C.ldiaenhrad
Les vents de TE.-S.-E. à TE. variables toute la nuit, le ciel sombre, Tarmée a louvoyé sous différentes voilures
Au jour, j'étais le plus au vent des vaisseaux et frégates. J'ai fait le signal
de ralliement avec celui de forcer de voiles Au matin, les frégates et les
corvettes très éloignées et sous le vent, le louvoyage difficile par le peu d'espace à parcourir et la grande quantité de bâtiments Mer houleuse.
A une heure, j'étais entre l'île Bear et la côte méridionale
A 4 heures, le jour très ayancé et des apparences de vent ; les pilotes ont fait mouiller à mi-canal.
Plusieurs Taisseaux étant très peu avancés dans la baiCj j'ai fait le signal que chaque capitaine était maître de sa manœuvre pour la sûreté de son vaisseau. Une partie des vaisseaux mouillent (1), les autres restent sous voiles. La nuit, il a venté très grand frais de Test. Des rafales très fortes se suivent avec
rapidité, la mer très grosse. 11 est tombé beaucoup de neige fondue Au
jour, on ne comptait plus que neuf (9) vaisseaux dans la baie. Six (6) autres bâtiments, tant frégates que corvettes, y étaient encore mouillés. On ne voyait plus le reste de l'armée.
Je supposais (le reste de Tarmée) dans la baie de Dunmanus, n'ayant pu mouiller par suite de la grande quantité d'eau et la brise du sud.
De cette absence d'une partie des navires, les historiens Grouchy, Escande et Guillon, ont conclu à une sorte de désertion de la part des amiraux Nielly et Richery et des capitaines de vaisseau.
Voici les explications de l'amiral Nielly :
(Des pécheurs annoncent que 5,000 hommes de milice stationnent à
Cork et 2,000 à Limericic) On louvoyé toute la journée et toute la nuit
pour gagner le mouillage n« 2. J'observai avec peme que la Résolue ne parvenait pas à bien s'élever. Tous les navires me passaient au vent.
Le 2, à l'entrée de la nuit, nous étions à l'entrée de la passe S.-O. de Bear
Haven, mouillage n^ 1. L'autre bordée nous porte sur le Sheeps Head Il y
avait apparence de gros temps; la nuit était très noire. Nous voulûmes mouiller, mais les pilotes nous en détournèrent, disant qu'il y avait des roches. U tombait de la neige, le temps était affreux et, à 8 heures du soir, je
fis mettre à la cape bâbord amures pour éviter les abordages A 10 heures,
nous rencontrâmes un vaisseau présumé le Redoutable (2), qui courait tribord amures ; nous nous abordâmes par la faute des hommes du gaillard d'a\ant qui, ayant pris Talarme, crièrent : Lofe et arrière. L'officier de quart fit mettre la barre au vent pour venir à tribord suivant l'ordre de la tactique ; mais, au même moment, apercevant le vaisseau sous le vent, il fit changer la barre,
sans quoi il nous eût coupés par la moitié Il nous élongea par tribord et
nous démâta de notre beaupré, du màt de misaine, du grand màt de hune et d'artimon Il fallut mouiller de suite
La nuit fut cruelle ; je fis lancer des fusées toute la nuit et tirer des coups de canon de distance en distance.
Le 3 au jour, nous vîmes que nous étions mouillés S.-S.-E. et N.-N.-O. du monde, de la vache et du veau {sfc)^ et de la pointe de Dorcet (sic) à 2 lieues i/2.
(1) A 6 h. 1/2, Jeté l'ancre devant Bear Haven, à 4 lieues encore du point de débarquement (Wolf Tone, Journal), (S) C'était bien lui (Rapport de Dupetit-Thouars).
Puis la Commission d'enquête s'exprime en ces termes :
A 10 h. 1/2, signal de courir de petites bordées
Dans la soirée on observe du bord du général que plusieurs yaisseaux
tombaient sous le Tent : signal de forcer de Toiles.
Pendant la nuit et la matinée du 2, Tarmée a continué de louvoyer. Dans la soirée, les bâtiments suivants étaient dans la baie de Bantry, assez en ayant pour tenir contre le vent qui fraîchissait ayec violence de la partie S.-S.-E. :
Vaisseaux Indomptable {hedout), Frégates Immortalité (amiral Bouvet), WattignieSy Bellone,
Eole, Corvettes Atalante,
Cassardf Vautour,
Constitution, Affronteur.
Patriote, Trajan, Pluton.
Tous ces bâtiments étaient autour de la tête de Bear Haven.
U parait que la nuit du 2 au 3 a été très pénible pour les b&timents qui aTaient gagné le mouillage et pour ceux qui, ayant jeté l'ancre à Feutrée de la baie, ne purent tenir jusqu'au matin, ainsi que pour ceux qui, craignant de compromettre leurs ancres, restèrent à la voile. Tous les capitaines s'ac^îordent à dire que leurs équipages, soit mauvaise Tolonté, soit qu'ils ne fussent pas assez Têtus contre le froid et la neige, firent extrêmement mal leur devoir, et que Ton fut obligé d'en yenir aux coups (i).
C'est dans ce rapport que l'on peut retrouver la trace d'une partie des navires manquant le 23 au matin. En ce qui concerne la Résolue (amiral Nielly), le témoignage de cet officier général est confirmé, ainsi que le récit de son abordage avec le Redoutable :
<c Ce vaisseau était aussi avancé dans la baie de Bantry que deux autres qui y avaient mouillé, mais il a cru qu'il Tentait trop pour se permettre la même manœuvre. Il était les amures à tribord lorsqu'il s'est abordé avec la Résolue, Il a eu huit pieds de son mât de beaupré cassés, sans compter d'autres avaries »
(1) On voit d'abord que le rapport Dapetit-Thouars donne le chiffre de 8 vaisseaux mouillés, au lieu des 9 signalés par Bouvet.
Mais, d'autre part, les deux vaisseaux Droits -de-F Homme et Révolution sont portés plus loin comme ancrés dans la baie le 4 et le 5, alors qu'ils ne figurent pas dans la liste ci-dessus.
Enfin, V Atalante est signalée comme ancrée le il, alors que le rapport du chef de division Bedout annonce son arrivée le tZ seulement.
Ces renseignements manquent donc de précision.
« Le Taisseau le Pégase (amiral Rieherj), qui Tenait de faire la campagne de Terre-Neuve, n'avait pas, à ce qu'il paraît, une seule Toile en bon état ; il n'avait pu gagner le mouillage du 2 nivôse (22 décembre), des avaries continuelles Tavaient empécbé de rallier la terre et forcé de prendre enfin le parti de rentrer. »
Le vaisseau le Fougueux (général Watrin), dans la journée du 2 nivôse, étant arrivé pour joindre un bateau-pilote irlandais, ne put remonter dans la baie et craignit de compromettre les autres en mouillant trop au large. Le 3, il démâta de son petit màt de hune. 11 souffrit beaucoup dans les coups de vent du 5 et du 7 et fut obligé de courir vent arrière. 11 se rapprocha de terre dès que le vent le permit et vint mouiller le 12 à Bantry. (Le 13, on sauve l'équipage de la Surveillante et on la coule.)
Le Mucins, le 3 nivôse (23 déc), à 2 heures du matin ,
avait été forcé d'appareiller. Il avait essayé de mettre à Fancre à l'entrée de la baie. Mais la nature du fond, qui était rocheux, ne lui avait pas permis de tenir. Il en fut de même pour la frégate Résolue,
Et enfin le Tourville qui a été contraint de mettre à la cape dans la nuit du 2 au 3 nivôse (22-23 décembre). Son gréement, qui avait beaucoup allongé, ne lui permettant pas de faire de la voile pendant les mauvais temps qui ont suiyi
Quant à la Sirène^ cette frégate avait été séparée de l'armée le i®' nivôse, par une chasse que lui ordonna le général Bouvet.
Au total cela fait 5 vaisseaux et 2 frégates. Des navires placés sous le commandement de l'amiral Bouvet le 22 décembre, il manque donc :
Le vaisseau rasé : Scévola,
Et les frégates : Coquille, envoyée dans le N.-E.
— Tortue, envoyée dans le N.-O.
— Impatiente,
— La Charente, envoyée dans le N.-O.
— La Résolue,
— La Surveillante,
— La Fidèle,
Le lougre : Aff routeur, envoyé dans le N.-E.
En résumé, la déplorable erreur de route qui avait obligé l'armée à perdre trente-six heures à louvoyer eut les plus
funestes conséquences, puisque aucun navire ne put rejoindre le 22 au soir le mouillage absolument sûr de Bear Haven. Ceux des bâtiments qui étaient avancés dans la baie furent seulement rudement secoués. Quant aux autres, un mouillage aussi peu abrité n'était pas tenable ou était au moins fort dangereux.