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L'ORGANISATION DES COTES

Dès la période de tension politique, d'efficaces mesures avaient été prises pour la surveillance et la protection des côtes. Ces mesures reçurent progressivement un développement considérable justifié par l'apparition presque immédiate des croiseurs anglais (1). Mais dès qu'on eut entamé les constructions sur tout le littoral, depuis Bayonne jusqu'au Texel, il fallut bien prévoir pour les divisions de la flottille de longues navigations côtières sous la menace continuelle des bâtiments anglais, et, par suite, chercher à procurer aux bateaux plats Tappui des forces de terre. De ces deux ordres d'idées pourtant tout à fait distincts : défense des côtes et protection de la flottille, résultèrent des mesures complémentaires les unes des autres, mais difficiles à distinguer et qui seront, par suite, étudiées simultanément.

Le 28 mai, un arrêté (2) crée 100 compagnies de canonniers gardes-côtes pour « la garde et le service des batteries éta- « blies sur les côtes de la République et îles françaises en <c Europe, réparties dans les directions d'artillerie ci-après, « savoir : Bruges, 1 ; Lille, 2 ; Saint-Omer, 4 ; le Havre, 8 « Cherbourg, 12 ; Brest, 18 ; Nantes, 14 ;* la Rochelle, 13 « Bayonne, 1 ; Perpignan, 2 ; Montpellier, 3 ; Toulon, 19 « Corse, 3 ».

(1) Voir ci-dessas.

(2) Moniteur da 13 juin.

Les officiers devaient provenir de l'artillerie de terre, de Tartillerie de marine ou des anciennes compagnies gardescôtes. Les hommes, fournis par les communes, auraient de 25 à 45 ans et seraient pris de préférence parmi les anciens militaires en congé ou en retraite. La durée de rengagement serait de cinq années renouvelables jusqu'à l'âge de 50 ans révolus.

En outre, il devait y avoir 28 compagnies « sédentaires » : 5 à Belle-Isle, 1 à Ouessant, 2 à l'Ue de Groix, 2 à Tile Bréhat, 1 à l'île de Batz, 1 aux Sept-lles, 2 à Vue d'Yen, 2 à Noirmoutier, 4 à l'Ue de Ré, 4 à l'île d'Oleron, 4 à l'île d'Elbe ; celles-ci devaient toutes être formées d'habitants du pays qui seraient considérés comme gardes nationales.

Un adjudant de côte par chaque direction d'artillerie aurait la surveillance de ces compagnies, sous les ordres du général commandant la division territoriale.

Ainsi qu'on le voit, ces troupes étaient à la disposition exclusive du Ministre de la guerre qui disposera en outre, dès le 4 juin, de près de 60,000 soldats répartis sur les côtes depuis Anvers jusqu'à Lorient (1).

A la même époque (2), les côtes du Morbihan, spécialement les points de Quiberon, Penerf, Locoal, Crach, Carnac, Plouharmel, Saint-Constant, les environs d'Àuray, Saint- Jean-du-Mont, sont mis sous la surveillance spéciale de la gendarmerie.

Le 9 (3), les garnisons des îles d'Yen et de Ré sont portées à 1000 soldats. Le 18, Tîle Durnet, à l'embouchure de la Vilaine, est armée de 6 pièces de 18. Le 19, le Ministre de la guerre reçoit l'ordre d'enduire de pouzzolane les platesformes du port de Cherbourg, et d'y envoyer des affûts commandés à laFère. Le 21, le Ministre de la marine est avisé d'avoir à désigner un officier de marine qui parcourra la côte de Boulogne à Dunkerque, afin de désigner les points où l'on pourrait construire des batteries destinées à croiser leurs feux de telle sorte que « nos chaloupes soient toujours protégées ».

(1) Situation des : 16* division (Lille); 13* (Rennes); 14* (Caen) ; 15* (Roaen) ; 24* (Bruxelles) ; à la date du 4 juin, 5S,193 hommes (Archives de la Guerre),

(2) Correspondance de Napoléon, k Berthier.

(3) Correspondance de Napoléon ^ à Berihier.

l'organisation des côtes. 1Ï7

Le 26 juin, le Ministre de la guerre doit faire travailler au port de nie d'Yeu et y construire un ouvrage permanent!

D'une façon générale, la défense des côtes est du ressort exclusif du ministère de la guerre, et la marine n'intervient que par les propositions qu'elle fait relativement à la protection que la navigation peut retirer de la création des ouvrages, et les renseignements techniques de ses officiers adjoints aux missions de reconnaissances. Elle n*a, du reste, pas de troupes en propre et, comme pendant la guerre précédente, les garnisons des places maritimes, celles des navires de guerre sont fournies par l'armée de terre.

Cette organisation ne parait pas, au début du moins, avoir donné de bons résultats, car lorsque Bonaparte arriva à Boulogne, il exprima tout son mécontentement.

A Berthier.

3 juillet.

J'ai été extrêmement mécontent du génie à Boulogne. La pointe du musoir qui est la principale batterie n'a point été réparée, par étiquette entre le génie de terre et le génie maritime. Cependant, un arrêté ordonne au génie maritime de faire ces travaux. J'ai été également très mécontent de ce que le gril à boulets rouges de cette pointe n'était pas en état de faire feu.

Cette affaire du musoir devait amener entre la guerre et la marine un conflit que Bonaparte devait trancher en donnant tort à la première de ces administrations.

Ce n*est pas, écrit-il le 7 juillet à Berthier, le génie maritime qui a tort, c'est le génie de terre et le Ministre de la guerre : le Ministre de la guerre parce qu'il n'a pas tenu la main à l'exécution de l'arrêté de l'an ix; le génie de Boulogne, parce que lorsque le génie maritime lui a montré l'arrêté, il lui a refusé l'entrée des batteries, ce qui l'a empêché d'y travailler.

Et le 9 juillet :

Je ne puis pas être plus satisfait de ce que tous m'euToyez sur la tête

du musoir à Boulogne. Si cette batterie eût été armée, une frégate qui s'en était trop rapprochée aurait eu le sort de celle de Cherbourg.

Le rapport de l'officier du génie n'est pas du tout exact. J'ai passé quatre heures à la batterie sans pouvoir tirer un boulet; il y avait trois ans qu'on n'aTait essayé de les faire chauffer dans les fours à réverbère ; il n'y avait pus de bois pour l'approvisionnement, il a fallu en couper

Pendant le reste de son voyage, les reproches du Premier donsul au génie et à l'artillerie de terre sont continuels.

Les places de la côte, écrit-il le 3 juillet, n'ont pas encore été armées. Il serait cependant nécessaire de prendre cette précaution ; et, si Ton ne fait pas un armement complet dans les places de Calais, Gravelines, Dunkerque, on peut y faire un demi-armement pour les mettre à Tabri d'un coup de main.

Ordonnez qu'on arme surtout les forts de Cherbourg, les places de Brest, Rochefort, File de Ré, d*01eron, etc., sinon en totalité, du moins en partie.

A Berthier,

3 juillet.

Les canonniers gardes-côtes ne s'organisent point encore.

Les batteries de la direction du Havre, surtout depuis Saint- Valéry jusqu'à Etaples, ne sont pas montées faute d'affûts. Il est inconcevable que depuis le temps qu'ils sont à la Fère, ils ne soient pas encore arrivés. Donnez des ordres pour qu'ils arrivent.

7 juillet.

Je n'ai pu être satisfait de la réponse pour justifier l'artillerie de ce

que plusieurs batteries étaient démontées faute d'affûts. Le directeur du Havre devait en envoyer, et il ne manque pas d'affûts marins au Havre; le Ministre de la guerre devait en faire passer en poste, car il est bien étrange que quatre mois après le message du roi d* Angleterre, faie trouvé les côtes sans défense et sans aucune protection pour le commerce. Cela ne peut s'appeler administrer l'artillerie et subvenir aux besoins de l'État.

J'ai été, en général, beaucoup plus satisfait de l'artillerie de la direction de Saint-Omer.

Vous dites qu'il y avait à la Fère des affûts prêts au iO prairial; comment n'étaient-ils pas arrivés à l'embouchure de la Somme au JO messidor? Je ne puis trop le répéter, il y a la plus coupable lenteur. Des envois d'artillerie ne sont pas comme des envois de ballots et ce n'est pas quatre mois après qu'il a été ordonné d'armer qu'il est pardonnable que des batteries importantes à l'embouchure de la Somme soient désarmées.

A Borthier.

7 juiUet.

Vous me répondez, au mécontentement que j'ai marqué de ce qu'aucunes précautions n'ont été prises pour armer les places de la côte, que les batteries des forts du côté de la mer ont été armées. Ces deux choses ne se correspondent pas. On a bien armé les batteries des côtes, mais aucune précaution n'a été prise pour armer les places. Aussi n'y a-t-il aucune pièce en batterie à Calais, Gravelines, Dunkerque, etc. Un armement complet serait inutile, mais une pièce de canon par bastion suffit pour les places qui regardent la mer. Quant à Cherbourg, Brest, Toulon, ces places doivent être complètement armées

l'organisation des cAtes. 119

De Lille k Berthier,

8 jaiUeU

Je lis dans le rapport de Ttle d*Yeu que les pièces d'artillerie qui y

sont arrivées sont sans chèTres ni crics, instruments nécessaires pour leur réarmement Comment Tartillerie fait-elle aussi mal son métier

Jedésire que tous mettiez les lies de Ré, d'Oleron, d'Yeu et d'Aix sous le commandement d'un général de division qui formera une sous-division, et sera sous les ordres du général commandant la i2*> division militaire.

Ce général inspectera les lies, Teillera à ce qu'elles soient en bon état, surveillera les gardes nationaux, les canonniers gardes-côtes et les troupes qui sont en garnison surtout à THe d'Aix, qui est la plus importante des quatre, et correspondra souvent avec vous.

Nommez à ce commandement le général Chabran et donnez-lui Tordre de s'y rendre sur-le-cbamp.

D'Ostende à Berthier.

lOjumetlSOS.

Ostende rCeit pat armé convenablement; il lui faut 8 mortiers à la

Gomer de 12 pouces et 12 pièces de 36; envoyer le plus tôt possible. J'ai ordonné au génie maritime de construire au bout du musoir et de la digue d' Ostende deux batteries, l'une à 100 toises, l'autre à 250 toises en mer, ce qui mettra ce port à l'abri de tout bombardement.

De Bruges à Berthier.

MjniUet.

Ce que dit le directeur de l'artillerie ne justifie pas ce que j'ai vu : les

batteries de Saint-Quentin n'étaient point du tout armées lorsque je sitis passé à Saint' Valéry

Le plan proposé par les ingénieurs pour la réparation du musoir aurait coûté 300,000 francs. Ce que j'ai imaginé ne coûtera rien et ne nécessitera aucun agrandissement.

Donnez ordre que les 6 batteries que j'ai ordonnées de Boulogne à Calais soient promptement faites.

Plus tard, à propos du bombardement du Havre, les reproches sont encore plus durs.

De Namur à Berthier.

4 août.

Par le plan que vous m'avez envoyé du Havre, il résulte que l'ennemi

n'était qu'à 4200 toises de la place Je suis donc fondé à croire qu'il n'y

liO PREJi^IÉRE PARTIE. — CHAPITRE VII.

aTait que des mortiers à petite portée qui ne Tont qu'à 800 toises. Les batteries de côte, sur Tangle de iO degrés, doivent tirer à 1200 ou 1300 toises; et si le directeur d'artillerie avait été un peu intelligent, il aurait placé quelques pièces sur affûts marins, lesquels permettant de tirer sur Tangle de 25 degrés auraient porté les mobiles à 1800 toises. Voilà des détails qui regardent le premier inspecteur, car il est affireux de penser que les Anglais puissent bombarder une Tille comme le Havre à iSOO toises. Je tous ai écrit pour faire faire des afiFûts pour tirer sur Tangle de 43 à 45 degrés (1).

Dès ce moment, la marine prend dans l'organisation de la côte un rôle beaucoup plus important. Ce sont les ingénieurs maritimes qui sont chargés de la construction des batteries des musoirs à Boulogne et à Ostende, c'est sur la demande du ministre Decrès qu'est rendu l'arrêté du 3 juin ordonnant la construction par l'artillerie de terre de 6 batteries entre Boulogne et Calais ; c'est aussi par l'intermédiaire de Decrès que le Ministre de la guerre est informé d'une nouvelle organisation qui intéresse exclusivement son département.

Arrêté.

Ostende, ît messidor an xi (11 juillet 1803).

Art. i*'. — Les ingénieurs des travaux maritimes feront les travaux nécessaires pour établir, à la tète de la jetée de Test de l'entrée d'Ostende, une plate-forme capable de contenir S pièces de 36 et 3 de 36 à la tête de la jetée de Touost.

Art. 2. — Ils rétabliront le chemin de halage de la jetée de Test.

Art. 3. — Le Ministre des finances ordonnera sur-le-champ une coupe de 500 pieds d'arbres dans les forêts le plus à portée d'Ostende.

(1) Le Ministre de la guerre y aux généraux commandants

les 8% 9% lOS 11», IV, 13», 14% 15% 16«, tz* et 24» divisions militaires,

Paris, le tO messidor an xi (9 juillet 1803).

J'ai ordonné, Citoyen Général, le 28 germinal dernier, aux Directeurs d'artillerie d'armer les côtes, ainsi qu'elles Tétaient avant la guerre.

D'après cet ordre, toutes les batteries devaient être rétablies et les places ou forts sur les côtes devaient être armés sur le front du côté de la mer, sinon en totalité, du moins de quelques canons. Je sais que cet ordre n'est point exécuté dans quelques places et forts.

Ordonnez une inspection générale et faites les dispositions les plus promptes pour remplir les intentions du gouvernement.

Rendez-moi compte directement sur l'objet de cette lettre.

Pressez l'organisation des gardes-côtes, de manière à ce qu'ils soient à leur poste dans le moindre délai possible.

l'organisation des côtes. 121

Art. 4. — Toutes ces dispositions seront prises de manière que la batterie soit armée et prête à faire feu au I *' vendémiaire.

Art. 5. — Il sera établi 6 mortiers à la Gomer sur la digue serrant de chemin couyert. Au lieu de la batterie actuelle, la batterie du phare sera armée de 4 pièces de 36.

Art. G. — Il sera établi trois batteries, chacune de 3 pièces de 24, sous les trois petites places d'armes rentrantes qui se trouvent derrière la digue servant de chemin couvert. Elles seront dirigées de manière à défendre Tissue du port. Chacune de ces batteries aura un gril à boulets rouges.

Art. 7. — Les Ministres de la marfne, de la guerre et des finances, sont chargés de Texécution du présent arrêté.

Bonaparte.

Arrêté.

Ànvon, 2 thermidor an xi (tl juillet 1803).

Art. 1*'. — Les ingénieurs des travaux maritimes feront construire, sur la laisse de basse mer, à droite de la jetée de Test du port de Boulogne, une plateforme en charpente, capable d'être armée de 5 pièces de gros calibre et de 2 mortiers.

Art. 2. — La construction de cette plate-forme aura lieu conformément au plan ci-joint, approuvé par le Premier Consul.

Art. 3. — Cette plate-forme sera terminée au i*' brumaire an xii, et remise à cette époque à Tartillerie, pour être armée sans délais.

Art. 4. — Les Ministres de la marine et de la guerre sont chargés de Texécution du présent arrêté.

Le Ministre de /a marine et des coionies au Ministre de /a guerre (I).

Bruges, lo 21 messidor an xi de la République (13 Juillet 1803).

Le Premier Consul, Citoyen Ministre, dans Tinspection qu'il vient de faire des cotes depuis Saint- Valery-sur-Somme où j'ai eu l'honneur de raccompagner, a ordonné rétablissement de 6 nouvelles batteries depuis Boulogne jusqu'à Calais, et il a chargé le premier inspecteur général de l'artillerie, qui était sur les lieux, du choix des localités sur lesquelles ces batteries seront établies.

Un officier de la marine, que j'avais envoyé d'après les ordres du Premier Consul, pour examiner l'armement de la cête, relativement à la navigation, m^a fait un rapport dans lequel il désigne quelques changements à opérer dans les batteries existantes, et quelques nouvelles à établir. Ce rapport était accom-

(1) Archives de la Guerre. — Côtes.

pagné de cartes marines indicatiTes de batteries existantes, marquées en rouge ; et de celles qu*il croit utile d'établir, marquées en noir.

Sur Tordre du Premier Consul, j'ai remis le tout au général Marmont pour qu'il profitât de sa présence sur la côte pour faire exécuter, du travail proposé, ce qui lui paraîtrait convenable.

Je lui ai observé que la plage de Wissan exigeait une ou deux batteries nouvelles sur ce point important.

Le Premier Consul a remarqué que la largeur de TEstran sur toute la côte, rend à marée basse le secours des batteries impuissant pour protéger les bMiments qui la prolongent et qui sont chassés par Tennemi. 11 a pensé que ce serait suppléer à Tinsuffisance des batteries de côte, que d'en établir de mobiles qui s* approcheraient de la mer selon que son état le comportei'ait, et voici les

DISPOSITIONS qu'il A ARRÊTÉES ET DONT IL m'a ORDONNÉ DE VOUS INFORMER, en

même temps que le premier inspecteur général d'artillerie.

Il y aura sur la côte, depuis Dunkerque jusqu'à Boulogne, six stations d'artillerie placées et composées comme suit :

La première station parait devoir être entre la pointe de Gravelines et celle de Dunkerque ;

La seconde, à la pointe de Gravelines ;

La troisième et la quatrième, à égale distance entre Calais et Gravelines;

La cinquième sera placée au cap Blanc-Nez, pour parcourir la plage du cap Gris-Nez à Calais ;

La sixième sera placée à Ambleteuse, pour parcourir la côte du cap Gris- Nez à Boulogne.

Chaque station sera composée d'un détachement d'artillerie à cheval, et armée d'un obusier de 6 pouces, une pièce de 12 et une de 4. Cette dernière a pour but de donner à son service la rapidité nécessaire en plusieurs circonstances.

Les pièces de ces stations seront attelées, et comme les obusiers se démontent facilement, il sera convenable d'avoir un obusier de rechange à portée des stations.

Chaque station aura avec elle HO dragons armés de leur fusil et non de carabines pour servir à la mousqueterie.

Chaque homme sera muni de 100 cartouches,

Chacun des détachements de dragons sera sous les ordres d'un officier d'artillerie intelligent qui s'entendra avec l'officier commandant le détachement, pour avoir des ordonnances sur divers points de la côte, afin d'être promptement instruit des lieux où il devra se porter.

L'officier d'artillerie commandant chaque station sera pourvu d'une feuille des signaux de côte ; il s'entendra avec les guetteurs pour se porter partout où les signaux lui feront connaître que la station est nécessaire.

Il sera placé deux pièces de campagne à la batterie de la pointe du fort Philippe, près Gravelines, pour que les canonniers puissent les porter eux-mêmes sur l'Estran partout où besoin sera.

Le commandement, l'inspection et le mouvement de la totalité de ce service seront supérieurement confiés à un adjudant commandant que vous désignerez.

Vous prescrirez à cet adjudant commandant, qui sera choisi parmi les offi-

l'organisation des côtes. 123

cien de ce grade les plus actifs et intelligents, d'inspecter les six stations au moins une fois par semaine.

Vobjtt de ces dispositions est de favoriser la marche et la navigation iwr la côte des caboteurs, et notamment des bâtiments de la flottille nationale qui passeront d*un port à un autre.

Le Premier Consul m'a ordonné de prescrire au préfet maritime de Dunkerque et au chef militaire de la marine à Boulogne, et enfin dans tous les ports où il y a lieu de faire prévenir par les guetteurs Tofficier d'artillerie de chaque station du départ des bfttiments de la flottille, pour que les stations d'artillerie soient dirigées selon la marche que devront suivre ces b&timents.

Toutes les fois encore qu'ils seront dirigés d'un port à un autre, les commandants d'armes à Dunkerque et Boulogne en seront prévenus par les commandants de la marine, afin qu'il soit pris des dispositions de manière que, soit que Tennemi soit ou ne soit pas à vue, un détachement de dragons commandé par un maréchal des logis suive sur la plage les bâtiments de station en station. Ce détachement aura pour objet d'aller chercher les secours de l'artillerie en cas de besoin, ou d'en donner lui-même s'il y a lieu; et si la contrariété des vents ralentit la marche des bâtiments, la station de l'artillerie sera tenue de les accompagner.

Telles sont les dispositions arrêtées par le Premier Consul, et que, d'après son ordre, je remplis le devoir de vous transmettre, afin que vous assuriez leur exécution. Je donne, en conséquence, des ordres aux commandants de la marine à Boulogne et Dunkerque.

J'ai l'honneur de vous saluer. Degrés.

Bien que l'exécution de cet ordre parût devoir être immédiate et sans doute, parce que la concentration était loin d'être commencée, deux mois presque entiers devaient se passer avant que le Ministre de la guerre s'occupât des batteries mobiles (1).

Pendant ce temps, une très importante et caractéristique infraction avait été faite au principe jusque-là absolu de l'exercice du commandement des côtes par les agents de la guerre.

Le Ministre de la marine au Préfet maritime, à Dunkerque (2).

Î7 août.

Commandant de la 1'^ division, contre-amiral Emériau. A Ostende, capitaine de vaisseau Léyêque.

(1) Voir ci-dessous. Pour la cavalerie, Bonaparte donna des ordres le 3 août (Correspondance de Napoléon t 6973), pour répartir 2 régriments de cavalerie légère sur les eûtes da Finistère, du Morbihan et des Cûtes-du-Nord.

(t) BBï^, 167 {Archives de la Marine).

124 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE Vil.

A Dunkerque, capitaine Pévrieux.

A Boulogne, contre-amiral Magon.

A la disposition de Tamiral Bruix :

Capitaines de vaisseau Bompard, envoyé à Étaples.

Le Coat de Saimt-Haouen.

PiTOT.

RlCBER.

Capitaine de frégate Lévêque.

Plus tard Rousseau, à Ambleteuse.

L'amiral et le contre-amiral commandant la droite auront sous leurs ordres les commandants de toutes les batteries de terre faisant feu sur la mer.

Le commandant de la place et le commandant de Tartillerie d^Ostende recevront immédiatement les ordres de Tamiral et, en son absence, du contre-amiral commandant la 1'* division.

Ce fut également par son collègue de la marine que le ministre Berthicr fut prévenu des droits conférés à Famiral Bruix par le plan du 21 juillet (1). Il est très remarquable que la Correspondance de Napoléon ne fasse pas mention de cette innovation.

Le Ministre de la marine au Ministre de la guerre (2).

Paris, Il thermidor an xi (30 Juillet 1803).

Le Premier Consul, Citoyen Ministre, ayant conféré au général Bruix, avec le titre d*amiral, le commandement de la flottille nationale qui doit porter sur le territoire de l'Angleterre la guerre que cette puissance a voulu faire à la République, je crois devoir vous communiquer une partie des instructions qu'il a fait expédier à cet amiral, afin de vous faire connaître les dispositions à l'exécution desquelles votre département est appelé à concourir.

Le commandement de C amiral s* étendra jusqu'à la baie de Somme.

La droite de la flottille nationale, qui s'appuiera sur Ostende et Nieuport, devra transporter 30,000 combattants. Indépendiimment des chevaux qui seront embarqués sur la droite de la flottille, il sera pourvu par des bâtiments de transport à l'embarquement de 1200 chevaux.

Le centre de la flottille nationale s'appuiera sur Dunkerque, Gravelines et Calais; il sera composé d'un nombre de bâtiments suffisant pour l'embarquement de 6,000 chevaux.

La gauche de la flottille se réunira à Wissant, Ambleteuse, Boulogne et Etiples; elle portera 80,000 combattants, 3,000 chevaux et J20 pièces de

(1) Voir ci -dessous.

(2) Archives de la Marine, ports, ministres, an xi, volume BB*, 87.

l'organisation DBS CÔTES. 125

campagne; ces pièces seront fournies par le département de la guerre; leurs trains, camions et munitions derront être embarqués avec elles.

l^es troupes de la gauche de la flottille, ainsi que celles de la droite, devront avoir 100 cartouches par homme, un fusil de rechange par 5, une baïonnette par 3 et une pelle et une pioche par 10.

Comme il est présumable que Tennemi bloquera Ostende et tentera peut-être son bombardement, le Premier Consul a ordonné que deux batteries fussent élevées par mon dé/tartement sur l'extrémité des deux jetées du port.

Il a également décidé qu*à compter du 1*' vendémiaire prochain il serait nommé un ofBcier supérieur d*artillerie ayant à sa disposition un nombre suffisant de canons mobiles, qui recevra les ordres de Tamiral pour la défense de la flottille dans le port et dans ses mouvements sur la côte.

Vomirai et les contre-amiraux commandant la flottille auront sous leurs ordres les commandants de toutes les batteries de terre faisant feu sur la mer.

Le commandant de la place d*Ostende et le commandant d'artillerie de cette place recevront immédiatement les ordres de l'amiral et, en son absence, du contre-amiral de la i'* division de la flottille, qui est revêtu des mêmes pouvoirs que lui,

La garde de Famiral, dont le séjour habituel sera à Boulogne, sera composée de iO gendarmes de la marine à cheval, de 15 gendarmes A pied, d'une compagnie de grenadiers et d'un piquet de 60 hommes de cavalerie destinés à porter les ordres de l'amiral partout où il sera nécessaire; ce piquet sera relevé tous les cinq jours.

La garde du contre-amiral de la 1'* division de la flottille qui se tiendra à Ostende sera de 5 gendarmes à cheval, 7 à pied, d'une compagnie de grenadiers et d'un piquet de 60 hommes de cavalerie.

L'amiral et le contre-amiral de la 1" division de la flottille, outre leiu* étatmajor de mer, auront chacun 4 adjoints du service de terre montés pour porter leurs ordres.

Chaque jour, à une heure indiquée, les commandants des batteries des rades de Boulogne et d'Ostende enverront à l'ordre chez l'amiral et le contre-amiral un de leurs canonniers avec les rapports de ce qu'ils ont fait et de ce dont ils ont besoin ; le canonnier rapportera les ordres destinés pour la batterie.

Le commandant d^ armes de la place et le commandant d'artillerie se trouveront chaque jour à P ordre chez l'amiral ou le contre^miral.

Les garnisons de la flottille ne seront point fournies par des corps entiers, mais elles se feront par piquets pris dans un même bataillon, chaque compagnie fournissant un même nombre d'hommes ; un même corps fournira les garnisons aux mêmes bâtiments.

Lorsque la garnison d'un bâtiment excédera 25 hommes, il sera embarqué un lieutenant, et un capitaine lorsqu'elle excédera 50 hommes.

La garnison des bateaux plats de grande espèce sera de 36 hommes, commandés par un lieutenant.

Celle des bateaux plats dits de 1'* espèce sera de 28 hommes, commandés par un lieutenant.

Celle des bateaux de 2® espèce sera de 15 hommes, commandés par un sergent.

La garnison des péniches et calques sera composée d'un détachement d'in-

126 PREMlèflE PARTIE. — CHAPITRE Vil.

fanterie dont le nombre excédera de 10 celui des aTirons que ces bâtiments pourront armer.

Les corvettes de pèche armées en guerre auront une garnison de 15 hommes d'infanterie.

Il y aura de plus à bord un canonnier de terre par chaque pièce do canon.

Les garnisons changeront toutes les semaines, à moins que les bâtiments ne soient en campagne.

Les hommes malades de la garnison ne pourront quitter le b&timent qu*après avoir été relevés

Telles sont, Citoyen Ministre, les dispositions arrêtées par le Premier Consul pour l'organisation et le service de la flottille nationale, et je vous prie de vouloir bien préparer dès ce moment les ordres et instructions qui doivent ^émaner de votre ministère.

J'ai rhohneur de vous saluer.

Au début de septembre, et dans l'attente de mouvements importants de la flottille le long des côtes, la question des batteries mobiles se posa plus vivement que jamais, surtout à la suite d'un rapport de Tamiral Rosily (1) qui, chargé d'aller avec le général Songis reconnaître l'emplacement de 6 nouvelles batteries prescrites le 18 août (2), dévoila le peu de protection que les côtes pouvaient donner aux bateaux plats. Rien n'avait été fait encore pour le groupe de batteries prévues le 13 juillet pour la région entre Boulogne et Dunkerque, et encore à Douai faute de chevaux.

Bonaparte au général Berthier,

Saint-Clood, 16 fructidor an xi (3 septembre 1803).

Donnez ordre, Citoyen Ministre, qu'on fasse partir demain, pour Boulogne, 200 chevaux de trait de Tattclage de Tartillerie de la garde. Arrivés à Boulogne, TOUS donnerez ordre à des compagnies du train d'artillerie de Douai de se rendre à Boulogne, où ces chevaux leur seront consignés par la compagnie de la garde, qui, après le procès-verhal de ladite remise dressé, fera son retour sur Paris.

Ces 200 chevaux seront destinés à Tattelage des diverses divisions de pièces de 24 légères et obusiers de 8 pouces, qui doivent agir sur le bord de la mer à Boulogne et à Étaples.

Ces chevaux feront aussi le service des batteries de la laisse de basse mer, pour leur approvisionnement et pour les mouvements qui deviendront néces-

(1) Archives de la Marine, BB»^, 167.

(l) Correspondance de Napoléon, 7016 (18 août).

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