l'amiral Gravina est autorisé à concerter le plan maritime de l'Espagne d'après les vues et les projets particuliers de Sa Majesté Impériale.

Je joins à cette dépêche la traduction de la lettre écrite sur cet objet à l'amiral, le prince attache une grande importance à ce que l'original en soit mis sous les yeux de Sa Majesté Impériale ; non pas que le fond en soit bien séduisant (tant s'en faut), par l'exposé des ressources de Sa Majesté Catholique, mais probablement à cause des principes, et de l'empressement que le prince y exprime.

Le général Beurnonville.

L'amiral Gravina, ambassadeur d Espagne, à Son Excellence le Ministre de la marine et des colonies (1).

t9 décembre 1804.

Sa Majesté Catholique le Roi mon maître, vu les violences et les hostilités commises par des bâtiments de guerre anglais contre des frégates espagnoles, qui dans la bonne foi des traités existants revenaient de l'Amérique, ayant déclaré la guerre à l'Angleterre et ayant en même temps daigné me conûer le commandement de son escadre, m'a envoyé les lettres de recréance que je dois avoir Thonneur de présenter à Sa Majesté Impériale dans mon audience de congé et comptant me rendre tout de suite à Madrid, et à ma destination, lorsque je l'aurai obtenue, je crois convenable et conforme aux instructions que j'ai reçues de ma cour et aux conférences que j'ai eu l'honneur d'avoir avec Voire Excellence de faire quelques observations sur les objets dont nous nous sommes entretenus, et de les remettre à Votre Excellence, afin que si Elle le trouve à propos, Elle puisse les présenter à Sa Majesté Impériale. En cas qu'Elle aurait quelques idées à me communiquer au nom de Sa Majesté Impé-

(l) Archives de la Marine, campagne 1S05. BB'\ 233.

l'entrée de l'espagne dans la lutte. 257

rialc avant mon départ, je me chargerai de les lui présenter à mon arrivée pour que les deux goui ornements puissent se mettre d'accord et causer le plus grand dommage à l'ennemi commun.

Gomme Votre Excellence Taura observé dans la note qui marque Tétat actuel des vaisseaux de la marine royale et de ceux qui se trouvent prêts dans les trois départements du Ferrol, Cadix et Carthagène, il résulte, qu'étant en tout 32 c«ux que Ton pourra armer, dont i5 à Cadix, 8 à Carthagène et 9 au Ferrol, il en existe actuellement 9 prêts à être armés tout de suite dans le premier do ces ports, 5 au second, et autant au Ferrol; en tout i9 vaisseaux prêts à être armés aujourd'hui, et les 13 restant pourraient Têtre en deux mois. Comme j'ai également observé à Votre Excellence, quoique Ton arme actiiellement lesdits vaisseaux, il y aura deux grandes difficultés quant au remplacement pour pouvoir sortir à la mer : ce sont les matelots et les vivres. La maladie épidémique sur nos cêtes de la Méditerranée et à Cadix a emporté beaucoup de gens de mer, une partie est encore malade ou en convalescence et une autre s'est dispersée craignant la contagion avec l'entrée de l'hiver, et ne pouvoir entreprendre alors les expéditions que les deux gouvernements aiu*ont concertées (jric). De celles-ci, les premières qui se présentent à la vue sont, conformément à ce que j*ai dit à Votre Excellence, l'expédition aux Indes orientales et celle aux Antilles. Pour l'une et pour l'autre, il faut partir en hiver. Pour la mer des Indes, il faut être parti au mois de mars, et, pour les Antilles, il est convenable de le faire au commencement de l'hiver, pour que les troupes s'accoutument au climat de ce pays-là pendant le reste de la saison. Mon avis est, ainsi que celui de Votre Excellence, de choisir l'un ou l'autre point, pour aller à celui que Ton choisira avec des forces considérables décisives et supérieures de notre cêté pour une campagne au moins, et, ^fin que les ennemis ne puissent pas s'imaginer l'envoi de tant de forces à un seul endroit, que l'on sorte de différents points, dont la sortie puisse se faire en même temps et avec le même vent, parce que, même en cas que les Anglais s'aperçoivent ou qu'ils aient connaissance de la sortie de nos divisions, n'étant point instruits de leur véritable destination, ils seront obligés d'envoyer plusieurs escadres à tous les points qu'ils croiront menacés, tandis que les nôtres iront se réunir au point convenu pour attaquer l'établissement que Ton aura choisi. Les vents d'est, qui sont les plus favorables pour la route aux Indes et aux Iles, sont précisément ceux qui facilitent la meilleure sortie des ports de Cadix et du Ferrol. De Rochefort et de Brest, on peut sortir avec le même vent presque en même temps, et faisant route sans se chercher dans la mer pour se réunir au rendezvous convenu, lequel peut être, comme j'ai observé à Votre Excellence, aux Iles du Cap- Vert, au cap de Bonne-Espérance, ou dans l'Ile de Madagascar pour l'expédition contre les établissements des Anglais dans l'Inde. Pour les Antilles, l'Ile de la Trinité, au vent. L'escadre de Cadix qui pourrait arriver la première, pourrait l'attaquer et lorsqu'il arriverait les restantes du Ferrol, de Rochefort ou de Brest (parce que je considère qu'il faudra laisser toujours des forces en Europe), toutes réunies pourraient passer à la Jamaïque, et, après l'avoir attaquée, aller au secours de la partie espagnole de Saint-Domingue, si l'on peut obtenir que les troupes françaises s'y maintiennent jusqu'alors.

Sur tous ces différents points, j'ai eu l'honneur de conférer avec Votre Excellence; ainsi je ne fais ici que les indiquer seulement, sans entrer dans

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