ORDRE
Donkerqae» 24 ploviôse an vi (It février 1798).
Le général Caffarelli se rendra à Boulogne. Il prendra ses mesures pour améliorer le port, de manière qu'il puisse contenir 50 chaloupes canonnières, de 6 à 9 divisions de 50 bateaux pêcheurs tirant six à sept pieds d'eau ; une ou deux divisions d'écuries, de 50 par division ; 6 bâtiments de cent tonneaux pour Tétat-major; 6 bâtiments pour l'artillerie; 6 bâtiments pour les administrations; 6 bâtiments pour les hôpitaux.
Le citoyen Forfait fera passer 15,000 livres à l'agent des ponts et chaussées du port de Boulogne, avec lesquelles le général Dufalga commencera sur-lechamp les travaux.
U se rendra à Etaples et à Ambleteuse. Il verra s'il serait possible de faire quelques travaux qui missent ces deux ports en état de contenir chacun une division de bateaux pêcheurs.
Il visitera les batteries qui défendent Boulogne, et les fera augmenter, s'il est nécessaire, afin de les mettre à l'abri de toute insulte.
(1) Correspondance inédite de Napoléon. {Arch. de la Guerre.)
II Tisitera également le port de Calais et fera faire les travaux nécessaires pour que ce port contienne 400 bâtiments.
Le général Dufalga me fera un rapport circonstancié sur la situation de ces deux ports, et le temps où ils pourront remplir mes yues. Je lui ferai passer Targent qui lui serait nécessaire.
Il enyerra des corsaires avec des officiers du génie, reconnaître les câtes d'Angleterre, depuis Folkestone à Rye, en cherchant à connaître la position vraie de cette partie de la côte, et les batteries qu'il faudrait enlever ou surprendre pour opérer un débarquement sur cette côte.
Bonaparte.
Le rapport adressé plus tard par Forfait au Ministre rend bien compte de ce que put être la conférence tenue le 11 février entre Bonaparte, Forfait et Andréossy (1).
Rapport de Forfa/f (2).
A Paris, le 28 lloréal (17 mai).
Je n'ai reçu l'arrêté du 8 ventôse que le 19 du même mois. J'arrivais
(1) La lettre d-dessoos da Ministre de la marine indique aussi d'antres points traités dans cette réunion.
Le Ministre de la marine à Forfait,
17 pluviôse (15 février).
Je réponds à votre lettre du 21.
Je persiste à penser quMl convient de placer 2 batelets sur chaque canonnière de
nouvelle construction. Le pont que vous proposes au général Bonaparte d'établir pour faciliter le débarquement de l'artillerie et de la cavalerie, se trouvera fait pour l'infaoterie au moyen de ces petites embarcations, et il est à désirer que la troupe puisse descendre h pied sec
Le général Bonaparte étant à Dunkerque, j'ai lieu de croire qu'il vous aura déjà fait connaître ses intentions sur le pont et les péniches dont vous pensez que la construction est
nécessaire Je vous autorise à prendre les mesures que vous jugerez convenables
pour vous assurer à l'avance de la situation des bateaux de pêche qui seront mis ultérieurement en réquisition.
Je n'ai pas donné d'ordres directs aux agents maritimes d'Osteade et d'Anvers pour faire construire dans ces petits ports des chaloupes canonnières, mais vos instructions vous donnent la plus grande latitude sur cet objet. Si Dunkerque et son arrondissement ne peuvent fournir leur contingent, vous êtes suffisamment autorisé à y suppléer par les ports voisins, et moi-même, dans cette hypothèse, j'ai donné ordre au Havre de mettre en chantier 10 chaloupes en sus des 60 qui doivent y être construites
Je regrette bien de ne pouvoir faire sur-le-champ des fonds pour la réparation des
ports de Calais et de Boulogne, mais, depuis plus d'un mois, il n'a été fait aucune distribution à mon département à l'exception de la solde Ce déficit ne me permet
pas de faire face aux dépenses de la plus urgente nécessité, et s'il se prolongeait encore, mes opérations seraient toutes paralysées à la fois. (BBiv, 12 1.)
(2) BBi\ 121.
322 CIX(iUlÈME PARTIE. — CHAPITRE III.
alors à Anvers de Hollande, où j'avais rempli auprès du gouTernement bataTe une mission dont le général Bonaparte m'avait chargé avec le citoyen
Andréossy Je suis revenu d'Anvers à Paris je me suis ensuite
rendu à Rouen en vue d V organiser une école d'exercices pour les volontaires sur les bateaux canonniers. Pendant un mois j'y suis resté, attendant le général Kilmaine avec qui je devais traiter des objets relatifis k mon service. Le général Andréossy a été envoyé î\ Toulon, et notre troisième collègue, le général Lacrosse est resté sur les côtes maritimes,, dans les départements de la Manche et du Calvados, de sorte que la commission créée par l'arrêté du 8 ventôse n'a jamais été réunie : ses membres ont toujours agi isolément, et par conséquent, chacun doit rendre des comptes séparément. Je ne dois, en effet, en rendre que de ce que j'ai fait comme ordonnateur de la marine, depuis Cherbourg jusqu'à Anvers, commission qui m'avait été conférée par un
arrêté du Directoire, également du 8 ventôse
J'arrivai à Paris de Venise, où j'avais préparé toutes les opérations relatives à l'évacuation de l'arsenal. J'avais, par ordre du général Bonaparte, fait mon retour par Rastadt, quand je reçus à Paris, le 2i nivôse, des ordres et des instructions du Ministre ainsi que du général en chef pour me rendre avec le chef de brigade d'artillerie Andréossy, dans les ports de la Manche depuis la rive droite de la Seine jusqu'à Dunkerque. On devait construire dans ces ports un certain nombre de bateaux canonniers, qui, beaucoup plus limité d'abord, a été successivement et définitivement porté à 129. U fallait avoir à Dunkerque, pour le 10 ventôse, 180 canonnières ou bateaux canonniers, 3 prames armées de 36 et de mortiers, 500 bateaux pécheurs, 6 frégates, 6 corvettes, etc. On avait, avant notre départ, envoyé des plans au Havre pour l'exécution des bateaux canonniers. J'étais autorisé à y faire les changements nécessaires. Nous allâmes d'abord au Havre, nous y fîmes diverses expériences de bateaux à la suédoise. Nous arrêtâmes des améliorations à ceux dont la construction était ordonnée. Nous rendîmes compte de tout au général Bonaparte et au
Ministre le 9 pluviôse. Le contingent du Havre, dont l'expédition,
ordonnée était de
2 frégates,
3 corvettes,
2 prames corvettes,
10 grandes canonnières,
24 bateaux à la suédoise,
9 petites canonnières,
3 petites canonnières bombardes.
L'arrondissement fournissait 250 bateaux pour le transport de l'infanterie et de quoi embarquer 1200 chevaux.
On construisait 22 bateaux, on se préparait à en construire 38 autres dans l'arrondissement.
Nous parcourûmes les côtes, nous prîmes des renseignements de tous les marins instruits sur la situation des côtes anglaises, sur l'état de nos ports, sur les facilités et les difficultés de leur correspondance entre eux; sur les moyens qui, dans l'opinion des hommes instruits, seraient les plus propres à
procurer des succès à Texpédition préparée contre l'Angleterre. Ce trayail est demeuré imparfait à cause de ma séparation d*ayec mes collègues.
Arrivés à Dunkerque, nous éprouvâmes de grandes difficultés pour les adjudications des bateaux à construire. La confiance avait entièrement disparu. A force de peines et de soins nous parvînmes à la rétablir, et 60 bateaux canonniers y ont été construits à Tentreprise, à des conditions plus raisonnables que nous n'eussions osé Tespérer.
L'ordre avait été donné partout de mettre les bateaux de pèche et les caboteurs à un seul pont en réquisition. Dans l'arrondissement du Havre, on devait opérer la réquisition à l'instant, parce qu'il y avait un long trajet à faire pour se rendre à Dunkerque. Mais je crus que cette mesure ne devait être que provisoire dans l'arrondissement de Dunkerque, en attendant que la réunion s'opérât. Le Ministre m'écrivit le 11 pluviôse qu'il avait levé, par des motifs d'^onomie, la réquisition sur les bateaux dans l'arrondissement du Havre.
Le général Bonaparte vint à Dunkerque le 23 pluviôse (H février). H y passa la journée du 24 et en partit le 25 pour la Belgique. Pendant son séjour il prit connaissance de nos travaux. H fit un projet d'armement qui se devait exécuter avec une extrême rapidité, pour être prêt à Féquinoxe de printemps. Il ordonna la construction de 50 grandes péniches, et je reçus de lui l'ordre^ en date du 24 pluviôse y de faire travailler partout, de manière à pouvoir embarquer 4,000 à 5,000 chevaux, 50,000 hommes avec farliSerie et les provisions nécessaires, des bateaux canon niers et canonnières dan^ le plus grand nombre possible et diriger ces travaux de manière que, damji^ à ^0 jours, tout pût être 7nis en mouvement. Des ordres furent, en conséquence, transmis k tous les ports que nous avions parcourus.
Le même ordre du général Bonaparte nous chargeait, le citoyen Andréossy et moi, de remettre au Directoire exécutif, au ministre et au général français à la Haye, des dépêches du Directoire exécutif de notre République et de luimême. Ces dépêches avaient pour objet de demander à la République batave un secours de barques de transport et des munitions navales pour faciliter notre expédition. J'envoyai au Ministre de la marine et des colonies copie de ces ordres le 25 pluviôse.
Nous ordonnâmes la réquisition sur tous les caboteurs de la Belgique.
Voici, en effet, quelle fut la mission donnée à Forfait et Andréossy auprès du gouvernement batave.
Aux citoyens Forfait et Andréoaay.
Dunkerque, 28 pluviôse an vi (12 février 1798).
Les citoyens Forfait et Andréossy se rendront à la Haye.
Ils remettront les lettres ci-jointes du Directoire exécutif au Ministre et au Général français à la Haye.
Hs désigneront eux-mêmes les bâtiments qui nous sont nécessaires ; après quoi ils se rendront à Dunkerque, où ils recevroht de nouveaux ordres.
La Hollande est abondante, dit-on, en bfttiments plats et bons voiliers, il fau-
Digiti?éd by VjOOQIC
324 CmQUIÈME PARTIE. — CHAPITRE lU.
drait nous en procurer de 150 à 250, avec le plus de chaloupes canonnières qu'il serait possible.
Il faudrait ensuite que ces différents bâtiments se rendissent de suite à Dunkerque, afin d'être prêts à partir de cette yille dans un mois.
Si la Hollande prend un Téritablc intérêt à cette expédition, et qu'elle soit dans le cas de nous procurer des moyens, il faut en tirer le plus possible.
Faire traTailler de suite en Hollande, à Dunkerque, au Hayre, aux écuries, de manière que nous en ayons pour 4,000 à 5,000 chevaux.
Faire mettre embargo sur les bâtiments pêcheurs et autres qui peuvent nous servir, de manière que nous ayons de quoi embarquer 50,000 hommes avec Tartillerie, approvisionnements, etc.
Diviser de suite tous ces différents bâtiments en divisions de 50 chacune.
Faire armer de suite les chaloupes canonnières, bateaux canonniers, afin que, dans quinze ou vingt jours, tous puissent se mettre en mouvement des différents ports et se rendre au port de rassemblement.
Bonaparte.
Au Directoire exécutif de la République batave.
Dankerqae, 24 plaviôse an vi (12 février 1798).
Citoyens Directeurs, le Directoire exécutif m'a confié le commandement de l'armée qui est destinée à opérer une descente en Angleterre.
L'espoir que j'ai de réussir dans cette mission importante est en partie fondé sur l'appui que" j'espère trouver de la part de votre brave nation, et en particulier de ses illustres magistrats.
Indépendamment de votre flotte du Texel et des bâtiments de transport qui serviront à embarquer le corps de troupes qui est à vos ordres, j'ai indispensablement besoin, citoyens Directeurs, de 200 à 250 bateaux pêcheurs, capables de porter chacun 80 â iOO hommes, et de 20 â 30 chaloupes canonnières.
Je désire que cette flottille soit partagée en divisions de 50 bâtiments, commandées chacune par un de vos officiers de marine, et soit rendue à Ostende dans vingt ou vingt-cinq jours.
Je vous envoie les citoyens Forfait et Andréossy, officiers du plus grand mérite et qui possèdent toute ma confiance, pour se concerter avec vous sur les mesures nécessaires et prendre vos ordres. Je suis fâché que, pour cet instant, je ne puisse m'y rendre moi-même.
J'attends avec impatience votre réponse, et je ne doute pas que la flottille batave, réunie à la flottille française, et soutenue des flottes du Texel et de Brest, ne reconquière promptement le Cap, vos autres établissements, et n'humilie cet ennemi commun de la liberté.
Croyez, Citoyens Directeurs, à la considération distinguée avec laquelle je suis, etc.
Bonaparte.
Le 21 février, Bonaparte rentrait à Paris. Deux jours plus
tard, il adressa au Directoire un rapport contraire à l'expédition projetée contre l'Angleterre.
Ce document sera étudié plus loin, mais rien, de longtemps encore, ni dans les ordres du Directoire, ni dans les lettres mêmes de Bonaparte ne put donner à croire aux agents d'exécution que leurs efiforts n'avaient plus de raison d'être. Tout au contraire, le Gouvernement accède immédiatement aux demandes faites par Bonaparte pour le cas où, malgré son avis exprimé au début du rapport, on persévérerait dans l'entreprise. Le Ministre prend, le 25 février, une mesure radicale au sujet des marins.
C/rou/a/re pour les porta de Flesaingue, Dunkerque, le Havre, Cherbourg, Saint'MalOf Nantes, Bordeaux, Bayonne, Roohefort (i).
7 ventôse (15 février).
n est de la plus grande urgence d'accélérer par tous les moyens possibles Tarmement de tous les bAtiments de guerre et de transport destinés à l'expédition contre l'Angleterre.
Vous avez reçu des ordres pour presser les levées des marins Gepen-
dant, comme il est à craindre que les gens de mer excités par l'appât du gain ne cherchent à s'embarquer de préférence sur les bâtiments armés en
course, le Directoire exécutif a décidé qu'il sera mis sur-le-champ un
embargo général sur tous les corsaires existant dans les ports, ainsi que sur ceux qui pourront rentrer successivement.
En conséquence,* vous voudrez bien, à la réception de cette lettre, signifier aux armateurs qu'ils aient à faire désarmer tous leurs corsaires et à remettre les lettres de marque qui leur auront été expédiées
A l'égard des marins, qui en proviendront, vous les ferez passer sur-lechamp sur les bâtiments de la République
De plus, la concentration préparatoire des chaloupes et des bateaux canonniers est ordonnée le 26 février.
Ciroulaire aux porta d'Anvera, Oatende, Dunkerque, le Havre, Saint- Malo, Cherbourg, Breat, Lorient, Nantea, Roohefort, Bordeaux, Bayonne (2).
9 ventôse (27 février).
Je vous envoie la copie en forme d'un arrêté du Directoire en date du 8 de
(1) BBw, 120.
(2) BBw, 120.
ee mois, portant Tordre de faire passer au Havre et à Dunkerque les chaloupes et bateaux canonniers qui existent dans les ports depuis Bayonne jusqu'à Ostende, ainsi que les corsaires au-dessous de 100 tonneaux qui paraîtront susceptibles d*étre employés comme bâtiments de transport. Les articles 3 et i de cet arrêté doivent être déjà exécutés en partie
Enfin, un arrêté du même jour prescrit l'arrestation de tous les étrangers de langue anglaise « qui se trouvent dans <( les villes maritimes de la République » (i).
Tout semble donc concourir à prouver qu'on poursuit à outrance la lutte contre T Angleterre.
Or, dans ses séances des 24 et 25 février le Directoire avait pris connaissance du rapport de Bonaparte (2) et le 5 mars il décidait définitivement Texpédition d'Egypte (3).
Quant au général CaffareUi il accomplissait sa mission avec un zèle et une activité remarquables.
De Boulogne, il adressait les 18 et 20 février deux longs rapports qui contiennent Içs renseignements les plus intéressants.
D'après le premier de ces documents (4), le chenal de Calais peut contenir 84 chaloupes canonnières ou 112 bateaux canonniers, ou 252 bateaux pêcheurs. En élargissant le chenal sur 300 toises de longueur et en curant le bassin de Paradis, on peut élever les chiffres précédents à 148, 192, 407, c'est-à-
(I) Capitaine de la Jonquière, p. 180.
(t) Idem.
(3) A une date encore postérieure et poar dérouter les soupçons des vraies intentions» on communiqua à la presse rarrété suivant {Correspondance inédite de Napoléon) :
Arrêté du 31 mars.
m Le Directoire exécutif, vu les rapports qui lui ont été adressés par le Ministre de la marine et des colonies pendant son voyage à Brest, et considérant que le défaut de concert entre les opérations de l'armée de terre et l'armée de mer destinées à Texpédition contre l'Angleterre, apporte des obstacles à leur célérité et peut en entraver le succès, arrête ce qui suit :
« |o Le général Bonaparte se rendra à Brest dans le courant de la présente décade pour y prendre le commandement de l>rmée d'Angleterre ;
« 2' 11 est chargé de la direction de toutes les forces de terre et de mer destinées à l'expédition contre l'Angleterre ;
« 3* Le présent ne sera pas imprimé : les Mihistres de la guerre et de la marine sont chargés, chacun eu ce qui le concerne, de son exécution. »
Accusé de réception le 4 avril.
(4) Archives de la Guerre (Région de l'Ouest, reg. n» 14, Correspondance de CaffarelU).
dire donner au port la capacité demandée par le général en chef. Suit un devis sommaire des dépenses que CafiFarelli évalue à 76,000 francs (y compris 8,000 francs pour le rétablissement de recluse d'Hennuin, servant à faire communiquer Calais avec Dunkerque et Saint-Omer).
Le tableau n® 3, joint au rapport du 20, donne les chiffres suivants (1) :
Sortiront en une marée :
De Boulogne, 100 bâtiments 9.200 h. 280 chev.
D'Ambleteuse 50 — 2.000
De Calais 160 — 9.300 930 —
De Dunkerque (frégates et
corvettes) 3.750
Soit, au total 24.250 h. 1.210 chev.
« C'est, ajoute Caffarelli, plus de la moitié des troupes » (2). Ces chiffres pourraient être considérablement augmentés, en consacrant à Boulogne 1200 travailleurs pendant 45 jours et 300 à Calais (3).
En somme, les renseignements donnés par Caffarelli n'étaient pas mauvais, puisque, dès le moment, on pouvait faire sortir en une marée près de 25,000 hommes, chiffre très
(1) Capitaine de la Jonquière, p. 114.
(2) Caffarelli à Bonaparte.
28 pluviôse (16 février).
Mon Général,
Vous m*avez ordonné de mettre le port de Boulogne en état de recevoir :
50 chaloupes canonnières ;
1 ou 2 divisions d*écuries do 500 chevaux ;
24 bateaux de 100 tonneaux ;
6 à 9 divisions de 50 bateaux pécheurs.
J'ai cm pouvoir remplir vos vues en ordonnant le redressement du cours de la Liane et lui faisant suivre les murs de quai, lui donnant un chenal de 35 toises de largeur et l'élargissant dans la partie supérieure, de manière à former un bassin de 70 toises de largeur
sur 260 de longueur L'entrée du port est fort resserrée par un banc de galets
les marins ne croient pas pouvoir déblayer en une seule marée plus de 130 bâtiments en vive eau et les circonstances étant les plus favorables, ni plus de 60 à 80 en morte eau. Ainsi, en temps moyen et les bateaux étant assez grands pour porter 120 hommes chacun, on ne pourrait faire sortir que 9 à 10,000 hommes dans une marée
(3) Ces rapports devaient parvenir à Bonaparte dès son retour à Paris.
suffisant, sinon pour la conquête de FAngleterre, au moins pour une entreprise dont les conséquences eussent été incalculables.
Bonaparte répondit en ces termes :
Au général Caffarelli, à Boulogne.
Paris, 7 TenlAse an vi (25 février 1798).
J*ai reçu, Citoyen Général, à mon arrÎTée à Paris, les différentes lettres que TOUS m'y avez adressées. Je n'ai pas été étonné des embarras que vous éprouvez, je Tai été cependant, ainsi que le GouTemement, de la sottise de ce M. David (1).
Je n'ai pas jugé à propos de faire faire par le Gouvernement le règlement que ?ous m'avez envoyé. Cela serait, dans l'expédition que nous commençons, un très mauvais exemple. Il faut que toute la marine qui est située dans Tenceinte de Tarmée d'Angleterre soit absolument entre les mains du général qui commande Tannée, comme les autres armes.
Le citoyen Forfait a été nommé ordonnateur de la marine ; son arrondissement s'étendra depuis Anvers à Cherbourg.
Le contre-amiral Lacrosse va se rendre également comme inspecteur de cette partie de la côte.
Le citoyen Andréossy est nommé général de brigade d'artillerie, et sera chargé de toute la partie de l'armement militaire.
Ces trois ofÛciers formeront une commission, qui recevra directement des ordres du général commandant l'expédition.
Le Directoire met 800,000 livres par décade à la disposition de cette commission.
On mettra également 300,000 livres par décade pour les dépenses du génie, de Tartillerie et extraordinaires de l'armée. C'est sur ces fonds que seront prises les sommes nécessaires pour le rétablissement des ports.
Desaix, qui est arrivé, se rendra dans quelques jours à Boulogne.
Les troupes sont en marche.
Je vous salue. Bonaparte.
Effectivement, un arrêté allait investir Lacrosse, Forfait et Andréossy d'importantes fonctions.
Arrêté du 26 février.
Les citoyens Lacrosse, contre-amiral, inspecteur de la côte depuis Cherbourg jusqu'à Anvers ; Forfait, chargé des fonctions de commissaire ordonna-
(I) Commissaire principal de la marine à Dunkerque.
LA FLOTTILLE DB LA MAIfCHE. 329
teur de la marine de la même côte, et Andréossy, général de brigade, chargé de Tarmement militaire de différents bateaux énoncés dans l'arrêté de ce jour, formeront une commission pour préparer, exécuter ou faire exécuter toutes les mesures qui leur seront prescrites par le général Bonaparte, relatiyement à l'expédition contre T Angleterre.
La commission recevra directement les ordres de ce général.
Les Ministres de la guerre et de la marine fourniront à la commission tous les officiers, agents et employés subalternes dont elle aura besoin pour son organisation et son service.
Sur les fonds qui seront mis successivement à la disposition du Ministre de la marine par les décisions décadaires du Directoire, ce ministre affectera 4,000,000, payables à raison de 800,000 firancs par .décade, à la disposition de la commission pour couvrir les dépenses qui y sont relatives.
Ostensiblement, au moins, Bonaparte reste encore tout dévoué à Tentreprise.
Au général Caffare///.
Paris, 8 ventôse an vi (26 février 1798).
Le résultat à obtenir. Citoyen Général, dans les travaux des ports du Pasde-Calais, est celui-ci :
Travailler à ces ports de manière que le plus grand nombre de bateaux possible puisse sortir dans une seule marée.
Calais, Ambleteuse, Boulogne, Étaples, peuvent seuls être comptés, et encore ne serait-ce qu'avec répugnance que je me trouverais obligé de calculer sur Calais, au moins pour porter les premiers 30,000 hommes.
Il serait inutile de faire des travaux longs et coûteux au port de Boulogne pour le rendre susceptible de contenir un plus grand nombre de bateaux qu'il n'en peut sortir dans une marée.
Ainsi, s'il est bien prouvé que Ton ne peut faire sortir du port de Boulogne que 100 ou 150 bateaux dans une marée, il ne faut ti-avaiUer au port que pour le mettre à même de contenir ce nombre de bateaux.
Même raisonnement pour Calais.
n faudrait forcer les travaux à Ambleteuse et mettre ce port à même de contenir autant de bateaux qu'il serait possible d'en faire sortir dans une marée.
Je vous prie de me faire connaître le parti qu'on peut tirer d'ÉtapIes, tant en raisonnant sur sa situation actuelle que sur sa position géographique.
Si les chenaux des ports de Boulogne et autres étaient parallèles au rivage de la mer, il est clair que les bâtiments, recevant l'eau de la marée au même instant, pourraient sortir sur-le-champ ; c'est donc sur la partie des ports qui est le plus près de la mer qu'il faut travailler.
Enfin, il faut que vous vous appliquiez à favoriser par tous les travaux qu'il sera possible de faire, la prompte sortie d'une grande quantité de bateaux.
Ne pourrait-on pas échouer tous les petits bateaux ne portant que 40 à 50 hommes?
Ne pourrait-on pas échouer tous les bateaux hollandais, et môme ceux de Dieppe, sur la plage, et faciliter cette opération en faisant quelques travaux sur la plage?
J'ai TU constamment sur la Méditerranée des bâtiments de 40 à 50 tonneaux échoués à 12 et 15 toises sur le sable, et que Ton remettait ensuite à la mer dans un quart d'heure.
Puisqu'il n'est pas possible de faire sortir de Boulogne dans une marée autant de bateaux que l'on aurait besoin, nous y mettrons de préférence les écuries, les bâtiments chargés et les grosses chaloupes canonnières.
Nous mettrons les bateaux canonniers et les muskeyns, qui ne tirent que trois pieds d'eau, dans le port d'Ambleteuse.
Et 300 à 400 bateaux seront échoués sur la plage dans la rade de Saint- Jean : ces b&timents ne devant porter que des hommes et deux ou trois sacs de biscuit, ne se trouveront chargés de rien.
Je voudrais que vous vous occupassiez :
l® De choisir le local de la plage, depuis Ambleteuse jusqu'à Boulogne, le plus favorable pour cet échouement ;
2° Voilà les travaux que l'on pourrait faire à ladite plage pour rendre cette opération plus facile et moins fatigante pour les bateaux.
Quant à Calais et Dunkerque, on s'en servirait pour le complément de l'armée, le reste des écuries, les équipages, les approvisionnements, etc.
On m'avait dit qu'en coupant un pont à Calais on pourrait mettre un grand nombre de bateaux dans le chenal, sans faire d'autres travaux essentiels.
Vous porterez une attention particulière aux batteries de la côte, tant de Boulogne et d'Ambleteuse qu'A celles que nous devrions construire sur la plage où nous voudrions échouer. Vous écrirez au général Dulauloy, à Douai, qui vous fera passer 300 ou 400 canon niers avec les mortiers et pièces de canon dont vous jugerez avoir besoin.
Je vous salue. Bonaparte.
De son côté, Kléber qui avait demandé avec insistance à servir contre l'Angleterre, envoya sur sa tournée de nombreux renseignements.
Le général de division Kléber, au général en chef Bonaparte,
Paris, le 8 ventôse an vi de la République française (26 février 1798).
J'ai rhonneur de vous adresser les notes relatives à la mission dont j'ai été chargé. Vous y trouverez, citoyen Général, Tétat des bâtiments de transport et autres en construction, armés ou prêts à l'être, que j'ai trouvés dans les différents ports que j'ai parcourus, ainsi que quelques réflexions sur l'attaque des îles de Marcouf.
Les généraux Duchéne et Tureau, ayant leur destination pour Cherbourg, pourraient activer et surveiller ce coup de main, qui, par un vent favorable, ne saurait manquer d*étre couronné de succès. L'adjudant général Levasseur, actuellement à Caen, me semble très propre à commander les troupes de débarquement; le capitaine de la marine, Muskeyn, à diriger Topération maritime, et le capitaine du génie Galbois, résidant à la Hougue, tout ce qui est relatif à son arme.
Suivent les notes.
Au général Desa/x.
Du 9 ventôse (Î7 février 1798).
J'ai eu hier une petite conférence avec le citoyen La Bretonnière, qui doit vous être connu, mon cher Général; il m*a fait envisager Tattaque des iles Marcouf comme impraticable, tant que les Anglais seraient maîtres de la mer, et il assure qu'aucun vent ne peut les obliger de se retirer, pouvant mettre leurs bâtiments tantôt à l'abri des îles, tantôt de l'autre. Il en conclut donc naturellement que ce serait se compromettre inutilement que de faire sur ces établissements la moindre tentative. Comme cet avis est entièrement opposé h celui que j'ai donné dans mes notes, sur les renseignements que j'ai recueillis tant au Havre qu'à Cherbourg, je m'empresse d'autant plus à vous le communiquer que le citoyen La Bretonnière mérite toute notre confiance, par ses lumières et par sa longue expérience dans la marine, ainsi que par la connaissance qu'il a des côtes de la Manche particulièrement.
Veuillez prévenir de ceci le général Bonaparte pour l'engager à conférer avec cet estimable marin, avant de donner des ordres concernant ces îles.
P,'S, — Le citoyen La Bretonnière se propose d'aller voir ce soir le général Bonaparte.
La mission de Forfait et d'Andréossy en Hollande eut un plein succès.
Copie de la lettre écrite de la Haye par le chef de brigade Andréosay, et l'ingénieur de marine Forfait, au général Bonaparte.
11 ventôse (1« mars) ()).
Nous sommes arrivés à la Haye le 4 ; le 5 nous avons été présentés au
Directoire par le Ministre La Croix et le général Joubert. En lui remettant nos dépêches et celles du Directoire, nous lui avons demandé d'après vos ordres 30 canonnières et 250 navires de transport et de plus, d'après les besoins que nous avons reconnus dans les ports de France, les objets ci-après, savoir :
(l) BBi\ 121.
200 petits màto ; 4,000 billoQS pour faire 12,000 agirons; 600 ancres.
Le Directoire a tout accordé et donné Tordre au Ministre de la marine d'exécuter.
Il n'existe pas dans la marine bataye de chaloupe canonnière, mais
nous aTons trouvé des navires nommés tialk, qui peuvent en tenir lieu. Nous avons laissé un contremaître pour faire le choix des bâtiments et nous sommes partis pour le Texel. Le 9, nous avons visité Tescadre. Elle consiste en :
1 vaisseau de 74 ;
6 — de 50 à 56; 3 grandes frégates;
2 corvettes;
iO navires de transport.
Le tout pourrait porter 9,000 à 10,000 homnies de débarquement et être prêt à partir vingt-cinq à trente jours après les ordres donnés. On y pourrait joindre plusieurs navires de transport, actuellement à Amsterdam.
Le général Gastagnier prétend que les mauvais temps de Téquinoxe
seraient très favorables pour effectuer par cette voie un débarquement en Irlande, en passant par le Nord, parce que ce n'est qu'après cette saison que les Anglais viennent bloquer le Texel. Le même général prétend avoir reçu à Flessingue une députation des Irlandais
Le Directeur des constructions nous a dit avoir à notre disposition 200 ancres à Amsterdam; on cherche à s'en pourvoir ailleurs, 100 petits mâts, on n'en pourra pas trouver davantage, 2,000 billons et 800 rames brutes ; on tâchera de se procurer des billons ; 30 tialks pour canonnières, 200 b&timents de transport on leur donnera l'ordre de se rendre à Flessingue
La situation fournie à la date du 21 mars et le rapport de Forfait et Andréossy montrent bien la grandeur des moyens dont on disposait à cette époque.
LA FLOTTILLE DE LA MAIfCHB.
Situation do l^armée navale de descente an nord do la Manche an l*' germinal (21 mars) (i).
BATIMENTS
BATIMENTS
BATIMENTS
ROVBRB
OHKTAUX.
DB OUBIIRB.
DB CAViOBaiB.
d'hommes
Hollande.
30 canonnières. ^^ ^*^®» ^® **^ ^^° ^"'^®» ^® ^^' 8.600 tage. tage.
inuer*.
» |101 barques. |216 barques. 1 15,120
Ostende.
87 chaloupes de pè-
14 barques.
che.
11 caboteurs.
Dunkerque (1).
4 frégates.
7 eorrettes.
1 brick.
3 cutters.
11 transports à la
1 goélette.
5 avisos.
5 canonnières.
6 bateaux canonniers.
remorque.
28 bAtiments de com-
60 bateaux à la sué-
merce.
doise.
50 péniches.
3 transports (2).
Le Havre (3).
4 ftrégates.
5 corvettes.
10 canonnières.
4 avisos.
24 bateaux suédois.
69 transports.
240 transports.
9 bateaux canonniers.
3 bombardes.
60 bateaux neufs (4).
(1) 2 canonnières sont années, on man<)ue de matelots nour le reste.
(2) Fias dans l'arroodiisement 119 petits bateaux et 20 transports pouvant porter 25
hommes
chacan, mais d'un grand tirant d*eau.
(3) Tout est armé, mais il manque des matelots pour 2 frégates, 3 corvettes, 5 cai
Qonnières,
10 bateaux suédois.
(4) Plno dans Tarrondissement 83 transports pouvant porter en moyenne 250 honim<
» chacun,
mais d'un grand tirant d'eau.
(1) BBi\ 121.
Rapport de Forfait
17 mai (1).
Nous ordonnâmes la réqniattioii sur tous les caboteurs de la Belgique, dans les ports d'Ostende et Anvers. Les offioArs des mouTements furent chargés de parcourir tous les canaux intérieurs pour ftùre la recherche des bâtiments propres au transport de l'artillerie et de la cavalerie. Mais cette réquisition ne fut que provisoire et on donna la permission de navigation à eeax qui la demandèrent. Par conséquent, TËtat ne se trouva chargé d'aucune dépense. Pendant que ces choses s'exécutaient, nous nous rendîmes en Hollande. Nous eûmes, grâce à la , considération dont y jouit la République française et ses agents, l'accueil le plus favorable du Directoire et du Ministre de la marine. Nous obtînmes la promesse de tout ce que nous demandâmes. Nous parcourûmes tous les ports de nos alliés. Nous observâmes l'état de leurs forces navales et nous rendîmes compte de tout au Ministre et au Général en chef, le 49 ventôse (9 mars).
Le résultat était que le Gouvernement batave avait promis de nous fournir S50 barques du port, de 60 à 120 tonneaux, montées de leurs capitaines, matelots, et pourvues d'un double jeu de grelins, de i 8 avirons et de munitions de bouche de campagne pour quatre mois, 200 mâts de 60 pieds, S, 000 billons de sapin, de 20 à 22 pieds, pour avirons, 600 ancres de 400 à 500 livres, 30 tialks pour être armés en canonnières.
Nous avions trouvé dans les ports de la République batave, en construction, i vaisseaux de 80, 3 de 68, 1 de 40, 2 corvettes ; en radoub, 2 vaisseaux de 68, i de 64, 2 de la Compagnie, i corvette ; armés, 2 vaisseaux de 68, 2 de 64, 5 de 56, 6 frégates de 32 â 44, 8 corvettes ; enfin, désarmés, 8 vaisseaux de la Compagnie.
Nous étions revenus par Flessingue, afin d y donner les ordres et instructions nécessaires, pour la réception des navires et des objets fournis par le Gouvernement batave, pour l'installation des tialks en canonnières et des écuries flottantes.
Arrivés à Anvers, nous fîmes exécuter une de ces écuries sous nos yeux : elle devait servir de modèle pour celles qu'on installerait dans ce port et à Flessingue. Nous revînmes, suivant les instructions et les ordres du général en chef, par Dunkerque, Calais et Boulogne, et nous nous rendîmes à Paris.
Nous remîmes au Ministre de la manne et au Général en chef, un tableau exprimant la situation de l'armée navale de descente dans notre arrondissement, au V^ germinal (21 mars). Son résultat était que l'on pouvait disposera volonté, depuis le Havre jusqu'à Flessingue, de ce qui suit :
294 bâtiments de guerre, presque tous à rames ;
319 — pour cavalerie, portant 5,934 chevaux;
7i8 — d'infanterie, portant 70,034 hommes.
Le tout estimé de beaucoup au plus faible.
(I) BB»v, lîl.
J'eus à me féliciter alors du parti que j*avîiis pris de mettre presque partout des réquisitions provisoires. // n'y avait plus aucune trace de C empressement qu'on avait montré tout d'abord. Je reçus tordre verbal du général Bonaparte de diminuer les dépenses autant qu'il serait possible; mats de manière cependatit qu'il ne fût pas trop manifeste que le projet de descente était ajourné ou abandonné, ou sacrifié à d'autres vues. Ma correspondance fut dirigée en conséquence. Je fis successivement licencier au Havre et dans son arrondissement les barques et bateaux qui avaient été frappés de la réquisition, mais à bord desquels il n'avait été fait aucun travail au compte de la République. Ensuite, ceux à bord desquels on avait fait des travaux fuvent aussi licenciés et les états de fret et de dépenses pour radoub arrêtés. C'est le port où ces objets s'élèvent à la somme la plus forte. Il y a 380,000 à 400,000 francs de fret échu et de dû aux entrepreneurs qui ont fait l'avance des réparations d'armement.
Dans le port de Dunkerque, ces dépenses sont à peu près nulles. Il n'a été travaillé aux écuries flottantes que sur des bâtiments de l'Etat.
Dans la Belgique, particulièrement à Anvers, tous les bâtiments destinés au transport de Tinlanterie n'ont jamais été arrêtés. Il ne leur est rien dû. Suivant le dernier état que j'ai reçu de l'agent maritime Daigremont, il avait fait construire des écuries dans 3i barques pour recevoir 698 chevaux. Cette construction â dû coûter 5,000 à 6,000 francs et doit être payée A Fles-
singue, les seuls bâtiments bataves se sont réunis dans les bassins. Il s'en est trouvé jusqu'à 140, compris 30 tialks. Ces tialks ont été disposés pour être armés en canonnières par les ingénieurs bataves. Le travail, qui n'aurait pas coûté 300 francs en France pour chaque tialk, en coûtera plus de 1400 d'après les comptes qui m'ont été rendus. J'ai donné ordre de suspendre et d'envoyer ces bateaux à Dunkerque
Telle a été la marche des opérations que j'ai dirigées, on va connaître les résultats par l'état actuel des armements.
A Cherbourg, on arme la frégate la Furieuse, portant 28 canons de 18 batteries. Cet armement marche avec lenteur, parce que le peu de moyens qu'a
le port est absorbé par la flottille chargée de l'attaque des lies Marcouf Il
n'a point été fait de construction à Cherbourg ; celles de Granville n'étaient pas sous mon inspection.
Au Havre on a armé l'Indienne, la Confiante, la Comète, la Revanche, la Libre, les corvettes Bacchante, Serpente, les corvettes-prames Vulcain et Vésuve, 9 grandes canonnières, 24 petites à la suédoise, 3 petites bombardes, 4 lougres ou avisos faisant partie de la flottille chargée de l'attaque des Saint-Marcouf.
On a construit 69 bateaux canonniers et terminé 2 frégates.
Enfin, on a armé 25 navires de transport et préparé des écuries flottantes, pour 600 chevaux. Tous les bâtiments de transport étaient matériellement en état de tenir la mer à Vépoque ordonnée dans tout V arrondissement. Tous n'avaient pas d'équipages, mais d'après les ordres ultérieurs, une grande partie a été licenciée avec les précautions nécessaires pour être à portée de les rassembler aussitôt qu'on voudra.
Les équipages des grands bâtiments de guerre n'ont pas encore été portés absolument au complet. On ne s'est jamais proposé que de faire sortir 2 fré-
gâtes et 2 coryettes. Les croisières de Tennemi ont été si exactes qu'il n'a pas été possible d'y réussir.
Les Anglais ayant insulté la Tille du Havre le 10 germinal, en lui tirant quelques Tolées à toute portée, Tordre a été donné d'amener 5 navires à fond plat, de 2 canons de 24 chacun. Deux de ces navires portent un mortier de i2 pouces, tous auront ua fourneau à rougir les boulets. Si l'on joint à ces moyens défensifs une seconde division de 9 bateaux canonniers, actuellement armés de tout point, une troisième division de i2 bateaux neufs à la suédoise, qui, dans ce moment-ci, ont des capitaines, des seconds et quelques matelots, dont on peut compléter l'armement avec des soldats ou avec des citoyens de bonne volonté, on ne doutera pas que le port du Havre ne soit à l'abri de toute attaque
n reste 48 bateaux à la suédoise, neufs, qu'on peut armer quand on le voudra. Ils sont répartis dans divers ports ; 10 sont préparés à Rouen pour former une école de manœuvre
A Dunkerque^ 4 frégates sont armées matériellement ou à peu près (la Bfusurante^ la Désirée, la Poursuivante, V Incorruptible) on a, de plus, armé la
frégate la Républicaine, 5 corvettes, 1 prame corvette, 5 canonnières,
6 bateaux canonniers.
Il ne manque, pour compléter ces armements, que des équipages qui, dans le port de Dunkerque, sont plus difBciles à contenir qu'ailleurs. Ils parlent tous au moins deux langues. La proximité de la Hollande, les armements fréquents en course et sous pavillon neutre, sont autant d'échappatoires qu'ils savent saisir. S'il se faisait jamais un grand rassemblement dans ces parages, il faudrait des mesures de police extrêmement sévères et bien entendues pour s'opposer à la désertion.
58 bateaux canonniers à la suédoise et 50 grandes péniches ont été construits dans l'arrondissement de Dunkerque. Ces constructions sont à peu près terminées
Mais c'en était fait de Tentreprise. Les eflPorts de la France avaient été détournés d'un autre côté et tant de peines et d'argent avaient été dépensés en pure perte.
Dès le 3 mars, en effet, on avait pris les premières mesures opposées à la ligne de conduite suivie tout d'abord.
Rapport au Directoire (1).
Par sa lettre du 13 de ce mois (ventôse) (3 mars), le Directoire a prescrit au Ministre de la marine de surseoir, quant à présent, à l'exécution de son arrêté du 8, concernant l'embargo à mettre sur les corsaires et autres bâtiments. Cet ordre va être expédié dans tous les ports de la République.
On pense seulement qu'il est nécessaire de laisser aux citoyens Forfait,
(1) BBw, itl.
Lacrosse et Andréossy, la faculté de requérir les bâtiments de guerre et de transport, ainsi que les bateaux et autres embarcations qui pourront être utiles à leurs opérations dans les arrondissements du Havre et de Dunkerque.
A regard de Tarticle 4 de Tarrété relatif aux matelots employés sur les corsaires, il a dû recevoir partout son exécution, et déjà, sans doute, ces marins* sont embarqués sur les bâtiments de la République. Mais, en restituant aux particuliers leurs corsaires, il y aurait de grands inconvénients à leur rendre en même temps leurs équipages : on peut d'ailleurs être assuré que ces armateurs trouveront facilement des matelots, soit dans les quartiers de l'inscription maritime, soit dans le nombre des déserteurs ; et ces nouveaux équipages deviendront ultérieurement utiles à la République, lorsqu'aprës avoir rassemblé tous les éléments de l'expédition, le Directoire ordonnera un embargo général et définitif sur les corsaires.
CircuIsLire pour surseoir aux articles 2 et 3 de l'arrêté du 8 (lever l'embargo).
17 ventôse (7 mars) (l).
L'intention du Directoire est que les marins français provenant des corsaires soient retenus au service de la République; mais les armateurs
auront la faculté de former leurs équipages d'hommes non compris dans Cin" scription maritime et de matelots étrangers. Et, pour que cette disposition ne puisse être éludée, il sera passé une revue de Téquipage de chaque corsaire, au moment où le capitaine déclarera vouloir prendre la mer. Les états-majors seuls continueront d'être composés d'officiers et de marins français.
Un peu plus tard (2), le 2 mai, Bruix devait pourtant revenir à la charge et proposer, sans succès, un nouvel embargo sur les corsaires « qui ne peuvent rentrer pendant « la belle saison, se font prendre et perdent ainsi les meil- « leurs matelots ».
Quelques mots sur les événements auxquels fut mêlée une partie de la flottille, permettront de se faire une idée du rôle qu'elle aurait pu jouer dès cette époque.
Le 7 avril, Muskeyn avec sa flottille était sorti du Havre dans l'intention d'attaquer les îles Saint-Marcouf. Rencontré par rennemi, U avait soutenu un combat henorable et, une fois embossé, il avait obligé les Anglais à la retraite.
(1) BBiT, ito.
{%) Archives de la Marine, BBi^ 121.
Muskeyn, capitaine de vaisseau, commandant en chef la flottille
des chaloupes-canonnières de la République, au Havre
au citoyen Kilmaine, général en chef de r armée d'Angleterre, k Paris.
Sallenelle, le 19 germinal an yi (8 ayril 1798).
Gtoyen Général,
J'ai Thonneur de vous remettre ci-après un petit extrait de mon journal par lequel je tous transmets les détails d'une attaque qu'a eue la flottille sous mes ordres, contre deux frégates du premier rang dans la baie de Caen, au mouillage de la fosse de CotteTille.
Hier, midi et demi, étant à l'ancre par le travers de la pointe de Dives, pour étaler le Ilot, un bâtiment de la flottille, signala deux bâtiments en vue, restant dans le N. i/i N.-O., portant sur nous toutes voiles dehors, petit air de la partie de N. N.-E et N.-E.
A 6 heures, étant à l'entrée de la baie de Caen, je laissai tomber mon ancre de bâbord dans la fosse Cotteville et ordonnai à la* flottille d'en faire autant en observant une ligne de bataille ofiensive et défensive pour répondre aux deux frégates ennemies en vue.
A 7 heures, étant à portée de canon, la flottille commença le feu sur les frégates qui ripostèrent de leurs premières batteries sans lui faire aucun dommage, quoique leurs boulets les dépassaient de beaucoup.
La frégate commandant qui se trouvait la plus sud, en revirant de bord pour envoyer sa deuxième bordée et y étant contrainte par le feu actif de la flottille, prit heureusement terre sur le banc de la Pâture et y fut canonnée jusqu'à la noire nuit, que je donnais l'ordre à une partie des bateaux plats d'aller l'attaquer à l'abordage, mais les vents et la marée contraires empêchèrent le succès que je me promettais de cette opération ; les deux frégates se faisant mutuellement des signaux, celle échouée reçut des secours de celle qui était à la voile et qui, au moyen de la marée montante et d'une remorque, est parvenue à la renflouer â minuit et demi, moment où la flottille a recommencé son feu, sans que les frégates ripostent, probablement pour ne pas indiquer aux canonniers où ils devaient pointer, mais nous ne doutons pas de la manière dont elles ont été maltraités, ayant ce matin reguindé un mât de hausse et chacune un de perroquet.
Calme presque plat ; j'ai voulu continuer ma route pour Isigny, mais, sur les 9 heures, les deux frégates ayant eu connaissance d'une voile qui m'était aussi signalée par mon éclaireur, et alors ayant brise de vent de N.-E., ne voyant pas apparence de doubler la percée sans être inquiété par ces trois bâtiments ennemis, et voyant apparence de frais de vent, j'ai résolu de faire signal â la flotte qui était mouillée par le travers de Courseulle, d'aller la mettre à l'abri dans Sallenelle. La voile aperçue était du vaisseau de 7i qui, ainsi que les deux frégates, ont tiré plus de cent coups de canon sur la flottille sans blesser personne ; il n'y a que quelques canonnières et bateaux qui ont reçu de légères avaries dans leur mâture et gréements.
Nous allons nous occuper à les réparer et profiterons de la première occasion favorable pour suivre la destination qui m*est indiquée.
Salut et respect.
Signé : Muskbyn.
Le général en chef, par intérim, au citoyen Président du Directoire. Au quartier général de Paris, le 24 germinal an vi (13 avril 1798).
Citoyen Président,
J'ai rhonneur de vous transmettre ci-joint les rapports que je viens de recevoir concernant le combat qui a eu lieu dans la baie de Caen entre notre flottille et un vaisseau de ligne et deux frégates anglaises.
J'ai rhonneur de vous informer que la nouvelle de la prise des lies Marcouf, annoncée dans la lettre de Tadjudant général Bouland, ne se trouTerait pas contredite par le rapport du capitaine de vaisseau Muskeyn, cette prise ayant pu être effectuée par les forces que j'ai fait rassembler dans cette intention à la Hougue.
Salut et respect. Kilmainë.
Le général en chef, par intérim, au citoyen Président du Directoire exécutif»
Au quartier général de Paris, le 29 germinal an vi de la République française une et indivisible (18 avril 1798).
Citoyen Président,
J*ai rhonneur de vous transmettre ci-joint un rapport que je viens de recevoir du contre-amiral Lacrosse.
Salut et respect. Kilmainb.
Le contre-amiral Lacrosse, inspecteur de la côte depuis Cherbourg
jusqu'à Anvers, au citoyen Kilmaine,
général divisionnaire, commandant l'armée d'Angleterre.
A Caen, le 25 germinal an vi de la République une et indivisible.
Citoyen Général,
Je suis arrivé à Caen depuis hier au matin, et me suis rendu de suite dans la baie pour y inspecter la flottille, prévenir les inconvénients qui pourraient résulter de la rel&che, et la mettre à même de reprendre la mer; j'ai trouvé
les choses dans le meilleur état, et les esprits disposés pour de Douyeaux coups de main.
Je n'écris point au général Bonaparte, parce que je ne sais où il est dans ce moment. Je n'ai reçu de lui aucune réponse à toutes les lettres que je lui ai écrites, relativement à la mission dont il m'a chargé; au reste, je tous laisse le soin de lui transmettre tous les détails de nos opérations. Je tous les donnerai toujours avec exactitude.
La flottille a été abondamment pourvue par le commissaire de marine de c^t arrondissement ; les vivres de campagne sont restés en réserve, l'administra tion de terre est venue au secours de l'administration de mer, et c'est de cette bonne intelligence et du concours des amis de la chose publique que résulte ce bon ordre, qui se maintient dans ce petit armement.
11 y a eu quelques déserteurs matelots, après la relâche, mais ils sont ren très incessamment h leurs bords, et les menaces de punitions rigoureuses ont produit le meilleur effet.
La flottille eût repris la mer dès hier au soir, si les vents l'eussent permis ; déjà le capitaine commandant Muskeyn a fait filer quatre de ses bateaux h Grand-Camp où ils étaient arrivés à 5 heures du soir, malgré trois frégates et un vaisseau qui ont été constamment en vue : il se propose de faire passer ainsi le reste de ses bateaux vers la Hougue, où il sera le maître de se rendre ensuite avec ses chaloupes, malgré l'ennemi, qui ne pourra l'empêcher de profiter du premier vent favorable.
De cette manière, le succès de notre expédition devient d'autant plus certain que j'ai préparé à la Hougue de nouvelles ressources, et surtout de grands moyens de conserver les îles une fois qu'elles seront conquises.
Je reviens avec un nouveau plaisir sur les détîdls du combat de la flottdle avec les frégates anglaises.
Malgré le grand désavantage d'avoir été vu à l'instant de sa sortie du port du Havre, le commandant Muskeyn a déjoué les projets de l'ennemi; il a conservé le plus grand ordre' dans sa flottille, s'est rendu le maître de choisir le moment de l'attaque, et n^a commencé son feu que lorsqu'il a été à demiportée du canon de l'ennemi. De cette manière il lui a fait tout le mal qu'il pouvait lui faire, son feu a été toujours bien soutenu, toujours utile, tandis que les boulets de l'ennemi passaient au-dessus de la flottille, qui, par la petitesse de ses hàtiments, le peu de surface qu'elle présentait, n'a pas reçu le moindre dommage : aussi la victoire eût été suivie de la prise de deux frégates, si les vents, la marée, les courants, et une nuit très obscure n'eussent pas été ensemble contre nous et sauvé l'ennemi de l'abordage, que le commandant Muskeyn avait déjà ordonné, mais que cette contrariété des circonstances réunies n'a pas permis d'exécuter.
J'ajouterai encore que le capitaine Muskeyn n'a pas été secondé autant qu'il devait l'être par les capitaines de ses bateaux ; la pénurie d'officiers où nous étions au Havre, ne nous avait pas permis de faire un choix de sujets qui eussent fait à la fois leiu^ preuves de talent et de courage. Au reste, cette action a été pour eux, comme pour les troupes d'embarquement, l'heureuse occasion d'acquérir de la confiance contre un ennemi que nous avons battu.
Salut et fraternité. Lacrosse.
Combat du 18 floréal an VI k l'attaque des fies Marcouf.
(7 mai 1798.)
Le n floréal, Je commandant de la flottille armée au Havre mit en rade du port de la Hougue, avec la flottille composée de i5 chaloupes canonnières, 30 bateaux canonniers, 2 bombardes et 2 avisos. Elle a appareillé sous le fort de la Hougue à deux heures de flot pour aller mouiller au sud-ouest de Tlle de terre, à grande portée de canon, afin d'avoir la facilité de se rallier et de se former avant le point du jour, pour donner l'assaut Ruii lies; dans cet instant, la flottille a nagé toute la nuit en assez bon ordre, le cap au Sud et jusqu'à 1 heure du matin. Alors elle a rabattu un peu le cap au Sud pour éviter d'approcher de trop près les îles Marcouf, et pour dérober la marche à l'ennemi. Mais elle s'était déjà approchée de trop près des lies. Le bruit des avirons donna Talerte, et, sur-le-champ, les îles tirèrent deux coups de pierriers qui n'étaient qu'un signal de convention entre elles pour prévenir un vaisseau, une frégate et une corvette, qui étaient restés la veille à deux lieues dans l'est.
La flottille a continué sa marche et le commandant a donné orJre de mouiller à 2 heures, laissant les îles h «ne demi-lieue dnns Test. A .S h. 1/2, le commandant a donné ordre aux canonnières de s'approcher des îles h portée de canon; elles ont nagé de ce côté, mais ayant été prévenues à A heures par un feu violent de bombes et de canons, quoique éloignées d'un grand quart de lieue des îles, les boulets dépassaient bien au delà la flottille, ce qui détermina le commandant à la faire mouiller et fit en même temps le signal aux trois divisions de bateaux plats d'attaquer de concert.
Les chaloupes canonnières ont employé un temps trop considérable h reprendre leur ordre, pendant lequel l'ennemi faisait un feu très vif de toutes les parties des lies sur les difi<ércntes divisions de la flottille, et particulièrement sur les bateaux plats qui s'approchaient le plus. Ceux-ci ont continué de marcher en ligne pour joindre le débarquement, mais s'apercevant que les chaloupes restaient mouillées, excepté VÉclatante, qui les a ralliés pour les soutenir, ils n'ont osé approcher et sont restés pendant une demi-heure presque invisibles en tirant de temps en temps quelques coups de canon sur les lies, et n'ont point voulu tenter le débarquement, malgré l'ordre du commandant.
Cinq bateaux plats en tête de la division de droite, se sont avancés de très près des îles dans l'intention d'y aborder; ils ont longé l'île de terre sous les boulets et la mitraille, mais n'étant pas soutenus par les autres bateaux, ils ont été obligés de s'éloigner à force de rames; l'un d'eux qui reçut cinq boulets et deux obus, coulait bas, lorsqu'un des bateaux s'est approché pour sauver l'équipage; peu de temps après une chaloupe de frégate est venue le remorquer.
Le commandant voyant qu'un découragement général s'emparait des troupes, a viré de bord pour gagner la Hougue, toute la division le suivait en essuyant le feù des îles.
Si les bateaux plats eussent efi'ectué le débarquement, les îles eussent été enlevées.
11 y a eu 5 hommes tués et 14 de blessés, dont 7 dangereusement.
L'armement de ces îles est considérable et peut porter trois étages de feux
dans toutes les parties : celui des tours carrées qui dominent {sic) sur les redoutes, et celui des obusiers et ricochets établis sur le riyage.
Les retranchements sont en très bon état et bien palissades. La destruction en sera difficile, parce qu^il ne faut pas compter sur Teffet des canons de la mer pour les détruire.
Le Havre, 23 mai 1798.
Le 4 prairial (23 mai), à 4 heures après midi, 9 vaisseaux anglais s'approchèrent de la rade du Havre dans le dessein d'incendier les bateaux et canonnières qui la défendent.
Le feu des vaisseaux et frégates ennemis fut très vif, auquel nos batteries de terre et les bateaux canonnières répondirent d'une force non moins soutenue. Notre feu fut assez bien dirigé et causa quelques dommages à Tennemi. Les bombes furent particulièrement bien dirigées. La batterie de la Hève qui commença le feu et le finit avec la même activité, après une heiu^ et demie de combat, ne pouvant réussir dans son dessein et éprouvant des pertes considérables occasionnées par le feu de nos batteries, fut contrainte de se retirer à deux portées de canon.
Cette retraite de la rade ne laissait .point de doute sur les intentions de Tennemi, sur son projet d une seconde attaque. Le commandant prit toutes les dispositions pour une nouvelle défense ; les démarches de Tennemi semblèrent nous indiquer que les approches de l'ennemi se feraient avec la marée ; tout était prêt pour les recevoir, mais un calme plat rendit notre attente infructueuse; l'ennemi garda son ancienne station jusqu'à 4 heures du soir, heure à laquelle il s'approcha au nombre de 5 frégates, 2 bricks et 3 bombardes, et engagea le combat. Il soutint son feu avec vivacité, toujours dirigé sur nos bateaux et nos canonnières. Les obus envoyés à grande portée éclataient en l'air et une partie de leurs bombes s'enterraient sans explosion ; quelques-uns de leurs boulets ont été jusque dans la ville. Mais sans y opérer d'effets, nos batteries ont été parfaitement servies, et leurs effets ont été plus terribles pour l'ennemi, qui a été obligé après deux heures de canonnade d'abandonner le combat pour reprendre son ancienne station.
Note en marge, — La perte de l'ennemi a été beaucoup plus considérable que la nôtre. Nous n'avons perdu dans ce combat que 2 hommes du bataillon de Boulogne ; une seule pièce de 24 a été mise hors de service. Voilà le résultat des deux attaques des Anglais ; il ne leur est resté que la honte d'avoir échoué devant un ennemi qu'ils sont venus braver.
Le contre-amiral Lacrosse, commandant la flottille, à Bruix.
9 prairial an vi (28 mai) (1).
Il m'est agréable de vous annoncer aujourd'hui que la flottille que j'ai Thon-
(1) BBiv, 119.
neur de commander est entrée avant-hier 7 à 3 heures dans cette rade (Cher* bourg). Toutes les espérances que l*ennemi avait fondées pour la brûler se trouvèrent déjouées sur ce point, comme à Ostende Après avoir bombardé la Hougue, les ennemis sMtaient éloignés pour se diriger vers le Havre; forcés par les vents de nord-est qui régnent depuis cette époque, ils attendaient le retour de celui de sud-ouest pour revenir et avaient laissé un vaisseau et une frégate pour me bloquer. Dans cette position, je ne vis rien de mieux à
faire que de me dégager par une manœuvre hardie Je calculai que jamais
je n'aurais moins de forces à combattre que dans ce moment ; je résolus de passer. Mais, dès le Â, ayant la presque certitude du bombardement du Havre, pour remplir les vues du Gouvernement, ne pouvant me rendre en masse à son secours, je formai le projet de faire passer une partie de mes forces. Je disposai tout dès le 5 pour mettre la flottille en mouvement : le même jour, je reçois la nouvelle que la 4* demi-brigade a Tordre de débarquer pour se porter
sur différents points de défense de la presqu'île
Dès le 6 au matin je commençai à manœuvrer pour tromper la surveillance du vaisseau mouillé à deux portées de canon dans l'est-nord-est de l'Ile Tatihou. Il ventait alors une petite brise du nord-est. Je fis mettre les i7 chaloupes canonnières en bataille, sous le fort de la Hougue, de manière à être toujours à flot à la marée du soir. J'ordonnai k if bateaux canonniers qui étaient à Port-Vast de venir me joindre et de se répandre le long de la côte du sud-ouest. En même temps que ce mouvement s'exécutait, le vaisseau et la frégate mirent à la voile. Alors je levai l'ancre et me portai avec les grandes canonnières dans la partie du nord-est, sur Tile Tatihou. La frégate, néanmoins, courant sur les bateaux, tira quelques coups de canon et bientôt après revira sur moi. Le vent fraîchissant, à 8 heures du soir, je mouillai dans le même ordre où j'étais à la Hougue, en avant de l'île Tatihou; et j'ordonnai, avec le flot qui était contraire à ma division, au capitaine de vaisseau Muskeyn, qui commandait les 12 bateaux, de profiter du flot pour élonger la côte du sud, de gagner Isigny, et de là de se conformer aux instructions que je lui avais données de se rendre au Havre avec 200 hommes du bataillon de Boulogne embarqués sur sa division. J'étais sûr que sa marche ne serait pas inquiétée au moins jusqu'à la Percée, et j'ai encore l'espoir qu'il aura passé sans accident. Pour moi, formant un front, pendant la nuit, le vaisseau a louvoyé à portée de canon et, au jour, il a repris son poste au même mouillage que la veille. A 6 heures, les vents du nord-est mollissant, la mer haute, j'ai fait signal à tout le reste de la flottille d'appareiller : elle était composée de 17 chaloupes canonnières et i5 bateaux canonniers avec 4 avisos. Dirigeant ma route pour passer sur le JUiurriy qui est le chenal entre l'île Tatihou et la grande terre, j'ai fait route pour gagner Cherbourg. A peine la moitié de la flottille a-t-elle passé que les bâtiments ennemis ont mis sous voile. Ils étaient comme moi entraînés par le jusant; toute ma queue se trouvait engagée, sans qu'il fût possible à la tête de revenir sur ses pas. Ce moment a été pénible. Je me suis porté sur les derniers bateaux que la frégate gagnait sensiblement et je leur ai dit que si
nous étions joints, il n'y avait de salut que dans l'abordage Malgré ces
bonnes dispositions, l'action se serait engagée, sans le calme qui est survenu. L'aviso ÏActify qui était à l'arrière-garde, a gagné la terre et est entré à Port- Vast; la tête a mis en travers, et, à 9 heures, tout était parfaitement réuni.
J'ai passé devant BarÛeur. Il eût été d'autant plus pénible d'être attaqué avant d'avoir doublé la pointe, qu'il n'y a aucune anse de sable, ni aucun mouillage eu j'eusse pu faire front avec la flottille. Mais une fois sur la côte de Cherbourg,
j'avais trois ou quatre endroits pour combattre A midi, les vents d'est
ont frîdchi et, refoulant la marée, je suis entré à Cherbourg avec 37 voiles, toujours poursuivi par le vaisseau et la frégate, qui, renforcés de la division de
la Déroute, croisent depuis hier devant la rade au nombre de 7 carrés
J'ai reçu des nouvelles de Port-Malo, qui est dans un état de défense respectable Outre la station, il y a dans ce port 4 chaloupes canonnières
Granville est faible du côté de la mer, je donne l'ordre à Saint-Malo d'y faire passer 4 grandes canonnières, qui, réunies à une qui y est déjà, formeront une première ligne pour éloigner les bombardes
Bulletin historique de la H^ division, à Caen.
La retraite de l'ennemi à Tembouchure de la Dives n'annonçait pas le projet de renoncer à la tentative contre le Vésuve et la flottille de Muskeyn. Les journées des i 5 et 16 furent employées h élever des batteries sur les deux rives de la Dives; on les arma de tout ce qu'on avait de fort calibre Un demibataillon de marine de Boulogne campa sur la rive droite, du côté des dunes, ime compagnie de carabiniers de la 6® légère et une de gardes-côtes du Calvados furent postées sur la rive opposée, derrière la redoute Ce« dispositions prises, on attendit l'ennemi A 4 heures de ce jour, ayant vent
arrière et la marée pour lui, il s'était déjà établi et avait commencé son feu; deux bombardes s'approchèrent assez près pour atteindre la corvette qui cependant était à 400 toises. La redoute armée de deux pièces de 24 fut elle-même hardiment flanquée par deux péniches. Toutes nos pièces jouèrent alors et la canonnade fut très vive et dura jusqu'à 8 heures du soir. Une frégate de l'escadre anglaise, qui s'était embossée, fut gravement endommagée; elle était presque échouée et nos marins avec denx bateaux plats allaient courir dessus
lorsqu'elle fut remorquée par deux autres frégates qui vinrent à bout de
lui faire prendre le large avec le reste de l'escadre : elle a dû laisser ses ancres
et se délester d'une bonne partie de son artillerie 11 (rennemi) n'a plus
reparu depuis cette journée, qui lui a donné la preuve de nos moyens et valu une bonne leçon
Quant à Muskeyn, envoyé avec 12 bateaux canonniers de Port-Vast sur Isigny pour gagner le Havre, menacé d'un bombardement, avec 200 hommes du bataillon de Dunkerque, il s'arrêta aux dunes de Dives, le 2 juin. Malheureusement, la frégate la Confiante partie le 29 mai du Havre avait dû se jeter à la côte, son équipage refusant de combattre, et avait été incendiée par l'ennemi (1).
(l) Lettre du commandant Pevrien an Ministre (13 prairial), et procès-verbal de perte de la Confiante (BBit, 1 19).
La corvette le Vésuve (1) qui raccompagnait, chassée par 4 navires ennemis, s'était rapprochée de la côte, après un combat indécis avec un vaisseau rasé. Elle se réfugia dans la rivière de Dives ; mais en entrant elle toucha et, bien que les canons fussent jetés à Feau, elle resta échouée.
L'ennemi ayant cherché à la détruire, Muskeyn s'était embossé, plaçant 6 de ses bateaux canonniers à Feutrée de la rivière et 6 au fond. Le 3 juin, il fut attaqué par H navires ennemis et résista victorieusement. Le 6, pendant un nouveau combat, les Anglais furent très maltraités.
Rapport du capitaine Mualceyn, fait aux dunes de Dives, ie 18 prairiai (6 juin) au soir, au Commandant des armes au Havre (2).
Le 18 prairial (6 juin), à 4 heures après-midi, l'ennemi a derechef attaqué la corvette le Vésuve; son intention étant toujours de la brûler par le moyen de boulets incendiaires.
La batterie des Dunes (5 pièces de 18, 2 de 12, et plusieurs de 6) a
commencé à faire feu sur Tennemi Une frégate a fait côte un peu à tribord de la batterie, à portée de canon. Je fis de suite jouer toutes les pièces
sur elle La frégate resta une heure et demie échouée et fut remise h flot
par le moyen des trois frégates qui lui avaient porté un grelin par derrière
les ennemis gagnèrent le large avec précipitation. Leurs deux péniches nagèrent à toutes rames pour gagner leur b&timent, en passant devant les deux pièces de bronze sur la grève. Une fut coulée
L'expérience était faite : la flottille, à moins qu'elle ne fût surprise au large, pouvait affronter la lutte avec des navires de haut bord ; marins et soldats avaient pris confiance, et les chefs avaient maintenant une réelle expérience de l'emploi rationnel des canonnières.
Trois années devaient pourtant se passer avant qu'on se souvint en France de ce que pouvaient faire les bateaux plats dont les débuts avaient été, on s'en souvient, si pénibles.
(l) Journal du Vésuve (BB^v, 119). Elle avait eu 6 blessés. («) BBit, 119.