‹ 1793-1805 (volume 5)Chapitre 34 sur 61 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L'armée navale comprenait :

Une avant-garde sous les ordres de l'amiral Bouvet, avec l'amiral Richery en sous-ordre — formée de 5 vaisseaux, 4 frégates et 1 corvette ;

Un corps de bataille, sous les ordres directs de l'amiral Morard de Galles, formé de 7 vaisseaux, 5 frégates et 2 corvettes ;

Une arrière-garde, sous les ordres de l'amiral Nielly, formée de 5 vaisseaux, 4 frégates, 1 corvette, 6 flûtes.

Deux frégates de l'avant-garde, la Cocarde (amiral Richery) et la Bravoure^ avaient été envoyées en reconnaissance à la sortie de l'Iroise et avaient aperçu 5 frégates anglaises.

L'amiral Nielly, sur la Résolue, était déjà mouillé à Camaret.

Le 24, le vent était de l'est et par suite favorable, mais les vaisseaux Pégase et Révolution, du corps de bataille (amenés par l'amiral Richery), n'ayant pas embarqué leurs pièces à eau, le départ, avec l'assentiment du général Hoche (1), avait été remis au lendemain.

Pendant la nuit, il y avait eu des rafales, mais, au jour, le temps était splendide et le vent de l'est on ne peut plus favorable. « Si elle (Fescadre) peut éviter les Anglais, le géné- « rai Hoche et les troupes qu'il commande les forceront à

(1) Rapport de Morard de Galles. Archives de la Marine, BBi^, 103.

« faire la paix. S*il s'engage une action entre les deux flottes, « et que les forces soient égales, j'oserais présager que nous « remporterons la victoire (i). »

A 5 heures du matin, Famiral Morard de Galles fit le signal de « désafiburcher » et ordonna aux frégates Tortue et Bel/onCj de ravant-garde,et au lougre Vautour de reconnaître la direction de Douamenez et de voir au delà du Raz.

L'ordre donné depuis plusieurs jours était de franchir le Raz, puis une fois « hors des dangers », de gouverner pendant 40 lieues « à TO. 1/4 S.-O. de louest du monde )^. Dans cette région, on se rallierait pour se diriger vers la baie de Bantry.

Chmus^e

d*« Pierres^ %

Quelle était la raison de cette prescription ? On peut sortir de Brest, au nord, par le canal du Four, passage difficile, dangereux, et dont la direction, si elle devait

(1) Lettre du général Hédoaville, du 15 décembre. Archives de la Guerre, Expédition d'Irlande. Rapport de Morard de Galles.

être suivie, aurait été pour la croisière anglaise Tindice d'une menace contre les îles Britanniques; par llroise, vaste espace occupant toute la région de TOuest, entre la Chaussée-de-Sein et celle des Pierres-Noires, c'est-à-dire plus de vingt milles. C'est à proprement parler la pleine mer, avec des fonds de 50 mètres, la facilité d'évoluer, mais aussi la presque certitude de rencontrer la croisière anglaise qui y exerçait une surveillance constante et poussait l'audace jusqu'à poursuivre des navires marchands dans l'anse de Bertheaume (i).

Il avait été convenu de la façon la pluç nette, que, pour l'éviter, Farmée navale passerait au sud par le Raz de Sein, ce qui devait, en outre, augmenter l'incertitude de Tennemi sur le véritable but de Texpédition.

Mais, en présence d'un adversaire actif et résolu, l'obligation de franchir ce passage assez difficile dans le seul ordre possible, celui « de convoi » (en file), faisait courir àTavant ou à Tarrière-garde le danger d'une attaque que les bâtiments engagés dans le passage n'auraient pu soutenir.

Ail heures du matin, le 15 décembre 1796, le commandant en chef ayant signalé d'appareiller, puis de mettre à la voile, l'armée se mit en mouvement en « ordre de convoi, ordre naturel» (2), pour franchir le goulet et rallier les navires de NieUy, mouillés près de la pointe de Camaret.

Mais, dès le premier moment, l'inexpérience des officiers et le peu d'instruction des équipages, se manifestent de la façon la plus éclatante par une série d'abordages dans lesquels le vaisseau Eole casse ses haubans de misaine et signale qu'il ne poiœradérader avant 8 heures du soir (3). C'est ensuite le tour du Nestor, puis de V Immortalité montée par Bouvet, de la Fraternité elle-même où se tiennent les deux commandants en chef. De leur côté, les vaisseaux Pégase et Révolution signalent qu'il leur faut encore toute la nuit avant de mettre à la voile.

L'amiral Morard décide en conséquence de mouiller à Camaret, où, vers 7 heures du soir, toute l'armée, moins les deux vaisseaux laissés en rade et les éclaireurs, Cocarde (avec

(1) Rapport da commandant da lougre Bel-Islois. Archives de la Marine^ BBiv, 103.

(2) Rapport de Morard de Galles, loc. cit.

(3) Rapport de Bouvet. Archivei de la Marine, BB>^ 103.

Richery), Bravoure y Tortue ^ Bellone et Vautour, est enfin réunie.

Le 16 décembre, au jour, le vent soufflait toujours de Test, mais plus fort que la veille ; la direction de Touest paraissait brumeuse, enfin il y avait apparence de saute de vent vers le sud-est.

Vers 8 heures, les éclaireurs Cocarde (Richery) et Bra^ voure, rallièrent le commandant en chef. La veille (1), ils avaient reconnu de très loin, dans le nord-ouest d'Ouessant, 2 frégates anglaises et 3 vaisseaux de ligne et n'avaient pas été suivis dans leur retraite. Il en résulta pour le commandant en chef ce fait important et qui pesa sans doute sur ses décisions : c'est que le rassemblement de son armée à Gamaret avait complètement échappé, contre toute attente, à la surveillance de Tennemi.

Dès ce moment, les témoignages sur les événements commencent à ne plus être d'accord.

D'après l'amiral Morard de Galles, c'est à 2 h. 1/4 de l'après-midi seulement qu'il aurait donné Tordre d'appareillage et de mise à la voile.

Mais les rapports assez concordants des amiraux Bouvet, Nielly et du chef de division Bedout, contredisent cette assertion.

« Le 26 décembre (2), au jour, dit l'amiral NieUy, le général « en chef fit signal à l'armée d'appareiller avec célérité. Nous « mimes aussitôt sous voiles, le temps était brumeux »

Qu'il y ait eu ou non une erreur avouée en mettant sous voiles alors que l'ordre était simplement d'appareiller, il n'en est pas moins certain qu'avant 2 heures, une partie des navires étaient déjà en mouvement, errant sans ordre dans la baie (3).

En effet, à 2 heures, le commandant en chef fit (4) déplanter

(1) Rapport de Mor&rd de Galles.

(t) Rapport de Tamiral NieUy. Archives de la Marine, BB", 103.

(3) Dès 1 h. 30, sans signal, plusieurs yaisseaux sont déjà à la voile. (Rapport de Bouvet (Archives de la marine, BBi^, 103).

I^ 26 après midi, à 3 heures, l'armée était sous voiles, le Pégase et la Révoluti<m paraissaient dans le goulet? (Journal de Bedout, Archives de la marine, BBi^, 103.)

(4) A t heures : signal do lever Tanere ; à 2 h. 1/2, mise à la voile, vent f «yorable mais faible (W. Tone, Journal),

et signala : Ralliement absolu. « A 2 h. 3/4, dit Bouvet (1), « signal de former la ligne de convoi et de marche, les vais- « seaux de la 2« escadre forcent de voiles pour prendre leur « poste, les autres vaisseaux manœuvrent aussi pour Texécu- « tion du signal. »

L'ordre de Tamiral avait été de prendre la direction du Raz, le Nestor en tête, dont le commandant, le capitaine Linois, avait reçu les ordres verbaux.

Tout à coup, à 2 h. 3/4, la Fraternité signala : « Route vent arrière », c'est-à-dire direction ouest, ce qui impliquait le passage par Flroise.

Que s'était-il passé ?

La prescription de prendre tordre naturel n'avait pas encore été exécutée, c'est-à-dire qu'aucune formation précise n'existait quand le changement de direction fut ordonné. — Le vaisseau de tête, Nestor, avait pourtant pris la direction du sud-ouest.

Voici la seule explication donnée par Tamiral Morard de Galles :

« Les Tents ayant pris de l'E.-S.-E. et jugeant par la position de beaucoup « de bâtiments que ce serait les compromettre beaucoup que de faire passer <c par le Raz, à 5 heures j*ai fait le signal de courir vent arrière, comptant « que Tarmée Terrait par ce signal que je comptais sortir par Tlroise. » VAffronteur est envoyé pour répéter le signal (2).

(1) Rapport de Bouvet.

(2) Il est permis, étant donné surtoat les désastreuses conséquences qu'eut, pour toute l'expédition, ce changement à des ordres précis et plusieurs fois répétés, de rechercher une explication plus satisfaisante.

C'est sans doute dans la nature même du renseignement reçu qu'il convient de chercher les motifs qui amenèrent l'amiral Morard de GaUes à changer ses projets.

Du moment, en effet, que l'ennemi était resté très loin au large, où le vent d*est qui fraîchissait devait le retenir, il n'y avait plus de raison pour risquer les dangers de la navigation dans le Raz, et il devenait très tentant de donner vent arrière dans Tlroise, où la manœuvre serait bien plus aisée avec cette flotte peu habile. Pour cette opération, rien ne pressait, puisque l'orientation de voilure et la direction suivie feraient bien vite rattraper le temps perdu.

D'ailleurs, avant d'entrer dans le Raz, il fallait être sûr de ne pas être attaqué au débouché, c'est pour cela qu'on avait envoyé de ce côté la Tortue, la Bellone et le Vautour,

La matinée se passa donc à attendre des renseignements qui ne vinrent pas et peut-être aussi le Pégase et la Révolution qui, selon toute apparence, franchirent le goulet assea tard.

Quand, à 3 heures environ, l'amiral Morard de Galles se décida à prendre le vent arrière, tout se réunissait pour rendre sa décision logique et Judicieuse : le vent passé au

Voici les diverses versions des témoins sur ce qui se passa :

Vers la fin du jour, dit Famiral Nielly, ramiral fit signal à l'armée de passer par le Raz. Nous fîmes route après aToir passé par le nord de la Parquette. Les yents soufflaient alors de l'E.-S.-E bon frais. A 7 heures du soir, ayant doublé difficilement la roche Tevennée, les Tents calmèrent et la fraîcheur Tenant du S.-E. nous obligea de revirer sur test pour que le jusant nous élevât. Mais le calme et les retours de marée nous portèrent très près de ce rocher au point de craindre pour la frégate. Heureusement, une petite brise survint fort à propos et nous fit doubler les Tevenée. Dans ce même moment, il se perdit sur les rochers les plus au nord de Tevenée un vaisseau (c'était le Séduisant) qui nous héla et nous demanda du secours. Mais, hélas 1 dans cet instant à peine étions-nous hors de danger, ayant nousmêmes très grand besoin de secours. Nous eûmes donc le bonheur de parer à ce très grand malheiu». Le vaisseau naufragé ne cessa de tirer toute la nuit et de lancer des fusées. J'eus la douleiu* de ne pouvoir lui envoyer ma mouche (le lougre VAffronteur) qui m'avait quitté.

Le 27, au point du jour, les vents au N.-E. grand frais, brume très épaisse. Nous n'eûmes aucune connaissance de la frégate de l'amiral, ni même du second commandant d'escadre. Je fis demander les numéros des navires en vue, au nombre de 7 vaisseaux, 2 frégates, 3 lougres et 5 transports, en tout 17 bâtiments et j'ordonnai au contre-amiral Richery, montant le Pégase, de prendre la tête de la ligne de convoi, de signaler la route O.-N.-O. du compas, route à tenir poiu* arriver au premier rendez-vous (1).

Le 28, à midi, nous avions fait les 40 lieues ordonnées dans cette route

Journal de Bedout, chef de division, au v/ce-am/ra/ Villaret-^Joyeuse,

Brest, 14 janvier 1797 (t).

Le 26 après midi, à 3 heures* elle (l'armée) était sous voiles ; le Pégase, la Révolution (laissés en arrière) paraissaient dans le goulet. Le général prévint les bâtiments éclaireurs que l'armée sortirait par le Raz, donna fordre de former l'ordre de convoi dans l'ordre naturel, ce qu'on n'eut pas le temps d'exécuter, et signala la route au 0, 1/4 S.-O.

La nuit, la violence du jusant, le vent de l'est venu au sud-est faisaient craindre à plusieurs vaisseaux un sort semblable à celui du Séduisant, Le général Bouvet passa le Raz avec 20 voiles, dont 8 vaisseaux ; le mien était de ce nombre. Je manquai me perdre sur les Chats.

sud-est rendait dangereux le passage du Ras, la nuit qui approchait devait augmenter ces risques, tandis que dans l'Iroise les ténèbres permettaient d'espérer échapper à l'ennemi, si par hasard et contre toute attente il cherchait à barrer cette large passe.

Cette décision, bien que tardive, parait donc très justifiable. Il fallut une série rare de mauvaises chances pour qu'elle n'eût pas un bon résultat.

(1) La direction ordonnée n'était pas O.-N.-O., mais O. 1/4 S.-O.

(2) Archives de la marine, BB»v, i03.

Le 29 frimaire, Nielly avec 45 bâtiments nous rallia. Il avait louvoyé la nuit du 26 dans riroise it était sorti le lendemain par ce passage. Il avait manqué se perdre. GonceTei ma surprise et mes inquiétudes de ne pas Toir la Fraternité f le Nestor^ la Cocarde, la Bravoure, la Romaine

Carnet historique et littéraire. — Journal du général 0. Shee.

15 novembre 1798.

26 frimaire. — Départ de Camaret. — 3 heures soir.

L'amiral signale route 0. 1/2 N.-O. La nuit tombait. Une partie des navires passent par le Raz, comme il avait été ordonné.

L'amiral Bouvet, vent arrière, fait route 1/4 N.-O. pour prendre la tête. — L'amiral Morard de Galles, en queue, suit le gros par Tlroise, mais ces navires vont passer la nuit à Saint- Mathieu et sortent le lendemain par CIroise, de sorte que Hocbe poursuit toujours des navires restés derrière lui.

Journal de Bouvet

A 2 h. 3/4, le général signale la route 0. 1/4 S.-O. Des frégates (c'étaient les éclaireurs), qui faisaient route pour passer par le Raz, rallient ; mais, voyant Tescadre serrer la terre, reprennent leur première direction. Quelques bâtiments de transport et de nos vaisseaux étaient loin de l'arrière avec le général. J'ai fait diminuer de voiles afin d'apercevoir les signaux et de les répéter à mon escadre.

Dès 4 heures de l'après-midi, on ne pouvait plus distinguer les signaux, et le vaisseau de tête le Nestor naviguait beaucoup de l'avant sans avoir été suivi par tous les vaisseaux de mon escadre, de sorte qu'à la nuit l'ordre de marche signalé à 2 h. 1/2 n'était pas encore /oi^né. Celui fait aux frégates éclaireuses {sic) le 26, à 6 heures du matin, ne me laissait aucun doute que la route 0. 1/4 S.-O. signalée à 2 h. 3/4 devait être suivie après avoir doublé le Raz. Cependant, à 6 heures, j'ai doublé cette pointe et je n'aperçois pas qu'aucun vaisseau de l'avant laisse arriver (dans l'ouest). Je voyais des amorces que l'on brûlait dans mes eaux et que Ton réitérait très souvent, me laissant dans une perspective embarrassante (1)... Celles que j'apercevais derrière moi me faisaient présumer que le général continuait à tenir le vent (faire route au sud), ce qui me détermina à mettre en panne à 8 h. 1/2.

A 9 heures, n'ayant aucun indice de bâtiment derrière moi, j'ai fait virer de

bord et fait gouverner au N.-E Je continue cette bordée jusqu'à 11 heures

que, me trouvant parmi un grand nombre de vaisseaux faisant route au plus près du vent, bâbord amures (donc vers le sud), j'ai mis sur le même bord, persuadé que le général en chef en faisait partie

Au jour, compté 19 bâtiments , puis fait route O.-N.-O.

(1) C'était un navire anglais (Voir ci-dessous).

Résumé des extraits de journaux de V expédition d'Irlande, fait par ordre du commandant des armes Delmotte par les capitaines Dupetit-Thouars, chef de division, La Morandais et Caro, capitaines de vaisseau.

Le Nestor (avant-garde), vaisseau de tôte, a eu l'ordre verbal dans la matinée de passer par le Raz, mais de ne pas balancer à donner dans Flroise pour peu que les vents rapprochassent

A S h. 1/4, il reçoit le signal de gouverner 0. 1/4 S.-O. au moment où il doublait la Parquette. Le pilote ayant dit au citoyen Linois que les vents rapprochaient trop pour entrer dans le Raz sans louvoyer, il continua de courir la route indiquée.

A 4 h. 1/4, signal aux éclaireurs que Tarmée passe parle Raz V Indomptable (corps de bataille), la Constitution (arrière- garde), le Cassard (avantgarde), le Patriote (corps de bataille), le Tourville (avant-garde), le Trajan (arrière-garde), V Immortalité (avant-garde), la Bellone (avant- garde), la Coquille (corps de bataille), la CAarew/e (arrière-garde), la Sireune (sic) (corps de bataille), la Romaine (corps de bataille), la Mutine (corps de bataille) et le Renard (lougre) (avant-garde) franchissent le Raz, malgré le vent de S.-E.

La conclusion de ces diverses versions parait devoir être la suivante :

Le signal, soit qu'il ait été de prendre le vent arrière, soit qu'il ait prescrit de gouverner 0. 1/4 S.-O., suivant les uns, 0. 1/2 N.-O. suivant les autres, a été parfaitement aperçu avant 3 heures. Sur ce point, les témoignages de Bouvet, Nielly et Bedout ne laissent aucun doute.

Pourtant, personne n'y a obéi, sauf le Nestor, vaisseau de tête, qui, au moment de doubler la Parquette, est arrivé dans Touest et a pris la direction de Flroise. Mais, d'après le rapport de la commission, c'aurait été, non en exécution de Tordre du général en chef, mais parce que « le pilote ayant dit au citoyen Linois que les vents rapprochaient trop pour entrer dans le Raz sans louvoyer » il u continua de courir la route indiquée ».

L'amiral Bouvet, ayant vu les éclaireurs s'engager dans le Raz, crut le signal obligatoire seulement après le débouché. Il s'y engagea et, conformément aux ordres antérieurs, après en être sorti, il fit le lendemain la route indiquée de 40 lieues dansl'O.-S.-O.

Il put donc non seulement rallier la majeure partie de Tarmée, mais, le 17, il se trouva presque dans les eaux de la

frégate amirale la Fraternité, et ce fut seulement par suite de la brume (1) qu'il n'en eut pas connaissance.

Le malentendu est donc pour lui explicable. Il n'en est peut-être pas de même de l'amiral Nielly, dont le rapport, manquant absolument de netteté, ne fait même pas ressortir la route qu'il suivit en fin de compte et que l'on sait être nroise(2).

D'après son témoignage, en effet, il serait d'abord passé au nord de la Parquette. Nous savons que, sans ordre, il avait de bonne heure mis à la voile. Puis, ayant vu le signal de passer par le Raz (signal qui ne fut pas fait et que personne autre que lui ne dit avoir vu), il aurait, vers 7 heures, gouverné à doubler les roches Tévenée, où se perdait à ce moment le Séduisant, auquel il ne donna pas le moindre secours. A partir de ce moment, il ne donne plus aucun renseignement sur ce qu'il fit pendant toute la nuit. Mais comme, d'après son aveu, il resta tout ce temps à portée des signaux de détresse de ce malheureux vaisseau, nous sommes en droit d'en conclure qu'il resta, soit dans l'Iroise, soit, comme le dit 0. Shee, à la pointe Saint-Mathieu. « Au jour, dit-il, je fis demander les numéros des navires en vue. » C'étaient :

Les vaisseaux :

Le Pégase Corps de bataille (Richery).

La Révolution —

Le Fougueux —

Le Wattignies Arrière-garde.

Le Redoutable Corps de bataille.

Le Plut on Arrière -garde.

Le Mucius Corps de bataille.

Les frégates :

Résolue Arrière-garde (Nielly).

Surveillante —

Fidèle —

Voltigeur Corps de bataille.

Vautour —

(1) Voir les cartes météorologiques appendices.

(2) Journal de O. Shee, Caimei historique et littéraire, 15 novembre 1898.

Le lougre :

Frondeur Arrière-garde .

Les flûtes : —

Ville-de-Lorient Arrière-garde.

Justice —

Suffren .' —

Nicodème —

1 brick chargé de poudre. —

C'est-à-dire la plus grande partie de son escadre, quelques navires du corps de bataille et personne de Favant-garde.

C'est alors qu'il donna Tordre de gouverner dans « TO.- N.-O. du compas », « route à tenir pour arriver au rendezvous », dit-il dans son rapport. Or, la route ordonnée était dansl'O. 1/4 S.-O. et c'est par une chance inespérée que le 29 seulement l'amiral Bouvet, gouvernant au nord pour gagner l'Irlande, rencontra les deux amiraux Nielly et Richery.

Ce malencontreux détour vers le sud pour passer le Raz, alors que l'amiral Morard de Galles signalait de passer riroise, explique parfaitement comment la frégate amirale la Fraternité^ quittant le mouillage une des dernières et courant vent arrière dans l'ouest, ne rencontra sur son chemin que le Nestor revenant du Raz et qui la suivit.

Ij'Atalante, envoyée pour répéter le signal de courir vent arrière, n'avait pas reparu. Par suite, le 27 au matin seulement, ne rencontrant aucun navire, l'amiral Morard de Galles commença à se douter que l'armée, qu'il croyait poursuivre, était restée derrière lui. Il mit donc en panne pour l'attendre et, vers 10 heures, ayant rallié la Coquille^ venant du Raz, il apprit de son capite^ine que les escadres étant sorties par le passage devait être en avant dans l'O. 1/4 S.-O. Il fit donc route dans cette direction « bâbord amures par grand frais de S.-S.-E. et mer grosse (1) ».

A ce moment, le groupe Nielly était à peine sorti de l'Iroise

(1) Rapport de l'amiral Morard de Galles (Archives de la Marine).

et gouvernait à l'O.-N.-O. Quant au groupe de l'amiral Bouvet, composé des vaisseaux :

Indomptable Corps de bataille. Ayant passé le Raz.

DroitS'de-r Homme . Avant-garde.

Constitution Arrière-garde. —

Traian — —

Patriote Corps de bataille. —

Tourville Avant-garde. —

Eole — —

Cassard — —

Scévola Arrière-garde . —

Des frégates :

Immortalité Avant-garde. Ayant passé le Raz.

(Bouvet et Grouchy)

Coquille Corps de bataille. Ayant passé le Raz.

Tortue — —

Impatiente Arrière-garde. —

Bellone Avant-garde. —

Sirène Corps de bataille. —

Charente , . Arrière-garde. —

De la flûte :

Nicodème — —

il prenait la bonne direction, mais avec un retard qu'il ne regagna jamais.

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