‹ 1793-1805Chapitre 18 sur 112 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Dans la séance du 23 mai, Daru s'adressait aux tribuns en ces termes :

<( Quelle sera Fattitude des puissances belligérantes ? L'une « fera voltiger ses vaisseaux autour de nos côtes sans oser '< aborder. A cet égard notre sécurité est parfaite. On ne con- « çoit pas même la possibilité d'une entreprise. Et si, au « moment où je parle, on venait vous apprendre que les « Anglais ont opéré un débarquement sur nos côtes, quel est « celui de vous qui ne voudrait pas qu'on leur laissât faire de « grands pas dans l'intérieur du continent pour être plus « certain de leur entière destruction. Comparez l'impression « que ferait ici cette nouvelle à l'alarme que répandrait en « Angleterre l'arrivée d'une armée française, dont le passage « est plus difficile sans doute, mais dont l'effet est bien plus <c terrible. Nous sommes les maîtres de conquérir les états « que le roi d'Angleterre possède sur le continent et, si nous c< mettons le pied dans son île, la puissance anglaise est ren- « versée. Elle ne peut nous faire que de légères blessures ; « nous pouvons l'atteindre au cœur (1). »

La première partie de ce plan de campagne était déjà en cours d'exécution : c'était Tinvasion du Hanovre. La seconde qui, implicitement, comportait la conquête de l'Angleterre allait immédiatement être entreprise.

(1) Moniteur da 24 mai.

Il ne devait plus, en efifet, s'agir de coups de main, d'entreprises partielles, mais du passage d'une véritable armée d'invasion, et cela par le seul procédé qui permit le transport de grandes masses de troupes, la création d'une flottille supérieure à tout ce qui avait été projeté jusqu'alors.

Cependant le Premier Consul n'entra que progressivement dans la voie des grandes constructions.

Les renseignements donnés tout d'abord par le Ministre de la marine n'étaient pas, en effet, favorables au sujet de la puissance des moyens d'exécution (1).

Il est possible de faire construire 50 chaloupes canonnières eMOO bateaux canonniers, et voici les ports entre lesquels il me paraîtrait conTenable de répartir ces constructions pour obtenir plus de célérité :

Anvers . . . .

Ostende . . .

Dunkerque.

Calais

Boulogne . . Dieppe . . . .

Le Havre . .

Rouen

Cherbourg.

Granville . .

Saint-Malo .

laloapes.

Bateaax.

iO

La dépense extraordinaire de ces constructions peut être évaluée par approximation à environ deux millions.

Mais avant de les ordonner, il conviendrait d*en arrêter le plan, et je pense qu'il devrait être discuté par plusieurs ofûciers, militaires et ingénieurs. On a reproché beaucoup de défauts aux embarcations actuelles, et il ne faudrait pas retomber dans les mêmes inconvénients.

Il importe que ces bâtiments tirent peu dWu, et cependant qu'ils puissent naviguer sans dériver à la voile comme à la rame.

Il faudrait décider si toutes les chaloupes porteraient 3 pièces de 24, ou 3 canons de 18.

Chaque bateau canonnier serait armé d'un canon de 18 ou de 12.

(1) Rapport de Decrès (3 mars). BB», Î6, Archives de la Marine.

Enfin, il contiendrait de déiM'miner les plan& de construction et si chacune de ces embarcations recerrait le même nombre d'hommes qui fut fixé par Tar^ rété du 22 Tentdse an ix» pour la flottille de Boulogne.

Les chaloupes canonnières de?aient ayoir :

, (21 officiers et marinr .

nommes .... < ., ...^ .

( 44 militaires.

Les bateaux deTaîent a?oir :

Ao u (8 officiers et marins,

zo iiommes . . . • { ^^ -i-^ >

( 20 militaires.

Degrés. . .

Le premier programme, établi à la date du 18 mai, porte la marque de ces renseignements.

Des ordres furent donnés pour la construction de :

3 canonnières à Dunkerque.

2 — au Havre.

2 — k Cherbourg.

6 ^ à Brest.

4 — à Lorient.

3 — à Rochefort.

20 canonnières.

8 canonnières ont été ordonnées depuis à Nantes. 6 — Tont encore être mises sur les chantiers au Hayre

avec 20 bateaux canonniers.

3 chaloupes canonnières, 2 bateaux et 2 péniches seront exécutés à Paris

"if

Les constructions sont commencées

* 3 chaloupes canonnières Tont être exécutées h Compiègne

i chaloupe canonnière a été offerte par la Tille de Versailles. Soit 41 chaloupes canonnières (1).

Comme dans la guerre précédente, il semblait donc que la création d'une flottille de guerre dût porter sur des chiffres relativement faibles, en proportion des ressources que Ton comptait tirer de la navigation de commerce pour le transport des troupes,

La valeur de l'appoint que devait fournir ce dernier élément fut, au début, considéré comme primordiale.

(1) Archives nationales, Secrétairerie d'Etat, carton 1190. Rapport de Decrès da 17 Juin 1803.

Le 4 prairial an xi de la République (24 mai).

Bonaparte, Premier Consul de la République, arrête (1) :

Art. !«'. — Le citoyen Forfait, conseiller d'État, est nommé inspecteur général de la flottille nationale sous les ordres immédiats du Ministre de la marine.

Art. 2. — Tout ce qui est relatif aux constructions, réparations, achats, classements et mouTements des bâtiments destinés à faire partie de la flottille sera du ressort de Tinspecteur général.

Art. 3. — Llnspecteur général sera traité, pendant le cours de sa mission, comme un inspecteur général d*armes.

Art. 4. — Il sera formé, dans chaque arrondissement maritime, une commission composée d'un officier de Taisseau, d'un ingénieur et d'un administrateur de la marine; ces commissions seront sous les ordres de Tinspecteur général ; elles agiront d'après les instructions qu'il leur donnera, et elles le seconderont dans toutes les opérations dont il est chargé.

Art. 5. — L'arrondissement de la première commission sera depuis Flessingue jusqu'à la rire gauche de la Somme inclusivement.

Celui de la seconde, depuis la Somme jusqu'à Cherbourg inclusivement.

Les arrondissements des quatre autres commissions auront pour limites celles des préfectures maritimes.

Art. 6. — Les bâtiments propres au service de la flottille seront divisés en trois classes :

La première comprendra les navires qui seront achetés immédiatement pour être rassemblés au point de réunion.

La seconde et la troisième, ceux qui feront partie d'un second et d'un troisième rassemblement.

Art. 7. — Chaque classe sera composée de 350 bâtiments dont 300 seront pris dans les ports de la mer du Nord, de la Manche et de l'Océan, et 50 dans les ports de la Méditerranée.

Art. 8. — Du moment que les classements des bâtiments sera fait par les commissions, elles en adresseront l'état à l'inspecteur général qui désignera le nombre et l'espèce de bâtiments que chaque arrondissement devra fournir.

Lorsque l'inspecteur général aura déterminé cette fixation, les commissaires sous ses ordres procéderont à l'achat des navires, suivant le mode prescrit par le règlement annexé à l'arrêté du

Art. 9. — Les commissions désigneront les lieux où il sera possible d'entreprendre des constructions de b«^timents de guerre destinés à faire partie de la flottille.

Art. iO. — Elles indiqueront les principales conditions à insérer dans les marchés qui seront passés par. les préfectures maritimes pour lesdites constructions.

(1) Archives de la Marine^ BB», î6.

Les entrepreneurs derront toujours être assujettis à une réduction sur les prix alloués, lorsque les ourrages n'auront pas été terminés dans les délais convenus, .et que ce sera par leur fait.

Art. 11. — Les officiers de Taisseau du génie maritime et d'administration qui composeront les commissions formées dans les six arrondissements marilimes, sont destinés à être ultérieurement employés dans le port où la flottille sera réunie.

Art. lî. — Les officiers de Taisseau qui font partie de chaque commission, dirigeront Tarmement, l'équipement et le mouvement des b&timents destinés à composer la flottille ; ils en accéléreront le départ et indiqueront aux capitaines la route qu'ils devront suivre pour se rendre i\ leur destination.

Art. 13. — Les six commissions seront en activité et commenceront leurs tournées avant le 10 prairial.

Art. iÂ, — Le Ministre de la marine et des colonies est chargé de l'exécution du présent arrêté.

Le Premier Consul^

Signé : Bonaparte.

Gomme constructions nouvelles, c'est-à-dire en fait de création de bâtiments de combat, il ne s'agit que de 50 chaloupes, 170 péniches et 90 bateaux qui doivent être prêts pour le 23 décembre.

Très vite allait se produire une évolution remarquable qui devait, contrairement aux errements antérieurs, donner à l'élément militaire une suprématie énorme sur l'élément de transport.

Cela se fit par une progression, mais une progression très rapide.

Note pour le Ministre de la marine,

SAint-Cloud, 9 prairial an xi (29 mai 1803).

i^ n faudrait adopter un modèle de bateau plat qui pût transporter iOO hommes et traverser le canal. On placerait un obusier à la poupe et à la proue.

Il faudrait que ce bateau plat ne coûtât pas plus de 4,000 à S,000 francs. Un grand nombre de particuliers et de corps Toulant fournir à leurs frais un de ces bateaux, il faudrait en avoir des modèles et en mettre tout de suite un en construction à Paris;

2® U faudrait profiter du premier moment pour acheter en Hollande tout ce qu^il est possible d'acheter, en courbes, en bois, en chanvre et en mâts ;

3^ Il faudrait réunir une partie de ces objets à Fiessingue, organiser cet arsenal, mettre en réquisition tous les ouvriers dans la Belgique et sur le

Rhin, mettre cinq vaisseaux en construction ; on les construirait sur le modèle hollandais ;

4® Il faudrait parler aux citoyens Cambacérès, Lebrun, Talleyrand, pour trouver des individus qui feraient construire, chacun à leurs frais, un bateau plat qui porterait leur nom.

Bonaparte.

Bonaparte au contre-amiral Decrèa.

Saint-Gloud, 10 priirial ao xi (30 mai 1803).

Je . désirerais, Citoyen Ministre, que les 50 chaloupes canonnières, les i70 péniches et les 90 bateaux soient construits au i*' vendémiaire an xu (Î3 septembre 1803), au lieu du !•» nivôse (83 décembre); comme il y a possibilité, il faut absolument qu'ils soient faits (1).

Bonaparte.

Noie pour le Ministre de la marine.

Paris, 28 prairial an xi (17 juin 1803).

Écrire au citoyen Forfait (2) que les demandes qui lui ont été faites pour le !•' vendémiaire (23 septembre), sont le minimum; que si les ressources peuvent offrir le double, le Premier Consul entend qu'elles soient toutes employées : l'argent ne manquera pas. Il voit donc avec peine qu'on ne construit qu'une chaloupe canonnière à Rouen et 6 au Havre. Il lui semble qu'on pourrait quintupler ce nombre et construire 30 chaloupes canonnières au Havre et 6 à' Rouen,

On ne voit pas non plus qu'il soit question des constructions qu'on peut faire à Ronfleur et dans tous les petits ports.

On désirerait que les péniches pussent porter un petit obusier, sans que cela nuisit à leur marche.

Les bateaux de pèche qui vont être achetés au compte de la Républiqiie pour la flottille, et qui seraient susceptibles de porter un obusier ou une pièce de canon d'un calibre quelconque, devraient aussi être notés.

Le citoyen Fleurieu donnera connaissance des nouvelles qu'il a de la 5® commission pour la flottille.

Le Ministre de la marine écrira sur-le-champ que, dans le cas où la commission pour la flottille ne serait pas encore, arrivée, on passe sur-le-champ des marchés pour des chaloupes canonnières. Le prix de la coque d'une chaloupe canonnière ne doit pas excéder 30,000 francs.

(1) Ordre transmis à Forfait le 10 juin. Archives de la Marine, BB", 167. (t) Communiqué à Forfait le 18 juin. Archives de la Marine, BB", 167.

Au oitoyen Forfait

Saint-Cload, 18 pnirial ao xi (17 Jaio 1803).

Citoyen Forfait, conseiller d'État, inspecteur général de la flottille nationale, je reçois Totre lettre du 26. Je ne saurais trop tous recommander de hâter le plus possible toutes les constructions. Le Ministre ne vous a désigné^ pour être construit au !•» vendémiaire (13 septembre), que le minimum; tdchei d'en avoir le double; f argent ne manquera pas. Je désirerais qu'on pût placer un obusier sur chaque péniche.

On offre de beaucoup construire à Abbeville et à Saint- Valery-sur-Somme. Je serai, dans le courant de la première semaine de messidor, à Saint- Valéry et Boulogne; je tous y Verrai. Songez que les heures sont précieuses.

Bonaparte.

Au oitoyen Fleurieu, ohargé par intérim du portefeuille

de la marine.

Salnt-Cload, 2 messidor tn xi (21 juin 1803).

Mon mtention, Citoyen Ministre, est que Ton donne à Tatelier de Paris une nouTelle activité. Je désire avoir au !•' vendémiaire (23 septembre) ÎO chaloupes canonnières^ 20 bateaux canonniers et 20 péniches construites^ matées et gréées.. Chaque chaloupe portera 4 pièces de 24 légères ; si cela est nécessaire, elles seront en bronze. Chaque bateau canon nier portera i pièce de 24 et i pièce de campagne de 8. Chaque péniche portera i obusier. Ces 60 bâtiments seront sur la Seine et prêts à partir au V vendémiaire; ils feront le plus bel ornement de la fête de la fondation de la République,

Il y a aujourd'hui deux chantiers à Paris^ où il y a6 bâtiments en construction. Il est indispensable que, d'ici au 15 messidor (4 juillet), les soixante b&timents soient sur le chantier.

Il faut établir des chantiers, s'il n'y a aucun inconvénient, hors des barrières de Paris. Les bois reviendraient moins cher, puisqu'ils ne payeraient point d'octroi. Dans le cas contraire, on fera exempter de l'octroi les bois destinés k cet objet.

Il faudrait donner à ces constructions une direction uniforme ; on pourrait donc établir tout ce qui est relatif au parc et à l'artillerie de Vincennes ou au Champ de Mars ; et, pour cet effet, on nommerait un officier d'artillerie de la marine et l'on établirait un atelier. On choisirait un endroit convenable pour travailler aux mâtures, voilures, gréements, etc. On nommerait un commissaire de marine, un garde-magasin et un ingénieur en chef.

Vous TOUS concerterez avec le Ministre de l'intérieur pour que tous les ouvriers existant sur les rÎTières, dans les départements de la Seine, de Seineet-Oise, de l'Oise, de Seine-et-Marne, soient requis et appelés aux travaux de Paris.

Comme d'ici au !«' vendémiaire il n'y a que le temps nécessaire pour qu'une pareille opération soit possible, il est nécessaire d'y porter la plus grande acti- Tité. Apportex-moi vendredi un travail détaillé.

Ces 60 bMiments devraient porter les noms des 60 principaux quartiers de

Paris (1).

Bonaparte.

Dès le 24 juin, la proportion entre les deux facteurs : guerre et commerce, est Tin verse de tout ce qui a été constaté dans les projets antérieurs.

Instructions à Forfait (2).

L'intention du Premier Consul est d'accélérer par tous les moyens possibles la formation d'une flottille, dont une partie doit d'abord se réunir h Boulogne, et qui sera composée de bAtiments de guerre légers et de bâtiments de transports

Réparations, — J'ai donné des ordres à Dunkerque, au Havre, à Cherbourg, à Brest et à Rochefort pour que l'on pressât les réparations de 20 chaloupes canonnières qui s'y trouvent et leur envoi h Boulogne où sont déjà réunies 4 canonnières et 6 chaloupes k l'espagnole

11 existe au port de Dunkerque 100 bateaux canonniers, mais 65 seulement paraissent en état de recevoir des réparations.

Ils doivent passer successivement à Boulogne ainsi que les bateaux canonniers qui sont k Cherbourg et 33 qui sont k Saint-Malo. De ces derniers 33, 45 étaient en partance d'après les dernières lettres du commissaire principal, et 18 étaient à réparer. Il reste encore dans ce port 13 bateaux, mais leur état est tel qu'il parait impossible d'en tirer aucun parti.

Constructions i — . . .// doit être construit successivement 100 chaloupes canonnièreSy 250 bateaux canonniers et 500 péniches.

Mais il importe qu'avant le 1*' nivôse (23 décembre 1803) vous soyez parvenu à faire construire au moins : 50 chaloupes, 90 bateaux^ 170 péniches,

Enûn TOUS aurez k choisir dans les différents ports depuis Anvers jusqu'à Saint-Jean-dc-Luz, les 300 meilleurs navires de commerce qui vous seront indiqués parmi ceux qui pourront embarquer de 90 à 100 hommes et au-dessus et ne tireront sous charge que 7 pieds d'eau.

Ces bâtiments seront achetés aussitôt qu'ils seront choisis, leur armement

. (1) Trois Jours plus tard Forfait reçoit l'ordre suivant :

6 messidor (24 juin).

Le Premier Consul désire que le nombre d'embarcations dont il avait arrêté ]a

construction pour le l* vendémiaire soit doublé s'il est possible.

Lettre de Decrès. Archives de la Marine, BB", 167.

(t) Archives nationales, Secrétairerie d'Etat, carton 1190.

'et leur expédition pour Boulogne deTront s'effectuer immédiatement. 50 navires de même espèce seront choisis et achetés dans la Méditerranée.

Pour TOUS seconder dans toutes vos opérations, et pour les accélérer, je vais désigner dans chacun des arrondissements maritimes un officier de vaisseau, •un officier du génie maritime et un officier dVdministration. Ces officiers vous

seront subordonnés, ils se conformeront à vos ordres Les commissions

seront composées dans chaque arrondissement des officiers que Je vais vous désigner :

!«'' arrondissement. Metne, capitaine de vaisseau ;

2« — Laubert, capitaine de frégate ;

3* — Soleil, capitaine de frégate;

4* — Daugier, capitaine de vaisseau;

5* — Jacob, capitaine de frégate ;

6* — Allemand, capitaine de frégate.

Signé : Degrés.

Mais bien vite les exigences se sont accrues, et le 5 juillet, un nouveau plan d'ensemble est établi, infiniment plus vaste que tout ce qui Ta précédé ; il comprend :

50 prames, 300 chaloupes,

50 calques,

10 bombardes, 700 péniches.

Le Ministre de la. marine et des ooloniea au conseiller d'État Forfait (i).

Donkerque, le 16 messidor an xi (5 juillet 1803).

Voici, Citoyen Conseiller, les dispositions que vient d^arrêter le Premier Consul, dont vous me demandez une expédition par votre dépêche du 16 de ce mois :

!• Il fera construire 50 bateaux sur le modèle de celui que vous avez sous les yeux, à Dunkerque, qui est commandé par le lieutenant Jornin. Ces bateaux devront porter 12 canons de 24, 60 chevaux avec leurs cavaliers.

L'intention du Premier Consul est que ces bateaux portent une dérive de chaque bord.

J'observerai à ce sujet, qu il serait important de profiter de votre présence ici, pour faire Tessai de cette dérive sur le Fond-RoyaL Les marins français, peu habitués à Tusage de ce moyen, sauront bientôt en user ; mais comme il parait qu'on n'avait pas songé à l'employer, lors de la première construction de

(1) Archives de la Marine, BBi^.

ces bateaux, je pen^e qu'il faut aviser d'abord à son installation afin de ûxhv Topinion sur son utilité, et de déterminer le mode de cette installation, de manière à ne pas gêner la batterie du bâtiment auquel ces dérives seront adaptées.

La même réflexion sur le mode d*installation et Fessai de la dérive ne s'applique pas moins essentiellement aux cbaloupes canonnières et bateaux canonniers, à tous chacun desquels le Premier Consul ordonne également qu'il soit donné des dérives.

2^ Le Premier Consul a fixé à 300 le nombre des chaloupes canonnières qui devront composer la flottille nationale. Ces canonnières ayant une dérive, comme je vous l'ai déjà exprimé, devront porter 3 ou 4 pièces de canon.

Celles de petites dimensions qui ont été commandées jusqu'à ce jour, devront être armées de 4 caronades de 36 (modèle anglais) sur le côté, et de 3 pièces de 18 ou de i2 en avant et en arrière.

Le Premier Consul ordonne qu'il soit fait des essais pour fixer l'affût sur le cêté, de manière que les pièces ne culbutent pas lors du tir.

Vous concevez combien ces essais doivent fixer votre attention, et avec quelle satisfaction je vous vois chargé de l'examen de ces innovations, sur lesquelles personne ne peut mieux que vous déterminer l'opinion du Gouvernement, car on ne peut se dissimuler que cetie arme d'une flottille est nouvelle pour la plupart des marins français; ils auront, il est vrai, bientôt appris à s'en servir; mais il devient nécessaire de les diriger dans les moyens de la rendre commode dans ses emménagements, et maniable dans ses manœuvres.

J'ajouterai ici que, pour atteindre ce but, l'espérance de tous les officiers du génie maritime se repose essentiellement sur vous qui avez porté le plus de réflexions et acquis par vos méditations le plus d'expérience sur cette sorte de bfttiment.

L'intention du Premier Consul est que la mâture des chaloupes canonnières qui sont construites, soit maintenue telle qu'elle existe : mais il veut qu'on simplifie celle des chaloupes à construire, de manière à éviter la complication d'une mâture de bâtiment carré.

3^ Le nombre des bateaux canonniers de la flottille est porté à 300. Ils devront être armés d'une pièce de campagne sur ses roues.

Déjà 100 de ces bateaux se trouvent tout construits à Dunkerque : l'intention du Premier Consul est que le vibord de ceux-ci, et de tous ceux à construire, soit plus élevé qu'il ne l'est de 18 pouces. Le surhaussement devra s'exécuter de manière à ne pas rendre plus difficile l'usage des avirons, de sorte que le bordage qui formera ce surhaussement, sera construit de façon qu'il "soit traversé par l'aviron.

Et j'ajoute que, pour faciliter l'armement et le désarmement des avirons, le bordage dont il s'agit, et qui devra être placé comme une barque («c), devra être susceptible de se démonter facilement, soit qu'on veuille se servir des avirons, soit qu'on veuille les rentrer.

4® Le Premier Consul ordonne que 50 chaloupes de l'espèce de calques que vous avez vues à Boulogne soient construites. Elles devront porter un canon de 24.

Leur hauteur sera de 18 pouces au-dessus des calques de Boulogne. Le sur-

bausseitietit s'opérera ainsi que pour lâs bateaux èanontiiers par des bafqùes {sic) qui ne deTront rien changer à la situation et à TefTet des rames.

S® Il sera équipé, k Boulogne, 10 bombardes à 2 mortiers. Si cependant cette disposition tous paraissait éprouver des difficultés, il ne serait établi qu'un seul mortier sur chacune d'elles.

6® Le Premier Consul a fixé à 700 péniches le nombre de celles à construire, chacune d'elles devra porter une pièce de petit calibre ou un obusier.

7« Enfin, outre ces moyens offensifs ou défensifs, il devra être apprêté comme moyen de transport de Tarmée, 1000 chasse-marée, bateaux de pêche de toute espèce, susceptibles d'entrer et sortir dans des ports semblables à ceux de Boulogne, Etaples et Ambleteuse.

L'exécution de toutes ces dispositions tous étant particulièrement confiée, vous devrez en exercer la surveillance et la direction tint par vous-même que par un nombre d'officiers subalternes ou employés que vous jugerez nécessaires, et vous êtes autorisé à y employer tous ceux dont les services vous paraîtront utiles.

Les ports de Boulogne, Ambleteuse et Etaples seront les chéfs-lieux de la réunion ; mais comme il est à désirer, et qu'en même temps il serait plus facile de faire parvenir à chacun des bâtiments qui seront construits dans le lieuméme de leur construction, leurs canons, mâtures, voilures, je vous prie de m 'adresser l'état d'après lequel je dirigerai dans chacune des localités opportunes ces objets d'après le nombre et l'espèce des constructions qui s'y exécuteront.

L'état m'est d'autant plus nécessaire, que plusieurs constructeurs devant fournir les mâtures et gréements, vous devrez distinguer les bâtiments que eeux-ci seront chargés de fournir, afin que je n'aie que leurs canons à leur envover.

Jusqu'à présent, il a été peu question de ce que doit fournir le sixième arrondissement : cependant, les constructions de l'espèce de celles dont cette dépêche est l'objet, ne doivent pas moins y être pressées et multipliées, car le Premier Consul m'a formellement exprimé l'intention que l'armement d'une flottille ait lieu dans la Méditerranée. A^ reste je prendrai ultérieurement des ordres sur cet objet.

Je vous ai dit, au commencement de cette lettre, que le Premier Consul avait ordonné la construction de 50 bateaux tels ' que le Foudroyant ; voici la distribution de ces constructions telle qu'il l'a projetée, et telle que vous pourrez la modifier, suivant le plus ou moins de facilité que vous trouverez dans les différents ports : .

iO de ces bateaux seront construits à Dunkerque. 2 à Ostende.

4 sur l'Escaut.

5 à Boulogne.

5 à Cfalais.

2 à Saint-Valéry.

10 à Dieppe.

3 à Honfleur.

Voici quelques renseignements sur les types des bâtiments de guerre dont on entreprit la construction :

Prames : longueur, 110 pieds ; largeur, 25 ; tirant d'eau, 8 ; gréement de corvette ; 3 quilles.

Canonnières : longueur, 76 à 80 pieds; largeur, 17; tirant d'eaa, 5 à 6; gréement de brick.

Bateaux : longueur, 60 pieds; largeur, 14; tirant d'eau, 4 p. 1/2 ; gréement de lougre. ' ]

Péniches : longueur, 60 pieds; largeur, 10; tirant d'eau, y

3 p. 1/2 ; gréement de lougre. ^

Armement : ^

Prames : XII 24 ; 38 marins, 120 soldats.

Canonnières : III 24 et I obusier de 6 à 8 pouces ; 22 marins, 130 soldats.

Bateaux : I 24, 1 obusier ou 1 pièce de campagne; 6 marins, 2 chevaux, 100 soldats.

Péniches : I obusier de 6 pouces et I 4, ou I obusier prus-

sien ou I mortier de 8 pouces ; 5 marins, 66 soldats. ^

Calques (chaloupes des vaisseaux de ligne, I 24).

Quant au prix, il est évalué ainsi d'après un document officiel des Archives des Constructions navales au ministère de la marine.

Les armements réels se réduisirent :

A i 8 prames dont 2 existant soit i 6 prames. Mes

6 corvettes Ctinonn — 6 corv. can.

331 chaloupes dont 13 existant — 3i8 chaloupes.

454 bateaux —465 — — 289 bateaux.

451 péniches — 45i péniches.

41 caïques '. — 41 caïques.

1301 bâtiments, dont 180 déjà existants, soit 1121 bâtiments.

Prix moyen d'une prame : 70,000 francs.

Prix d'une chaloupe canonnière : de 32,000 à 42,000 francs. ot qi^

Prix d'un bateau : de 18,000 à 23,000 francs. . '^ P^l

Prix d'une péniche : 8,000 à 9,000 francs.

Les 6 chaloupes construites à Colmar coûtent 58,075 francs chaque.

Les 4 chaloupes construites à Strasbourg coûtent 35,500 francs chaque.

Transports achetés :

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