‹ 1793-1805 (volume 5)Chapitre 52 sur 61 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Dès le 8 janvier, avant que le Directoire eût signé le programme définitif des constructions à entreprendre dans les ports de la Manche, Bonaparte avait obtenu Tenvoi au Havre de ringénieur Forfait pour surveiller et activer les armements (1).

Au Ministre des finances (Ramel).

Paris, 19 nivôse an vi (8 janvier 1798).

Je Tiens de me concerter avec le Ministre de la marine, Citoyen Ministre, pour faire partir, pour une tournée sur la côte, le citoyen Forfait, ingénieur de la marine, pour une mission extrêmement intéressante; mais il aurait besoin, pour que sa mission réussît, d'un* mandat de 100,000 livres sur le Havre, d'un de pareille somme sur Saint- Valéry, d'un de pareille somme sur Boulogne, d'un de pareille somme sur Dunkerque et d'un de pareille somme sur Anvers, faisant en total 500,000 livres qui feraient partie des quatre millions que le Directoire exécutif a accordés avant-hier au Ministre de la marine.

Je vous prie de me faire connaître si nous pouvons compter sur les dites 500,000 livres, et, dans le cas que nous y puissions compter, d'en faire expédier l'ordre par la Trésorerie, d'ici à demain soir (2).

Bonaparte.

Cette mission fut officiellement annoncée aux directeurs des ports intéressés et Forfait reçut du Ministre de la marine des instructions détaillées.

(1) 170 bateaux-canonniers. (Arrêté du 14 janvier. Voir ci-dessus.) (?) BB«», Archives de la marine.

Le Ministre de la marine aux ports du Havre et de Dunkerque (i).

tt nivftse (Il janvier).

Je vous préviens que le Directoire exécutif a confié au citoyen Forfait, ingénieur constructeur de la marine, une mission importante qui a principalement pour objet de suivre et d'activer les opérations ordonnées dans les ports de la Manche pour l'expédition contre TAngleterre. Cet ingénieur devant être investi de tous les moyens qui sont nécessaires pour remplir cette mission, je vous invite à déférer aux réquisitions qu'il pourra vous faire

Instructions pour le citoyen Forfait (2).

Jî nivôse (11 janvier).

Le Ministi:e de la marine et des colonies ayant chargé le citoyen Forfait, ingénieur-constructeur de la marine, d'une mission particulière et pressante, il va lui faire connaître, par la présente instruction, le service qu'il aura à remplir.

Parmi les diverses opérations qui ont été ordonnées par le Directoire exécutif pour la campagne prochaine, il a été décidé que l'on construirait un certain nombre de chaloupes canonnières dans les ports et arrondissements du HAvre et de Dunkerque, que les canonnières et bateaux canonniers précédemment armés dans ces ports et les bateaux de pêche de iO tonneaux et audessus seraient mis en état de prendre la mer dans le plus bref délai, avec toutes les troupes que chacune de ces embarcations pourront recevoir à

bord

C'est pour activer la confection de ces travaux importants que le Ministre de la marine a spécialement chargé le citoyen Forfait de se rendre dans les ports de la Manche, depuis la rive droite de la Seine jusqu'à Dunkerque et qu'il a cru devoir l'investir de tous les moyens qui peuvent le mettre en état de répondre à ce nouveau témoignage de sa confiance.

En conséquence, le citoyen Forfait, aussitôt son arrivée dans chaque port, prendra connaissance du nombre et de la situation actuelle des grandes canonnières, ainsi que des bateaux canonniers à la suédoise qui existent dans l'arrondissement du Havre. H indiquera les mesures à prendre, tant pour accélérer la mise en état de ces embarcations, que pour en tirer le parti le plus avantageux possible. Pour cet effet, il est autorisé à faire telles modifications ou changements qu'il jugera convenables, tant dans la coque et aménagements t]ue dans la mâture, voilure et artillerie. Il pourra également ordonner les expériences qui lui paraîtraient propres à remplir cet objet par le résultat^des comparaisons.

Il examinera également le plan des nouvelles chaloupes canonnières dont la , construction est ordonnée ; il s'assurera des avantages ou des inconvénients

(1) BBi\ 12 1. Archives de la marine, (1) Ibid.

qu'ils peuvent renfermer et il en modifiera les dimensions suivant qu'il le jugera le plus convenable. Il fera toutes les dispositions nécessaires pour accélérer la construction, la mise à Teau et Tarmement de ces petits bâtiments

Il fera connaître également les dispositions à faire à bord des bateaux de

pèche afin qu*îls puissent porter le plus grand nombre possible de soldats passagers —

Le citoyen Forfait est prévenu que les frégates et corvettes de la République existant au Havre, ont reçu ordre de se rendre le plus tôt possible à Dunkerque. Ce mouvement ayant un rapport immédiat avec les mesures dont il est chargé, il s'occupera, de concert avec l'administration et l'officier chargé des fonctions d'état-major, des moyens à mettre en usage pour faciliter et accélérer la sortie de ces bâtiments.

Trois jours après, et en exécution de l'arrêté du 14 janvier, Forfait reçut Favis de faire immédiatement commencer la construction de 60 chaloupes canonnières au Havre et de 60 autres à Dunkerque.

D'autre part, Bonaparte avait également obtenu l'envoi au Havre du général Andréossy, avec les fonctions de « Directeur de l'équipage de ponts de l'armée d'Angleterre (1) ».

Pour la première fois depuis le commencement de la guerre, le port du Havre allait prendre un rôle en rapport avec les grandes ressources qu'il présentait. Déjà Muskeyn s'y trouvait avec sa flottiUe désarmée depuis l'échec de l'année précédente, et 9 grandes canonnières (2).

Dès son arrivée, Forfait signala une situation satisfaisante.

Forfait au Ministre (3).

Le Havre, 9 pluviôse (28 janvier).

Des navires sont mis en réquisition en quantité suffisante pour embarquer iâOO chevaux.

On arme :

iO grandes canonnières ; 24 bateaux Muskeyn;

9 petites canonnières ;

3 petites bombardes ;

(1) Lettre du Ministre de la guerre, Paris, 11 Janvier (Capitaine de la Jonquière, p. 93)

(t) Enigme, Inabordable, Foudre, Tempête, Brûlante, Enflammée, Méchante, Inquiète, Terrible. (Lettre de l'amiral Lacroix, BB»t, 119.)

(3) BBï», Itl.

On construit :

22 bateaux canonniers; et on se prépare à en construire 38 semblables.

Le tout portera 9,880 hommes de débarquement. On met en réquisition :

!'• division, 50 bateaux de pèche, tirant 6 à 7 pieds, pour porter

4« — 50 — de 8 —

5« — 50 — de7à8 —

On arme, en outre :

2 prames corvettes, portant 200

4 frégates et 3 corvettes i ,050

Total des troupes de débarquement que peut porter la flottille du Havre 25,800 h.

Le rapport qu'il adressa le même jour à Bonaparte répondait, en somme, d'une manière assez favorable aux desiderata qui lui avaient été spécifiés.

Compte rendu au général en chef de l'armée d'Angleterre sur l'exécution de ses instructions en date du 22 nivôse (11 janvier).

Art. i*'.

Le but de la mission du citoyen Forfait est de procurer des bâtiments pour transporter 2,000 chevaux, et d'y travailler sur-le-champ de manière qu'ils puissent être rendus le iO ventôse à Dunkerque.

Art. 2.

Faire réparer et mettre en armement et achever ou même mettre en construction des bateaux canonniers, de manière à ce qu'au 10 ventôse il y en ait i80 à 200 rendus à Dunkerque.

EXÉCUTION

Le tableau des bâtiments qui ont

été désignés donne un total pour

placer 1366 chevaux. ....

Le tableau Havre :

n° 2 donne pour le

iO grandes canonnières portant du canon de 24, à 40 hommes chaque aux rames.

Art. 3.

Prendre les mesures pour faire réparer et fréter 500 bateaux pécheurs dont le moindre soit capable de porter 50 hommes, de manière à ce qu'ils soient réunis dans le mois de ventôse à Dunkerque ou dans un port voisin.

Classer les bateaux en divisions detiO en mettant ensemble les divisions qui tirent une même quantité d'eau.

Tenir note, par forme de mémoire, du nombre des bateaux portant moins de 50 hommes, que Ton pourrait réunir dans les ports, à 20 lieues à la ronde de Dunkerque.

EXÉCUTION

24 bateaux à la muskeyn, portant i canon de 24 et i de campagne à débarquer 2,400h.

9 petites canonnières portant du 24 900

3 petites canonnières portant i mortier de 12 pouces. . 180

22 b&timents nouveau type en construction 2,200

38 bâtiments mis en construction d'après les ordres du 25 nivôse 3,800

Total 9,880h.

Il n'est guère possible d'augmenter jusqu'à un certain point le nombre des constructions. Les ordres pour en mettre 60 de plus en chantier ne sont parvenus dans les ports du Havre et de Dunkerque qu*à la fin de nivôse

Le port du Havre doit en fournir

20 pour l'époque fixée

Résumé des tableaux n*^ 3 :

1" division. — Sloops tirant 7 pieds d'eau. — Honileur, 43 ; Touques, 12; Dieppe, 4. Cette division réduite à 50 à cause des non-valeur?, portera 3,000h.

2» division. — Sloops tirant de 5 à 6 pieds, audessus de 30 tonneaux.

— Touques, 17; Honfleur, 3; Caen, 32; Fécamp, 4; le Havre, 6. Cette division, réduite à 50 à cause des non-valeurs, portera 2,750

3« division. — Sloops tirant de 5 à 6 pieds. — Fécamp, 3 ; Saint- Valery-en-Caux, 3 ; Rouen, 46; le Havre, 7 (50 hommes chaque) 2,500

Art. 4.

Avoir 3 prames portant chacune plusieurs pièces de 36 et mortiers, de manière à ce qu'elles soint rendues dans le mois de ventôse à Dunkcrque ou dans un port voisin.

EXÉCUTION

4* division, — Chasse-marée tirant 8 pieds. — Fécamp, 12, Saint- Valéry - en -Caux, 27 ; le Havre, i. Cette division qui pourra être portée {\ 50 par les découvertes quon fera dans la suite, estimée à 70 hommes par navire, portera. . . .

5* division, — Chasse-marée de 7 à 8 pieds. — Dieppe, 38. Cette division qui pourra s'élever à 50 avec les découvertes qu'on fera dans la suite portera, i\ 60 hommes par navire

11 ne faut pas compter sur la totalité des bateaux portés dans cet état.

Beaucoup de causes se réuniront pour empêcher que quelques-uns d'entre eux ne servent, et Ton doit porter les non valeurs à au moins un dixième...

Il est bien difûcile de remplir exactement l'ordre donné de tenir la flotte prête ît se rendre A Dunkerque au 10 ventôse. Chaque bateau demandera au moins 20 journées de charpentier et autant des autres ouvriers à proportion, ce qui fait un total de 10,000 journées. Pour remplir Tordre en 30 jours, il faudrait une masse de 330 h 3o0 ouvriers charpentiers sans déranger les constructions, et on ne les y trouvera pas.

Il n'existe point, dans la marine française de pi*ame capable de porter une aussi forte artillerie. Si Ton persiste dans le projet de les employer, il faut les construii-e et c'est une affaire de iOO jours au moins.

On arme au Havre la corvette-prame le Vulcain, qui portera 14 canons de 24 et un mortier de 12 pouces h grande

Art. 5.

EnÛn, mettre en armement 6 frégates et 6 corvettes, de manière à ce qu'elles soient dans le mois de ventôse rendues à Dunkerque.

EXÉCUTION

portée. Il y en a une semblable h.

Dunkerque et une troisième ^ Brest.

Mais comme celle-ci serait difGcile h réunir aux autres, on armera au Havre la corvette le Vésuve avec 16 canons de 18 et un mortier. Ces biVtiments ne sont propres qu'à un coup de main ; ils ne supporteraient pas un combat long et, tirant 13 pieds d'eau, ils seront prêts à la même époque que le reste de l'expédition.

I^e port du Havre a maintenant 4 frégates en armement :

VIndienne, portant 40 canons, dont 28 de 18, prête à partir;

La Revanche, portant 36 canons, dont 24 de 24, pour le 15 pluviôse;

La Comète, portant 56 canons, dont 24 de 2i, pour le 10 pluviôse ;

La Libre, portant 36 canons, dont 24 de 21, pour le 15 pluviôse.

On trouvera, dans le port de Dunkerque, plusieurs frégates, ainsi le nombre de cesbAtiments excédera l'ordre. Quoi qu'il en soit, il paraîtrait convenable de faire passer à Dunkerque toutes les frégates du Havre, parce qu'il sera bien plus facile d'en expédier du 1®' de ces ports, pour quelque destination que ce soit, que du port du Havre, dont la sortie est on ne peut plus difficile.

On arme également au Havre :

Le Vulcain, 14 canons de 24, 1 mortier ;

Le Vésuve, 16 canons de 18, 1 mortier ;

La Serpente, 18 canons de 18 ;

La Bacchante, l8 canons de 18 ;

La Confiante, 24 canons de 12.

Ces bâtiments seront prêts en même temps que les frégates et sortiront de conserve avec elles au premier beau temps.

Observations de l'ingénieur Forfait sur les canonnières (1).

9 pluviôse (28 janyier).

Canonnières à trois canons de 24. — Ces bâtiments ne peu\ent être considérés que comme des bâtiments de guerre et d'escorte. Leurs deux canons serviront à balayer la plage. Dès qu'elles seront assez près de terre pour qu'un vaisseau ou une frégate ne puisse tourner autour, elles deviendront très formidables et seront presque inattaquables.

Le système de leur construction est fort ancien et porté au plus haut degré

de perfection Leur équipage qui doit être de 70 à 80 hommes peut se

former aux trois quarts de troupes de débarquement.

Petites canonnières portant un canon de^ en chasse et pouvant porter un ou deux obusiers en retraite ou par le travers. — Ces bâtiments navigueront moins bien à Taviron que les canonnières à trois canons et mieux à la voile par un gros temps Deux petites canonnières peuvent se présenter avec un avantage égal contre une grande.

Les petites canonnières porteront 100 hommes de débarquement et 16 d'équipage

Petites canonnières portant un mortier rfe 12 pouces à petite portée, — Il y a trois petites canonnières armées de cette manière. Elles supportent très bien la secousse du mortier Elles auront les mêmes qualités pour la navigation, porteront 60 hommes de débarquement et l'équipage marin de 16 hommes. On peut leur donner deux ou trois obusiers pour leur défense.

Bateaux canonniers dits Muskeyn, — Ces bateaux portent un canon de 24 en chasse et un canon de campagne à la poupe avec un appareil pour le débarquer et, en outre, un caisson à munitions qui se débarque comme la pièce.

On y peut loger à l'aise 100 hommes de débarquement et l'équipage marin de 16 hommes.

Ils marchent passablement à la voile, mais aussi mal à l'aviron que les petites canonnières, ce qui doit être, en effet, puisque la plupart ne sont que de petites canonnières installées par le capitaine Muskeyn, d'après des bateaux semblables qu'il avait vus en Suède.

Les bateaux en question sont très ingénieusement distribués, le service du canon de 24 s'y fait très commodément. La manœuvre des voiles ne gêne pas

trop celle des avirons Le débarquement de la pièce de campagne se

fera en six à huit minutes, ainsi que celui de la troupe, avec sûreté et commodité. Aussitôt après le débarquement, le bateau en deux minutes fait tête à la côte et peut protéger avec son canon de 24 l'établissement des troupes et de l'artillerie Ce bateau nous a paru l'arme la plus parfaite qu'on pût employer dans une descente : il a cependant l'inconvénient d'être ouvert, ce qui en rend l'emploi dangereux et, par conséquent, la manœuvre délitate. La navigation avec les petites canonnières est plus sûre.

(1) BB"r, lîl.

Bateaux canonniersde forme nouvelle et dont la construction s* exécute d'après les ordres du Ministre, — Les bateaux nouyeaux ont les mêmes dimensions que

les bateaux dits Muskeyn Dans le bateau de forme nouvelle les caissons

sont dans le milieu et les nageurs se mettent entre les caissons et le bord, au lieu que dans les bateaux Muskeyn les caissons sont à bord et les nageurs au milieu.

Nous ayons éprouvé sur une petite canonnière les deux positions des nageurs : celle des bateaux de forme nouvelle n'est pas admissible. La longueur de Taviron depuis Tapontis n'est plus en proportion avec le reste, et il est impossible de le manœuvi-er

Les voiles du bateau de forme nouvelle sont plus lourdes à manœuvrer, mais il y en a une de moins et il est probable que les évolutions se feront avec autant de rapidité, parce qu'on ne manquera pas de bras pour manœuvrer la grande voile.

On a essayé un batelet de débarquement fait avec tant de légèreté que A bonunes le poiient, on y pourrait mettre 12 bommes; mais il est si volage, qu'infailliblement ils se blesseraient. Les hommes débarqueront très bien sans un moyen de cette espèce, en passant par le même chemin que le canon de campagne Il faut supprimer les batelets.

(Le Ministre les a maintenus ; en marge : « Ces bateaux seront placés au moment du débarquement entre la proue de la canonnière et le rivage, formant un pont de passage, et, comme ils ne navigueront pas, il n'y a pas lieu d'en craindre la submersion ».)

Il convient de signaler une nouvelle exigence dont il n'avait pas encore été fait mention.

Il avait été prévu que tout devait être prêt le 1®' floréal, plus tard il s'agit du 1®"^ germinal (22 mars) et enfin Bonaparte paraît avoir, dans ses instructions, fixé la date du 10 ventôse (28 février) pour le rassemblement à Dunkerque. Cette fois le délai accordé était vraiment trop court et en désaccord complet avec le programme donné aux armements de Brest.

Quoi qu'il en soit, le Ministre de la marine parait avoir, à ce moment, partagé l'impatience du général en chef.

Le Ministre de /a marine à Forfait (1).

11 pluviôse (30 Janvier).

Il est très important que les frégates et corvettes du Havre se rendent

le plus promptement possible à Dunkerque Elles n'ont pas besoin d'un

(1) BB«», lîl.

Tent d*cst pour faire cette route, mais bien d'un vent de sud, sud-sud-ouest

ou même sud-ouest 11 est à présumer que par ces vents Tennemi ne

tiendra pas sur ces parages

Jt vois avec plaisir qu'au moyen des grandes et petites canonnières, des bateaux Muskeyn, de ceux de nouvelle construction et des bateaux de pêche de r arrondissement, la flottille du Rdvre pourra porter 25,880 hommes de débar^ quement. Ce qui est très urgent, c'est d'accélérer l'achèvement des constructions et l'armement des canonnières ; mais mon intention n'est pas qu'on mette dès ce moment en réquisition les bateaux de pèche et il convient d'attendre que les canonnières soient prêtes à être lancées à l'eau, afin d'éviter des dépenses superflues et l'interruption de la pêche .... Ces bateaux devront être armés dans leurs ports respectifs et filer directement à Dunkerque en suivant la côte, sans entrer au Havre. J'adopte les modifications que vous avez cru devoir faire dans la constmction des canonnières de forme nouvelle, mais je ne partage pas votre opinion sur la suppression des petits bateaux de débarquement. Mon intention n'a jamais été de les faire naviguer, mais de les placer à la file, depuis la proue des canonnières jusqu'au rivage, de manière à former une espèce de pont de passage elles ne sont pas destinées à faire une navigation quelconque

Je ne puis vous rien dire de positif sur le nombre des pièces de campagne qu'il sera nécessaire de débarquer. Cet objet concerne le général Bonaparte et je vais m'en entendre avec lui. En attendant, vous pouvez installer les 60 bateaux du Havre, de manière à ce qu'ils puissent débarquer des pièces de siège et de campagne, et je vous ferai connaître ce qui sera décidé ensuite pour ceux de Dunkerque.

Ainsi que vous me le proposez, il conviendra, au fur et à mesure que des petites et grandes canonnières seront armées, de les. envoyer dans la Seine au-dessus de Villequier, et là, d'exercer tous les jours les équipages à la manœuvre des voiles, de l'aviron et de l'artillerie. Le rassemblement des troupes et des marins se fera à Rouen. Je vais prendre des mesures pour faire suppléer autant que possible aux marins par des soldats

P.-S. — (De la main du Ministre). Vous êtes, mon ami, sur les lieux capable à tous égards. Républicain, voulant la chose, vous avez la confiance méritée du Directoire, du Général, la mienne. Par conséquent, allez comme à l'ordinaire, c'est-à-dire bien et vite. J'approuve d'avance tout ce que vous ferez. Ordonnez par réquisition, vous serez obéi et tout ira. Vous recevrez les éloges dus, la Patrie sera bien servie et nous serons tous contents.

Dans les autres ports, l'activité n'était pas moindre qu'au Havre.

Le port de Cherbourg avait reçu, le 16 janvier, l'avis d'avoir à construire 22 chaloupes du nouveau type au lieu des 5 ordonnées le 5 nivôse ; il répond le 5 février que tout sera prêt pour le 1®^ ventôse. Par un état daté du 7 février (1)

(1) BBi% 121.

on annonce que 7 canonnières sont, à cette date en armement. A Granville, on voulait avoir 20 nouvelles canonnières, réduites à 10 le 9 pluviôse, le reste devant être fait à Saint- Malo; les adjudicataires réclament, et on leur laisse la construction totale (1). Mais, au 1®*^ ventôse, aucune n'est achevée, on n'a prêts qu'une canonnière, 2 avisos et 11 transports pouvant porter 1750 hommes. A Saint-Malo, où il existe déjà 10 anciennes canonnières, on en construit 20 autres. A Brest, outre Tescadre dont il a été parlé, on arme des flûtes pour porter la cavalerie. A Rochefort, on arme le vaisseau la Révolution^ les transports la Volontaire^ la Décade^ la Bayonnaise^ la Diligente^ la Bergère^ la Médée^ la Princesse-Royale^ le Lambert^ le Cache^ le Rhinocéros^ les lougres Brillant et Volante^ dont les équipages sont complétés le 3 mars. L'ordonnateur du port de Dunkerque a reçu le 31 décembre Tavis de mettre en chantier dans son arrondissement, 20 canonnières ; il lui est successivement ordonné d'en construire 40, puis 60, et, le 25 février', Bonaparte en voyant 40 entreprises, fait limiter les travaux à ce dernier chiffre.

Mais, comme toujours depuis le commencement de la guerre, on s'est décidé trop tard et Ton demande l'impossible en ordonnant le 14 janvier d'être prêt pour le 28 février.

En même temps qu'on prescrit pour une date beaucoup trop rapprochée une concentration à Dunkerque, on s'occupe d'un projet tout autre que celui d'une descente en Angleterre, d'une tentative contre les îles Saint-Marcouf.

En partant de Paris, Forfait et Andréossy ont eu l'ordre de la préparer et c'est ainsi qu'ils adressent à Bonaparte un rapport sur les expéditions antérieures et les chances de succès d'une nouvelle.

(1) Lettres du Ministre, 9 et 17 plariôse. BBi^ 121.

ARMÉE D'ANOLETERB.

Le chef de brigade d'Artillerie Andréoeai, et Forfait, ingénieur constructeur, inêfiecteur des exploitations des bois propres au service de la marine, dans toute l'étendue de la République, au citoyen général en chef de l'armée de Vkngleterre Bonaparte, à Paris.

A Dieppe, le Xt pluviôse an vi (31 Janvier 1798). Mon Général,

Vous a\ez désiré des renseignements sur les lies Marcouf ; yoici ceux que nous avons obtenus au moment de notre départ du Havre, et qui sont consignés, en grande partie, dans un mémoire que nous vous adresserons de Dunkerque.

Les Iles Marcouf sont situées à peu près au milieu de la rade de la Hougœ, distantes du fort de la Hougue de une lieue un quart, et d'une lieue et demie de la côte la plus voisine.

La plus grande des îles, c'est-à-dire celle du nord, peut avoir une demilieue d'étendue, celle du sud est un peu moindre; elles sont séparées par un canal d'environ 130 toises de largeur, où peut passer une frégate de 40 canons dans les grandes marées.

Au commencement de la guerre ces lies étaient inhabitées. Les Anglais s'en sont emparés depuis et interceptent par ce moyen la communication du Havre à Cherbourg; c'est le seul point de la côte qu'ils serrent d'aussi près, car malgré l'occupation des lies de Jersey et Guernescy, nos bâtiments caboteurs peuvent se rendre de Cherbourg à Brest.

Les îles Marcouf, distinguées en île de terre et île de mer, ont chacune pour leur défense principale une redoute circulaire armée de pièces de gros calibres, située sur une espèce de plateau qui domine tout le terrain environnant à 45 toises de l'île de terre, au sud-sud -est d'une anse qui fait face à Grand- Camp ; il y a un bon mouillage pour des frégates.

Les deux îles sont entourées de rochers couverts de goémon glissant; cette même plante cache quantité de trous assez profonds qui se trouvent entre les rochers.

Il serait plus aisé de débarquer sur l'île de mer que sur l'île de terre, où la mer est toujours très agitée du côté du nord-nord-est.

La garnison des deux îles est d'environ 300 hommes; les Anglais ont constamment des frégates au mouillage de l'île, ou qui croisent dans les environs.

Sous le ministère de Truguet on avait formé le projet de s'emparer des deux îles Marcouf, et le Ministre actuel de la marine devait être chargé de l'exécuter.

Le citoyen Forfait a eu connaissance des projets qui eurent lieu à cette époque.

Le premier avait pour but d'attaquer les îles Marcouf avec huit chaloupes canonnières et 1200 hommes embarqués à la Hougue sur des bateaux pécheurs. Les chaloupes étaient destinées à couler à fond les bâtiments de guerre au mouillage ou les obliger à lever l'ancre; ce premier succès obtenu, elles

auraient protégé le débarquement des troupes, en balayant la câte à deux ou trois points d'un accès facile : il nous parait que le nombre des chaloupes canonnières était trop peu considérable pour une entreprise pareille.

Le second projet consistait à combiner Tattaque des chaloupes canonnières du projet précédent avec Tattaque d'une diyision de deux vaisseaux de ligne et d'une frégate, qui, étant partis de Brest ou de Lorient, auraient commencé par faire route au large, se seraient ensuite rabattus sur le cap de la Hougue, et auraient cherché à s'emparer des bâtiments en croisière ou en station.

Au signal fait par cette difision, tous les bâtiments portant du gros calibre, se trouvant dans les rades de Cherbourg et de la Hougue, seraient venus se joindre à cette division pour la seconder, et, pendant ce temps, on aurait effectué l'embarquement des troupes sur des bateaux pécheurs.

Le secret devait être Tàme de cette entreprise ; elle aurait été secondée par des ordres donnés sur la côte avec beaucoup de célérité.

Le dernier projet était de sacrifier un vaisseau, qui serait parti seul de Brest ; il serait venu dans un mouillage que Ton dit très propre à cela, jeter l'ancre au plus près de l'île la plus forte, au risque d'échouer et de s'y perdre. Ce vaisseau n'aurait été armé que de la deuxième batterie, et aurait été armé de la batterie la plus forte qu'on aurait pu placer dans ses hunes. L'intention était de faire taire les batteries du fort et de balayer la plage avec ses batteries supérieures et de protéger ainsi le débarquement des bateaux de terre. Ce projet ne nous parait pas praticable en ce que les batteries du vaisseau seraient dominées par celles des redoutes ; et nous pensons qu'on ne peut obtenir des succès qu'en effectuant une attaque avec un nombre suffisant de chaloupes canonnières.

Salut et respect.

Le chef de brigade d*artUlerie,

Andrêossi.

L* ingénieur y

Forfait.

Au moment où Bonaparte se décide à faire le voyage des côtes, il annonce au Ministre ce projet contre Saint-Marcouf dont il n'a pas encore été question et qui fera l'objet principal de la mission de Kléber.

Effectivement, tandis que Desaix est envoyé à Brest, d'où il ira à Lorient (1); Kléber va au Havre et à Cherbourg (2), Caffarelli à Boulogne et Dufalga à Dunkerque. Bonaparte part le 10 pour ce dernier point, où il retrouve Forfait et Andréossy.

(1) 23 février. Lettre da commandant d'armes, BBi^ Itl.

(2) 19 février. Lettre du commandant d'armes, BB»», 121.

besaix au général Kléber (1).

7 février.

L'intention du général Bonaparte est que tous partiez de suite pour Cherbourg, Dieppe et Granyille afin de connaître les moyens d'embarquement qui 8*y trouvent, ainsi qu'au Havre, et pouvoir rendre compte de l'activité des travaux qui ont été entrepris par le citoyen . Forfait, ingénieur constructeur envoyé par le général Bonaparte. Il vous est recommandé surtout de prendre tous les renseignements possibles dans ces différents ports sur les moyens de s'emparer promptement des lies Saint-Marcouf qui sont dans le voisinage et qui sont occupées par les Anglais. Je vous observe qu'il importe de mettre dans cette mission la plus grande activité, puisque le général Bonaparte désire qu'on puisse lui rendre le compte qu'il demande sur cet objet le !• ventôse prochain

Je partirai moi-même demain de très bonne heure pour Brest, et je compte revenir dans les dix jours. J'ai donné à l'adjudant général Levasseur, il y a quelques jours, l'ordre de se rendre sur les côtes pour y prendre les mêmes renseignements qui font l'objet de votre mission, vous le rencontrerez sans doute à Caen ou dans l'un des ports désignés : vous pourrez en tirer le parti que TOUS jugerez convenable.

Si TOUS avez besoin de fonds pour remplir votre mission, je vous invite à faire de suite Totre demande au Ministre

11 est ordonné au citoyen Dufalga, général de brigade du génie, de se rendre sans délai à Dunkerque où il recevra de nouveaux ordres.

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