ORDRE DU JOUR
Monsieur le Maréchal, commandant en chef annonce aux troupes du camp de Bruges un nouveau combat d'une prame, aussi glorieux qu'aucun des précédents et plus heureux, un brick anglais étant tombé en notre pouToir par suite de ce combat.
Le 1 •' brumaire, des divisions de bateaux canonniers de la flottille impériale bataye sont parties dans l'après-midi du port d'Ostende pour Dunkerque. Deux prames, la Ville-de- Bruxelles et la Ville-de-Montpellier faisaient Tarrièregarde. Sept Toiles ennemies ont attaqué cette dernière, qui se tromait isolée entre Ostende et Nieuport Ters les 5 heures du soir. Le combat s'est engagé à portée de mitraille et a été très vif. Un brick anglais ayant voulu se présenter à l'abordage a reçu un feu de mousqueterie et d'artillerie si soutenu et si bien dirigé qu'il a été mis hors d'état de manœuvrer et a fini par échouer. L'équipage a proGté de l'obscurité pour s'échapper sur ses embarcations ; les autres b&timents ennemis ont pris le large. La Ville-de-Montpellier, ayant reçu des boulets à fleur d'eau a employé quelques heures à se réparer et a ensuite fait voile pour Nieuport, où elle est entrée : tout le gréement, le bastingage, la mâture et le corps du bâtiment ont beaucoup soufiPert ; mais, dans cet honorable combat, nous n'avons cependant à regretter que la perte de 2 soldats du Si* et 8 blessés, tant marins que soldats.
M. le Maréchal se fait un devoir de citer à l'armée M. Deschamps, enseigne de vaiâseau, qui commandait la Vi Ue-dc- Montpellier ; ce brave officier s'était déjà distingué sur la Ville-d* Anvers dans le combat glorieux qu'elle eut â essuyer avec l'escadre de Sydney-Smith. Cet officier a reçu des blessures dans le combat de la Ville-de- Montpellier : il a été remplacé par l'enseigne Doude, qui ainsi que son chef a fait preuve du plus grand courage allié au sang-froid. La garnison était composée de militaires du 5i* et du 61* régiments, commandés par le lieutenant Auvergne, du 5i*; ils ont tous déployé, ainsi que Téquipage, la plus grande bravoure. Le lieutenant Auvergne, qui s'est multiplié et a électrisé par son exemple tout son détachement, cite les nommés Dumas, sergent; Gandon, caporal; Galentine, Duret, Aimable, Ferant, Lenin et Maillard, fusiliers du M*; Vaussy, sergent; Jossars, Chabert, LeuUy, Duttiac, Raviet et Berson, fusiliers du 61*, comme ayant été remarqués parmi leurs braves camarades par leur intrépidité et leur sang-froid.
Les Anglais ayant voulu profiter de l'obscurité et de la marée pour reprendre le brick avec des embarcations et d'autres bâtiments, ont été forcés de renoncer à leur projet par un feu très vif de notre artillerie légère et par le courage et la présence d'esprit du lieutenant d'artillerie Rieussec, qui ainsi que quelques canonniers, étant montés sur le brick avec beaucoup de difficultés, ont fait de dessus ce bâtiment un feu si vif que l'ennemi a dû croire qu'il s'y trouvait déjà une nombreuse garnison. Le S, au jour, le général Priant ayant fait
mettre une gamisoQ et des canonniers à bord, le capitaine de vaisseau Meyne, qui s'était transporté sur les lieux, a ordonné à l'équipage qu'il y avait placé d'appai'eiller et d'entrer dans le port de Nieuport, ce qui a eu lieu dans Taprèsmidi, en présence de trois bricks anglais, qui n'ont point osé s'y opposer.
Les autres bâtiments faisant partie du convoi, n'ayant pu prendre part à ce combat, en raison de leur éloignement et du vent, ont mouillé le même jour dans la mde de Dunkerque.
L'eau-de-vie sera distribuée aux troupes du camp et à celles sur la côte les 6, 7, 8, 9 et iO de ce mois.
En l'absence du général, chef de l'état-major général,
Uadjudant commandant, tout'CÏiefj
Nervo.
Voici la version anglaise de ce combat (1) :
Le 23 octobre, à 4 heures du soir, une division ennemie consistant en
2 prames et 18 canonnières, sortit d'Ostende et fit route à l'ouest
au moment où arrivaient pour reconnaître le port le Cruiser (cap. Hancok), avec les bricks canonniers Blazer, Con/lict, Tigress et Escort, avec les cutters Admirai' Mitchell et Griffin. On leur donna la chasse et, à 5 h. 18, la prame qui marchait en tête fut forcée au combat par le Cruiser et les autres navires. La canonnade dura jusqu'à 6 h. 35. A ce moment la prame, qui ne faisait plus depuis une demi-heure qu'un feu de mousqueterie, cessa de tirer. Comme la marée baissait, que l'obscurité allait venir et que personne à bord ne connaissait bien la côte à l'ouest d'Ostende, le Cruiser mouilla par moins de trois brasses.
En même temps, dans son impatience de joindre la prame, le Conflict s'était échoué et, bien que ce hr\c\i eût deux brasses d'eau, la prame passa entre lui et la terre. Lorsqu'elle fut hors de portée de canon, le lieutenant Ormsby chercha à alléger son navire, mais ce fut en vain, il dut abandonner le Con^ flict et gagner le Cruiser, Une tentative de renflouage faite par le Griffin et Y Admirai' Mitchell échoua également. Le feu des obusiers et des canons de campagne de l'ennemi, qui était sur la côte, tua i homme, en blessa 7, dont 1 officier. Deux hommes avaient été blessés auparavant (2).
(1) W. James.
(2) Combat du 23 octobre 1804. — Rapport du capitaine Hancok, du Cruizer. — . . . Une flotiille ennemie, consistant en S prames portant le fanion de chef de division et IS bateaax canonniers, sortit d'Ostende le 23. A ce moment, le sloop Cruiser, les canonnières Blazer, Conflict, Tigress et Escort, avec les cotters Amiral-Mitchell et Griffin étaient en reconnaissance devant ce port. Le Cruizet* attaqua de près la prame de tête à 5 h. 15, soutenu par les canonnières et les autres navires. L'action dura jusqu'à 6 h. 35 ; la nuit tombant et la marée baissante ne laissant plus que 3 brasses d'eau, le Conflict s'échoua... et dut être abandonné par son équipage...; l'ennemi s'en empara quand il fat à sec (Annual Register.)
Trois jours après, un nouveau passage se fit sans que Fennemi s'y opposât.
Le vice-amiràl Verhuell, Gomm&nd&nt en chef /a Hottille batave, à Sa Majesté l'Empereur des Français (1).
DuDkerqoe, le 4 brumaire an zm (t6 octobre 1804). Sire,
J'ai rhonneur de rendre compte à Votre Majesté que, hier à 6 heures du soir, 38 bateaux canonniers et i transport batave sont sortis du port d'Ostende ; il n'y ayait point alors de bâtiments ennemis en Tue de ce port, mais devant Nieuport on signalait trois bricks.
Ce convoi, commandé par le capitaine de frégate Ossewaarde est arrivé dan* la rade de Dunkerque à i heure du matin, dans le meilleur état.
Les deux premières parties de la flottille sont actuellement réunies h Dunkerque et en état de rendre service au premier ordre.
Voyant tous les jours combien il est nécessaire que tous les bâtiments de a flottille soient sous mes yeux, j'ose prendre la liberté de prier Votre Majesté de m'accorder la permission de faire venir ici la 3« division de chaloupes canonnières, qui se trouve encore à Ostende et prête à appareiller.
Si le vent le permet, je ferai encore sortir ce soir 22 bâtiments de transport, que je ferai convoyer jusqu'à Calais par 6 bateaux canonniers. Espérons que cette mesure sera approuvée par Votre Majesté.
Il y a actuellement en vue à l'ouest de ce port 3 bricks et 4 lougre ennemis.
J'ai l'honneur, etc.
Verhi'ell.
Au 30 octobre, la flottille batave se trouve avoir la répartition suivante :
A Dunkerque : 1*"® partie des chaloupes canonnières : 18 chaloupes commandées par le capitaine de vaisseau Zaetman, montées par le 13* régiment d'infanterie légère (2).
1"^® partie des bateaux canonniers : 72 bateaux, montés par lesl7«, 30®, 51«et 61« régiments.
2® partie des chaloupes canonnières : 18 chaloupes, capitaine de vaisseau Viggerts, 21® d'infanterie légère.
2® partie des bateaux plats : 72 bateaux, montés par les 33®, 48% 108% Iliade ligne.
(1) Archives nationales, carton AF", 1203. — Marine, colonies, flottilles, an xiî e an XIV.
(S) Situation à Dunkerque.
Le total du personnel embarqué est de 4,192 soldats et 1886 matelots.
Il reste à Ostende 18 chaloupes canonnières armées et pourvues d'équipages et de garnisons au complet et 68 bateaux sans garnison et n'ayant que des équipages incomplets. Quatre bateaux sont restés à Flessingue. Cette situation se maintiendra à peu près sans modification jusqu'au 25 mars 1805 (1). Malgré les demandes de VerhueJl, la Hollande est au bout de ses ressources en hommes et en matériel.
Demandes faites au Conseil (fÉtat de la République batave par le contreamiral Verhuell, commandant en chef de la liottille batave et commis^ saire de la marine auprès du Premier Consul, dans un mémoire présenté le 27 décembre dernier (2).
Premièrement, — De compléter au plus tôt les trois divisions de chaloupes canonnières et d'employer à leur construction tous les charpentiers du chantier de la marine militaire, pendant que Ton pourrait faire construire les bateaux canonniers sur des chantiers particuliers.
Secondemtnt. — Qu'on emploie, pour trouver Tartillerie nécessaire à Tarmement de la flottille, les pièces de 24 des vaisseaux de guerre actuellement hors d'activité, ainsi que les pièces de ce calibre qui ne seraient point nécessaires au service intérieur, et de m*envoyer cette artillerie au plus tôt.
Troisièmement, ^ La plus grande difficulté étant de trouver les marins nécessaires pour équiper la flottille. Ton pourrait se servir de Téquipage du
(1) BBi^, 196.
Situation à Dunkerque.
i frimaire an xiu (23 novembre 1804).
2 prames françaises, Ville-de-Bruxelles et Ville-de^Gand^ 50 hussards ou
chasseurs à cheval chacnne ; 36 canonnières, 1034 hommes; 144 bateaux, 3,185 hommes;
18 péniches, sans garnison ;
200 bâtiments armés, 4,327 hommes de garnison.
Situation à Dunkerque.
3 nivôse an xni (24 décembre J804).
3 primes;
19 péniches ; 36 chaloupes ;
144 bateanx,
(2) Archives nationales, carton APiv, 1201. Rapports des Ministres. — Marine et colonies, flottilles, correspondance et états de situation, an vm et an xn.
Taisseau de guerre le HertelleSy de 68 canons, et envoyer cet équipage, avec tous les matelots dont les autres vaisseaux de guerre pourraient se passer, le plus tôt possible à Vlissingen (Flessingue).
(Déjà j'ai proposé de m'envoyer les équipages des frégates VEuridice et V Irène, qui se trouvent à Helvoet-Sluys.)
Quatrièmement, — D'employer tous les moyens connus pour a\oir les marins nécessaires pour commander les bateaux canonniers ; un de ceux qui parait le plus efficace, est d'écrire une circulaire aux différentes municipalités des lieux où il y des capitaines marchands ou autres pilotes, pour engager ces municipalités à les appeler au service de l'État et d'accorder à ces marins une paye assez forte pour les y engager ; l'on en trouvera probablement une grande quantité.
Cinquièmement, — Comme il manque une grande partie des officiers pour les chaloupes canonnières, l'on pourrait employer : 4° les jeunes officiers qui servaient avant Tannée 1795 et qui se sont adressés pour obtenir de l'emploi, l'on pourrait les accepter provisoirement sous le titre d'officiers extraordinaires, et 2° les aspirants de l** et 2* classe qui auraient l'âge et les connaissances nécessaires.
Sixièmement. — Qu'il me soit permis de faire construire, à Vlissingen, pour
chaque division, un canot léger de 10 avirons pour le service du commandant
de chaque division.
Signé : Yerhl'ell.
Le passage de Dunkerque à Calais et même de ce point à Boulogne, en doublant le Gris-Nez, se fit pendant un certain temps facilement, grâce à l'appui très sérieux donné par les forces et batteries de terre, qui obligeaient les navires anglais à se tenir au large.
Le 3 juin, une division « impériale » forte de 10 canonnières, 2 bateaux plats, 18 péniches et quelques calques, en tout 30 voiles (1), partie de Calais à 8 heures du soir, doubla le cap sous les yeux de lo navires anglais et arriva au jour à Boulogne. 2 canonnières et 3 péniches échouées furent dégagées à la marée montante et rejoignirent le reste de la division sans difficulté. Pas un coup de canon n'avait été tiré.
Le 11 juin, un autre détachement fort de 18 péniches et 1 bateau canonnier (2) exécuta le même trajet avec autant de bonheur. Le 15, 13 voiles arrivent à Calais venant de Dunkerque; le 23, il entre à Boulogne 5 canonnières, 4 bateaux.
(1) Rapports de Margaron et de Lafond, BBi\ 188.
(2) Rapports de Margaron, 3 Juin. (Archives de la Guerre.)
LA CONCENTRATION. — MER DU NORD ET PAS-DE-CALAlS. 39
10 péniches et 8 baleinières venant de Dunkerque et de Calais (1). Le 14 juillet, 2 canonnières escortent, sans avoir à combattre H transports entre ces deux ports et arrivent seules à Boulogne (2).
Cependant, un malentendu a fait déplacer les troupes mobiles du Gris-Nez. Malgré l'absence de toute protection, ces deux canonnières ont pu doubler le Gris -Nez sans encombre (3).
Il en est de même le 1®' août, sous les yeux de l'Empereur, par un petit détachement venant de Calais. En somme, dans^ les parages du Gris-Nez et de Dunkerque, pendant la période comprise de juin à septembre, les combats sont très rares, alors qu'auparavant les engagements avaient été incessants. Mais, dès le commencement de septembre, Tennemi s'opposa de nouveau par la force aux passages.
On se souvient qu'au 5 avril il y avait à Dunkerque 66 corvettes de pêche armées en guerre (4) ; lorsque, le 20 août, l'Empereur décida de faire passer en ce point la flottille batave, il prescrivit en même temps d'envoyer ces bâtiments
(1) Rapports de Margaron et Lafond du 15 juia. {Archives de la Guerre.) (t) Rapports de Margaron et Lafond du 15 juillet. {Archives de la Guen-e.) A Calais on se trouve avoir à ce moment 75 transports susceptibles de recevoir 1739 chevaux.
(3) Le général de brigade Margaron, Vun des commandants de la Légion d'honneur, à M le maréchal Soult, commandant en chef le camp de Saint'Omei\
Au quartier général à Calais, le 26 messidor an xii
(15jumet 1804).
Mon Général,
Ainsi qu'il avait été prévu, le vent a fraSchi vers les 7 h. 1/S, et les deux canonnières, qui ce matiii devaient entrer dans le port et auxquelles d'après mes observations on avait donné tordre de mouiller, ont appareillé et ont fait voile sur Boulogne ; elles ont doublé heureusement le cap Gris-Nez.
Ces deux bâtiments n'ont pu être escortés depuis le Blanc-Nez, attendu que le général Legrand avait fait donner par le chef de bataillon Cuny, Tordre à la batterie mobile do Wissant de se rendre à Andresselles : cette troopo étant, d'après vos instructions, directement sous les miens, ne devrait en recevoir que de moi ; j'ai donc à me plaindre que, malgré F avis que j'avais donné à t" officier qui la commande, du passage d'une division, on Tait contraint à quitter sa position au moment on sa troupe y était le plus utile ; je vous prie, mon Général, de vouloir bien empêcher que de pareils déplacements n'arrivent, car il me serait impossible de protéger la marche de nos convois, si, sans m en prévenir, chacun peut disposer des moyens que vous avez mis à ma disposition.
Daignez, Monsieur le Maréchal, agréer l'hommage de mon très profond respect.'
Màrgàron.
(A) 54 canons et 1475 soldats.
à Calais, seul port où leur tirant d'eau excessif leur permettait d'entrer. Cette opération, accomplie le 6 septembre sous les ordres de l'amiral Magon, fut Toccasion d'un vif engagement.
Soult, maréch&l de PEmpire, colonel général de la Garde de Sa Majesté l'Empereur, commandant en chef le camp de Saint^Omer, à M. le maréchal Berthier, ministre de la guerre.
A Paris, le 21 fractidor an xu (8 septembre 1804).
J'ai rhonneur de tous rendre compte, Monsieur le Maréchal et Ministre, qu'un convoi de 57 corvettes de pêche armées en guerre, parti de Dunkerque le \9 au matin, est entré le soir du même jour dans le port de Calais sans pertes ni avaries.
I prame, 2 chaloupes canonnières et i péniche y le tout commandé par le contre-amiral Magon, protégeaient ce convoi, et Tont soutenu dans 1 est du port de Calais contre les attaques d*Une frégate, une corvette et un brick anglais ; ils sont restés en panne jusqu'à ce que toutes les corvettes de pèche soient entrées et ensuite ils se sont rendus en rade de Boulogne.
Les garnisons dépendantes du camp de Bruges, qui étaient sur les corvettes de pèche, ont eu ordre de débarquer et de rejoindre leurs corps respectifs ; elles seront remplacées par des détachements que les régiments italiens ont ordre de fournir.
Les deux régiments d'infanterie italienne qui avaient reçu ordre de se rendre à Calais, y sont arrivés les is et 19 de ce mois et sont logés dans les casernes.
II y avait hier en rade de Boulogue, i prame, 48 chaloupes canonnières, 3 bombardes, 48 bateaux canonniers et 37 péniches, et chacun de ces bâtiments a reçu un supplément de garnison.
L'escadre anglaise, au mouillage à deux lieues du port, se composait aussi hier de 4 vaisseaux de ligne, 4 frégates, 10 corvettes ou bombardes et 7 autres bâtiments, bricks ou cutters.
Hier, on a entendu de Boulogne une forte canonnade dans la rade des Dunes et sur la ce te anglaise.
J'ai l'honneur de vous saluer.
Soult.
Ordre du jour de la liottille impériale, commandée par l'amiral Bruix,
oonseiller d'État
Boulogne, le 22 fructidor an xu de la République,
(9 septembre 1804;.
La flottille apprendra avec intérêt l'engagement qui a eu lieu le 49 (6 septembre) de ce mois, lorsqu'une division anglaise, composée de 2 frégates, 1 corvette à trois mâts et 1 brick, tenta d'intercepter le passage d'une division de la flottille sous les ordres du général Magon, sortie de Dunkerque dans la
nuit du 48 au 19 courant (5 au 6), pour se rendre dans divers autres ports. A Il heures du matin, une des correttes ennemies avant devancé les trois autres bâtiments, parut vouloir attaquer notre arrière-garde ; alors le contreamiral Magon se porta avec sa prame et ses deux canonnières dans la partie menacée et le combat s'engagea k petite portée de canon. La majeure partie de nos bâtiments y prirent part. Deux frégates anglaises vinrent aussi seconder la première corvette ; mais après une demi-heure de combat, celle-ci vira de l)ord et abandonna le champ de bataille ; quelque temps après, elle fut imitée dans cette manœuvre par les deux frégates.
Vers midi, les trois bâtiments à trois mâts se rapprochèrent de noti^ division ; un seul, soutenu par le brick, qui l'avait rallié, s'obstina .\ combattre ; mais le feu soutenu et bien dirigé de nos bâtiments et des batteries mobiles le forcèrent à gagner le large. L'ennemi se trouvant ensuite à une très grande distance de notre division, celle-ci continua sa route et atteignit sa destination sans autre obstacle.
Dans cet engagement, nous n*avons éprouvé que de très légères avaries ; celles qu*ont reçues les Anglais sont beaucoup plus considérables, et notamment une des frégates, dont le gréement était enr fort mauvais état après l'action .
Le général Magon, se loue beaucoup de la conduite qu'ont montrée dans cette circonstance les marins et militaires embarqués sur cette division.
Le chef de V état-major général de la flottille impériale^
M. Lafond.
Deux jours plus tard, une escarmouche eut un aussi heureux résultat.
Ordre du jour de la flottille impériale, commandée par l'amiral Bruix,
oonseiller d'État
Boulogne, le 24 fructidor an xii de la République,
(11 septembre 1804).
Le 49 de ce mois, la prame la ViUe-de-Mayence et les canonnières n«* 206 et 207 eurent devant Ambleteuse un petit engagement contre une frégate anglaise; le combat s'engagea vivement à deux tiers de portée de canon; mais le feu de la prame fut si heiureusement dirigé, que la frégate ennemie, avant d'avoir tiré sa troisième volée, fut considérablement dégréée. Elle manœuvra avec une grande confusion : elle arriva vent arrière, et gagna le large, laissant ainsi le champ de bataille à nos bAtiments, qui tirèrent en chasse sur elle, et continuèrent ensuite tranquillement leiur route pour Boulogne.
Le lieutenant de vaisseau Dumonard, qui commande la prame, pense que le feu a été quelque temps à bord de la frégate ennemie ; il assure d'ailleurs que nos canonniers ont tiré avec une telle précision, que très peu de nos boulets ont été perdus.
Le chef de Cétat^major général de la flottille impériale,
M. Lafond.
Mais bientôt, Topinion publique s'étant émue en Angleterre de ces passages trop faciles, Tenneini redoubla de surveillance et les combats se succédèrent rapidement.
Le général Margàron au maréchal Soult.
Da haat Blanc-Nez, le l'brainaire an xiii (23 octobre 1804),
à 5 h. 1/3 du soir.
Monsieur le Maréchal,
La division de la flottille que j*ai eu Fhonneur de tous annoncer est sortie à la marée de 3 heures du port de Calais ; elle est composée de 3 prames, 6 canonnières, i schuyt, 4 bateaux plats et 9 péniches.
Elle a été signalée à sa sortie du port par la croisière ennemie, composée de i frégate de 40 canons, 4 corvettes, 1 brick et i lougre, qui les a vigoureusement attaqués à la hauteur de Sangatte et ne les a abandonnés qu'à la hauteur de Wissant, après avoir fait et soutenu le feu le plus vif. La frégate s'est approchée avec une corvette et un brick à demi-portée de mitraille. Ces bâtiments ont dû beaucoup souffrir du feu de nos batteries et de nos bâtiments ; la corvette a même paru être remorquée par la frégate ; Tune et l'autre sont très loin au large dans ce moment.
La canonnade a cessé et la tête de notre convoi double à Tinstant le cap Gris-Nez.
Recevez, Monsieur le Maréchal, l'assurance de mon profond respect et de ma
haute considération.
Margàron.
Le chef de bataillon Blein, adjoint à rétat-major général des camps, à Son Excellence M, le maréchal Berthier, ministre de la guerre, major général des camps.
Calais, le t bramaire an xiu (24 octobre 1804).
Monsieur le Maréchal,
J'ai l'honneur de vous annoncer le départ de Calais pour Boulogne de 3 prames, 6 chaloupes canonnières et environ 42 b.ateaux canonniers ou péniches, qui a eu lieu hier à la marée de 3 heures après-midi, à la vue de 5 vaisseaui ennemis, dont un m'a paru être ime frégate, et un autre bâtiment en station près du Blanc-Nez.
La station devant Calais a pris le vent pour donner chasse à notre flottille : il était plein est; mais elle est arrivée au Blanc-Nez avant que l'ennemi eût pu en approcher à portée de canon. Là, il s'est engagé un combat assez vif, dans lequel une de nos canonnières a eu un màt de hune et un de beaupré enlevés, mais il paraîtrait que l'ennemi a été plus maltraité et qu'il a été obligé d'em-r mener un de ses bâtiments à la remorque. Au surplus, malgré ce combat, la flottille a continué sa route et doublé le cap Gris-Nez.
Il ne reste ici, conséquemment, que la division des écuries, de 80 voiles, et 40 voiles de celle des transports armés, dits corvettes de pêche ; on attend à
chaque marée les 20 autres Toiles de cette division, ainsi que plusieurs prames et chaloupes canonnières qui sont en ce moment à Dunkerquc.
Je TOUS salue, Monsieur le Maréchal, avec un profond respect.
A. J. Blein.
Soult, maréch&l de rEmpire, oolonel général de la Garde de Sa Majesté l'Empereur, commandant en chef le camp de Saint-Omer, à M. le maréchal Berthier, ministre de la guerre.
Au quartier général i Boulogne, le t brumaire an xui
{U octobre 1804).
J'ai rhonneur de tous rendre compte. Monsieur le Maréchal, Ministre, qu'un çonToi de 23 bâtiments, dont 3 prames, 6 chaloupes canonnières, 1 schuyt, 4 bateaux canonniers et 9 péniches, parti hier, à 3 heures après-midi de Calais, est arriTé cette nuit en rade de Boulogne, et partie est entrée dans le port, à hauteur de Sangatte; il a été attaqué par 7 bâtiments ennemis, dont 3 frégates ; le combat s'est prolongé jusqu'au delà du cap de Gris-Nez et a duré jusqu'à nuit close. Une chaloupe canonnière (le n^ i , ayant un détachement du 14* régiment à son bord), a échoué sur le banc Aleine; à la marée de celte nuit elle a été renflouée et est arrivée en rade; une prame (la Ville^Aix)^ ayant touché sur le rocher d'Andresselles, y est restée échouée jusqu'à la marée et est également arrivée à sa destination.
Les prames la Ville-d'Aix et la Ville- d'Anvers y ainsi que la corvette la Vaillante^ montée par la Garde de Sa Majesté, et les canonnières, ont reçu quelques boulets à leur bord et beaucoup de mitraille ; 7 hommes seulement ont été blessés : l'ennemi doit aToir beaucoup souflTert, car le feu des bâtiments, celui de la côte et des batteries mobiles a été extrêmement vif, bien dirigé et une partie du temp^ à mitraille ; on a cru remarquer qu'une conrette était menée à la remorque en Angleterre.
Cette nuit, l'amiral a fait sortir, pour aller en rade, 54 bâtiments, dont 92 chaloupes canonnières, 27 bateaux canonniers et 5 péniches; à la marée prochaine, il sortira Traisemblablement d'autres bâtiments.
L'escadre anglaise a reparu hier soir; ce matin, elle est composée de i Taisseau, 2 frégates, 9 corvettes, 10 bricks et i cutter.
Les garnisons des trois prames appartiennent au camp de Bruges, je les ferai débarquer pour rejoindre leurs corps respectifs et immédiatement elles seront remplacées.
J'ai l'honneur de tous saluer.
Soult.
P,S. — Je rouTre ma lettre pour tous instruire. Monsieur le Maréchal, que cet après-midi, Ters 3 heures, le Tent ayant passé au nord-est grand frais, l'amiral a jugé à propos de donner ordre à la flottille de rentrer; quelque temps auparavant, les ennemis aTaient appareillé et pris le large.
D'une façon générale, ces mouvements, quoique très lents, purent s'opérer sans pertes sérieuses, que Tennemi s'y opposât ou non. La sérieuse valeur des prames et des chaloupes canonnières s'était affirmée à mainte reprise ; aussi très souvent arriva-t-il que pendant la réunion à Calais des transports, on fit escorter ceux-ci par quelques bâtiments de guerre (1). La présence de 4 ou 6 navires armés suffit souvent pour tenir à distance les croiseurs anglais (2).
(1) Notamment le 26 octobre et le 17 noTembre. Rapports de Margaron et de VerhueH, AF»', 1203.
(2) William James ne dit pas on mot de ces combats.