L. III
des Archives de la Guerre)
Échelle approximalÎTe :
CHOIX ST OROAIfISATION DBS PORTS D'EMBARQUEMENT. 171
Jt désire que vaiu voyiez tame où est située la tour de Cray, et que vous confériez avec ramiral Bruix et le citoyen Sganiin, pour savoir si, dam cette anse où je n'ai pas étéy et qui est protégée par cette tour, il n'y aurait pas un refuge pour quelques bâtiments de la flottille, et si les vents qui permettent de sortir de Boulogne sont favorables pour sortir de cet endroit {i).
Mais lorsque, dans le courant de septembre, le changement des dispositions permit d'entamer des travaux à longue échéance, Soult fut chargé (2) de faire faire « la reconnaissance de la petite rivière de Wimereux, et surtout de son embouchure et de la quantité d'eau qu'a ce petit ruisseau ».
Voici le rapport qui fut fourni par le général du génie Bertrand :
Beconnaissance du ruisseau de Wimereux.
Ce ruisseau situé dans le Talion de Wimille, près de Boulogne-sur-Mer, coule de Test à Touest, fait tourner deux moulins audit yillage Wimille et se jette dans la mer entre la pointe des Rochettes et la tour de Croy.
Son lit, beaucoup trop horizontal, se trouTe encaissé dans presque toute sa longueur du TÎUage à la mer, et est barré à son embouchure par un rocher ainsi que par les sables que les vents de Touest apportent continuellement.
Sa largeur diminue progressivement depuis son embouchure en allant en amont et telle que, de 15 mètres environ, elle se réduit au premier moulin à 3 mètres au plus.
Le barrage qui se trouve de A en B, fait que dans les basses eaux de mer, sa largeur est de i",50, tandis que de B en C elle est de 9 mètres, ainsi que de G en D ; mais sa profondeur varie encore davantage en raison du plus ou moins d'agitation de la mer, au point que de A en B il y a une différence d'environ 2 mètres.
Le point A ne recevant que 16 centimètres d'eau, de B en C sa profondeur est de 2",30 environ ; mais on remarque que cette profondeur est provoquée par la chute d'un torrent descendant des falaises de la rive droite : la preuve en est que de G en B la profondeur revient comme à son embouchure à 0™,i6, elle augmente ensuite progressivement jusqu'au delà des Dunes, où elle se trouve de 2™,50 environ. Ge ruisseau n'est guéable que jusqu'au point F où passent toutes les voitures du pays. A environ 500 mètres du point F ou 1200 mètres en remontant depuis la mer, il se trouve une passe pour les gens de pied, laquelle est avec mains coulantes ou lisses d'appui. Sa longueur est de 11 mètres.
A 300 mètres au-dessous se trouve un pont en pierre, composé d'une seule voûte en plein cintre avec garde-fou. Ge pont, qui a 7 mètres de long, forme
(1) Lettre à Soalt, 14 septembre, n» 7105. C'est celle de Wimereux, (t) Lettre, Correspondance de Napoléon, tl septembre, 7123.
dépendance de la ferme de Wimereux. C'est à ce pont que l'effet du flux et du reflux cesse de se faire sentir dans les eaux ordinaires, tandis que dans les , Tives eaux les flux et les reflux se trouvent apparents jusqu'aux moulins de Wimiile, distant du dit pont d'environ 750 mètres.
D'après les renseignements pris sur les lieux^ ainsi que les dernières laisses, ou traces de la mer dans les diverses Tives eaux, Ton s'est convaincu que la marée n'augmente la hauteur des eaux .dans ce canal que d'environ 1",50 à 1",75 au plus; mais on observe que dans les temps de pluie, malgré que l'encaissement soit de 2°*, 30 au-dessus des basses lames, celles sauvages (sic) pro« voquent des inondations momentanées dans tout le vallon.
Sa sortie dans la mer est aussi sujette h des variations provoquées par des coups de vent et le changement des positions des sables; mais on observe que le banc de tuf et gravier E, reste assez régulièrement découvert.
Bertrand, général de brigade, au Qénéral en chef (1).
Boulogne, 4 ventôse an xii (27 septembre 1803). Général,
J'ai l'honneur de vous adresser le rapport sur la rivière Wimereux, avec un croquis.
Les dimensions sont indiquées en mètres,- ainsi que les ofOciers sont obligés de les noter dans les plans ; si vous le désirez, on se servira par la suite des anciennes dénominations, plus généralement employées à l'armée.
Le rapport indique que la rivière Wimereux dont le lit est profond de 6 pieds sur 900 de longueur se réduit à 6 pouces seulement sur une largeur de 4 pieds en approchant de la mer.
Cette rivière fait tourner deux moulins qui ne peuvent aller que six heures, faute d'eau ; elle coule très lentement. Il en résulte qu'elle n a pas assez de force pour se frayer un passage profond à travers les sables que les vagues portent à son embouchure.
Sans doute, le circuit de son lit près de la mer diminue encore sa force; il est probable que si l'on creusait un nouveau lit dans la direction générale de ses eaux, comme celui ponctué, elles acquéreraient plus de force pour s'ouvrir un passage à travers les sables. On ne peut assurer cependant que ce redressement de lit pût suffire pour produire l'effet désirable.
Sans avoir sondé le terrain dont la dureté semblerait être la cause du détour que prennent les eaux, on est porté à croire que les dunes sont assises sur une terre ordinaire et que 200 hommes en un mois creuseraient le nouveau lit.
Je ne crois pas que l'ancien lit creusé pût donner un résultat satisfaisant, les sables le recombleraient; il n'offre à la marée haute dans les vives eaux que 4 pieds i/2; il paraît donc difficile d'en tirer parti pour y retirer la flottille.
Salut et respect.
Signé : Bertrand.
(1) Archives de la Guerre, Rapport da général de brigade Bertrand.
CHOIX ET ORGANISATION DBS PORTS D'EUBARQURHENT. 173
Ce projet, qui ne demandait qu'un mois et 200 travailleurs, séduisit immédiatement Bonaparte.
Au général Soult, oommandant le oamp de SainUOmer,
Saint^load, 13 Tend6ndaire an xn (6 octobre 1803).
Citoyen général Soufl, j'ai reçu Totre croquis sur la petite rÎTÎère de Wime- REUX. // m'a confirmé dans Vidée qu*il doit y avoir là quelque chose à faire. J'écris donc à Tamiral Bruix d'en faire faire le projet d*un port par le citoyen Sganzin. Ne pourrait-on y mettre à Tabri de Tennemi que 40 à 50 bâtiments, ce serait toujours une grande conquête. Faites-moi connaître si Tair y est sain, et quels sont les bâtiments près de ce ruisseau qui pourraient senrir à des établissements militaires.
Le même jour, il écrit à Bruix :
Le général Soult m* a envoyé un croquis sur la rivière de Wimereux.
Au i* brwnaire, lorsque Boulogne sera achevé, mon intention est de faire là un petit porty capable de contenir une ou deux divisions de la flottille. Le rap^ port que fen reçois est que Ceau est constamment à six pieds de hauteur dans cette rivière^ Il doit être facile de procurer une chasse, puisque le torrent a beaucoup de rapidité.
11 parait que le flux monte jusqu'au moulin de Wimereux dans les mortes eaux, et dans les TÎTes eaux jusqu'au moulin de Wimille.
£tlel2:
A ramiral Bruix, commandant la flottille de Boulogne (1).
Samt-Cload, 19 yendémitire an xii (it octobre 1803).
Citoyen amiral Bruix, j'ai reçu un projet du génie pour faire à Wimereux un port pareil à celui d'Ambleteuse ; mais, pour des opérations de cette nature, ma confiance repose plus spécialement sur tous et sur Sganzin. Envoyez m'en un projet avec l'estimation. Si Sganzin a trop d'ouvrage, le génie, qui a un grand nombre d'officiers sur la côte, pourra s'en changer.
Faites-moi connaître si tous êtes dans la pensée qu'Étaples, Boulogne, Ambleteuse et )^imereux sont soumis au même vent, qu'il y règne en général le même temps, et que de ces quatre ports on pourra sortir à la fois par un même vent et dans les mêmes circonstances. Enfin, pour tous rendre mon idée, je me figure que ces quatre ports me produisent le même efiet que s'ils étaient à un quart de lieue de Boulogne.
(1) Correspondance de Napoléon.
174 PREMIÈtlB PARTIS. — CHAPITRE VII!.
Si, dans cette manière de Toir, je me trompe, faites-le-moi sentir, et faitesmoi connaître si un temps pourrait offrir des chances favorables pour sortir d'un de ces ports, qui ne le fût pas pour les autres.
Les Hollandais étant sur le point d'aroir à Teau 100 chaloupes canonnières et 250 bateaux plats de haut bord, je complexée réunir aux corvettes de pèche (TOstende, et ne faire de cela qu^une setde opération^ ce qui me mettrait à même de réunir à Boulogne, Étapl^, Ambleteuse et WimereuXy au moins les quatre cinquièmes des forces de toutes les flottilles dont je vous ai envoyé rétat*
Malgré ropinion nettement défavorable de Sganzin (1), dont la principale raison paraît avoir été que « pour redresser le cours de la rivière et abaisser le chenal à 7 pieds au-dessous de Testran, il faudrait entamer le tuf de 3 pieds (2) », un arrêté du 21 octobre ordonna la construction du port et confia le travail au génie de terre, innovation digne de remarque.
Arrêté.
Saint- Cloud, 28 yendémiaire an xn (21 octobre 1803).
Art. i®'. — 11 sera ouTert un port à V embouchure du WimereuXy capable de contenir iôO bâtiments de la flottille nationale.
Art. 2. — Il sera formé un chenal par des chaussées en fascinage, pour conduire de la laisse de basse mer à ce port.
Art. îl — Le port, le chenal et les jetées en. fascinage seront en tout conformes au plan annexé au présent arrêté.
Art. 4. — Le génie militaire est chargé de C exécution, qui devra être achevée au i5 frimaire prochain (7 décembre).
Art. 5. — Il est affecté aux travaux une somme de 250,000 francs.
Art. 6. — Le général commandant le camp de Saint-Omer fera fournir les travailleurs nécessaires et facilitera les moyens d*exéeution.
Art. 7. — Les Ministres de la guerre sont chargés, en ce qui les concerne, de l'exécution du présent arrêté.
Bonaparte.
D'après ce plan, on devait construire 640 mètres de jetées basses, creuser un chenal de 420 mètres de longueur, un bassin de 33,130 mètres carrés de superficie, dont le sol devait être à 9 pieds au-dessous des marées de morte eau
(1) m 11 coQclut en défenseur du projet arrêté ». Lettre de Decrès à Bonaparte (Archives nationales, Secrétairerie d'État, ÂPi^, 1191, lettre du 25 octobre).
(2) Lettre de Sganzin, 20 octobre. (Archives des^ponts et chaussées.)