‹ 1793-1805 (volume 5)Chapitre 47 sur 61 · I. il · texte numérisé non relu

I. il

ment avec nos propres forces, j'avais engagé les puissances alliées à concourir à Tcxécution d'un plan combiné qui avait pour but de débarquer 70,000 hommes en Angleterre. Mais les retards qu'une négociation de ce genre entraîne, les vues particulières, les lenteurs et la vacillation des Espagnols, la pénurie de nos finances et particulièrement celle des fonds destinés h la marine, n'ont pas permis de mettre ce projet à exécution.

Cependant les éléments qui ont été préparés soit dans nos ports, soit dans ceux des alliés, laissent encore dé grands moyens de nuire à l'ennemi ; et, dans l'état de fermentation où se trouve aujourd'hui C Angleterre, il eût été peut-être impolitique d'opérer une descente qui aurait rallié tous les partis, toutes les opinions et tous Us iniividus, pour ne plus penser qu'à la défense commune. 11 n'en est pas de même de l'Irlande, où le désir de secouer le joug anglais acquiert tous les jours de nouvelles forces. Et la possibilité d'enlever d'un seul coup à la Grande-Bretagne une partie importante de son territoire, de sa population, de ses approvisionnements et surtout de ses munitions navales, ne peut plus être considérée comme une spéculation hypothétique.

Le Directoire vous a fait connaître, par sa lettre du 21 prairial, les mesures qu'il jugeait convenable de prendre dans le premier instant pour fortifier l'énergie des Irlandais, mais^ quelque important qu'il soit de leur porter des munitions de guerre, il a pensé que la République ne devait pas se borner à un aussi faible secours, et qu'il fallait seconder leurs efforts par des moyens plus étendus. En conséquence, il a été décidé que l'escadre du Texel, qui est (iréte depuis longtemps à prendre la mer, appareillera le plus tôt possible avec environ ÎS0,000 hommes de débarquement, sous les ordres du lieutenant général Daendels, savoir : 15,000 Bataves et 6,000 Français. Le gouvernement batave s'oblige à rassembler tous les navires de transport que cette expédition exige et il garantit également le courage de ses troupes. Les 6,000 Français devront être pris, soit dans les 25,000 hommes qui sont actuellement en Hollande, soit dans l'armée de Sambre-et-Meuse. Mais, comme il faut ici suppléer au nombre par la valeur, le Directoire a pensé qu'on ne pourrait mieux faire que de donner cette destination à la légion du général Humbert, en y joignant, s'il est nécessaire, quelques hommes courageux et déterminés. Il a décidé, au surplus, que vous seriez absolument maître de choisir et d'organiser cette troupe et que vous correspondriez directement avec le général Daendels pour cette opération, ainsi que pour tout ce qui se rapporte à l'embarquement, à la descente et au genre de guerre qu'il nous paraîtra le plus avantageux de faire en pays ennemi.

Tandis que l'escadre batave exécutera ces dispositions et qu'elle se portera avec les troupes de débarquement dans le nord de l'Irlande, je vais compléter r armement à Brest de i 2 vaisseaux et quelques frégates. Ces bâtiments, qui seront commandés par des officiers d'un talent et d'un courage éprouvés, pourront recevoir 6,000 à 8,000 hommes de troupe et se porter dans le sud ou dans l'ouest de l'Irlande, suivant la position des insurgés et les circonstances de la navigation.

C'est pour conduire ces braves défenseurs. Citoyen Général, et pour prendre ultérieurement le commandement en chef de toutes les troupes débarquées en Irlande, que le Directoire a jeté les yeux sur vous, bien persuadé que, quelle qu'ait été l'issue de la dernière entreprise, vous ne vous souviendriez que des

ré3ultats politiques qu'elle a produits, et que tous seriez toujours disposé à partager Thonneur et les dangers d'une nouvelle expédition.

En même temps que tous prendrez les mesures convenables pour faire filer les troupes destinées à s'embarquer en Hollande, et que vous conviendrez de tous ces faits avec le général Daendels, U sera nécessaire que vous vouliez bien TOUS occuper, dès ce moment, de rassembler à Brest ou dans les environs, le corps destiné à vous accompagner, afin que tous les éléments de l'expédition soient préparés et réunis à la même époque. L'intention du Directoire est que vous tous rendiez ensuite à Paris pour reccToir tos instructions et prendre de Tive voix tous les documents et les détails circonstanciés qu'un plan de cette nature exige Le Directoire vous adressera.par les premiers courriers l'ordre de remettre avant votre départ le commmiement de vos troupes au général Moreau. En attendant, je Tais prendrç^^es mesures pour faire porter le plus tôt possible de la poudre et des fusils m Irlande. J'attends pour indiquer au bâtiment le point où il dcTra se rendre, que tous ayez répondu k la lettre du Directoire du 21 prairial, d'après les. notions que tous aurez recueillies de l'étranger qui est actuellement près de tous.

Tel est, Citoyen Général, le plan d'opérations que le Directoire a arrêté et dont il m'a chargé de tous donner connaissance

Effectivement, Tamiral de Winter prépara au Helder une flotte de 16 vaisseaux et 12 frégates, dont le bon état fut attesté par le ministre français Noël, après qu'il Teut visitée (1).

En même temps, Hoche avait reçu Wolf Tone et Lewins à son quartier général de Goblentz, et, déjà prévenu de la rébellion de la flotte britannique et de l'application de la loi martiale à rirlande, il eut avec les délégués de ce pays une conférence dont le journal de Wolf Tone rend un compte très complet :

tl juin 1797.

Le général nous dit que, dès qu'il aTait reçu les nouTelles apportées par Lewins, il aTait enToyéson adjudant général Simon, pour presser le Directoire

et le Ministre de la marine et qu'il Tenait de reccToir des réponses. Le

Ministre de la marine Toulait absolument une expédition sur une grande échelle, ce qui demanderait deux mois au moins. Connaissant Brest de longue date et sachant que deux mois, dans la bouche des marins, signifiaient quatre mois au moins, je fis remarquer Vutitité (Tune action immédiate pour profiter de la mutinerie et de la désorganisation où te trouvait à ce moment ^escadre anglaise. Lewins fut absolument de mon aTis, et ensemble nous obserTàmes que ce qui était le plus nécessaire pour l'instant n'était pas une grande force

(1) Lettre du 8 messidor, citée par Ooillon, p. 310.

militaire, mais des armes, des munitions, et assez de troupes pour former un M noyau d'armée » (en français dans le texte) et pour protéger les premiers rassemblements populaires. Nous ajoutâmes que 9,000 hommes euToyés maintenant Taudraient bien plus que 25,000 dans trois mois, époque à laquelle nous pourrions bien nous trouver nous-mêmes bloqués à Brest. Jt suppliai te général de bien considérer que la révolte de la flotte devant être rapidement

domptée, il n'y avait pas un moment à perdre Hoche mus répondit qufil

était entièrement d^accord avec nota et qu'il insisterait dans ce sens et de toutes ses forces auprès du Directoire et du Ministre de la marine. Il montra à Lewins la lettre de Simon, qui contenait Fassurance donnée par le Directoire que la paix ne serait pas signée avec T Angleterre,- ayant que les intérêts des

« Irlandais n'eussent été discutés dans un sens favorable à cette nation ».

Hoche ajouta que Tarrivée d'un négociateur anglais ne devait pas être pour nous un sujet de découragement

Peu après, Hoche arrivait à la Haye pour se concerter avec le gouvernement hollandais (1), l'amiral de Winter et le général Daendels.

Le but de ce voyage (2) était de faire accepter par les Hollandais Tappui de 6,000 Français, comprenant la légion des Francs que le Directoire l'autorisait à organiser et à faire embarquer, si le gouvernement batave y consentait (3).

Hoche lui-même se proposait pour faire partie de l'expédition.

Mais les Hollandais voulaient se réserver pour eux-mêmes la direction et la mise en œuvre des préparatifs. Ils refusèrent catégoriquement d'accepter le général et les soldats français.

Dans son désir de voir avant tout l'entreprise aboutir, Hoche se sacrifia.

Hoche nous dit qu'il avait cédé au désir des Hollandais pour ne pas refroidir leur zèle, quoi qu'il pût lui en coûter personnellement, mais aussi parce qu'il savait bien que, dès que l'escadre batave serait en mer, Truguet serait piqué

dans sa vanité et remuerait ciel et terre pour les suivre envoyant de

suite ce qu'il aurait de prêt Si donc nous devions atteindre l'Irlande, les

Français y seraient quinze jours après nous (4).

(1) Lettre de Hoche à No6I, da 8 messidor (Ooillon, p. 311). (î) Journal de Wolf Tone, cité par Guillon, p. 31Î.

(3) Lettre du Ministre de la marine au général Hoche, 3 messidor. {Archives de la marine, cité par Escande, p. 244.) ,

(4) Archives nationales, AF"», 463.

Wolf Tone obtint seul la permission de s'embarquer, et son journal donne une estimation des forces mises en œuvre par la HoUande :

A bord de Fescadre hollandaise.

t9 JdUet 1707.

Infanterie iS bataillons de 452 hommes chaque. . . 8.136 h.

Chasseurs 4 — 84a — ... 2.160 h.

Cavalerie 8 escadrons 1 .650 h.

Artillerie ft compagnies i .049 h.

Artillerie légère 2 — 160 h.

Etat- major.

Total 13.544 h.

Hoche au Ministre de /a marine,

Coblenti, 19 messidor an t (7 Joillet 1797).

Il m'a semblé que les Hollandais étaient fort désireux de faire seuls

Fexpédition dont je suis de nouveau chargé : leurs motifs sont sans doute de tirer leur nation de Tétat d'abjection dans lequel l'Europe les croit, et sous ce

rapport je les loue Les Hollandais m'ont assuré ne pas pouvoir fournir

un seul bâtiment de transport pour les troupes françaises avant six semaines, et vous savez qu'ils n'en veulent pas prendre à bord de leur flotte.

Après avoir beaucoup demandé qu'on embarque 6,000 hommes de nos troupes et 9,000 Bataves, je me suis désisté, m'apercevant que si je continuais, le zèle de ces faiseurs du Comité de FUnion serait bientôt refroidi, que Daendels n'irait plus que d'une aile, et enfin que le projet échouerait. J'avais à considérer l'arrivée de Malmesbury en France et Touverture des payements que la banque de Londres devait faire le 24 juin (et qui vient d'être ajournée indéfiniment). Je changeai alors de route et ne fis plus que les affermir dans la résolution où ils étaient de partir. Enfin, à l'heure où je vous écris, leiu*s troupes doivent être à bord, et ils n'attendent plus que les vents favorables. Ils m'ont paru ne pas craindre l'amiral Duncan et, au surplus, ils regardent leurs soldats et leurs marins comme autant de héros. Ainsi soit-il.

Je pars après-demain pour me rendre à Paris.

Comme l'avait prévu Hoche, Truguet s'était piqué au vif. De grands préparatifs étaient entrepris à Brest, puisqu'il s'a^ssait d'équiper 26 vaisseaux, dont 12 devaient être prêts

(1) Jouroal de Wolf Tone, 28 juin (au retour de la séance da Comité batave à laquelle il a assisté avee*Hoche et Lewins.

dans deux mois, avec assez de frégates pour porter le corps expéditionnaire à un effçctif de 6,000 hommes (1).

Mais au lieu de prendre, comme on Tavait fait dans toutes les occasions précédentes, pour l'expédition de Brest, les troupes stationnées à proximité de ce port (2), c'est à l'armée de Sambre-et-Meuse que Ton fît appel.

Un arrêté du 8 messidor (26 juin 1797) autorisa Hoche à prélever, sur son armée, 6,000 hommes sous les ordres de Humbert, de Richepanse et de Lemoine.

Hoche lui-même partit pour Paris où il arriva le 18 juillet.

n y trouva les esprits fort troublés, le Directoire divisé et un remaniement ministériel en pleine exécution. Du coup, Truguet fut renvoyé et Hoche nommé ministre.

Immédiatement on exploita contre lui, comme une tentative de coup d'État, l'arrivée à la Ferté-Alais, les 28, 29 et 30 juillet, des 6,000 soldats de l'armée de Sambre-et-Meuse qu'on savait lui être dévoués (3). Hoche eut beau se disculper par une longue lettre au Directoire en donnant comme raison que, chargé de rassembler les troupes destinées à l'expédition de Brest, et « sachant qu'il n'existe dans Tancienne Bretagne que les hommes d'infanterie strictement nécessaires à la défense de ses côtes », il a cru (4) « devoir tirer de Tarmée de Sambre-et-Meuse, 6,000 hommes d'infanterie, 2,000 chevaux et 1000 artilleurs » et qu'il n*a « pas ordonné de passer par telle voie plutôt que par telle autre », l'impression de méfiance (5) vraie ou simulée resta entière.

(1) Lettres de Hoche, rassemblées par Desprez, citées par Kscande, p. 245.

lettre de Hoche au Ministre de la Marine, citée par Escande, p. 24S. {Archives nationales )

(2) Il 7 avait à cette époqtie, dans les départements de TOnest, 44,000 hommes, mais disséminés de Bordeaux à Honfleur. (Rapport du Ministre au Directoire, du 9 thermidor, et lettre du 23 fructidor. Archives de la guerre, Reg. L, 1797-1798.)

(3) Séance du conseil des Cinq-Cents. Discours de Delahaye.

(4) Lettre du 2 thermidor {Archives nationales), citée par Eseande, p. 259.

(5) Hoche au Directoire. {De Pcu'is.)

23 Juillet.

« L'effervescence que la marche des troupes de l'armée de Sambre-et-Meuse avait occasionnée à Paris me paraissant calmée, je crois de mon devoir de vous rappeler le but de cette marche et les engagements que le gouvernement français a pris à l'égard du gouvernement batave, relativement à l'Irlande. Il est, il me semble, de l'honneur et de la gloire du gouvernement français, de suivre les projets qu'il avait conçus pour raffhmchis-

Peut-être certains Directeurs voulurent-ils sciemment le compromettre ; toujours est-il qu'après une série d'ii:itrigues et de manœuvres assez obscures (1), Hoche dut regagner son quartier général de Wetzlar. « Je n'irai plus, dit-il en partant, faire le Don Quichotte sur les mers pour le plaisir de quelques hommes qui voudraient me savoir au fond (2). »

Quant aux troupes, le Ministre avait proposé, le 20 août, de leur faire continuer leur route sur Brest :

« D'après Totre arrêté du 8 thermidor, écrivait-il le 15 du même mois au « Directoire (3), qui approuve que le général Hoche tire de Tarmée de « Sambre-et-Meuse 6,000 hommes d'infanterie, 2,000 hommes de troupes à « cheval et 1000 hommes d'artillerie, devant se rendre dans les départe- « ments de TOuest, pour l'expédition d'Irlande et votre intention de donner « suite à l'expédition projetée, je pense, citoyens Directeurs, qu'il est urgent « de faire donner aux troupes que le général Hoche a tirées de l'armée de « Sambre-et-Meuse l'ordre de continuer leur route et de les diriger successiit vement sur Brest, si c'est dans cette dernière ville que doit se faire l'embar- « quement.

(< 11 est d'autant plus nécessaire d'adopter cette mesure que le département « de la Marne où se trouve actuellement une grande partie de ces troupes, 't n'est point approvisionné sufGsamment pour nourrir pendant longtemps « une grande quantité de troupes. »

Pendant ce temps, l'escadre du Texel était restée inactive, à cause du mauvais temps, si Ton en croit le journal de Wolf Tone (4), mais en tous cas de la façon la plus inopportune. . C'était en efifet le moment de la révolte de l'escadre anglaise de la mer du Nord, qui réduisait l'amiral Duncan à «bloquer» les 16 vaisseaux hollandais avec deux seulement (5).

Quelques jours plus tard l'occasion était perdue et Winter, qui n'avait rien su de la position précaire des Anglais, appre-

sement de co pays et de continuer les préparatifs de l'expédition commencée, dussent^ils mCme n'aboatir qu*à des démonstrations, La moindre apparence de saccès, la sortie de nos ports du pins petit bâtiment armé destiné pour l'Irlande, peut décider le gonvemement

anglais et le forcer enfin à conclure une paix avantageuse à la « République »

Veuillez me faire connaître vos intentions et me mettre à môme de me concerter avec le Ministre de la Marine. (Archives dé la guerre.)

(1) Voir l'ouvrage do M. Sorel, Les vues de Hochet dans le volume Bonaparte et Hoche en 1797.

(t) Lettre au ministre Schérer. Escande, p. 269.

(3) Archives de la guerre, reg. 4, fol. 3.

(4) 18, 19, 23 juillet. Cité par Guillon, p. 327.

(5) Voir cî-dessus.

nait que Tamiral Duncan avait 16 vaisseaux, 2 frégates et 1 sloop. Il déclarait les forces de rennemi supérieures aux siennes et multipliait les objections contre Topération projetée. En réalité les deux escadres opposées présentaient les effectifs suivants qu'il faut mettre en regard (1) :

Escadre anglaise.

Escadre hollandaise.

Vaisseaux : Triumph^ 74 canons.

Vaisseaux : Vryheid, 74 canons.

Bedford, —

Jupiter^ —

Monarch, —

BrutuSy —

Montaguy —

EtaU'GénérauXy —

Powerfuly —

Cerberusj —

Bussell, —

Devries, —

Venerabley —

Gelykheid, —

Agincourtf 64 canons.

Eaarleniy —

Ardent, —

HercuUj —

Belliqueux^ —

Leyderiy —

DirectoTy —

Wanenaer —

Lamaster, —

Alkmaar, 50 canons

Monmouth, —

Batavien, —

Veterariy —

Beschermer, —

Adamantj 50 canons.

Isis, —

Mars, —

Frégates : Beaulieu, —

Mouchkendam, 44 canons

Isis, -

Frégates

: Embuscade, 32 canons.

Sloop : Martin, —

Beldin, - Minerve, — Waakxaamheity 20 canons

Bricks

lAjaXy - Atalante, — Daphné, Galathée, —

Cependant, le général Daendels, plus entreprenant que jamais, prépara un nouveau plan, singulier du reste, mais qui contrastait par sa hardiesse avec les hésitations de Tamiral de Winter :

2i août. — Le général (Daendels) a préparé un nouTcau plan ; le Toici en substance : sortir et combattre Tamiral Duncan. Si l'issue du combat est favorable, 15,000 hommes partiront immédiatement, ou plus si on peut, tout ce qui pourra surnager (en français dans le texte), pour se rendre en Ecosse. On saisira

(1) W. James, Naval History (t. II, p. 27).

Edimbourg et, de là, on marchera sur Glasgow, en prenant tous les moyens pour persuader à l'ennemi qu'on Teut Tenvahir par le nord de TAngleterre, tandis qu'on n'euTerra de ce côté que des détachements volants pour faire des réquisitions, etc. L'armée se maintiendra pendant ce temps derrière le canal qui unit le Frith of Forth à la Clyde, où tous les navires seront réunis et d*où elle passera dans le nord de Tlrlande. Les frégates et transports, avec les bagages et Tartillerie, auront fait le tour, en se tenant aussi loin qull le faudra pour leur sûreté. Le résultat serait que les Anglais, alarmés pour leur propre sûreté, rappelleraient une partie de leurs troupes d'Irlande, ce qui faciliterait grandement le succès de notre entreprise (1).

26 août. — Le général a soumis ce plan au général Dejean, qui l'approuve entièrement, pourvu que les frégates puissent doubler le nord de l'Angleterre. Sur ce point, à moins d'accident, il ne saurait y avoir de doute

L'amiral hollandais arguait de la supériorité navale des Anglais, du manque de vivres pour une aussi longue expédition; on se résolut à prendre le conseil de Hoche, à qui Wolf Tone alla porter le plan de Daendels :

3 septembre, — Le général m'envoie à Wetziar pour soumettre à Hoche le

plan il ajoute verbalement que l'expédition sera suivie d'une seconde

formée des 15,000 Français à la solde de la Hollande, de sorte qu'avec 30,000

hommes on pourra se maintenir en Ecosse ou en garder 25,000 et en

envoyer 5,000 en Irlande Si Hoche veut prendre le commandement des

armées réunies, Daendels sera ravi d'être à ses ordres.

Lorsque Hoche reçut Wolf Tone, il était mourant. Pourtant sa belle lucidité, qui subsistait jusqu'au bout, lui permit de montrer de suite les gros défauts du projet qu'on lui soumettait :

13 septembre, — Je viens de voir le général Hoche à son retour de Francfort il est terriblement changé. .... Il a secoué la tête à l'idée d'un

second embarquement à l'embouchure de la Clyde et a fuit observer que si nous arrivions heureusement en Ecosse, les Anglais ne manqueraient pas de détacher une division de frégates dans la mer d'Irlande, avec la quasi-certitude d'y devancer les frégates bataves, ce qui n(^s couperait de toute communication avec l'Irlande.

Six jours après, le Pacificateur de la Vendée, le plus

(1) Journal de Wolf Tone.

redoutable adversaire qu'ait eu TAngleterre à cette époque, expirait (1) :

id septembre, — Mes craintes au sujet du général Hoche n'étaient que trop bien fondées ; il est mort ce matin, à 4 heures. Les poumons semblaient tout k fait perdus. (Wolf Tone, Journal,)

Cependant, sur les instances du gouvernement français et bien que convaincu à l'avance de la défaite qui l'attendait, l'amiral de Winter se décida à sortir du Texel. Il devait faire noblement son devoir de soldat, malgré les erreurs de tactique qu'il commit.

Le 10 octobre à 10 heures (2) du matin, l'escadre hollandaise prit la mer. Le soir, par vent de sud-ouest, on découvrit la division du commodore Trollope à qui on donna la chasse. La poursuite, d'ailleurs infructueuse, dispersa les navires hollandais.

Apprenant par des navires marchands que toute l'escadre de lord Dimcan se trouvait à moins de 45 milles dans le nordnord-est, l'amiral de Winter qui était encore maître, ou d'aller à sa rencontre s'il voulait un combat, ou d'échapper si son but était l'Irlande, fit route vers Camperduin (Camperdown en anglais), et vint attendre l'attaque de l'ennemi à 9 lieues au large de Skeveningen, ses vaisseaux en ligne serrée orientée du nord-est au sud-ouest.

Le 11 octobre, l'amiral Duncan donnant un nouvel exemple de la tactique nettement offensive des marins anglais de cette époque, se présenta en colonne pour percer la ligne hollandaise, entre les vaisseaux Haarlem et Jupiter et se rabattre ensuite. Grâce à cette manœuvre et malgré une énergique résistance, l'escadre hollandaise fut complètement battue. De Winter, fait prisonnier, alla mourir à Londres de ses blessures, 7 vaisseaux furent pris et les débris de la flotte hollandaise rentrèrent au Tex^l. Les pertes presque égales des deux côtés (3i0 tués et 620 blessés hollandais) attestent Tacharnement du combat, qui est considéré en Angleterre comme un

(1) Malgré la légende, nous pensons que Hocbe mourut de tuberculose pulmonaire, mais sans contester que les fatigues subies, peut-être les attentats relatés par les historiens, n'aient hâté sa fin.

(2) W. James, Naval Hiitory,

des plus sérieux que les escadres anglaises de cette époque eurent à soutenir (1).

Après l'Espagne, la seconde des alliées maritimes de la France, la Hollande, était paralysée pour longtemps.

La défaite de Camperdown, comme celle du cap Saint- Vincent, avait eu comme principale cause le manque de coordination entre les efiForts des trois marines coalisées contre l'Angleterre:

(1) U est de tradition» depuis cette époque, qu'un des plus grands Taisseaux de l'escadre britannique porte le nom de Camperdown.

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