‹ 1793-1805 (volume 4)Chapitre 9 sur 65 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Le port du Havre, qui avait déjà fourni beaucoup à la concentration, comptait encore au mois de mai : 80 chaloupes, 50 bateaux et 43 péniches, plus ou moins avancées dans leur construction (1).

Lorsque TEmpereur se remit en mai à s'occuper sérieusement de l'expédition, ses ordres, où se révèle une impatience extrême (2), portèrent sur les bâtiments en armement, qu'il croyait prêts en bien plus grand nombre qu'ils ne l'étaient alors.

4 M. Forfait, conBeiller (TÉtat (3).

Saint-Cload, 4 prairial an xn (24 mai 1804).

Monsieur Forfait,

J'ai fait partir le capitaine Daugier, ayec un détachement de 900 hommes de ma Garde, pour achever Tarmement des 27 chaloupes canonnières et des 27 péniches de ma dite Garde qui sont au Havre. Je désire qu'il ne manque rien à ces divisions, qu'elles partent le plus tôt possible et que chaque chaloupe ait un obusier de 8 pouces et trois pièces de 24, et que chaque péniche ait un obusier de 6 pouces et une pi^ce de 8.

Vous avez en armement au Havre 20 canonnières ; faites-les partir pour Boulogne. Enlevez les matelots qui se trouvent sur la côte, même les invalides, si cela est nécessaire. Vous avez M chaloupes canonnières à Dieppe et à Fécamp, iO à Rouen, 3 à Honfleur. Mettez-les en état de partir sur-le-champ pour Boulogne. Je vous en dis autant des 51 bateaux canonniers qui sont au Havre, Saint- Valéry, Rouen et Honfleur.

(1) Situation dn 30 mai.

(2) Lettre à Daagicr, 21 mai, 7761.

(3) Correspondance de Napoléon, 7772.

Il y a encore beaucoup de matelots, et, s'il est Trai de dire qu'il serait difficile d'en trouver pour les Indes et l'Amérique, il ne doit pas en manquer pour cette espèce de cabotage.

Vous êtes en position de faire tout ce que tous Toulez. Je n'admets donc aucune espèce d'excuse. Apprenez-moi au plus tôt que tout cela est parti de Tos ports. Mon intention est que tous ne Teniez pas à Paris sans avoir mis tout cela en mouTement. Il est probable que je tous rappellerai aTant à Boulogne, où je ne tarderai pas \ me rendre.

Au contre-amiral Decrèa (1).

Saint-Cload, 8 prairial an xii (29 mai 1804). Monsieur Decrès,

Par les renseignements que je reçois du HaTre, il y manque de la poudre, de sorte que la division impériale ne pourra partir qu'aTec soixante coups; il en faut cent. Voyez s'il y aurait de la poudre à Rouen, et, dans ce cas, prenez des mesures pour en faire expédier avec la plus grande diligence.

Donnez ordre au préfet maritime du HaTre qu'il fasse partir sur-le-champ les 20 calques de l'escorte de la 1" diTision de chaloupes canonnières qui partira. Je le laisse maître de les faire partir aTec ou sans canons ; il y a à Boulogne des canons qui pourront leur servir. Si ces bâtiments partent sans canons, on pourra leur mettre le nombre de matelots nécessaire à leur navigation, leurs équipages seront complétés à Boulogne.

Donnez l'ordre également, s'il est nécessaire de diminuer l'armement, qu'on laisse à la Canonnière lUO hommes et qu'on en retire 217 hommes. On embarquera à bord 150 hommes d'infanterie, qui, avec 100 hommes d'équipage, suffiront pour mettre cette frégate en état de défense dans la rade. Il y a besoin de 82 pièces de c^non de 2i au Havre, pour achever l'armement des bMiments qui y sont. Il faudrait près de cent milliers de poudre. Je préférerais donc qu'on dirigeât sur le Havre l'artillerie qui est à Paris, au lieu de Dunkerque. Il manque aux corvettes impériales, au Havre, du cuivre pour le doublage. Il faut 20 pièces de bronze courtes : faites-en la demande au premier inspecteur. S'il y en a à Paris, tous en enverrez, sans quoi ces bâtiments seront provisoirement armés au Havre de quelques pièces de canon, pour leur défense, et, arrivés à Boulogne, on les armera de pièces de bronze courtes. H y a â Saint- Valery-en-Caux 1 bateau de première espèce, 5 de deuxième et 13 péniches. Ces bâtiments n'ont point d'artillerie, qui doit leur être envoyée du Havre. Donnez contre-ordre et ordonnez aux bâtiments de Saint- Valéry de partir sous l'escorte de la 1"* division, qui passera devant Saint- Valery-en- Caux, et de se rendre à Boulogne, où ils prendront leur artillerie.

Napoléon.

La présence et la force de la croisière anglaise qui bloquait

(1) Correspondance de Napoléon, 7796.

le Havre, les difficultés qu'on avait eues précédemment à échapper, et les idées personnelles de Forfait au sujet des passages de vive force, tout cela allait donner une nouvelle actualité à cette question tant discutée de la valeur combattante de la flottille. A l'exemple de Verhuell, Forfait proposait une sortie en grandes forces et un combat réel.

Forfait à Sa Majesté r Empereur des Français (1).

Ao Havre, le 15 prairUl an xii (4 Juin 1804). Sire,

Je demande encore pardon à Votre Majesté de la fréquence de mes lettres.

Je vois fuir le temps avec tme rapidité qui m*effraye ; je crains que V ennemi ne soit informé des préparatifs qui se font ici y qu'il ne devine vos intentions qui ne sont que trop manifestées par V arrivée des Gardes de Votre Majesté , qu'il ne se renforce et ne nous paralyse entièrement.

Cependant, au lieu d'agir, nous délibérons ; le capitaine de yaisseau Daugier n*a point d'instructions, il ne sait que faire : il borne ses pouT^oirs aux trois di?isions impériales, mais ces trois divisions ne sortiront pas seules, sans doute. U y a 7 bAtiments carrés en vue.

Rien encore de décidé sur les divisions commandées par le capitaine de vaisseau Hamelin et le capitaine de frégate Montcabrier. Se réuniront-elles sous les ordres du capitaine Daugier? c'est indispensable pour donner à la flottille qui va partir une force capable d'en imposer. On peut l'augmenter encore, si vous donnez Tordre de faire venir des marins de Boulogne, mais il n'y a pas un moment à perdre.

II n'y a pas plus de décision sur les prames ; sortiront-elles avec les divisions impériales ? Je regarde cela comme très nécessaire, comme indispensablement nécessaire, parce que sans cette adjonction, nos canonnières ne se présenteront pas avec confiance contre des vaisseaux de 54 canons.

Je supplie Votre Majesté de me faire connaître ses intentions et de croire que, dans l'état actuel des choses, l'incertitude est le plus grand de tous les maux.

Je prends aussi la liberté de supplier Votre Majesté de prendre en considération les lettres que j'ai eu l'honneur de lui écrire les 6 et 1 1 de ce mois.

Sire, je salue Votre Majesté avec le plus profond respect.

Forfait.

Effectivement, dans les premiers jours de juin, Daugier se trouva disposer de forces considérables, comprenant une grosse proportion de prames et canonnières fortement armées

(1) Archives de la Marine » BBi^, 199.

et capables d'une lutte sérieuse, que rendait inévitable la présence constante de la division anglaise du capitaine Robert Dudley Oliver, composée de la frégate de 34 Melpomène^ de sloops et de bombardes, (i).

Le Commandant des marins de la Garde impériale à Son Excellence le Ministre de la marine et des colonies (2).

Au Hayre, le 17 prtirial an zu (6 Juin 1804). Monseigneur,

J'ai rhonneur de prévenir Votre Excellence que les garnisons des bâtiments de la division impériale ont été embarquées ce matin et que cette opération que divers travaux urgents avaient obligé de retarder pendant quelques jours, s'est exécutée avec beaucoup d'ordre.

Je vais m'occuper sans délai à compléter les équipages, pour lesquels il manque encore 240 hommes, et à exercer les marins et les soldats à la manœuvre du canon. Cette mesure est d'autant plus nécessaire que les bâtiments de la division sont absolument dépourvus de canonniers et qu'il me sera même extrêmement difficile de m'en procurer ici un petit nombre ; je ne négligerai pas non plus d'accoutumer les soldats à l'exercice de la nage et aux manœuvres des voiles; je me propose même, lorsque plusieurs bâtiment:; seront entièrement disposés, de faire sortir alternativement des divisions pour stationner sur la rade et v faire diverses évolutions.

Je me disposerai ainsi, Monseigneur, à profiter d'un moment favorable s'il se présente pour exécuter les ordres qui m'ont été donnés ; je ne dois pas cependant vous dissimuler que, vu la saison et la brièveté des nuits, j'ai peu d'espérance qu'il me soit bientôt offert.

Les ennemis ont depuis quelque temps, en raison de deux circonstances si désavantageuses pour nous, renforcé leur croisière devant le port, et ils stationnent habituellement à une très petite distance. Leur division se compose d'un vaisseau rasé, d'un petit vaisseau à deux batteries, de 2 frégates, de 2 corvettes et 2 cutters.

Salut et respect. Daugier.

Le Commandant des marins de la Garde impériale à Son Excellence

le Ministre de la marine (3).

Au Havre, le 10 messidor an xii (29 juin 1S04). Monseigneur,

J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Excellence que la première section

(1) W. James.

(2) Archives de la Marine, BBiv. 199.

(3) Archives de la Marine, BBiv, 199.

de la division impériale a mis hier en rade et a évolué pendant plusieurs heures «ntre la côte du HaTre et celle d*Hon fleur, et qu'à fentrée de la nuit elle est venue occuper le mouillage où elle s'est formée en ligne d'embossage ; elle renouvellera aujourd'hui et demain les mêmes évolutions et sera ensuite remplacée en rade par la deuxième section, qui le sera à son tour par la troisième lorsqu'elle sera entièrement disposée.

Je voudrai! avoir à annoncer à Votre Excellence que les différentes manœuvres ont été exécutées, sinon avec une précision parfaite, du moins à faire espérer une prochaine rectitude ; mais malheureusement il n'en a point été ainsi ; la hgne de bataille, qui devait à peine occuper trois cents toises, a eu quelquefois plus d'une lieue d'étendue ; cette inexactitude, qui m'a affligé, s'est également fait remarquer dans les autres évolutions ; j'espère cependant que le zèle qui anime les ofliciers et le désir qu'ils ont tous de bien faire, suppléeront autant que possible à ce qui leur manque du côté de l'expérience, si ces mouvements peuvent être continués sans interruption.

L'ennemi n'a fait hier aucun mouvement; une de ses frégates est seule venue nous observer.

Salut et respect.

Daugier.

Le Ministre de la marine à r amiral Bruix {i).

Le 25 prairial an xii (14 Juin 1804).

Je vous préviens. Monsieur l'Amiral, que les divisions, soit de la flottille impériale, soit autres, actuellement réunies au Havre et prêtes à partir sous le commandement supérieur du capitaine Daugier, sont ainsi composées :

6 prames; 60 canonnières; 33 bateaux canonniers ; 4i péniches; 12 transports;

Total : 15i bateaux.

Sa Majesté Impéiiale a donné ordre que 36 bateaux canonniers et iS chaloupes canonnières entrent dans le port d*É tapies, et que le reste se rende à Boulogne sous le commandement du capitaine Daugier,

Je vous prie de me faire connaître si le port d'Étaples est en état de recevoir ces bâtiments. Ce qui décide leur destination pour ce port, c'est que celui de Boulogne est déjà encombré et que la sortie sercC plus prompte en raison de la division des bateaux dans différents ports.

Veuillez me faire part de vos observations, et prendre toutes les mesures qui peuvent favoriser l'arrivée et l'entrée dans les ports de Boulogne et d'Etaples île ces divisions de la flottille.

(1) Archives de la Marine. Bureau des ports, nottUle ; an xu, BB", 91

Effectivement, un ordre du 24 juin (l) prescrivit de placer à Étaples 18 chaloupes, 72 bateaux et 36 péniches. En passant devant ce port, Daugier devait compléter ce nombre.

Mais ce dernier n'était pas encore près de partir, et cela malgré les ordres les plus énergiques.

A M, Daugier, commandant des marina de /a Garde (î),

13 messidor an xii (2 juillet 1801).

Monsieur,

Je désire que, par le retour de mon courrier, vous me fassiez connaître le nombre de bâtiments anglais qui sont en croisière devant le Havre, et, s'il vous est possible, le nom de chaque bâtiment. Par les états que je reçois d'Angleterre, il me paraîtrait qu'il n'y a que 3 frégates et 5 à 6 petits bâtiments. Si cela était, et que vous eussiez, comme je le suppose, 6 prames portant 60 canons de 24, 75 chaloupes canonnières portant chacune 3 canons de 24 en belle, 37 bateaux canonniers ayant chacun une pièce de 18 et de 24, et une quarantaine de péniches armées d'obusiers de 6 pouces et d'une pièce de 6 pouces et une de 4, cela vous ferait plus de 400 pièces de canon de 18 et de 24. Les Anglais, en ayant 3 ou 4 frégates, ne pourraient avoir plus de 200 ou 300 pièces de 18. Dans ce cas, ny aurait-il pas moyen de les attaquer , de les enlever à l*abordage ou de les faire fuir, et de se rendre triomphant le long de la côte Jusqu'à Boulogne f

Par tous les rapports que je reçois, il n'y a pas un combat de canonnières avec des frégates, que celles-ci ne soient obligées de retourner en Angleterre et de rentrer dans le bassin. Faites-moi connaître le nombre de bâtiments de toute espèce qui pourront prendre part à cette attaque, le nombre de pièces de 24 armées en belle, si vos canonnières sont armées d'obusiers de 8 pouces.

Par les derniers états que vous m'envoyez, vous ne devriez avoir que 60 chaloupes canonnières, mais depuis il doit en être arrivé une quinzaine de Cherbourg.

Dans tous les combats qui ont eu lieu, beaucoup de marins très instruits pensent que nous pourrions leur faire plus de mal avec plus d'audace, en saisissant le moment opportun. Des prames et chaloupes canonnières, ayant autant de monde qu'on voudrait, allant choquer contre une frégate, ou la couleraient bas, ou pourraient la pren<lre à Tabordage. Il doit y avoir, indépendamment de ces 75 chaloupes, d'autres chaloupes au Havre, et il y doit avoir 400 à 500 matelots. Il ne serait donc point impossible de porter votre nombre de chaloupes canonnières à 80.

Faites-moi connaître si les caïques sont encore au Havre.

J'imagine que vous avez le nombre de grappins, cordages et autres objets

(1) Correspondance de Napoléon, 7820, à Decrès, 24 juin, (t) Correspondance de Napoléon, 1%%^

nécessaires pour un abordage. Répondez-moi sur-le-champ par Yotre courrier, et faites-moi connaître Tétat de votre armement et ce qui reste au port.

Faites-moi connaître le nombre de tos garnisons, de quels régiments elles sont, et les bâtiments qui sont arrivés.

NAPOLÉaN.

Bien loin de prendre l'offensive, Daugier fut lui-même attaqué par les Anglais, qui, le 18 juillet, vinrent bombarder le Havre et canonner la ligne d'embossage.

Le Commandant des marins de la Garde impériale à Son Excellence le Ministre de la marine et des colonies (1).

Lo Havre, le 25 m«»8sidor an xn (14 juillet 1804). Monseigneur,

J*ai eu l'honneur d'informer Votre Excellence que les sections de la division impériale occupaient alternativement le mouillage extérieur et s'exerçaient aux différentes évolutions; celle qui mit h la voile hier, contrariée par le vent et entraînée par le courant, se trouva bientôt portée au large, et peu de ses bâtiment purent rallier la côte du Havre. L'ennemi n'était point en vue, à l'exception de deux cutters qui se tenaient au nord de la rade, mais on ne tarda pas à signaler la bombarde.

Il était 4 h. i/^» j® venais de rentrer dans le port après avoir suivi les évolutions, la mer avait beaucoup baissé; je parvins cependant à faire sortir deux canonnières; une troisième, au moment de mettre sous voiles, ne put sortir. Ces deux canonnières, jointes à celles qui avaient atteint le mouillage, portèrent à l'instant sur les bâtiments ennemis et le combat ne tarda pas à s'engager ; nul doute qu'il n'ait été suivi du plus heureux succès et que les bâtiments ennemis n'eussent été obligés de se rendre ou de prendre la fuite, si i vaisseau, 2 frégates et i corvette que la côte signalait, ne se fussent montrés alors courant grand largue sous toutes voiles.

Cette apparition et l'approche rapide de ces bâtiments força ceux de la flottille à tenir le vent, sans cependant suspendre le combat, qui fut continué jusqu'à 8 heures ; à cette époque, tous les bâtiments ennemis étaient ralliés, et nous nous attendions à une attaque générale et prochaine, mais, dans la crainte sans doute d'engager un combat de nuit près de la côte, ils se retirèrent et nous laissèrent maîtres du champ de bataille.

J'ai la satisfaction d'apprendre à Yotre Excellence que nous n'avons éprouvé aucuile perte et qu'aucun des bâtiments, à l'exception d'un seul qui a démâté de son beaupré dans un abordage, n'a eu d'avaries majeures. Je ne doute point que l'ennemi n'ait reçu beaucoup de boulets, car en général, notre feu a été très actif et parfaitement bien dirigé.

(1) Archives de la Marine, BB"^, 199.

Un des cutters, ayant voulu s'airancer à bord opposé h la rencontre d'une canonnière, en fut si Tigoureusement accueilli, qu'il ne tarda pas à virer et à chercher un abri sous la bombarde.

J*ai TU généralement du zèle et de Tardeur qui se sont manifestés dans cette circonstance, tant parmi les officiers que parmi les militaires et marins de la division.

Cette nuit, pendant la durée du flot, tous les bâtiments à l'exception de celui démâté de son beaupré, sont venus reprendre leur mouillage sur la rade du Havre.

J'ai rhonneur d'annoncer à Votre Excellence qu'un mât de beaupré vient d'être expédié par une péniche â Trouville et que Ton va immédiatement s'occuper à réparer les diverses avaries éprouvées par quelques bâtiments.

Salut et respect.

Dalgier.

Laroche, général de division, commandant la 14^ division militaire, à Son Excellence le Ministre de la guerre.

Au quartier général de Caen, le 29 messidor an xii

(ISjuiUet 1804).

Monseigneur,

J'ai l'honneur de vous rendre compte que le 27 de ce mois, à la marée du soir, 6 canonnières et 6 bateaux plats sont sortis du port de Honfleur pour aller renforcer la station de la flottille sur la rade du Havre.

Le même jour, vers les 7 heures du soir, ié bâtiments anglais ont attaqué notre ligne d'embossagc devant le Havre. Le feu a été extrêmement vif de part et d'autre, et il n'a cessé qu'à Centrée de la nuit.

On croit qu'une frégate anglaise a eu son mât de hune cassé et qu'il doit y avoir eu beaucoup de blessés à leurs bords.

Cette canonnade, que nous avons entendue très distinctement â Caen, et que nous avons jugée d'abord être beaucoup plus rapprochée, m'a fait monter à cheval très précipitamment pour me porter sur la côte, où j'ai passé la nuit.

J'ai l'honneur de vous saluer avec respect.

Laroche.

Les dégâts furent nuls, mais l'attitude énergique des croiseurs anglais eut un effet singulier. Il ne fut plus question de passage de vive force pour la flottille de Daugier, dont la force dépassait 200 bâtiments (1), et les traversées par petites fractions, si dangereuses, si peu encourageantes et si critiquées par Forfait, furent de nouveau autorisées.

(1) Il avait, en effet, reçu le 10 Juillet : 36 canonnières, 18 bateaux, 9 péniches et 1 1 transports, amenés de Honfleur par Uamelin et Montcabrier (Lettre de La Uoussaye, 13 juillet, Archives de la Guerre),

A M. Forfait (1).

Pont-de-Briqnei, S thermidor an xa (27 joillet 1804). Monsieur,

Le moment s^approche où j'ai besoin de tous mes moyens de transport. fTécris à Daugier de faire partir sa division en totalité, ou par petites divisions, comme cela lui paraîtra lepfus praticable (2). Armez, levez des matelots, et faites partir tous yos bâtiments, car j'ai besoin de tout. Faites-moi connaître le nombre de chaloupes canonnières que tous avez de prêtes à partir, indépendamment de Daugier. Par les états que j'ai, indépendamment des divisions Montcabrier, Hamelin et Daugier, il y a encore 50 chaloupes canonnières, 35 bateaux et 26 péniches et plus de 60 transports. Je ne puis donc que vous répéter que tout cela m'est nécessaire, faites-les partir. Activez tout ce qui est à Cherbourg et dans les autres ports de votre arrondissement. Les modèles de calques qu'on a construits sont mauvais, un ingénieur en a ici construit un qui est meilleur pour la mer, c'est surtout du fond plat du derrière qu'on se plaint.

Napoléon.

Daugier ne fut pas long à profiter de la permission et à revenir au système des petits détachements.

Le Commandant des marina de la Garde impériale à Son Excellence

le Ministre de la marine et des colonies (3).

Au Havre, le 9 thermidor an xu (28 juillet 1804). Monseigneur,

Depuis votre passage en ce port, l'ennemi n'a fait aucune tentative, mais ses manœuvres au moment oti les marées lui permettent d'approcher, nous ont forcés chaque jour à nous tenir prêts à repousser son attaque. Hier dans l'aprèsmidi, il s'avança deux fois à portée et demie de canon et donna lieu de croire que malgré les vents qui soufflaient alors du sud-ouest, il avait l'intention de jeter des bombes ; je fis sortir avec beaucoup de peine quelques bateaux canonnlers et l'une des deux petites bombardes qui ont été disposées ; l'autre ne put s'élever entre les jetées, oix la mer était très grosse ; elle sortira aujourd'hui.

Conformément aux ordres de Votre Excellence, fai formé une division des bâtiments les plus en état de prendre la mer; elle est composée de dix-huit bateaux de i^ espèce, de dix de seconde, et quelques péniches; je Vai placée sous le corn-

(1) Correspondance de Napoléon^ 78T7.

\t) L'ordre à Daugier est, en eflfet, du môme jour. (Correspondance de Napoléon^ Archives de la Guerre,)

(3) Archives de la Marine, BBnr, 199.

mandement du capitaine de vaisseau Hamelin, auquel fai donné Vordre d'appareiller pour se rendre à Boulogne s'il trouve un moment favorable ; cette division forme, dans ce moment, la ligne d'embossage, et est ainsi pleinement en mesure d'exécuter cet ordre; mais je ne dois pas dissimuler à Votre Excellence, si elle n'a pu s'en convaincre elle-même, qu'il est extrêmement douteux qu'elle puisse tenter le passage ; les ennemis se sont montrés hier au nombre de vingt, et telle est leur vigilance, que dans la nuit du 6 au 7, quoique le vent fût très fort du sud-ouest et que le temps eût mauvaise apparence^ une frégate, deux cutters et un brick se tinrent constamment autour de la division, à une portée et demie de canon ; hier au soir, ils ont renouvelé cette manœuvre ; les autres bâtiments se tiennent à différentes distances.

Dans toute autre circonstance, Monseigneur, je n'hésiterais point à faire rentrer la division, lorsque la présence de l'ennemi s'oppose évidemment à son départ, ou lorsque le vent souffle avec violence dans une direction contraire, car les bâtiments fatiguent beaucoup par la grosse mer et les fréquents abordages qu'elle occasionne; la division impériale, qui depuis un mois a presque constamment tenu en rade, n'a dans ce moment que douze de ses chaloupes canonnières en état de prendre la mer.

Salut et respect.

Daugier.

D'ailleurs, la lettre ci-dessous de Forfait, témoin peu suspect, car il avait assez souvent affirmé ses opinions, montre bien que le blocus du Havre était devenu terriblement resserré.

Le Conseiller d'Ëtat, préfet maritime du second arrondissement, à Sa Majesté l'Empereur des Français, à Boulogne (1).

Au Havre, le 10 thermidor an xii de la République française

(t9juiUet 1804).

Sire,

Je juge par les ordres que Votre Majesté me transmet dans sa dépêche du 8 courant, qu*on ne lui a pas rendu des comptes exacts de ce qui se passe en ce port. Je vais le faire rapidement.

Le samedi iS messidor, la division de M. Daugier, composée de 6 prames, 63 canonnières, 9i bateaux canonniers, 37 péniches et îil transports, était absolument prête h partir ; il ne manquait de la poudre que pour deux prames. Je donnai Tordre du départ. Il y eut quelques mouvements de faits d'après les ordres de M. Daugier et à ma réquisition, mais il ne put prendre la mer. Le complément des poudres arriva le lundi suivant. Le vent changea, le mercredi. J'avais mis d'autant plus d'importance à cet appareillage que, d'une part, depuis longtemps, j'étais étonné de ne pas voir renforcer la croisière des

(1) Archives nationales, carton AF»v, it04. — Marine, colonies, notliUes, an xii et an XIV.

Anglais ; d'autre part, je ne pouTois douter qu'ils ne fussent bientôt instruits de nos mouTements, puisqu'ils aiaient été annoncés par le journal des Défenseurs de la Patrie, n? 830.

Il s'élefa, au sujet des instances que je fis auprès de M. Daugier pour presser son départ, quelques discussions de compétence. Il prétendit être chargé exclusivement des mouvements relatifs à l'appareillage. J'en rendis compte au Ministre, qui a décidé la question en faveur de M. Daugier. Depuis ce temps, mes fonctions se bornent à le requérir toutes les fois que je juge qu'un mou- Tement est nécessaire, et je ne manque jamais de le faire.

Les ennemis, enfin informés de ce qui se passait au Havre, se sont renforcés au point que, dès le 23 messidor, ils avaient en vue du Havre 16 bâtiments, dont 3 vaisseaux, 3 grosses frégates, 3 bombardes.

Il y a eu plusieurs petits combats de peu de conséquence. Le lundi 27 messidor, la flottille en station devant le Havre a été bombardée sans aucun succès* La Tille ne s'en est pas sentie. Le lundi 4 thermidor, la division étant rentrée la veille, l'ennemi s'est approché de la ville beaucoup davantage et y a jeté iOO bombes environ en moins de deux heures. La perte n'a pas été considérable : il y a eu trois femmes blessées.

Depuis ce temps, l'ennemi nous menace sans cesse et nous réduit à une défensive dont le succès ne me parait pas douteux. Mais il n'est pas douteux aussi qu'il ne jette encore plusieurs fois des bombes dans la place. Nulle raison ne l'en empêche. Il ne court aucun danger : il n'y aurait que quelques coups heureux de nos mortiers qui pourraient l'éloigner.

Cependant, il établit sa croisière ou son mouillage sous la pointe de la Hève. n a des cutters et des péniches en observation jusque sous la terre ; et tant qu'il gardera cette station, le passage parait impossible. On ne peut plus s'attendre à faire filer des divisions, grandes ou petites, que quand les nuits seront longues et obsciu*es et quand de fréquents coups de vents forceront l'ennemi à se tenir loin de la côte.

Je prie Votre Majesté d'observer que, conséquemment à la décision du Ministre, ces mouvements ne peuvent plus me concerner : ils regardent M. Daugier seul ; et tout ce que j'ai à faire, c'est de le tenir toujours prêt à effectuer son départ. J'y mets tous mes soins et j'espère y réussir, quoique ses réparations, à chaque sortie et à chaque canonnade, soient assez considérables pour absorber tous les moyens du port.

J'ai l'honneur d'adresser à Votre Majesté l'état numératif de tous les bâtiments qui seront, après ceux de M. Daugier, prêts à partir immédiatament. Votre Majesté remarquera qu'il y a peu de différence entre les résultats sur lesquels elle compte et ceux que j'ai â lui offrir. Quant aux transports, ceux que j'ai réservés pour le service du Havre sont bien loin de suffire aux besoins ; et si l'on en soustrait quelques-uns, même en très petit nombre, le service sera nécessairement interrompu.

C'est une grande vérité, Sire, que les caïques sont de très mauvais bâtiments. J'en ai fait faire, à Saint-Malo, qui tirent par devant et doivent avoir des qualités moins mauvaises ; mais elles n'en auront pas encore de bonnes. Il est impossible de faire un navire passable qui porte du canon de gros calibre sans avoir un pont. J'ignore si les caïques de Saint-Malo sont celles dont Votre Majesté me parle.

56 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE Ul.

Notre situation est désagréable, mais point du tout inquiétante ; tout le inonde est plein de zèle et disposé à faire son devoir.

Vos ordres seront remplis pour le départ aussitôt qu]il sera possible : rien ne manquera.

Je prie Votre Majesté de vouloir bien agréer mon profond respect.

Forfait.

Un nouveau bombardement, exécuté le 2 août, eut aussi peu d'effet que celui du 18 juillet.

Le Commandant des marins de la Garde impériale à Son Excellence le Ministre de la marine et des colonies (i).

Au Havre, le 14 thermidor an xii (S août 1S04).

J'ai Thonneur de rendre compte à Votre Excellence que, hier au soir, les ennemis ont attaqué la ligne d'embossage et que ce mutin, h peu près à la même heure, ils ont renouvelé cette attaque avec beaucoup de persévérance et de ténacité et que la marée seule, en les entraînant au large, a fait cesser le combat.

Hier, les vents soufflaient du nord-est, assez frais ; tout l'après-midi, les bditiments ennemis, au nombre de quinze, manœuvrèrent pour approcher de la ligne, mais cependant sans manifester le dessein positif d'attaquer au moment même de la pleine mer, ils diminuèrent même de voiles ; à 6 heures, ils serrèrent de nouveau le vent et, à 7, ils commencèrent le feu et lancèrent dans l'espace d'une heure et demie environ 420 à 150 bombes, dont la totalité tomba dans la direction de la ligne d'embossage, sans y causer cependant de grandes avaries.

Je dois. Monseigneur, vous parler du sang-froid que déploya dans cette circonstance le lieutenant de vaisseau de la garde Roquebert, qui montait un bateau canonnier; c'est à sa présence d'esprit, à la célérité de ses manœuvres que la conservation de ce bâtiment et peut-être même de son équipage doit être attribuée ; la seule blessure grave éprouvée dans cette action est celle de M. Groé, sous-lieutenant dans le 40' régiment, qui a eu le bras emporté par un éclat de bombe.

Le combat soutenu ce matin a été plus long et plus sérieux ; les ennemis étaient beaucoup plus près lorsqu'ils ont commencé le feu; car plusieurs bombes ont éclaté sur la ville.

En outre du combat soutenu par la ligne d'embossage, sur laquelle les bombardes ennemies, au nombre de quatre, ont constamment fait feu, un autre engagement très vif a eu lieu entre deux canonnières de la division impériale et les bâtiments ennemis ; ces deux canonnières sorties du port pour renforcer la ligne, se sont audacieusement portées en dehors, et entraînées par le cou-

(1) Archives de la Marine, BB^^, 199.

rant, elles ont eu à répondre au feu de tous les b&timents anglais ; Tune d'elles montée par le capitaine de frégate Baste, s'est troufée dans une position très critique ; mais elle a eu le bonheur par FactiTité et la justesse de son feu de couper le grand mât de hune d'un brick ennemi^qui cherchait à lui gagner le Tent ; ce bâtiment a immédiatement laissé arriier, Tiirement canonné dans sa sa retraite, ainsi que ceux Tenus à son secours.

Le jusant, parvenu dans sa force, a mis fin au combat, qui s'est soutenu depuis 7 heures et demie jusqu'à 10; les ennemis ont fait route dans le nordouest.

La canonnière montée par le capitaine Baste et la seconde commandée par l'enseigne de yraisseau Grétel ont mouillé dans le sud de la baie pour attendre le flot. On me rend compte à l'instant qu'elles appareillèrent ; il est 3 heures et demie.

Salut et respect. Daugier.

Rapport du capitaine de frégate Baste, commandant la 2* section, à M. Daugier, commandant la Garde maritime impériale, au Havre (i).

En rade da HaTre, à bord do la canonnière n* 151, le 14 thermidor an xn (2 août 1804).

Commandant,

Désirant exécuter proraptement l'ordre que tous m'aviez donné d'appareiller, je sortis du port avec la canonnière n« 151, les vents à l'E.-N.-E. joli frais, pour aller canon ner la flotte ennemie qui bombardait la ville du Havre et la ligne d'embossage. Il était 7 h. 3/4 du matin lorsque nous tirâmes les premiers coups de canon; et la mer était très belle; c'est ce qui m'engagea à me tenir sous voiles, plutôt que de m'embosser, afin de pouvoir facilement me porter où je. jugerais à propos, et pour être mieux à portée d'exécuter les ordres que vous pourriez m'adresser. Je pris donc la résolution de ne pas mouiller et j'approchai l'ennemi pour tâcher de lui faire quelque avarie, et surtout ponr ralentir le feu des mortiers des trois bombardes. Mes désirs furent remplis, car 16 bâtiments ennemis dirigèrent une grande partie de leur feu sur moi, et un coup d'obusier tiré fort heureusement vers la fin du combat, démâta le brick anglais de son grand mât de hune. Nous fûmes canonnés vivement par toute l'escadre, et, sur la fin, nous trouvant aux prises arec un cutter et le brick, à portée de fiisil, nous nous servîmes de toutes nos armes à feu, les pistolets exceptés, en leur tirant quelques coups de canon à boulets et à mitraille, ce qui les obligea de nous laisser le champ de bataille et de prendre le large.

Je vous rends compte, avec une vive satisfaction, que j'ai été entièrement content de tout le monde à bord pendant le combat, qui a duré près de quatre heures.

Salut et respect.

Baste.

(l) Archives nationales, carton AF>^, lt04. — Marine et colonies, flottille de Boulogne, an xn et an xnr.

Bientôt aussi, il fallut reconnaître que la tenue en rade du Havre était souvent impossible.

Le Commandant des niaHns de la Garde impériale à Son Excellence le Ministrft de [a marine et des colonies (1).

Au Havre, le 2G thermidor an xii (U ao&t 1804).

Monseigneur,

J*ai eu l'honneur de faire connaître à Votre Excellence mon opinion sur les mouvements que présente la rade du Havre et sur les désavantages nombreux qui résultent de la station qu'Elle a prescrit de tenir aux bâtiments de la flottille.

Je viens de faire une nouvelle épreuve de l'exactitude de mes observations, et peu s'en est fallu que cette expérience en devint funeste.

Le S3 de ce mois, à la suite du coup de vent de nord-ouest pendant lequel toute la ligne d*eml>ossage avait été obligée de rentrer en filant ses câbles, 1 1 canonnières seulement purent mettre en rade.

Le lendemain, quoique les vents soufflassent encore avec force du nordouest, espérant qu'ils pourraient retourner vers le sud, je fis sortir avec beaucoup de difficultés autres canonnières; mais â peine furent-elles rendues au mouillage que le vent fraîchit de nouveau considérablenient, et força trois d'entre elles à rentrer dans le port ; les bateaux canonniers et les péniches furent aussi obligés de rentrer.

Les canonnières, restées en rade au nombre de quinxe, souffrirent beaucoup pendant toute la nuit et hier au matin, les vents ayant passé au sud-est, elles chassèrent à diverses reprises et furent exposées à se perdre sur la côte, dont elles se rapprochaient sans cesse ; elles n*aTaient point la ressource de mettre sous voiles, quoique toutes leurs ancres étaient â la mer et qu'il était impossible de les lever.

L'ennemi d'ailleurs, qui, malgré la force du vent, n'a pas un seul moment quitté sa croisière, se montrait alors près de la Hève, courant à petit bord sans nous perdre de vue.

Cet état d'anxiété se prolongea pendant six heures, et j'attendais le retour du flot et de la nuit avec la plus vive inquiétude lorsque, vers 4 h. i/i, les vents passèrent au nord-ouest avec la même violence ; mais ils permirent à nos bâtiments d'appareiller pour rentrer dans le port ; ce qui devenait extrêmement pressant, car il restait à peine suffisamment d'eau vers le bout des jetées ; ce mouvement fut cependant exécuté sans avaries majeures.

Jl résulte de ces événements, Monseigneur, qu'on peut difficilement espérer de voir ^ennemi s'éloigner tant que des bâtiments mouillés en rade lui indiqueront l'intention où ils sont de faire route au premier moment favorable. Il tiendra au contraire exactement sa croisière, s'il est possible ; il sera sous voiles, lorsque les vents souffleront avec violence, et, lorsqu'ils seront moins forts, il viendra mouiller pendant In nuit, ainsi que je le lui vois pratiquer^ à peu de distance de

(1) Archives de la Marine, BB*, 199.

la côte, perpendiculairement aux caps de la Hève et d'Anlifer. Ses bâtiments légers s* en approcheront de plus près encore et courront continuellement entre la terre et lui.

Les bâtiments de la flottille seront d'ailleurs bien rarement en état de saisir un moment favorable^ car lorsque le vent fraîchit et que la mer s'élève^ ils éprouvent des avaries et sont contraints, pour ne pas tomber sur la côte, de rentrer dans le port; il résulte aussi de cette station pénible pour les bâtiments et pour les hommes, des pertes considérables de câbles, de livres et de munitions de toute espèce qu'il faut remplacer en assez grande quantité après chaque sortie.

Sur 27 chaloupes canonnières qui composent la division impériale, 13 seulement peuvent ressortir aujourd*hui ; toutes les autres ont des avaries ou des besoins qui les retiennent.

U me paraîtrait plus convenable, Monseigneur, ainsi que j'ai eu Thonneur de le dire à Votre Excellence, et c'est Tavis de tous les marins, d'éloigner du UaTre tous les bâtiments de la flottille ou tout au moins la majeure partie ; et si, contre toute probabilité, Tennemi continuait le blocus et manifestait l'intention de bombarder la Tille, il pourrait lui être opposé une ligne de prames et de bâtiments de commerce sur lesquels il serait établi des canons et des mortiers ; cette ligne de défense n'empêcherait point de le faire harceler par des bateaux canonniers et par des caïques que l'on tiendrait en réserve dans le port ; et s'il s'engageait dans la Seine, les divisions canonnières stationnées pourraient le faire se repentir de son entreprise.

Je désire, Monseigneur, que ces observations vous paraissent devoir fixer votre attention.

Salut et respect. Daugier.

L'impossibilité de partir du Havre aurait arrêté la concentration de tout ce qui se trouvait encore à Touest de ce point, si d'autres raisons n*y avaient pas suffi (1).

Mais les difficultés éprouvées dans la Manche furent peu de chose en comparaison de celles qui vinrent arrêter les mouvements de concentration sur les côtes de l'Océan.

Le premier passage de la baie d'Audierne dans Tlroise par le Raz eut lieu le 13 juin seulement.

Henry Boyer, général de brigade, commandant et inspectant les côtes I du Morbihan et du Finistère, à Son Excellence le Ministre de la guerre, maréchal de l'Empire.

Au quartier général, à Port-Navalo, le S4 prairial an i*'

de l'Empire (13 juin 1804).

Excellence,

J'ai Thonneur de tous rendre compte que je reçois à Tinstant la nouyelle (1) Correspondance de Napoléon, 7896, à Decrès, 2 août

que, par la marée du 22 au soir, les canonnières de i'* espèce et les péniches armées se sont enfin mises en rade d'Audieme, ont fait route vers le nord entre minuit et i heure et ont dépassé le passage du bec du Rax.

Nous avons malheureusement à regretter la perte de la canonnière commandée par le lieutenant de vaisseau Lemazant; elle est tombée sur les roches et s'est perdue corps et biens, k Texception de huit hommes qui se sont sauvés dans la péniche du capitaine de vaisseau l.eboza, qui les a mis à terre. Une des péniches de Nantes a aussi touché, mais elle s*est relevée et est entrée dans la baie des Trépassés. Les vents étant nord-est, trois canonnières ont été forcées de se jeter dans la même baie, et le reste de cette flottille était hier matin dans Tanse de Théolen, à environ une demi-lieue de la batterie Saint-Haye, avant d'entrer dans la baie de Douarnenez.

Une pièce de 8 a été transportée à Tanse de Théolen ; une de 12 et un obusier sont déjà disposés pour défendre la baie des Trépassés en cas d'événement.

J''ai rhonneur de vous saluer respectueusement.

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