‹ 1793-1805Chapitre 31 sur 112 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

L'organisation des ports d'embarquement était pour l'entreprise une question vitale.

Il était de toute nécessité que ceux-ci satisfissent aux conditions suivantes :

1® Ils devaient avoir une contenance suffisante pour le nombre de bâtiments qu'on devait y réunir;

2** Il fallait assurer la sortie du plus grand nombre possible de navires en une seule marée ;

3** Au cas, et ce fut précisément la situation dans laquelle on se trouva, où la sortie de l'expédition serait reconnue impossible en une seule marée, il faudrait placer en rade une partie des bateaux plats. Cette ligne d'embossage devait donc, par le moyen d'ouvrages, être protégée des attaques de l'ennemi.

Le problème, comportant la résolution simultanée de cette triple difficulté, s'était déjà posé dans les campagnes précédentes. On a vu le peu qui avait été fait pour le résoudre. Cette fois, avec lés effectifs énormes qui allaient être engagés, la question devenait plus que jamais importante et difficile. La manière dont elle fut envisagée par le Premier Consul, les ordres successifs qu'il donna à ce sujet, sont peut-être le plus important indice de ses différents états d'esprit. C'est par la nature, plus encore, par la date du commencement de travaux longs et coûteux, que nous avons le plus de chances de saisir la vraie pensée intime de Bonaparte.

Le plan du 21 juillet auquel il a déjà été fait allusion et

dont le texte complet sera donné plus loin, avait admis qu'on utiliserait les ports suivants :

Pour les Hollandais : Flessingue, 100 chaloupes, 200 bateaux ;

Droite : Oslende et Nieuport; moyens de passage pour 30,000 hommes, soit au moins 30.0 bâtiments;

Centre : Dunkerque, Gravelines, Calais, prames et bateaux de commerce de grand échantillon pour 6,000 chevaux et les bagages, soit au moins 300 bâtiments;

Gauche : Wissant, Ambleteuse, Boulogne, Etaples : 30 prames, 300 chaloupes, 300 bateaux, 50 calques, 700 péniches, 1000 transports; soit 2,380 bâtiments, devant donner les moyens de transporter 100,000 hommes, 3,000 chevaux et 125 pièces de campagne.

De Flessingue à Etaples, il s'agissait donc d'amener, placer, et, plus tard, faire partir plus de 3,000 bâtiments de toute nature.

n est donc d'une importance essentielle, pour apprécier les chances de succès que pouvait avoir le grand projet d'invasion, d'arriver à reconstituer de façon exacte l'état des différents ports de la base d'opérations, de préciser les travaux exécutés, de manière à connaître pour chacun sa capacité et, qui est bien plus important encore, les conditions d'entrée et de sortie des navires de la flottille.

Malheureusement, il n'a pas été retrouvé une seule carte de l'époque permettant, par des sondages précis et la connaissance des marées, d'affirmer que de tel port et tel jour pouvaient sortir tant ou tant de bâtiments; il a donc fallu, pour résoudre cette question essentielle, une étude tout à fait technique et excessivement aride pour le lecteur.

Le rôle le plu^ important était assigné au port de Boulogne et c'est de ce point qu'on s'occupera tout d'abord.

Voici comment s'exprimait un rapport daté de 1776 et dû à l'ingénieur de Briche (1) :

(1) Archives de l'Ecole des ponts et chaussées, — De Briche avait proposé do détourner rentrée du port et de la placer à Chàtillon.

CHOIX ET ORGANISATION DES PORTS d'EMBARQUEMENT. 141

« L'entrée du port est toujours dangereuse par vent de la

« partie ouest La rivière n'a pas de chasse et les bancs

« s'accroissent constamment C'est un des plus mauvais

<c ports de la Manche. »

Tout, en effet, semblait réuni à Boulogne pour en faire le lieu le moins propre à la grande concentration qu'on voulait y opérer.

La rade de Saint-Jean, avec des profondeurs variant de 5 à 15 mètres, présente un sol de marne et de vase de bonne tenue, mais où les ancres se perdent souvent. Complètement ouverte, elle n'est en rien protégée par le banc de Baas, orienté du nord-nord-est au sud-sud-ouest, où les fonds sont trop considérables pour arrêter la grosse houle. La largeur de l'estran, qui atteint 700 à 800 mètres au fond de la baie et est encore de 450 mètres à la Crèche, en éloignant beaucoup la ligne d'embossage de la terre, diminuait la protection que pouvaient donner les batteries de côte.

Quant à l'appareillage, si le flot porte à la côte d'Angleterre dans la direction du nord-nord-est avec une vitesse qui atteint 4 milles, les vents d'est et de sud-est sont rares, plus encore en été qu'en hiver. Ceux du sud-ouest et de l'ouest, favorables à une expédition, et qui soufflent deux jours sur cinq, rendent en général la rade intenable. Ceux du nord et du nord-ouest, qui sont contraires et encore plus violents et dangereux, ont à peu près la même fréquence.

Le port lui-même, formé par l'embouchure de la Liane, était d'une entrée très difficile, possible seulement pendant un temps très court, d'une capacité faible; enfin, il avait presque partout si peu de profondeur, que les bâtiments même de peu de tirant d'eau, comme ceux de la flottille, y étaient presque constamment à sec.

La reconstitution de l'état réel du port de Boulogne en 1803-1805 exige l'utilisation par les connaissances hydrographiques actueUes de renseignements épars dans un grand nombre de documents anciens.

Le port, dans son aspect primitif, présentait l'aspect donné

par la carte n^ 1 , qui résulte à la fois de la carte n® tqT": des Archives de la Guerre et d'un plan établi en 1768 par l'ingé-

nieur Gadier et dont la minute existe à la bibliothèque de Boulogne.

Le profil du chenal « établi par cet ingénieur avec un soin extrême », dénotç l'existence, à hauteur de la jetée de l'ouest, d'une BARRE qui laissait seulement un pied d'eau à basse mer de vive eau.

D'autre part, le plan portant la mention « 3^«»«»,40 de pente depuis la jetée de Touest jusqu'à la basse mer », qui en est à 386 toises, permet de conclure pour cette barre à une cote de + 3",70 au-dessus du zéro hydrographique actuel (1).

Si l'on se reporte à la règle connue en pilotage sous le nom de « règle des sixièmes » (2) et si l'on admet un tirant d'eau nécessaire de 2 mètres pour les canonnières, 1™,30 pour les

(1) Le léro hydrographique oa de Chtzalon coïncide pour le port de Boulogne avec le

zéro de Véchelte. Il est établi à 0",30 au-dessous du niveau de basse mer d'équinoxe. L'échelle du serrice des ponts et chaussées est ainsi constituée :

Couronnement des quais -|- 10,56

Haute mer de V.E. d'équinoxc + <*,30

Haute mer de V.E. moyenne -f- 8,90

Haute mer de M.E. moyenne 4" 7 ,06

Haute mer do M.E. minima 4" ô»28

Basse mer de M.E. moyenne -j- *»W

Basse mer de V.E. moyenne -{- 1 ,04

Basse mer d'équinoze -j- 0,36

Zéro des cartes marines.

(2) La règle des sixièmes est la suivante :

La mer monte pendant la l^* heure d*un 1/2 sixième de sa montée totale.

— t* — 1 sixième.

— 3« — 1 sixième -f- 1 A sixième.

— 4* — I sixième + 1/2 sixième.-

— h* — 1 sixième.

— 6» — 1/t sixième.

La descente se fait dans l'ordre inverse.

La mer monte à Boulogne en V.E. de 1»,04 à 8",90 au-dessus du zéro de l'échelle hydrographique, soit de 7",86, et do 2-,64 à 7",06 en morte eau, soit 4»,42. Les niveaux sent donc les suivants au-dessus du zéro hydrographique :

Après la If* heure en V.E 1»69 en M.R 3»

CHOIX BT ORGANISATION DES PORTS D'ëMBARQUEMENT. 143

bateaux canonniers et les péniches (1), on voit que les canonnières auraient pu sortir en Y.E. deux heures et demie avant le plein et deux heures et demie après, soit cinq heures et autant en M.E., et les bateaux et péniches environ une heure de plus.

D'ailleurs, le tirant d'eau dans le chenal étant, dans Tintérieur du port jusqu'à 589 toises du musoir Pidou, supérieur de 1 ou 2 pieds à celui de la barre, les bâtiments placés dans le chenal auraient pu profiter de tout ce délai pour franchir celle-Kîi.

Mais, dans la réalité, les choses se présentaient d'une façoit tout à fait différente.

Le plan n^ 1 fait voir que le lit de la Liane, repoussé contre la jetée Pidou était, dès qu'il avait dépassé le musoir de l'ouest, complètement détourné dans la direction du nord. Or, il a été constaté que le pied du musoir ouest était à la cote + 6. Le sable et les galets, rejetés toujours dans le

Co qai permet de construire les deux échelles suiTantes :

nètret

0* heure.

5* heure.

4* heore.

3* heure.

2* heure.

\f heure.

Basse mer de V. B.

mèlrc»

6* heure.

5* heure.

4* heure.

3« heure.

!• heure.

1" heure.

Basse mer de M. B.

(1) D'après un tableau donnant le tirant d*èau on charge des bâtiments qui composent U flottille nationale. {Archiwi de la Guotc, — Cartes, n« 79 ter, série 9».)

même sens par le courant de flot, presque parallèle à la côte et par les vents dominants de la partie ouest, formaient à Fouvert des jetées un mouvement de terrain à courbes arrondies, dont la cote maximum était supérieure à 5 mètres. C'est ce banc de sable, souvent confondu dans les rapports avec la barre proprement dite, qui était le principal obstacle à la navigation et qui obligeait les bâtiments à ranger de très près la jetée est.

Le rapport suivant de Sauvage, officier du port (1), malgré quelques erreurs matérielles, exprime très clairement quelle était la difficulté.

Dans Tétat actuel, la rentrée et la sortie des bâtiments sont également difficiles et de peu de durée.

La force de la marée est le premier obstacle qui contrarie la sortie. La vitesse est telle pendant près de deux heures, dans les grandes marées, que Tart et la préciiution de la manœuvre ne peuvent en triompher On ne peut commencer avec sécurité la sortie des bâtiments qu'une demi-heure avant le plein de la mer. Celte opération ne durerait que jusqu'à la première heure de baisse de

marée elle se prolongerait jusqu'à deux heures de baisse pour les bâtiments

à rames, mais il faudrait qu'ils ne soient pas contrariés par les vents

Enfin, lorsque les vents régnent depuis Touest jusqu'au nord-est, en passant par le nord joli frais, on ne peut faire sortir aucun bâtiment que par le moyen de halage jusqu'à la laisse de basse mer Ce moyen est très lent

Si les vents soufflent avec un peu de violence de la partie ouest-sud-ouest à l'est-sud-est, en passant par le sud, le port est entièrement fermé aux bâtiments qui veulent rentrer. // test même aux bateaux pécheurs pendant trois à quatre jours, .dans les mortes eaux

Pour rentrer, il faut qu'il y ait assez d'eau pour que les bâtiments puissent ranger la jetée de l'est; or, cette circonstance n'a lieu qu'une heure avant le plein de la mer dans les marées ordinaires. Elle se manifeste plutôt dans les marées de vives eaux, mais, en revanche, elle a lieu plus tard dans les mortes

eaux, ET, A CETTE DERNIÈRE ÉPOQUE, AUCUN BATIMENT TIRANT SIX PIEDS d'EAU NE PEUT ENTRER DANS LE PORT.

Cette situation serait avantageusement modifiée par rétablissement des écluses et barrages, mais elle laisserait encore des vœux à former et des besoins à satisfaire.

Dès la première heure de la montée de la marée, on pourrait commencer la sortie des bâtiments et, cette manœuvre possible jusqu'à la dernière heure de la baisse aurait ainsi une durée de quatre heures (2; pourvu que le temps et les vents la favorisassent.

Si Ton prolongeait la jetée ouest jusqu'à la laisde de basse mer, dès aussitôt

(l) Archives de V Ecole des ponts et chaussées, {l) Il y a une erreur matérielle dans le calcul*

que les bâtiments seront à flot dans le port, ils pourront en sortir et cette manœuvre qu'aucune aire de rent ne peut contrarier durera jusqu'à ce que les bâtiments stationnés dans le port y reprennent terre. Cette opération importante aura donc l'avantage (Tune continuité de cinq heures et demie.

Si Ton accepte pour vraie cette donnée de Sauvage d'après laquelle les marées de morte eau ne donnent pas 6 pieds d'eau sur le banc, on en conclura pour le point culminant une cote un peu supérieure à 5 mètres, ce qui concorde bien avec les considérations exposées plus haut. On doit en outre en conclure et, le calcul démontre la presque exactitude des conclusions de Sauvage, qu'en morte eau le passage n'était permis aux bateaux canonniers et aux péniches que pendant deux heures environ et interdit aux canonnières. Celles-ci ne pouvaient franchir le banc en vive eau que pendant trois heures en\àron et les bateaux et péniches pendant quatre.

En outre, le niveau du lit de la Liane, d'après Cadier, avait une pente de 1 ligne par toise depuis un point situé à 589 toises des jetées jusqu'à celles-ci. Cela donne pour la cote du chenal, vers le pont de service, le chiffre d'environ -f- 4 qu'il s'agit de vérifier.

Il sera nécessaire pour cela de produire urf certain nombre de témoignages épars dans de nombreux rapports.

Lorsque, au printemps 1804, il sera sérieusement question de construire un barrage, l'ingénieur Sganzin s'exprimera en ces termes (1) :

A haute mer de vive eau, il monte de 9 à 13 pieds d*eau sur une longueiude plus de 800 toises dans un chenal assez étroit à la vérité, mais qui parait suffisamment large pour 3 CANOx?iiÈRES. Cette hauteur est plus que suffisante pour faire flotter et manœuvrer les bateaux canonniers pendant deux ou trois heures, trois jours avant les Syzigies, c'est-à-dire huit jours sur quinze.

La diflTérence de la haute mer de vive eau à celle de morte eau étant d'environ 6 pieds, il n'y a. dans la partie supérieure du port au-dessus du pont de service que 3 à ti pieds d'eau à haute mer pendant les quadratures. Ainsi, per^ dant six ou sept jours sur quinze, la flottille échouerait et ne pourrait faire aucun mouvement.

Le calcul donnerait donc, d'après ces renseignements :

(\) Archives des ponts et chaussées.

146 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE Vni.

jusqu'à 1500 mètres à Fintérieur des jetées (1), des cotes variant entre + 4 et + 5 mètres au fond du lit de la Liane.

D'autre part, un profil du chenal très précis conservé au dépôt des cartes du ministère de la guerre et qui sera reproduit plus loin, donne les sondages suivants :

A hauteur du pont de service H. M. de V.E. — 14pi«^8,6; H.M. de M.E. 5pi«d8,3.

A 250 mètres plus bas H.M. de V.E. — 13pieds7; H.M. de M.E. 4picd8^4.

Il en résulterait des cotes variant (2) entre 3", 90 et 5", 40 pour le fond du chenal au pont de service; 4™, 40 et 5™,66 à 250 mètres plus bas.

Dans un autre rapport relatif à remplacement à choisir pour construire un fort flottant, Sganzin à qui l'on proposait d'établir le chantier à 100 toises au-dessus du pont de service au coude de la Liane, s'exprime en ces termes :

Mais là on n'a que 10 pieds à haute mer et le chenal n'a que 50 pieds de large ; or, le fort à 1 00 pieds de diamètre tire 8 pieds et une heure après le

plein il n'a plut que 8 pieds d'eau et Teau baisse très Tite ensuite Il n'y a

d'autre emplacement que la plage sous le feu de l'ennemi ! ! !

Ce point serait donc à la cote 5™,70, ce qui confirme les renseignements donnés ci-dessus.

Plus tard encore lorsqu'on s'occupera de placer le radier de recluse de chasse, Sganzin déclare qu'il ne peut être abaissé au-dessous du zéro de r échelle ^ car, à ce niveau, le

(1) Haute mep de V.E. :

ou bien

8"90 — 3 s= 9 pieds.

8,90 — 4,30 = 13 pieds.

— 0,60 profondeur moyenne

de la rivière à mep

^*^^ bassç d'appès Cadiep.

(5) Haute merde V.E. :

Haute

mop do M . E . :

8,90 — 5 — Il pied» 6.

1,60 ■■ 5 pieds 3.

3,90 8,90 — 4.50 = 13 pieds 7.

5,46 7,06 1,40 = 4 pieds 4.

CHOIX BT ORGANISATION DES PORTS D'EMBARQUBMENT. 147

tuf se montre en plusieurs endroits, notamment près du pont de service (1). Il en résulterait une cote de 3.90, qui concorde avec les résultats précédents. La présence d'affleurements de grès très dur à ce niveau a du reste été vérifiée à diverses reprises, lors des dragages accomplis pendant la deuxième moitié du XIX® siècle.

Les renseignements donnés par Cadier sur la pente du chenal, permettent donc, en les combinant avec les données précédentes, d'en établir un profil suffisamment exact.

Mais le lit de la Liane, dont la largeur à marée basse ne dépassait pas 40 mètres, n'en avait pas 20 en beaucoup d'endroits et n'était qu'une toute petite partie du port. Tout le reste était formé de talus de sables et de vases qui le raccordaient au sol naturel, en pente relativement raidc vers l'est, bien plus allongée vers l'ouest, et en outre, ainsi que l'indiquent de nombreux plans, marquée d'îlots.

Des cotes très précises des parties qui n'ont pu être modifiées par les travaux ultérieurs résultent d'une carte levée à Boulogne en 1835 par l'ingénieur B. Beaupré et ont été également utilisées pour établir la carte ci-contre.

En résumé, la plus grande partie du port (les 3/5) se trouvait à un niveau supérieur à 4 mètres et, par suite, les bâtiments tirant 6 pieds d'eau y flottaient pendant environ quatre heures en vive eau et à peu près trois heures et demie en morte eau. En outre, près de la moitié du bassin inférieur et la presque totalité du bassin supérieur n'avaient pas une profondeur suffisante pour faire flotter les canonnières en morte eau.

C'est dire, en somme, que, sauf pour l'espace très restreint

(I) La découverte de la signiâcation du « zéro de l'échello » est due à M. l'enseigne de Taisseau Vigy, dont le concours nous a été précieux.

« Dans un rapport de 1794, adressé par le citoyen Ferrejeau à la Conyention, et retrouYé aux Archives des ponts et chaussées de Boulogne, il explique comment lui, quatrième membre d*une commission composée de MM. Degoulle, Récicourt et Lebon, a installé l'échelle des marées. Des considérations tout à. fait erronées, basées sur ce que la montée de la mer était le double de sa descente (?) l'ont amené à choisir le zéro do l'échelle au 1/3 delà moyenne distance de la haute et de la basse mer, — Le calcul montra que le zéro de Tépoque était coté 3*, 93 au-dessus du zéro actuel, dit hydrogragraphiqne ou de Chazalon. »

Ce chiffre se trouvera plus tard yérifié par d'autres données relatives au bassin demicirculaire.

marqué par le chenal, Téchouage à peu près permanent était la règle pour les navires de la flottille.

Depuis longtemps on s'était préoccupé de la difficulté que le banc dont il a été question créait à la sortie du port de Boulogne.

On avait cru y remédier en construisant à partir de la jetée du Pidou et presque parallèlement à la jetée de Touest une digue en fascinage prolongée sur une longueur de 700 mètres, c'est-à-dire jusqu'à la laisse de basse mer de vive eau (1). De cette façon, le lit de la rivière se trouva rejeté vers l'ouest et prolongea à peu près la sortie du port.

Le résultat fut tout autre que ce qu'on attendait. Le chenal devint rectiligne, mais, faute d'une chasse suffisante il ne gagna rien en profondeur. Le sommet du banc ne s'abaissa pas et continua à barrer la moitié de la passe. A 150 mètres en avant du musoir de l'ouest, il était encore coté + 5°*, 50. Quant à la barre, elle ne fit que se déplacer légèrement en se rapprochant de la sortie du musoir ouest (2).

Le profil en travers du chenal pris à hauteur du musoir ouest était le suivant, qui s'est maintenu jusque vers 1860.

Jetée

Ouest

Vv^; V-

L'obligation de rangei» la jetée est resta donc entière.

(1) A la cote 0",36 entre les courbes n* 1 et n» 0.

(2) L'ingénieur hydrographe Pioix, qui a dressé la carte de Boulogne en 1876, dit à ce sQJet:

« La barre de la Liane est en dehors des jetées, à 1 mètre au-dessus du niveau des pîus basses mers. Autrefois la barre de la rivière était sur la plage même. Un plan levé par La Favolière en 1671, existant aux Archives du dépôt de la Mâtine, montre qu*à cette époque le chenal de la Liane passait au sud des rochers du Pidou, puis se dirigeait au N.-N.-O. pour aboutir ensuite à la mer par deux embouchures. La laisse de basse mer

Itel

L'arrêté du !«' juin 1801 (1) consacra 305,000 francs au programme suivant :

Construction et réparation des jetées et estacades;

Construction de trois parties de quais en charpente à clairevoie.

« Il sera fait, était-il ajouté, les dispositions les plus « promptes pour rendre les anciens et les nouveaux quais « facilement accessibles aux bâtiments de 8 à 12 pieds de « tirant d'eau sur une étendue d'environ 500 toises de déve- « loppement. »

Au printemps 1803, au moment de la déclaration de la guerre, il n'existait encore que des tronçons de quais fort courts : celui des Paquebots, celui de la Douane ou de la Citadelle, enfin le quai des Casernes ou de l'Arsenal. Tous étaient situés sur le rivage est.

Un arrêté du 14 mars prescrivit la création d'un kilomètre de quais en charpente, reliés à l'extrémité de la jetée ouest par une estacade, puis, en arrière, dans les terrains fangeux couverts par la marée, le creusement d'un bassin à'échouage demi-circulaire avec un passage de 78 mètres de large à travers le quai de l'ouest. Le bassin, au début, devait pouvoir contenir 100 grandes canonnières. On devait, en outre, détourner le lit de la Liane et construire une digue de retenue avec une écluse de chasse pour approfondir le chenal.

Le devis du bassin établi le 1®' avril par Sganzin évaluait le déblai à 175,980 toises cubes et la dépense à 286,847 francs (2).

La carte n^ 2 ci-contre indique quel était ce projet considérable.

Mais, bien qu'il soit inscrit sur le plan que les « parties

ne subissait aucune déformation au droit de la rivière. La constraction des jetées a ea pour résultat de fixer le chenal, qui changeait sans doute de place avec les coups de Tent, comme il arrive pour la généralité des rivières. Mais, de môme aussi que pour la plupart des rivières, la barre, tout en se déplaçant, conserve toujours la même hauteur; il est probable que celle de la Liane n'a pas changé de niveau après qu'on en a canalisé l'embouchure. Ce niveau dépend en effet de causes que ne modifient pas des ouvrages. Les chasses elles-mêmes ne paraissent avoir d'autre influence sur la barre que de la reporter plus au large. »

(1) Voir ci-dessus, t. IL

(2) Archives des ponts et chaussées.

portées en rouge (1) sont ordonnées », on commença par s'occuper d'augmenter les quais, de creuser le bassin, par suite d'augmenter la contenance du port. On ne fit rien pour améliorer la sortie^ résultat auquel on ne pouvait prétendre tant que l'écluse de chasse n'existerait pas.

Il est remarquable que Bonaparte écrivant le 21 février 1798 à Caffarelli (2) : i< Il serait inutile de faire des travaux longs « et coûteux au port de Boulogne pour le rendre susceptible « de contenir un plus grand nombre de bateaux qu'il n'en « peut sortir en une marée », se soit donné à lui-même dans la conduite des travaux entrepris en 1803 un si éclatant démenti.

Les conséquences devaient en être décisives. Ce ne fut certes pas par oubli ou ignorance, car le 20 juin Decrès venu à Boulogne écrivait au Premier Consul (3) : Quant à l'écluse et à la digue de retenue, « ce travail, d'après vos premiers projets, devait être remis à la campagne prochaine, il n'en a pas été question. Il est nécessaire pour les projets actuels. Sans cette digue, qui amortira le flot, il me parait impossible de faire sortir 300 bâtiments du port en une seule marée ».

Le 1®' mai, les travaux furent entrepris simultanément aux quais, aux estacades et au bassin (4). Pendant les premiers temps, on y avait occupé 500 travailleurs, mais ce chiflfre fut porté à 3,000 dès le milieu du mois (5). Dans ces conditions, l'ingénieur Sganzin s'engagea à avoir terminé ce travail pour le 1 5 vendémiaire (6) (8 octobre 1803). Mais le 20 juin, lorsque Decrès vint à Boulogne, il ne trouva que 2,400 hommes et SOO chevaux employés aux travaux du port, et estima qu'il fallait encore trois mois rien que pour achever les estacades (7). Un mois plus tard, Sganzin écrivait (8) :

« La charpente de l'estacade à claire- voie est terminée.

(1) Indiquées par des hachures sur la carte n^ 2. {t) Voir ci-dessus, t. I".

(3) Lettre du ÎO juin. (Archives nationales, Secr. d'État, AF»^, 1190.)

(4) Note du 2 avril 1804. (Archives de la Guerre. — Côtes.)

(5) Rapport do Sganzio, 15 novembre 1803. {Archives nationales, Secr. d'État, AF»', 1101.)

(6) Lettre au Premier Consul. (Archives nationales, AF>', 1190.)

(7) Lettre du 19 juillet. [Archives des ponts et chaussées,)

(8) Le niveau auquel on se trouvait est donc de 2" + 3",90 ==- + 5",90

« La charpente de la première partie du quai, entre Festa- « cade et la passe, est à peu près terminée. On borde et on « remblaie

« Il reste environ 6 pieds à creuser dans le bassin et la « passe pour arriver au zéro de Féchelle (1). Il y a 180 voi- « tures et 800 brouettes

« Le pont de service est achevé. »

A cette époque, Bonaparte paraissait surtout être préoccupé d'aller vite, aussi écarta-t-il le projet d'écluse et de barrage qui ne fut repris que bien plus tard. Lorsque Bruix lui signale Tinsuffisance du bassin qui, dans les plans du 14 mars, ne devait contenir que (2) 100 grandes canonnières, alors que 800 à 900 bateaux au moins doivent être placés à Boulogne, il lui répondra que si on Faugmente, on n'aura pas fini (3) pour le 1®' brumaire (24 octobre). Mais quelques jours plus tard, le 31 août, Bonaparte dira : « Il faut, avant tout, que le citoyen Sganzin nous remette le port et le bassin achevés au 15 vendémiaire (8 octobre). Nous verrons alors s'il est besoin de l'agrandir. Je suis effrayé de ce qu'il demande encore trois mois (4) ». Dès ce moment se révèle la pensée qu'on ne sera pas prêt pour l'époque indiquée. C'est, en effet, pendant la période du 22 août au 1*' septembre que sont parvenues à Bonaparte les mauvaises nouvelles relatives à la construction de sa flottille, et les travaux du port de Boulogne s'annoncent comme devant être aussi en retard et, de fait, le seront énormément.

C'est donc le 24 novembre (5) seulement qu'on commença

(1) Bertrand. Précis de V histoire de Boulogne, 1828.

A partir da 14 mai 1801. on construit une estacade à claire-voie de itl mètres de iançt depuis la tète de la jetée de l'est jusqu'au quai des paquebots. Puis un quai plein en charpente qui réunit ce dernier à l'ancien quai dit de la Citadelle, ce qui donna un développemept de 443 mètres de longueur. Puis le quai dit de la Victoire qui de l'extrémité sud du quai de la Douane se rattacha par une cale au quai des Casernes, donnant ainsi une longueur de 429 mètres.

La longueur de la jetée du Pidou jusqu'à l'extrémité du quai des Casernements, 1090 mètres.

Plus tard les quais de l'ouest eurent 1301 mètres de long, et avec le bassin demi-circulaire 2,015 mètres. Les deux côtés du port donnèrent 3,155 mètres de tour,

(2) Correspondance de Napoléon à Bruix, 7030, 22 août.

(3) Correspondance de Napoléon à Bruix, 7046, 26 août.

(4) Correspondance de Napoléon à Bruix, 7061. 31 août. — Le bassin demi-circulaire ne dorait être achevé que bien plus tard.

(5) Correspondance de Sganxin. (Archives des ponts et chaussées).

lo2 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VIII. "

à creuser le grand bassin. 1,840,000 francs ont été affectés aux travaux des trois ports (1) ; 2,000 brouettes ont été fournies à Boulogne et 2,000 soldats sonl employés aux terrassements. Les travaux sont répartis par compartiments entre les demi-brigades.

Mais on en aura pour tout Fhiver et, au printemps, il faudra recommencer une partie du travail, car les pluies, en entraînant les talus, auront comblé une partie de Texcavation..

Si Bonaparte a résisté à Decrès et à Bruix et n'a pas voulu, pendant Tété 1803, augmenter les travaux de Boulogne, ce n'est pas, certes, qu'il ne se soit rendu compte de l'insuffisance de ce port, surtout au point de vue de la sortie en une seule marée. Mais il croit, ou plutôt affecte de croire qu'on pourra y remédier en conservant en rade et en permanence une avant-garde de chaloupes et bateaux canonniers, le port étant réservé aux péniches et aux bateaux de pêche qui remonteront aussi loin que possible dans la rivière, jusqu'à la limite où la marée peut les déséchouer (2). Ce plan ne tient pas compte des éléments, et Bonaparte saura, par une dure expérience, ce que vaut, pour les bateaux plats, la rade de Boulogne par les vents d'ouest. Mais à cette époque de l'été, il n'est pas question de tempêtes, et l'idée d'une ligne d'embossage fortement appuyée parait devoir suppléer à rinsuffisance du port de Boulogne. La question va donc être de protéger les bateaux en rade des attaques de l'ennemi, et c'est à la résoudre que Bonaparte va employer une activité et une ingéniosité extraordinaires.

Le premier procédé qui lui fut proposé par Forfait, dès le moment de la déclaration de guerre, fut celui d'un fort flottant.

Forfait au Ministre de la marine (3).

26 mai 1803.

Quand on parle aux gens instruits du port de Boulogne, leur première obser-

(1) Sganzin demandait pour Boulogne 393,000 francs par mois, pour Âmblcteuse 35,T00 francs par mois pendant un trimestre, (î) Lettre à Bruix, 7045. {Con'espojidance de Napoléon^ Î6 août.) (3) Archives de la Marine, BB", 173.

talion est : Comment faire appareiller de ce port 800 bâtiments? Comment garantir le port et la tille d'un bombardement?

L'intention du Premier Consul atait été de faire construire deux forts en atant du mouillage de la flottille, c'est-à-dire sur la ligne où il y aurait eu 10 à 12 pieds d*eau à marée basse. Ce projet ne se peut exécuter en guerre. Il amènerait nécessairement la guerre si on voulait Vexécuter en paix.

J ai parlé au Premier Consul atant mon départ d'un fort flottant Il

a bien accueilli cette idée

Je tous adresse par ce courrier un paquet contenant les plans et mémoires y relatifs Il n'y a pas un moment à perdre.

L'idée parut sans doute trop hardie ; en tous cas, on ne se pressa pas de s'en occuper. Le 22 août seulement, Bonaparte écrivait : « Il (Forfait) pense qu'on pourrait (après Fachève- " ment du port, le 8 octobre) se mettre aux travaux du fort M qui peut être fini pour le mois de frimaire (23 novembre), « et qui, une fois placé, n'aura rien à craindre des orages. « Avant d'établir une chose qui paraît si extraordinaire, je « désire que vous voyiez sur les lieu3C , avec le citoyen « Sganzin, où l'on pourrait le placer, si vous croyez à la pos- « sibilité de ce projet (1) ». Ce fut le 28 août seulement qu'un arrêté ordonna la construction du fort et son achèvement pour le 15 brumaire (7 novembre).

On ne put trouver, pour le construire, d'autre emplacement que la plage (2), et on y renonça complètement.

Cet ouvrage devait protéger le centre de la ligne d'embossage ; quant aux ailes, depuis longtemps on s'était occupé de les protéger (3).

La rade ne devait offrir de sûreté à une flottille nombreuse que par Tappui qu'elle en pouTait tirer : il fallait donc défendre ses extrémités par des ouvrages imposants. La nature indiquait les deux points qu'ils devaient occuper : le rocher de V Heurt pour la gauche y celui de la Crèche pour la droite. Ces deux points sont séparés par une distance de 2,400 toises, bien suffisante pour le développement d*une flottille imposante, mais trop étendue pour que le centre puisse tirer une protection efficace de ses extrémités : c*est ce qui nécessite la construction d'un fort intermédiaire.

L'importance du rôle que devaient jouer les forts de THeurt et de la Crèche

(1) Correspondance de Napoléon à Bruix, 22 août, (t) Voir à-dessous.

(3) Notice sar les forts de l'Heort et de la Crèche par Dode, sous-directeur des fortiflcalions à Boulogae. 23 novembre 1803. (Archives de la Guerre. — Côtes.)

leur a fait donner une capacité telle qu'ils pussent recevoir i3 pièces de canon en batterie casematée, 6 canons et 4 mortiers pour une plate-forte supérieure.

Le projet des deux forts fut arrêté à la fin de germinal an n (20 avril 1803), et l'on s'occupa dés lors de leur exécution.

Un travail aussi considérable fut entrepris avant d'avoir pu former aucun approvisionnement. Il fallut donc à la fois faire les sondes nécessaires pour se convaincre de la solidité des bases sur lesquelles on devait établir ces masses énormes de maçonnerie, s'approvisionner de pierres de taille dans un moment où les carrières d'Aingban qui devaient en fournir la plus grande partie, étaient entièrement abandonnées, faire un appel aux ouvriers de tous les environs, la plupart de ceux du pays étant déjà employés par la marine, enfin construire les établissements qu'entraînent nécessairement des travaux considérables et faire des rampes de communication du baut en bas de la falaise.

A peine les sondes eurent- elles fait connaître qu'on pouvait s'établir avec assurance sur les deux rocbei*s qui avaient été désignés, qu'on commença à tailler le rocber, pour y former un encastrement qui ne fût pas de plus de 2 pouces h l'Heurt, mais, à la Crècbe, l'inclinaison du banc obligea à s'appro* fondir de 8 à 10 pouces de hauteur moyenne; ce travail, déjà très long par la dureté du roc, le fut encore davantage, parce que les mortes eaux ne découvraient pas plus de la moitié du rocher de la Crèche et empêchaient la circulation des ouvriers et des voitures autour du fort.

Deux mois environ furent employés à tous ces travaux préparatoires.

Au moment où Decrès arriva à Boulogne, on en était encore là, et la tâche confiée au génie de terre ne paraissait pas facile, car on comptait avoir besoin de trois ans et trois millions (1).

Pourtant les premières pierres furent posées le 29 juin et, jusqu'au milieu d'août, on travailla activement (2).

Le 3 juillet, deux arrêtés avaient ordonné Tachèvement de la jetée ouest, Télargissement du musoir sur lequel dut être organisée une batterie de dix pièces de 36 et deux mortiers à grande portée, et augmenté l'artillerie des batteries de terre (3).

(1) Lettre de Decrès du ÎO joia 1803. (Archives nationales, AF»', 1190.)

(2) Notice de Dode. Voir ci-dessas.

(3) Arrêté.

Duakerque, M messidor an xi (3 juillet 1803).

Art. 1». — La lanterne et le four à réverbère situas à roxtr<5initô de la jetée de Boulogne seront rasés.

Art. 2. — Les rc^parations dont cette jetée a besoin seront terminées dans le .plus court délai.

On agrandira la tête du musoir, soit en pierres, soit en charpente, de manière à pou-

CflOlX £T ORGANISATION DES PORTS D'EMBARQUEMENT. 155

Enfin, le 21 juillet, un arrêté confia aux ingénieurs maritimes la construction, « sur la laisse de basse mer, à droite de « la jetée de Test du port de Boulogne, d'une plateforme en « charpente capable d'être armée de 5 pièces de gros calibre « et de 2 mortiers ».

Cet ouvrage, projeté à l'extrémité de la digue en fascinage, sous les appellations successives de fort en charpente, fort Rouge, fort de l'Expédition, devait être, comme les ouvrages de l'Heurt et de la Crèche, terminé pour le 1®' brumaire (24 octobre) et armé immédiatement.

La carte ci-dessus (n® 3) indique l'emplacement des travaux qui furent entrepris dans la rade de Boulogne.

Tous ces travaux, essentiels- pourtant pour la sécurité de la flottille, avaient, on le voit, été entrepris très tardivement.

Toir y placer une batterie de 10 pièces de canon de 36. savoir: 3 de ehaqae cMé de la jetée et 4 au milieu ; et t mortiers à grande portée. Ces pièces seront placées sur des affûts de côtes.

Art. 3. — Il sera placé an gril à boulets rouges. La lanterne sera construite en bois, beaucoup plus élevée et assez éloignée pour ne pouvoir, en aucune manière, gêner la manœuvre de la batterie.

Art. 4. — Les ingénieurs des ponts et chaussées et de la marine seront spécialement chargés de ces travaux ; ils les dirigeront do manière que, pendant leur exécution, il reste 4 pièces de canon en batterie prêtes à tirer.

Art. 5. — Les Ministres de la guerre et de la marine sont chargés de Texécution du présent arrêté.

BOMAPARTB.

Arrêté.

Dunkerque, 14 messidor an xi (3 juillet 1803).

Art. I*. — Tous les mortiers de 12 ponces, à petite portée, qui se trouvent dans les batteries de la céte, aux environs de Boulogne, en seront retirés. Ils seront remplacés par des mortiers k grande portée.

Art. 2. — Les pièces de 24 de la batterie du moulin Hubert en seront retirées. Elles seront placées sur la plateforme qui existe au-dessus de ladite batterie.

Art. 3. — 11 sera éubli, à l'extrémité de la jetée de Pidon, 2 pièces du calibre 36, sur affûts de côtes.

Art. 4. — Il sera établi 10 nouvelles batteries, composées chacune de 2 pièces du calibre de 21 ou supérieur, sur la côte située entre Boulogne et Calais ; leurs positions seront désignées par le premier inspecteur général d'artillerie. Elles seront construites en terre dans le plus court délai.

Art. 5. — Les magasins et le corps de garde seront construits en planches.

Art. 6. — Il sera construit une batterie à l'embouchure de la Somme, sur la pointe du Hourdel, port de Saint- Valéry.

Cette batterie sera de 2 pièces de 24, et sera placée vis-à-vis de la réunion des deux passes, de manière à protéger tous les bAtiments qui rentreraient dans la rade.

Art. 7. — Le Ministre de la guerre sera chargé de rexécution du présent arrêté.

(Archives de F Empire.) Bomapartb.

L'ennemi allait d'ailleurs les troubler.

Le 29 juin, il y avait eu devant Boulogne, en présence du Premier Consul, une canonnade insignifiante contre une frégate et deux cutters anglais. Le H juillet, la croisière ennemie avait exécuté le simulacre d'une attaque (jui avait été très vigoureusement repoussée par les bateaux seuls (1). Mais là, comme au Havre, s'était affirmée l'insuffisance de portée des canons de côtes ; aussi, dès le 2 août, Bonaparte avait-il ordonné de fabriquer des afi'ûts permettant de tirer à 45 degrés (2). Une fois les travaux du fort en charpente commencés, les entreprises des Anglais devinrent beaucoup plus actives et dangereuses.

Les 8, 10, IS, 18 et 19 août (3) eurent lieu de sérieux combats.

Le seul dont rendit compte le Moniteur fut celui du 8 août (4).

En réalité, l'insuffisance des batteries de la côte s'était encore manifestée. Bonaparte prescrivit, en conséquence, d'efficaces mesures pour la protection des travaux en cours.

A l'amiral Bruix,

Saint-Cloud, 4 fructidor an xi (22 août 1803*.

Citoyen amiral Bruix, j*ai reçu Totre dernière lettre. Le Ministre de la marine tous aura fait connaître le parti à prendre pour le musoir.

On me remet dans le moment \otre lettre du 1*' fructidor. Je n'ai yu qu'avec peine, et je n'ai point trouvé du tout justifiée par le défaut d'artillerie ou de moyens maritimes, r entreprise que vous avez laissé faire aux Anglais contre

(1) Rapport de Bruix, du 11 juillet. (Archives de la Marine, BBiv, 168.)

(t) Correspondance de Napoléon, n« 6967.

l'a) Lettre de Bruix, ordre du jour de la flottille et BBiv, 16S.

(4) L9 20, un grand nombre de b&timents vinrent les joindre, entre autre une grande bombarde qui lança des bombes à une grande distance. Elle tombèrent à 500 toises, elles étaient trop loin. L'amiral donna ordre aux calques de sortir pour les attaquer, mais le jusant les en empocha.

Pendant ce temps, l'ennemi éloigné de 350 toises des sonnettes établies pour la construction d'un fort, tirait pour empocher la continuation des travaux ; mais dès qu'il vit les chaloupes dehors et disposées à l'attaquer, il leva l'ancre et prit la fuite.

Notre flottille le poursuivit à 2 lieues 1/2 an large. Un brick anglais a été considérablement endommagé.

{Moniteur du 14 août.)

notre fort (I). Après la première tentative faite par l*enneroi, et Fintérêt qu'il doit prendre A empêcher la construction de ce fort, il était facile de penser qu'il enverrait quelques péniches pour le désarmer et détruire les sonnettes dès rinstant qu'elles ne seraient pas gardées, et ce n'était point les garder que d'y mettre une seule péniche en forme de corps de garde. Que font donc les 7 calques et quel inconvénient peut-il y avoir à les tenir toujours dehors ? Dans la haute mer, elles peuvent s'approcher autant qu'elles veulent des forts. Dans la basse mer, elles n'ont rien à craindre de se tenir à la laisse, et, en y joignant quelques canots, ce fort aurait été défendu. Quant a l'organisation DE LA PLACE, VOIS AVEZ TOUS LES POUVOIRS, li y G à Boulogne trois bataillons de la 28* et trois de la 57^^ et il n'y a pas encore eu une attaque assez importante pour que ces troupes ne soient pas sufGsantes. Je vous recommande d'établir votre tente sur la tour d'Ordre, car il n'y aura rien à faire à Boulogne tant que vous resterez en ville. Dans des affaires de cette nature, il n'est pas extraordinaire que le chef soit obligé de tout faire. Du reste, le Ministre de la guerre vous envoie de nouvelles troupes et des canonniers.

Profitez de la première circonstance pour faire venir les cent bateaux qui sont à Dunkerque.

Le jour, l'ennemi n'osera jamais attaquer les sonnettes; pour la nuit, le moyen de l'empêcher d'approcher est de faire sortir tous les soirs les forces que vous avez. Il vous est même facile de tendre un piège à l'ennemi, en ne lui laissant voir le jour que quelques calques, et du moment que la nuit sera arrivée, faisant sortir tout ce que vous avez, de manière que l'ennemi pourrait faire des dispositions pour attaquer les péniches ou bateaux qu'il aurait vus le jour, et ne s'attendrait pas à trouver des forces considérables qui pourraient lui faire beaucoup de mal. Si vous avez un capitaine ou un lieutenant de vaisseau intelligent, il peut se faire beaucoup d'honneur dans cette espèce de petitç guerre. Mon intention est de faire travailler au fort ; à quelque prix que ce soit, il doit être fait. Qu'on laisse au musoir et aux autres batteries mèche allumée toutes les nuits, et que nos forces maritimes passent toutes les nuits dehors....

Note annexée à la pièce précédente.

On doit, dès ce moment, penser à employer tous les moyens pour soutenir l'avant-garde de notre flottille, lorsqu'elle sera embossée en rade, et pour soutenir notre fort Rouge :

(l) Lettre de Bruix au Ministre de la mâtine.

22 août 1803.

..'... La totalité des batteries de côte dans rarrondissement de Calais, n'a ponr son service, qn'one compagnie d'artillerie et une de gardes-côtes. Voos jagerez qu'elle ne peut suffire.

8 fructidor.

I^ général Magon me mande qu*nne compagnie incomplète du 8* régiment d'artillerie, qui était à Ostende, a été rappelée pour assister à l'école de Douai et qu'il ne reste plus que

40 hommes dont 12 conscrits pour le service de 72 bouches à feu et de 5 batteries

(Archives de la Marine^ BB^r, les.)

1® Nous ayons des pièces de canon de 24 qui, étant légères, seront facilement transportées jusqu'à la laisse de basse mer par six cheTaux. . Quelques pièces ainsi éparpillées ne laisseraient pas que d'être d'un grand effet On pourra se servir de forges portatives pour tirer à boulets rouges ;

î» 11 faudra se servir d'une douzaine de mortiers, que l'on placerait sur la laisse de basse mer, soit en y laissant constamment le crapaud, soit en y laissant annexés et le crapaud et le mortier, soit, si l'expérience prouve que tous ces moyens sont impossibles, en plaçant des mortiers sur des roulettes pour les transpoiler, et les retirant à chaque marée.

Or, le fort Rouge ne peut être avantageusement attaqué qu'à basse mer, puisque alors il se découvre. On pourrait donc avoir 30 à 40 pièces disséminées pour le défendre.

Une division de la flottille, qui serait sortie et ne pourrait rentrer qu'avec la marée, ne pourrait pas être attaquée à la marée haute, parce qu'elle aurait la faculté de se serrer contre les forts, elle ne peut donc être attaquée avec succès qu'à basse mer, soit par une flottille plus considérable, soit même par des frégates. La laisse de basse mer, ainsi garnie de pièces, se trouverait sérieusement protégée. L'amiral Bruix pourrait se concerter avec le citoyen Sganiin, pour savoir s'il ne serait pas possible d'établir dans les différents points et à la hauteur de la laisse de basse mer un espèce d'épaulement de 5 pieds de haut fait en bois, et qui mettrait les hommes à l'abri de la mitraille. Gela consisterait tout simplement en une série de fiches qui auraient 6 pouces d'épaisseur.

Au même (i).

Faites mettre à la laisse de basse mer un crapaud de fonte de mortier à la Gomer, de 42 pouces. Faites placer, 12 pieds en arrière, deux gros piquets, auxquels on amarrera ledit crapaud par les boulons et voyez l'effet que fera la mer en montant et s'en allant. Si cela réussit et que le crapaud reste, le jour d'après vous y ferez placer le mortier, pour voir encore quel effet cela produira, en ayant soin que les sous-bandes qui soutiennent les tourillons soient bonnes et que les chaînettes soient bien placées. On renverserait le mortier du côté opposé à la lumière, et si vous pouviez placer ainsi quelques mortiers, sans que la mer les dérangeât, vous sentez l'immense avantage que vous en retireriez pour la flottille.

Au même (2).

Il me semble que, dans ma dernière lettre, je vous ai dit qu'après avoir mis un crapaud au bord de la mer, il fallait mettre dessus un mortier; les circonstances des affouillements ne sont rien, tu qu'à toutes les marées on le changerait de place ; mais le projet que vous avez de faire des plates-formes est bien meilleur encore. Les batteries me paraissent trop nombreuses de 3 pièces ; il faut qu'elles ne soient que de deux. Mon intention n'est point de retirer les

(1) A Bruix, 26 août, 7045. (Archives de VEmpire.)

(2) Correspondance de Napoléon, Lettre à Broix, 7061.

CHOIX BT ORGANISATION DBS PORTS D'BMBARQUEMENT. 159

pièces tous les jours, mais de laisser sur ces batteries les pièces de canon pendant toutes les hautes mers. Je ne pense pas non plus qu'il faille s'éloigner de 50 toises, c'est toujours une distance de perdue. Il faudrait donc, à mon sens, faire établir le tiers de tos plates-formes tout à fait sur la laisse de basse mer, le tiers à 50 toises et le dernier à 80 toises.

lion projet n'est pas non plus de se serrir de pièces légères pour cet usage; car quoi qu'on puisse dire, de grosses pièces Tont plus loin. Mon intention est d'avoir quelques pièces de 24 légères, attelées avec plusieurs divisions d'obusiers de 8 pouces, portant une bombe de 43 livres à 1300 toises, également attelées; et, au moment où les Anglais approcheraient, tout cela s'avancerait sur la laisse de basse mer et renforcerait les batteries permanentes.

Je vous prie de faire exécuter les dispositions suivantes et de m'en envoyer le résultat : faire prendre une pièce de 36 ou de 33, la faire mettre sur un afifût marin, et la laisser sur la laisse de basse mer à toutes les marées; on tirera deux bombes, chambre pleine, et l'on tiendra note de ce qui sera arrivé.

Quelque dussent être les conséquences ultérieures de cette idée si neuve et si originale, les travaux se ressentirent considérablement de rinquiétude causée par les attaques ennemies.

La construction du fort Rouge ne fut pas reprise avant la fin d'août, et pour un moment seulement. En réalité, on ne travailla qu'à partir du 17 septembre, avec 50 hommes en moyenne et seulement quand le temps le permit ; on en eut ainsi pour jusqu'au 5 février 1804 (1).

Les progrès des maçonneries des forts de l'Heurt et de la Crèche furent encore bien plus précaires (2).

A la fin de ihemiidor (17 août), il y avait six semaines que les fonds manquaient, les ouvriers et les fournisseurs commencèrent à perdre la conGance qu'ils avaient eue jusqu'A ce moment : ils désertèrent successivement les ateliers. De nouveaux retards et l'insuffisance des fonds obtenus n'ayant plus permis de couvrir r arriéré^ on a perdu toute la belle saison,

A la même époque, une autre circonstance vint concourir, avec la pénurie de fonds, à retarder le travail. La croisière anglaise^ plus par caprice que par système, attaquait presque journellement les ouvriers pendant la marée. La faible portée des mortiers dont la côte était alors armée, permettait aux bâtiments anglais de s'approcher assez de nos forts pour les atteindre et les outrepasser, tandis que nos batteries ne les approchaient pas ; leur feu a été souvent très vif et quoiqu'ils n'aient jamais blessé aucun ouvrier, le travail n'en était pas moins interrompu : les ouvriers étaient effrayés et la crainte du danger en a enlevé beaucoup.

(1) Note du 21 août 1804. {Archives de la Guerre, — Gâtes.) (t) Note de Dode {suite). Voir ci-dessus.

Tous ces obstacles n'ayaient pas empêché les forts de parvenir à une hauteur de 7 à 8 pieds, lorsquà la fin de fructidor (16 septembre), les vents ont commencé à exercer leurs ravages : t7 y eut des assises entières emportées et les dégâts furent tels qu*au 15 vendémiaire (8 octobre), le résultat du travail était le même qu^au 15 rfu mois précédent. Pour conserver encore Tespoir d'élever la maçonnerie au-dessus des vi\es eaux avant la fin de la campagne, suivant les intentions du Premier Consul, on fut alors obligé de renoncer à donner à l'ouvrage la solidité projetée. On cessa de maçonner le noyau et les contreforts, on se borna à continuer ainsi l'enveloppe qu'on lAcha de consolider en agrafant les pierres et en les garnissant de gros blocs placés derrière.

Ce mode de travail, suivi avec beaucoup d'activité et des remises considérables de fonds, laissait entrevoir la possibilité d'arriver au but qu'on s'était proposé, si l'on n'était pas trop contrarié par le mauvais temps. On força en peu de jours les moyens de toute espèce, surtout au fort de l'Heurt, qui, par son éloignement de la falaise ne saurait être suppléé comme celui de la Crèche par les batteries de la côte. Déjà on était parvenu à élever ce fort au-dessus du niveau des mortes eaux; il ne fallait plus que trois assises pour gagner celui des vives eaux, alors les constructions eussent été assurées contre les effets de la mer et l'on eût obtenu un massif propre à l'établissement d'une excellente batterie. Quinze jours de beau temps suffisaient pour procurer ce résultat : mais le coup de vent du 20 brumaire (10 novembre), le plus violent de Cannée, a détruit tout espoir de succès, en emportant dans trois marées le fruit d'un mois du travail le plus actif. L'état actuel des forts est tel qu'on doit se borner à assurer ce qui reste contre les orages de l'hiver et porter tous les moyens en matériaux et approvisionnements; on obtiendra ainsi dans les premiers mois de la campagne prochaine un résultit auquel le gouvernement attache une si grande importance et qu'on n'eût pas manqué d'atteindre, si le zèle des ofGciers chargés de ces travaux eût été secondé par des remises de fonds suffisantes, pour assurer les payements réguliers des ouvriers et des fournisseurs.

Boulogne, le 30 brumaire an xii.

Le sous-directeur des fortifications,

DODE

Note accolée à la notice ci-jointe du 22 novembre 1803.

Le grand diamètre du fort 48 mètres.

Le petit diamètre du fort 32 mètres.

La circonférence 150",75

Dans la plus grande activité du fort il y a eu :

Maçons 110

Tailleurs de pierre 38

Manœuvres Atl

Voitures, tombereaux, etc 68

Femmes employées à porter des pierres 96

II 7 a eu Jusqu'à 45 bateaux employés dans rintenralle des marées & transporter des pierres pour remplir l'intérieur du fort* Au 26 Tendémiaire, le fort était éleTé de 10 pieds. Au 9 brumaire, de 15 pieds 6 pouces.

La lettre suivante montre que Bonaparte se rendit compte du danger que courait Tavant-garde tant que la ligne d'embossage ne serait pas efficacement protégée.

A /'am/ra/ Bruix (\),

Saint-Cloud, le 17 ftractidor an xi (4 septembre 1803).

J'ai reçu votre plan, j'en désirerais un autre sur lequel fût tracé une première position qu'on ferait prendre à une avant-garde simplement composée de deux divisions de chaloupes canonnières, c'est-à-dire 54, d'une division de bâtiments de grande espèce, c'est-à-dire 27, et de 6 bombardes. Il faudrait que cette avant-garde occupât la position la plus près du rivage, afin d'être protégée et par le fort Rouge et par les batteries de terre.

Je désirerais également que vous traçassiez la position à faire occuper à une cinquantaine de caïques, dans la vue d'augmenter les bâtiments et de protéger la ligne. Il faudrait faire avec le plus de soin possible ce tracé, parce que ce ne serait qu'après avoir occupé quelque temps cette première position que nous nous hasarderions à nous porter plus avant.

La ligne, telle que vous l'avez tracée, m'a paru faible. Il y a 22 pieds d'eau à basse mer, l'ennemi pourrait donc l'attaquer avec un grand nombre de vaisseaux h deux ponts, de bombardes, et quelques bateaux plats. Supposé que votre ligne fût ainsi attaquée par 20 vaisseaux de guerre de 74, 10 ou 12 bombardes, pensez-vous qu'elle puisse tenir? Or, l'intérêt des Anglais à nous forcer à nous retirer de Boulogne est tel que le sacrifice de 3 ou 4 vaisseaux de guerre n'est rien, s'ils espèrent enlever une portion de cette flottille ou l'écraser en l'obligeant à rentrer précipitamment dans le port; c'est à l'aspect de ce plan que j'ai senti l'immense avantage des caïques, puisqu'on peut en placer 2 ou 3 dans l'intervalle de chaque chaloupe canonnière, et dès lors, présenter une grande masse de feu et gêner et embarrasser l'ennemi.

Bonaparte.

Quand bien même les travaux de Boulogne n'auraient pas été retardés par diverses circonstances, il avait été admis, dès

(]) Archives nationales, carton AF^^, 1203. Marine, colonies, ûottilles. ~~ Ans xii et

m. Il

CHOIX ET ORGANISATION DES PORTS D'êMBARQUEMENT. 163

presque point et déversant à la mer avec une incroyable rapidité ».

Le 6 décembre 1802, l'ingénieur des ponts et chaussées Sganzîn, « chargé par le Premier Consul d'étudier la Canchc dans le but cTy mettre la gauche d'une armée à rames », avait fourni sur ce sujet un intéressant rapport qui mérite d'être conservé (1).

Après avoir fait remarquer que, dans la baie, les bancs de sable changent constamment de place, assèchent en grande partie, et que dans le chenal, à marée basse, il ne reste que 3 à 4 pieds d'eau, Sganzin continue en ces termes :

U faut trois heures de montée au large pour que le flot se fasse sentir à la pointe du Touquet, deux heures pour que la mer arrive au plein à Étaples et, dans ce moment, elle commence déjà à baisser à la pointe du Touquet.

La baie est exposée aux Tents du large. Il n^y a de mouillage pour un bâtiment de 12 à 14 pieds de tirant que dans le lit très sinueux de la Canche. Sur les bancs, les bateaux canonniers seront à sec Tingt jours par mois. Il en est de même à Tanse du Gamier. II serait dangereux d*y faire stationner une division de bateaux canonniers et la possibilité de leur sortie serait subordonnée à trop de circonstances pour qu^on puisse la regarder comme une position favorable à une expédition dont le succès dépend du moment qu'il faut choisir.

Reste le port constitué par le lit de la rivière devant la ville. Ni quais, ni câbles, les petits bateaux y sont à sec à marée basse. Du point A, h 300 toises au-dessous d*Étaples, en B à hauteur d'Audique sur 2,800 toises (5,400 mètres) le chenal a 4 à 5 pieds d'eau à mer basse, et comme la mer monte de 10 pieds en viTe eau à Audique (2), les bateaux de 6 à 7 pieds de tirant seront presque toi^urs à flot. Dans cette partie, les courants ne sont pas très forts. De A en G, sur 4200 toises (2,300 mètres), les grandes canonnières seront afiburchées sur deux ancres, en barbe de chat, et elles éviteront à chaque marée. De B en G, sur 1600 toises (3,100 mètres), comme il y a très peu de courant, les bateaux pourront être amarrés à l'avant et à l'arrière et ne seront point forcés d'éviter.

On peut donc mettre de A en G 50 grandes canonnières sur deux rangs et plus de 300 bateaux canonniers amarrés sur deux rangs entre G et B, dans la partie supérieure du chenal.

Il suffit d'une rangée de pieux battus de A en B, à 9 toises de distance, une dépense de 30,000 francs suffira et quinze jours sont suffisants pour établir cette utile disposition.

Il reste un point essentiel à examiner : c'est celui de la possibilité d'appareillage de ces 350 bâtiments dans la durée d'une marée, puisqu'il n'y a pas de rade où une première partie de f expédition puisse stationner quelque temps pour

(I) Archives de t École des ponts et chaussées.

(t) On doit en conclure pour ce point la cote -{- 4,80 au fond du chenal (Voir ci-dessous).

y attendre le reste et que, d'ailleurs, une semblable opération présente éTidem*

ment quelques inconvénients.

D'après des renseignements bien certains^ le flot porte tur la côte éC Angles

terre^ c'est donc au moment du flot que l'expédition doit partir de l'ouvert

de la baie, puisqu'il faut qu'elle arrive sur la côte opposée dans une même

marée. C'est donc au commencement du flot que les 350 bateaux devront

se trouver en ordre de marche à l'ouvert de la baie.

On a dit qu'il ne reste que 3 A 4 pieds d'eau de mer basse dans le chenal de la baie qu'on doit supposer bien balisé ; ainsi, il est bien évident que les

grandes canonnières ne pourront franchir la barre que dans le commencement du jusant, et comme il n'y a pas de moyens de halage dans la baie et qu'il n'est pas possible d'en établir d'assez nombreux pour une pareille quantité de bâtiments, ils seront obligés de naviguer en se laissant aller au courant, ou à la rame, ou enfin sous voile si le vent est favorable.

Cette première partie de la flottille arrivera à mi-jusant à l'ouvert de la baie. Elle mouillera dans cette position pour attendre le reste des bateaux canonniers et le moment du flot pour appareiller de nouveau en corps d'armée. Les derniers bateaux partiront en même temps que les grandes canonnières et, quoique les plus reculés vers'Audique se trouvent à un point oi!i le jusant se fait sentir une heure plus tard, cependant, ils pourront appareiller si multa- •ment, malgré le courant, puisqu'ils auront les moyens de se faire haler. Cette seconde partie de la flottille arrivera donc presque en même temps que la ■première à l'ouvert de la baie (1 ). Elle y mouillera pour attendre le flot si cela est .nécessaire et, dès qu'il se fera sentir, toute cette gauche de la flottille appa* reillera simultanément pour l'Angleterre.

Comme par sa position cette baie est plus éloignée d'environ 10,000 toises du point opposé de la côte d'Angleterre que la rade de Boulogne ne l'est du point qui lui correspond, il serait peut-être nécessaire, pour arriver simultané* ment avec les divisions de Boulogne et d'Ambleteuse que la flottille d'Ëtaples arrivée à l'ouvert de la baie, au lieu de mouiller pour attendre le flot, se portât au large en se maintenant le plus qu'il lui serait possible contre le courant de

jusant, ce qui serait facile, puisque sur sa fin il a peu d'énergie

Il est évident que la baie d'Ëtaples n'offre ni facilité ni sûreté pour y faire stationner une pai*tie de l'expédition, mais, en même temps, il ne peut y avoir aucun doute sur la possibilité de faire servir le port d'Ëtaples et une partie de la rivière de la Canche à cette opération. Elle remplace avec avantage la baie et remplit complètement les intentions du Premier Consul.

Il s'en faut de beaucoup que les conclusions de ce rapport puissent être acceptées complètement.

D'après les « Instructions nautiques » actuelles, « la mer « monte à E tapies d'environ 8°*, 40. Le plein y a lieu une « heure et demie après le plein de la baie, enfin, le flot ne se

(1) Sganzin ne tient pas compte de la looguoar coiisidéral)le, 7 kilomètres, de la pro* mlère partie de la flottille.

« fait sentir à Etaples que lorsque la mer a recouvert tous les « bancs de l'entrée, c'est-à-dire une heure et demie avant la' « pleine mer, et elle met trois heures à se retirer ».

Il faut tout d'abord remarquer que, le mouillage étant considéré comme possible de A en B seulement, soit sur 2,800 toises (5,400 mètres), on ne peut y placer 350 bâtiments (dont la longueur dépasserait 7 kilomètres) que par deux au moins. Les canonnières, pour « éviter », auraient dû être «amarrées à couples ».

Quant aux profondeurs, un profil (1) établi par le colonel du génie Garais fait voir leur insuffisance.

D'ailleurs, le chenal se rétrécit k l'extrême en certains endroits.

Une autre reconnaissance faite en septembre et octobre 1803, par le lieutenant de vaisseau Rosamel, donne des chiffres différents, mais en somme, les témoignages concor* dent pour affirmer, à hauteur de la pointe du Touquet, l'existence d'une barre qui, laissant moins de 6 pieds d'eau en haute mer de morte eau, n'est à peu près pas franchissable pendant cette période, et ne l'est en vive eau que pendant quatre heures environ.

( 1) At*chives de la Guerre.

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Dans ces conditions, le dernier bâtiment placé a Audique, à 7,500 mètres de la barre, n'y étant à flot qu'à peu près au ^loment où la mer est pleine à la barre (puisque le flot est en retard de deux heures à Audique), aurait eu moins de deux heures pour parcourir cette distance, sans moyen de h&lage. C'eut été à peu près impossible.

Mais on découvrit une autre passe longeant la pointe du Touquet, tournant la barre vers le nord, de telle^sorte que la profondeur se trouva être assez régulièrement croissante. En outre, on s'aperçut aussi que beaucoup de bâtiments pourraient stationner au-dessous d'Etaples, quitte à rester à séc la plus grande partie du temps. Dans ces conditions, le port d'Etaples fut très vite utilisé, et le plan du 22 août lui attribua 262 bâtiments. Mais ce fut au début de septembre seulement que Bonaparte commença à s'en occuper.

Saiot-Cloud. le 16 fructidor an xi (3 septembre).

Citoyen amiral Bruix, il parait que tout commence à se mettre en train à Boulogne. // faut actuellement s'occuper d'Etaples. J'ai ordonné que le chemin de Neufchùtel à la mer fût fait, aQn qu'on pût aller de Boulogne à Étaple» sans traverser les sables, A-t-on commencé ce travail? J'ai ordonné la réparation du chemin d'Etaples à Montreuil, y travaille-t-on ? A-t-on commencé à établir des pieux ? Y a-t-il une administration maritime, et a-t-on choisi les

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