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CHAPITRE XI

On a vu l'état de délabrement où se trouvait la marine française au moment de la déclaration de guerre.

La note ci-dessous, sans éclairer beaucoup les projets de Bonaparte, indique au moins dans quel délai il espérait faire jouer un rôle aux vaisseaux de haut bord.

Notes pour Ministro de la marine.

Paris, 14 prairiAl an xi (3 juin 1803).

Je vais, dans ces différentes notes, passer en revue ce que les circonstances actuelles me paraissent exiger. Je prie le Ministre de la marine de me fîdre connaître, sur chaque article, ce qu'il a fait ou ce quïl va faire.

Escaut. — i® Mettre dans le port de Flessingue autant de vaisseaux en construction qu'il sera possible : pour cela, organiser ce port. Je désire connaître les ingénieurs, administrateurs, agents militaires, gardes-magasins, etc., qui y ont été envoyés ou que l'on se propose d'y envoyer ;

2» .Diriger sur Flessingue les coupes de bois que produisent les pays formant le bassin de l'Escaut ;

3* // serait à désirer d'avoir une escadre de six vaisseaux de 74 ou de 64^ modèle hollandais, i serait construit à Flessingue, 2 à Nantes, i à Bordeaux, i à Marseille, i à Ostende. Ces vaisseaux formeraient Y escadre du Nord;

4* Mettre des vaisseaux en construction sur les bords de l'Escaut, le plus près possible d'Anvers ou de Flessingue; connaître les lieux choisis pour cet objet, et les moyens ;

5* Faire construire des chaloupes canonnières et autres espèces de bateaux plats, pour servir au rassemblement de Flessingue ;

6** Connaître les mesures qui ont été prises pour la levée d'ouvriers dans la

Belgique et sur le Rhin et la Meuse, pour les travaux du port de Flessingue et le nombre qu*on espère s'en prociu*er.

Hanovre. — !• Connaître TofÛcier de marine enToyé avec le général Mortier;

2® Désigner quelques contremaîtres pour pouvoir faire des coupes de bois pour la marine dans le Hanovre ;

3* Construire des bateaux plats dans le Weser et l'Elbe; envoyer quelques enseignes de vaisseau pour commander à Cuxhaven et autres petits ports.

Hollande. — Acheter pour 20 millions de chanvre, mâts, courbes et autres objets nécessaires à la marine ; faire connaître les mesures prises et celles que Ton doit prendre.

Le Havre» — Une grande partie du l)ois qui est au Havre, et qui ne peut être transportée, pourrira; prendre des mesures pour Tutiliser, et faire connaître ce qu'on pourrait en faire.

Brest. — !• Connaître quelles sont les courbes qui manquent pour terminer le Vengeur, et le poids de chacune de ces courbes, afin qu'il soit avisé aux mesures à prendre pour les transporter par terre, si on ne peut le faire par mer. Il est indispensable de rendre disponible le bassin qu'occupe le Vengeur;

2* Faire connaître les mesures prises pour concentrer tous les ouvriers de la Bretagne à Brest, et, avec ce surcroît de bras, les mesures extraordinaires établies pour faire réparer une partie des vaisseaux sans les mettre dans le bassin, car il est nécessaire (T avoir vingt vaisseaux de guerre en rade à Brest ^ avant le mois de frimaire (22 novembre 1803).

Il y en a actuellement quatre 4

Il est probable que, d'ici à ce temps, neuf seront réparés dans les

bassins 9

Il y en a trois neufs 3

Il y en aura cinq qui ne passeront point dans les bassins 5

Total "iT

3** Remettre l'état des vaisseaux qui ne doivent pas passer par les bassins, et de ceux qui doivent y passer.

Lorient. — Au lieu de trois vaisseaux qui doivent être lancés avant le

mois de frimaire 3

en avoir deux autres 2

En tout, les cinq qui sont commencés 5

Le surcroît d'ouvriers que doit procurer la guerre doit considérablement activer les constructions.

Saint- Malo. — Je désire qu'on mette un vaisseau de 74 en construction dans"^ ce port, et connaître les mesures à prendre pour cet objet.

Nantes. — i® Mettre en construction dans ce port, indépendamment des deux frégates qui vont être achevées, quatre autres frégates, ne seraitHse que pour employer le bois qui est du côté d'Indret et qui se pourrit;

2® Savoir s'il ne serait pas possible de construire quelques vaisseaux de 74

de forme hollandaise, Taisseaux qui peuvent être utiles pour l'escadre de VEscaut, et pour combiner ses mouiements avec Tescadre hollandaise.

Rochefort, — Il faudrait que le Lion, le Magnanime et V Achille fusseftt lancés en frimaire, afin que, réunis A l'escadre de Lorient, ils pussent former un nombre de neuf ou dtx vaisseaux de guerre dans la rade de Roche fort;

i® Mettre en construction à Rochefort 3 autres vaisseaux.

Bordeaux, — Mettre en construction dans ce port i frégate et 1 vaisseau hollandais de 74 pour l'escadre de FEscaut.

Toulon, — i® Faire connaître les mesures prises pour réunir dans ce port les ouvriers de la Méditerranée, désormais inutiles au commerce;

2^ Faire connaître les mesures prises pour réparer et mettre en bon état les se/4 vaisseaux en ce moment à Toulon; s'ils doivent passer dans le bassin, ces réparations ne seront jamais terminées. Ordonner que les vaisseaux soient réparés en les virant;

3* Activer les travaux du Neptune et du BucentaurCy et faire commencer les deux autres.

Marseille, — i® Faire mettre 2 frégates en construction à Marseille et i vaisseau de 74, pour l'escadre de l'Escaut ;

2<^ Faire connaître si l'on a commencé la constiniction de la frégate à Villefranche.

Gênes, — i® Faire connaître les mesures prises pour faire construire à Gènes vn vaisseau et une frégate ;

2° Envoyer à Gènes, dans la semaine, au Ministre de la République, le plan d'un vaisseau de 74 et d'une frégate ;

3" Lui faire connaître qu'il doit les faire mettre aussitôt sur le chantier;

\^ Lui envoyer un sous-ingénieur et un commissaire de marine pour passer les marchés ;

5** Lui faire connaître qu'une corderie doit être établie et toutes les mesures prises pour la construction de ce vaisseau ; cela procurera l'avantage d'occuper h Gènes le grand nombre d'ouvriers qui, par le résultat de la guerre, se trouvent sans travail et oisifs.

Il y a du bois, et il sera facile de se procurer tout ce qui sera nécessaire.

Bo> APARTE.

Quand et comment Bonaparte pouvait-il espérer que ce programme serait réalisé ?

L'escadre du Nord était entièrement à créer, puis à rassembler à Flessingue, qui n'était rien moins qu'un grand arsenal maritime. Le délai était donc indéterminé.

Il fallait avoir au 22 novembre 20 vaisseaux à Brest. Or, il y en avait en rade au mois de juin non pas 4, mais 3 dont VUlysse qui ne valait rien. On y ajouta bientôt le Foudroyant lu. 16

et Ton commença l'armement de 3 vaisseaux et 1 frégate ; 8 autres vaisseaux étaient au bassin. Cela fait donc 15 en tout.

Aux objections qu'avait présentées l'amiral Dordelin à l'ordre de fréquents appareillages, il avait été répondu par la nomination, le 22 juin, de l'amiral Truguet comme commandant en chef, mais celui-ci ne devait recevoir que le 15 juillet Tordre de rejoindre son poste. Malgré l'activité déployée par le préfet maritime, le général CafiFarelli, la situation de l'armée, au milieu de novembre, n'accusera que 8 vaisseaux, 4 frégates et 4 corvettes en rade (1).

Armée navale de Brest en novembre 1803 (amiral Truguet).

En rade :

Alexandre (amiral),

Foudroyant,

Éole (contre-amiral Missiessv),

STaisseaux ) Impitutux,

Ulyssej

Jean-Bartf

Diomède,

Conquérant.

Valeureuse,

4 frégates ^rj- '

° ] Indienne,

Félicité.

Nécessité,

Diligente.

Préfet maritime, général Caffarelli).

C'est donc sans la moindre difficulté que l'escadre de Cornwallis put maintenir tout Tété un blocus opiniâtre.

En principe, ses forces furent divisées en deux groupes : « le premier, sous les ordres directs de l'amiral, fut composé « des vaisseaux à trois ponts et de la plupart des deux-ponts. « Il se tenait dans l'ouest et en vue d'Ouessant. Le second,

(1) Archives de la Marine» BB>^, 180.

« formé de 2 ou 3 deux-ponts bons manœuvriers, des fré- « gâtes, bricks et cutters avait à croiser dans Tlroise. Ce fut « ce qu'on appela V « Inshore Squadron (1) ». En outre, à partir du H août, sir Robert Calder fut envoyé avec le Princeof'Wales, le Tonnant ^ le Mars et le Cidloden bloquer le Ferrol et la Corogne (2). Il y resta jusqu'au 6 octobre, date à laquelle il partit pour Ouessant puis la baie de Cawsand. Sir E. Pelle w resta chargé du blocus au Ferrol avec le Spartiate, le Coiossus, YImpétueux, le Dragon, le Sirius et le Mary.

Quant à Comwallis, son rôle fut expressément celui d'empêcher une attaque contre les côtes britanniques, spécialement celles de l'Irlande.

Sir Nepean à Cornwallis (secret).

Amirauté, 13 octobre 1803.

J*ai Tordre de tous transmettre les renseignements reçus de France sur les préparatifs faits à Brest et à Lorient, en Tue d'une descente en Irlande.

Les sources auxquelles ont été puisés ces renseignements sont telles qu'il n'y a aucun doute à garder sur Fessai qui sera tenté dès la première occasion favorable, soit absence de votre escadre de son poste, soit simplement sa diminution de puissance.

Leurs Seigneuries pensent que 5 vaisseaux (3) de ligne suffisent pour entraver les desseins de Tennemi.

En se référant à Tétat des forces sous vos ordres, il ressort que, à l'exclusion de l'escadre du Ferrol, vous avez actuellement 12 vaisseaux de ligne (4). J'y comprends le Atalta, parti depuis sept jours de Plymouth, et Leurs Seigneuries pensent que vous serez immédiatement rejoint par le San-Joseph,

En supposant que le Tonnant, détaché devant le Ferrol, vienne compléter la division de 5 vaisseaux ci-dessus mentionnée, les bâtiments qui composeront l'escadre de Brest, y compris le San-Joseph, comme il est dit ci-dessus, le Neptune, ï Ardent, le Foudroyant, le Nortkumberland, le Culloden, actuellement à Plymouth, formeront un total de 18 voiles, auxquelles deux autres navires seront joints, dès qu'ils seront parés. En se basant sur ce nombre de 20 navires, 12 peuvent être h la mer et le reste à se réparer ou k se réappro-

(1) Leyland, Le blocus de Brest, traduit par le lieutenant de vaisseau Mouchez, {Revue maritime, mars 1901.)

(2) Ordre de Comwallis du 11 août. (Revue maritime, avril 1901.)

(3) Prince-of'Wales, Colossus, Spencer, Dragon, Tonnant,

(4) Ville-de-Paris, Royal-Sovereign, Dreadmouth, Vénérable, Plantagenet, Défiance, Impétueux, Conqueror, Minotaur, Spartiate, Mars et MaltOp

TÎsionner dans les ports. Leurs Seigneuries pensent que 6 des navires à la mer doivent être constamment avec vous, pour attaquer Tennemi, aussitôt qu'il am*a pris la mer; les autres seront détachés devant Lorient ou Rochefort, ou formeront la « Inshore Squadron », à laquelle vous adjoindrez les frégates qui vous sembleront les plus aptes k ce service et dont les commandants connaîtront le mieux les côtes de France.

En examinant les diverses circonstances de vent et de temps, l'Amirauté

pense que vous devez flxer votre rendez-vous à lieues d'Ouessant, a6n de

conserver vos communications avec la « Inshore Squadron » et tenir libre rentrée de la Manche. Si la violence des vents de ou vous empêchait de tenir votre poste, ou, dans le cas de vents soufflant avec une égale force d'une direction opposée, vous ne pouviez revenir à votre poste, vous auriez à le rallier aussitôt que le temps le permettrait.

Si, pendant votre absence, ou si malheureusement malgré vous, V ennemi avait pu sortir de Brest sans être obligé au combat, vous auriez à le suivre avec teUes parties de vos forces que vous détermitieriez suivant les renseignements que vous auriei. Si vous n*en aviez aucun, vous auriez à rallier le cap Clear et à prendre telles dispositions pour battre l'ennemi débarquant en Irlande, ou bien attendre des instructions de P Amirauté. Avant de quitter votre poste devant Brest vous y laisseriez des frégates, pour surveiller Tennemi et prévenir TAmirauté, lord Gardner à Cork et le commandant de l'escadre devant le Ferrol, des mouvements ennemis et de vos projets.

Leurs Seigneuries pensent qu'il est préférable que les bâtiments devant le Ferrol fassent leurs vivres et leurs rechanges à Bantry-bay plutôt qu'à Plymouth ; elles désirent que Tescadre du Ferrol soit sous les ordres de lord Gardner, qui donnera ses instructions à l'officier qui la commande actuelle' ment Et pour que lord Gardner ait de suite communication des ordres reçus par l'officier commandant l'escadre du Ferrol, Leurs Seigneuries désirent avoir copie de ceux que vous lui avez déjà donnés.

D'après tout ce qu'on sait, les forces ennemies du Ferrol ont l'Irlande comme destination plutôt qu'un autre point du Royaume-Uni. Afin que vous soyiez renseigné sur les efforts faits pour repousser l'assaut, sachez que Leurs Seigneuries veulent donner à lord Gardner tous les bateaux disponibles, non seulement pour relever ceux du Ferrol, mais encore pour former une escadre d'au moins 6 vaisseaux de ligne se tenant entre Mizen Head et les Durseys, indépendamment du service dont je vous parlerai subséquemment. Ceci est d'une importance telle que vous aurez à avertir lord Gardner, par votre navire le plus rapide, de toute nouvelle importante concernant les mouvements ennemis.

L'Amirauté espère que l'escadre de lord Gardner et la vôtre feront en sorte que toutes les tentatives ennemies pour s'échapper des ports de l'Ouest ne puissent passer inaperçues. Pour assurer la sécurité du commerce rentrant en Angleterre, il sera bon de créer une division légère avec des détachements des

deux escadres, division qui croisera à lieues des Scilly. Cette division

devra être de 3 vaisseaux de ligne et 1 frégate et sera relevée par l'une ou l'autre escadre et commandée par le plus ancien officier. Vous aurez à vous entendre avec lord Gardner afin que vous ayez chacun une part égale à ce service.

La note ci-jointe contient les dispositions de lord Gardner, de façon que tos croiseurs sachent où le trouver s'ils Tont à un autre point de la station que Cork.

Suivant les derniers renseignements, les forces ennemies sont telles qu'elles sont décrites dans la note incluse. Mais on ne doit accorder qu'une demi-confiance à ces renseignements. Si tous en obtenez de nouveaux, dites les noms des bateaux qui les ont obtenus, afin de faciliter le travail de Leurs Seigneuries.

Supposant exacte la liste des forces ennemies que je vous donne, l'Amirauté pense que vous pouvez toujours maintenir 5 ou 6 navires au port, pour leur ravitaillement et les réparations nécessaires.

CornwalliB à sir Robert Calder^

Ville-de-PariSf Ouessant, 5 décembre 1803.

Vous êtes, par ces présentes, requis d'aller immédiatement avec le Princeof'Waies devant le cap Clear, pour y prendre le commandement de la division composée des vaisseaux Magnificeniy Gange, Majestic et Thunderer, actuellement en croisière dans ces parages et auxquels d'autres pourront se joindre. Vous devez vous employer à protéger la côte d'Irlande, en interdisant tout essai de descente d'une troupe ennemie.

Les lords de l'Amirauté ayant pensé que les bâtiments stationnés devant le Ferrol auraient plus de facilité à aller au cap Clear qu'en aucun autre point de la côte anglaise, ils ont envoyé à Berehaven les provisions et approvisionnements nécessaires à leurs besoins, et m'ont invité à me servir des b&timents sous vos ordres pour relever et renforcer la division devant le Ferrol. J'ai envoyé, en conséquence, des ordres conformes à son commandant et je vous prie de hAter le plus possible les opérations des navires qui vous arriveront.

Les navires en station sur la côte d'Irlande, eh cas d'apparition d'une force ennemie, devront la tenir en échec, en attendant que j'arrive avec tous les navires dont je pourrai disposer, y compris ceux du Ferrol, qui ont reçu l'ordre de poursuivre Tennemi sous leur surveillance dans le cas où il s'échapperait, ce qui peut arriver.

Pour le service du Roi, vous devrez toujours avoir en vue d'empêcher un débarquement ennemi en Irlande; vous aurez à m'avertir de toute nouvelle intéressante et devrez toujours maintenir tous vos navires en état de remplir toute mission (I).

Pour la première fois depuis le mois de juin, le jour de

(1) (Sir E. Pellew embarqué sur le Tonnant, commandant la division devant le Ferrol, fat informé de cet arrangement par un ordre du 31 octobre 1803. Sir R. Calder, en arrivant sur la côte d'Irlande, eut à envoyer un bâtiment pour relever le Spartiate, qui alla à Berehaven refaire ses approvisionnements. Calder reçut aussi les dates auxquelles les bâtiments du Ferrol, Tonnant, Spartiate, Malta, avaient été réapprovisionnés en dernier lieu.)

Noël, survint un fort coup de vent qui dispersa la croisière anglaise et en obligea la majeure partie à se réfugier à Plymouth (1). Mais dès les premiers jours de janvier 1804, la flotte de la Manche portée à 13 vaisseaux reparaissait devant Brest et bientôt sa force,. accrue bien plus vite que celle de Tescadre française, atteignait 17 vaisseaux.

A Lorient, Bonaparte veut lancer avant frimaire (22 novembre) 5 vaisseaux au lieu des 3 prévus. Malgré Tordre donné, le 16 août (2), de mettre à Teau Turi avant le 1®' septembre et l'autre le 24, c'est à peine si 2 vaisseaux le Jernmapes et le Suffren^ avec les frégates VInfatigable et VHermione, seront prêts le 10 janvier.

Trois vaisseaux doivent être lancés à Rochefort avant le 22 décembre. Lorsque le 9 octobre Villeneuve arrivera prendre son commandement, il ne trouvera en rade que le vaisseau de 118 canons le Majestueux ^ mouillé à 700 toises de rUe d'Aix, avec la frégate la Cybèle. Le 27 décembre, la frégate la Didon et le vaisseau de 74 le Magnanime viendront l'y rejoindre (3). Ce sera tout pour les deux ports de TOcéan, au lieu des 9 ou 10 vaisseaux qui, d'après le programme du 3 juin, devraient être rassemblés à Rochefort.

En ce qui concerne le port de Toulon, la note du 3 juin prescrit de réparer simplement 7 vaisseaux sans les faire passer au bassin. Or, il y a à ce moment 5 vaisseaux en rade dont 3 seulement sont disponibles [Formidable ^ Scipion^ Mont- Blanc^ Berwicky Annibal)^ i en armement, 5 en réparation. On dispose en outre de 7 frégates et 6 corvettes. Dès le 22 août, l'amiral Gauteaume aura l'ordre de tenir prêts, avant le 22 décembre (4), H vaisseaux et toutes les frégates. Malgré les efforts du préfet maritime qui parvient à lancer, avant le 24 septembre, 2 vaisseaux, Tescadre ne comptera que 6 vaisseaux et 4 frégates en janvier 1804 (5).

A ces ressources s'ajouteront au fur et à mesure de Jeur

(1) W. James.

(t) Correspondance de Napoléon. *

(3) Archives de la Marine, BB«^. 180, et Archives nationales, AF»^, lîOl.

(4) Archives de la Marine, BB', 86. Voir ci-dessous.

(5) Lettre da 12 septembre. Correspondance de Napoléon, voir ci-dessoas. Lettre de Oauteaame du l** décembre, voir ci-dessous.

arrivée dans les ports espagnols ou dispersés sur divers points :

A la Corogne 5 vaisseaux {Héros, Fougueux, Argonaute, Redoutable, Revanche), \ brick.

A Cadix 1 vaisseau {VAigle)^ 1 corvette.

A Passage 1 frégate (Didon) •

A Santander 1 corvette.

A Cherbourg .... 1 frégate.

A Nantes 1 frégate (en armement).

A Helvoet Sluys . 2 frégates.

A Flessingue 1 frégate (la Dague), 3 avisos.

Quant à la situation du personnel elle parait moins précaire que dans la guerre précédente, si Ton en juge par une situation fournie en juin au Premier Consul (1). D'après cette pièce on aurait 42,000 matelots dont 27,041 dans les grands ports. En réalité, les réclamations sont continuelles au sujet de la faiblesse des équipages et les mesures auxquelles on sera réduit pour les compléter sont la preuve absolue de leur insuffisance (2).

Comment concilier cet état de la marine, que Bonaparte connaît au jour le jour, avec les projets qu'il forme ou au moins qu'il exprime?

Celui du 3 juin ne fixe pas, à proprement parler, de date, sauf pour Tarmée navale de Brest qu'on veut forte de 20 vaisseaux au 22 novembre. Les instructions envoyées à Bruix le 21 juillet (3) lui promettent le concours de Tescadre de Brest, puis de celle de Rochefort pour la fin d'octobre. Or, quelques jours auparavant, Bonaparte a écrit à Truguet, au sujet de la flotte de Brest : « Elle ne peut être en état d'agir avant quatre ou cinq mois (4) », c'est-à-dire du 15 novembre au 15 décembre.

Le rôle vaguement attribué aux escadres est : à la fois

(1) Situation de juin. {Archives nationaleSy APi^ 1191.)

(S) Lettres de CaiTarelli du 31 mars et du 19 juin. (Revue maritime, mars 1901.)

(3) Voir ei-dessous.

(4) Correspondance de Napoléon^ 6914, 15 juillet.

« menacer Jersey et Guernesey et tous les points du continent <( des trois royaumes ».

Voici à ce sujet la version d'un agent, sur le rôle duquel il y aura lieu de revenir :

On TOUS a fait des romnns sur les plans trouvés au dépôt des Affaires étrangères et qui ont été adoptés. Pas un mot de vrai ; les plans ont été présentés par le Comité irlandais, discutés dans le conseil d'État, et finalement adoptés te M (i) de ce mois y mais non pas avec dépendance du plan général, sur Jersey et Guernesey j ce dernier plan fourni par Voivre, chef du bureau des colonies et chargé des intelligences que nous avons dans les deux îles. Il fait sa main sur cela. La preuve en est bien claire, car Latour, ami de Fox à Paris, dont je vous ai parlé en 1802, a sur tous (?) les détails et les noms de nos intelligences. On lui a répondu de Londres que cela n'était pas vrai, que ceux que Voivre cite pour dévoués à Bonaparte sont les plus honnêtes gens du pays, de façon qu'il est clair que Voivre nous vole et que nous serons échaudés h Jcrsev

La date du H juillet, indiquée comme celle de l'adoption d'un projet d'expédition en Irlande, coïncide avec Tarrivée du Premier Consul à Ostende ; elle n'est donc pas vraisemblable pour admettre une discussion en Conseil, mais c'est vers cette époque qu'il commence à être question de l'Irlande dans la correspondance de Bonaparte.

On reviendra plus loin sur cette question.

Il suffira, quant à présent, de signaler que rien en fait de préparatifs réels, relatifs à une expédition en Irlande, ne fut entrepris avant le 30 octobre, date où Bonaparte commença à s'occuper des transports ; l'organisation de l'armée d'expédition fut encore bien postérieure.

(1) Lettre de V « ami » à d'Antraigues, 17 jaillet. Voir ci-dessous.

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