‹ 1793-1805 (volume 5)Chapitre 19 sur 61 · PIÈCES JOINTES. — RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

PIÈCES JOINTES. — RÉSUMÉ

27 octobre, déclaration du commandant Legros. — Le 6 brumaire, le général Battencourt lui aurait dit en secret : « Vous êtes sans doute indigné de servir avec ces déserteurs qu'on a donnés à Quantin au lieu des 5,000 Français qu'on lui avait promis. Il n'y en a que 1500 qui seront à la discrétion de ces étrangers. Le chef de l'expédition lui-même n'est pas de notre nationalité. Il veut que vous fassiez déclarer par votre troupe, comme le fera la 22*, qu'elle ne veut pas servir avec ces étrangers, en vertu de l'article 200 de la Constitution. Réunissez votre conseil d'administration, excitez le mécontentement au sujet de la solde qui n'est pas payée et obtenez une déclaration que le général Devaux portera à Paris avec celle de la 22* ». Dans la journée, le général Devaux répéta les mêmes arguments, ajoutant que l'expédition était impossible, que Quantin était la dupe des généraux Hoche et Glarcke. Legros dit tout au général Quantin.

Le soir, nouvelle démarche du général Rittencourt, qui fait voir à Legros un placard appelant les émigrés français réfugiés en Angleterre à se joindre au corps expéditionnaire, et signé de milord Brussi (??). L'aidé de camp Bidault en conclut qu'on sera, par suite, hors des lois de la guerre et fusillé ou pendu en cas de prise.

Enfin, le lendemain, le général Battencourt lui dit : « Qu'il ne soit plus question de rien. Je m'embarque à 5 heures. Je me suis retiré ».

Deux capitaines de grenadiers font une déclaration analogue.

Sous le prétexte de violation de la Constitution par remploi de soldats étrangers, c'était bien une conspiration ayant

(1) Archives de la marine.

(t) Le commandant Legros, qui avait dénoncé la conspiration, devait, quelques jours plus tard, donner la mesure de sa valeur morale.

Le chef de bataillon Legros au citoyen Muskeyn,

9 novembre.

Citoyen Commandant,

J*ai l'honneur de vous prévenir que J'ai pris le parti de débarquer de la canonnière la Simulante et que je ne veux plus marcher & l'expédition qui doit se faire sous les ordres du général Quantin...

pour but de faire échouer Fentreprise, conspiration à laquelle des adjudants généraux avaient été mêlés (1).

La lettre suivante du général Clarcke permet de se faire idée de l'énergie du gouvernement d'alors.

Le général Claroke au général Quanti n,

t novembre.

... Je ne puis tous dissimuler que le Directoire et les Ministres ont pensé, ainsi que moi, que tos ofBciers avaient en effet cherché à insurger la troupe que TOUS commandez et à anéantir l'expédition . . . Vous ne devez point hésiter à vous en débarrasser, en tous assurant de leurs personnes... Laissez tous ceux qui, par leur faiblesse ou leurs intrigues, pourraient tous compromettre... Quant aux articles constitutionnels dont on s'appuie si perfidement, rien n'est plus aisé que de déjouer ces proj)os ridicules ... Il est éTident qu'il ne faut pas s'appuyer sur des articles constitutionnels contre les étrangers, puisque personne ne peut saToir, à moins de communication de Totre part, s'ils sont à notre solde ou à la solde batave, et tous n'ignorez pas à quelle solde ils seront désormais, puisqu'ils seront nécessairement payés sur le pays où tous les conduirez.

Le vol fait de la pièce signée Crawfton exige quelques ménagements Tis-à-vis des citoyens Fabus, Legros et Vaugrigneuse, qui s'en sont si malheureusement rendus possesseurs. Le Directoire charge le général Liébert d'examiner leur conduite.. .

Sans doute votre troupe, qui n'est que l'aTant-garde d'une armée destinée aux plus brillants succès, répondra à Totre courage et à vos efforts . . .

Mais Tattitudc de la troupe et des officiers n'était pas le seul danger, que courût l'expédition. Les Anglais avaient été prévenus, et les mesures ordonnées pour éloigner leurs éclaireurs restèrent vaines par suite de l'impuissance des forces navales de Flessingue.

Ministre à Muakeyn,

7 novembre 1796.

... Les Tivres s'épuisent... Chaque jour de retard, en éclairant l'ennemi sur nos projets, ajoute à la fatigue et peut-être au découragement des troupes...

D'après ce que vous me mandez de l'apparition de l'ennemi sur nos côtes.

(1) Les a^jadtnts généraux Devanx et Batteacoart furent destitués le 19 pluviôse par arrêté du Directoire.

j'ai lieu de croire qu'informés (i) en partie de tos projets, ils entretiennent au large des bancs de petits bâtiments de guerre pour tous interdire le passage . . .

J'écris au citoyen Tan Stabel (commandant la diTision de Flessingue) de tenir prêts les bâtiments qui sont en état de prendre la mer (afin d'éloigner les éclaireurs ennemis)... A TOtre passage à Flessingue, tous tous concerterez aTec lui.

t5 brnmaire an ▼ (15 novembre).

• J'espère toujours apprendre Totre départ. . . La saison s'aTance, et chaque

jour qui s'écoule est perdu pour l'intérêt de la République... Ce que j'apprends de la situation de la diTision de Flessingue ne me donne pas de grandes espérances.

L'unique tentative de sortie faite par la flottille, le 10 novembre, fut pour elle Foccasion d'une déroute.

Lettre du général Quanti n (Dunkerque) au Ministre de la guerre Petiet,

21 bruoiaire (Il Dorembre).

. . .Nous aTons fait à peu près 3 lieues au large petit frais, et alors le citoyen Muskeyn donna ordre aux diTcrs capitaines des différents naTires faisant partie de son escadrille de gouTerncr sur tel point, lorsqu'un calme plat survint tout à coup et dura jusqu'à 5 heures du soir.

A 5 heures du soir donc, les vents devinrent contraires, et le signal de relâcher en rade fut donné et exécuté finalement dans le courant de la nuit du 18 au 19. . . 11 fraîchit tellement dans la journée du 19 (9 novembre) que ce fiit ce que Ton appelle en termes marins un coup de vent, ce qui détermina le citoyen Muskeyn, le 19, à 5 heures du soir, à donner le signal de relâcher dans le port aux petites canonnières, dites bateaux plats ; quelques-unes sont entrées dans Dunkerque et quelques-unes, h ce qu'on dit, ont été obligées de faire voile pour les ports de l'ouest, tels que Gra vélines et Calais. Cependant tu le temps qui n'était pas tenable sur la rade pour les bâtiments de petit échan-

(!) Muskeyn Toytit juste : les Anglais aytient pris tout à fait au sérieux les préparatife de Dunkerque.

Lord CornwalUs au major général Ross.

!•» novembre 1796.

Des avis reçus de Calais annoncent que les troupes et les canonnières rassemblées autour de Dunkerque sont destinées à faire une descente sur la c6te d'Essex & Fillingham M arshes, près de Badwel, l'Ile Mersey et la baie de 8aint*Osyth.

En tous cas, Tintention publiquement déclarée de nous envahir et les préparatifs en cours nous obligent à prendre la chose au sérieux. Je me propose d'aller à Colchester, Tendredi prochain.

tillon, le citoyen Muskeyn se décida à entrer lui-même, c^est-à-dire la Colombe, qu'il montait, et en donna aussi Tordre aux avisos la Fortitude et la Charlotte.

La Colombe a échoué. Le gros temps Ta poussée jusqu'à 50 toises du fort Tisbau, à Touest des anciennes jetées, où, depuis 6 heures du soir du 19 jusqu'à minuit précis du même jour, nous avons été presque engloutis sous les flots d'une mer monstrueuse. Notre aviso la Colombe s'est rempli d'eau et nous avons perdu deux canonniers de la 24" demi-brigade, un officier de marine, un aspirant, un matelot aide-canon nier, le domestique du citoyen Muskeyn, un secrétaire et deuj mousses, qui ont tous été noyés sur le pont même . . .

Mes troupes sont dans un tel état de faiblesse par la mauvaise nourriture, que j'ai pris sur moi qu'il leur parvînt en rade de la viande fraîche, du pain, du bois et du sel . . . Je préviens derechef qu'il y a des maladies dangereuses à bord, surtout des navires où sont les troupes composant la légion franche n»2...

Le citoyen Muskeyn, dans ce danger imminent, a déployé le caractère de sa place . . .

Je suis au lit, les jambes excoriées et les pieds enflés. . ,

L'aviso la Fortitude est aussi à la côte ; mais rien de ce qui était à bord n'est endommagé . . ,

Le général Quantin (Dunkerque) au général Liébert (Lille).

18 novembre.

Le transport la Vedette et six grandes canonnières, plus le brick VAlba, chargés de mes troupes, ont été obligés de filer leurs câbles et d'appareiller dans le coup de vent, . ,

Le navire-transport V Alerte, chargé de près de 300 hommes de la légion franche n® 2, a été à la côte aujourd'hui à midi et demi. . . Après deux heures d'échouage, il s'est relevé sans perte d'hommes et a fait voile pour les ports de Test de Dunkerque, tels que Nieuport et Ostende, où l'on présume que les six canonnières et YAlbro sont entrés. . .

Le sloop le William- ffautia , chargé encore de la légion franche, est entré ce jourd'hui dans ce port à 3 heures de relevée.

Lettre du général Quantin au général Liébert.

19 novembre.

Confirmant la lettre du même jour au Ministre, il ajoute :

« Les étrangers à bord du William-Hauna se sont révoltés et ont forcé le capitaine à rentrer dans ce port, et actuellement le capitaine commandant la troupe à bord de la Rosine m'écrit pressement [sic) que le soldat menace de le forcer à rentrer et qu'il s'en est exprès conservé de force un pilote. J'ai envoyé le commandant Mascheret pour les pérorer et les engager à prendre patience encore quelques jours.

Le général Quantin (Dunkerque) au Ministre de la guerre Petiet

29 brumaire (10 novembre).

Je n'y peux plus tenir,- je suis exténué, je suis énervé et je suis enfin forcé de garder la chambre et même le lit. . .

Quelques garnisons des troupes franches se révoltèrent et ont forcé les capitaines de navire à rentrer dans le port de Brest et autres. Je ne sais comment les punir! Le sloop la Vedetlty chargé de ces troupes, est de relâche à Ostende. Ce bâtiment a touché légèrement en y entrant, et les soldats, saisis de peur, ont débarqué en assex grand nombre. Il en arrivera de même, je le crains, du grand trois-màts V Alerte, qui fut obligé de faire route hier pour Test, après un échouage de deux heures près de la jetée de Test du port de Dunkerque. On est sans nouvelles du transport VAlbro, chargé de ces mêmes troupes, ainsi que de VAUrte,

Les canonnières V Inabordable ^ la Chiffone^ Vlncommode et V Inquiète sont également à Ostende.

A Nieuportsont les canonnières V Ardente et V Enflammée, . .

Je le répète, je suis seul, et cependant le citoyen Mascheret, d'une santé de fer, me seconde de son mieux.

Je redoute la désertion et les maladies. . .

J'ai besoin de trois mois de repos... Les citoyens Houguer, Swiney, Wallon, Villeneuve sont encore au lit. Jugez de mon embarras. . .

En résumé, Texpédition avait subi un échec complet.

Bien que, le 22 novembre (1), le Ministre de la guerre, ait encore songé à relever le courage de Quantin, dès le lendemain, le Directoire renonça provisoirement à Tentreprise.

Muskeyn, qui devait quelques jours plus tard (2) être nommé capitaine de vaisseau en récompense de ses services, en était prévenu par le Ministre de la marine en ces termes :

3 frimaire tn v (23 novembre).

D'après le compte que j*ai rendu au Directoire exécutif de la situation matérielle de la flottille sous vos ordres, et surtout du mauvais esprit qui règne parmi les ofûciers et les troupes embarqués, le Directoire a décidé que les bâtiments rentreraient dans le port de Dunkerque et que les soldats seraient cantonnés dans cette place et dans les communes environnantes. . , Je crois cette

(1) Archives de la guerre.

(t) 13 décembre, ^ II restait commandant de la flottille.

mesure d'autant plus nécessaire que la saison avancée tous laisse peu de chances favorables et que les troupes qui devaient vous seconder auraient peut-être déshonoré le nom français. Mais le projet qui tous est confié n'en subsiste pas moins, quoique les circonstances en nécessitent Tajoumement. Il est même très utile que tous paraissiez prêt à prendre la mer au premier jour, pour que Tennemi soit constamment tenu en échec. . .

Les troupes furent cantonnées dans les environs des ports où elles se trouvaient; quant aux prisonniers et déserteurs, on les remit sous clé (1).

(1) Peliet, Ministre de la guerre, au Directoire,

17 noTembre.

J*ai reçu la lettre que tous m'aves adressée pour m'annoncer la suspension de l'expédir tion eonflôe an général Quantin, et me charger de faire réunir dans la citadelle de Lille tous les prisonniers de guerre embarqués sur sa flottille.

Je Tiens de donner les ordres nécessaires...

Us firent plus tard répartis de divers côtés : 1650 passèrent au service de la Hollande, 800 Polonais, arec Dombrowsky, allèrent en Italie, des Turcs et des Prussiens furent euToyés à Dusseldorf (Lettre du général Liébert, 20 juillet 1797).

{Archives de la guetTe, Expédition d'Irlande.)

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