III
reillagc et, par suite, d'essayer de déterminer les cotes du bassin et de la passe, et l'aspect du port au printemps de 1804.
Sganzin, dans un de ses rapports (1), dit qu'en mars 1804 « il monte? pieds d'eau dans les mortes eaux les plus basses ». La cote du fond serait donc : 6", 28 (niveau des plus basses mortes eaux à l'échelle du port de Boulogne), moins 2",33, soit 3", 95. Mais d'autre part, Tingénieur Bertrand (2) dit que le niveau du bassin était à 0°*,85 au-dessus du zéro de l'échelle, qui a été trouvé à 3™, 90. On devrait donc en conclure 4™, 75 pour le niveau du bassin. Or ce chiffre se rapporte à la dernière époque de la campagne : l'été de 1805.. A ce moment, on venait de curer le bassin et de l'approfondir. Les cotes du plan de Beaupré (3) donnent, pour le bassin, les chiflfres 15 à 17 pieds. On admettra donc^le chiffre +4.
Quant à la passe, elle raccordait ce niveau avec celui du chenal, coté 2 à son débouché. Sganzin dit (4) « qu'il y restait un pied d'eau à mer basse ». On doit donc lui attribuer, au point le plus bas, à peu près la cote du chenal, soit + 3 ou un peu moins. En tous cas, la passe fut toujours praticable quand il y eut assez d'eau dans le bassin pour que les bateaux y pussent flotter.
Si l'on se reporte à l'échelle donnée dans la première partie du volume (5), on voit :
Que les canonnières furent à flot dans le bassin demicirculaire : en vive eau cinq heures, en morte eau moyenne trois heures et parfois un moment seulement.
Que les bateaux et péniches furent à flot dans le bassin demi-circulaire : eh vive eau cinq heures et en morte eau à peu près autant.
Ceci est un grand maximum et il est très probable que la cote du fond du bassin fut plus près de + 5 que de + 4.
Ainsi qu'on l'a vu plus haut, ce fut l'état de la presque totalité du port proprement dit, sauf en ce qui concerne le lit même de la Liane.
(1) Archives de l'École des ponts et chaussées.
(2) Archives du Service des ponts et chaussées de Boulogne.
(3) Bibliothèque de Boulogne.
(4) Archives de la Marine, BB", 168. — De Bruix. (s) Chapitre VI 11, !'• partie.
En mars, Boulogne est déjà encombré, et il a fallu faire remonter certains bateaux bien au-dessus du port de service, ce qui en pend la sortie infiniment plus longue et plus difficile encore. Quand on se décidera à construire enfin le barrage et récluse de chasse, cette ressource manquera et il faudra se préoccuper de répartir la flottille dans les différents ports.
Au Ministre de la Marine.
26 vent^ge (17 mars).
Je Tois par la copie de lettre écrite au citoyen Sganzin que tous m'avez fait Thonneur de m'adresser Tordre formel de faire uo barrage au fond du port. L'intention du Premier Consul étant de commencer au i^' germinal (22 mars), j'ai dû me préparer à renoncer à la partie supérieure du port. En conséquence, j'ai visité hier les ports d'Ambleteuse et de Wimereux, et reconnu qu'il était possible d'envoyer dans le premier, dès ce moment, 20 bâtiments de transport pour bataillon, 18 péniches et une division de bateaux de 2* espèce. Wimereux peut recevoir 18 bâtiments de 1'^ espèce; je me suis concerté avec le général Gombis pour faire filer sur Ëtaples 51 bâtiments, grandes écuries, du moindre tirant d'eau et capables de porter 600 chevaux, et 27 bâtiments destinés à l'embarquement des troupes. Je ne vous dissimule pas qu'indépendamment du local dont nous allons être privés, dans le port de Boulogne, au-dessus du pont de service, nous ne saurons où prendre l'espace nécessaire pour la conservation des bateaux de Terre-Neuve, que vous m\T6x recommandés d'une manière très particulière et que je soigne en conséquence. Au fur et à mesure que les divisions de péniches seront organisées conformément à l'ordre que vous m'en avez donné, j'en enverrai â Ëtaples, à Ambleteuse et â Wimereux, le port de Boulogne ne pouvant pas contenir avec son bassin phts de 800 bâtiments. Il est naturellement le rendez-vous des bâtiments qui arrivent du nord au sud, qui doivent y recevoir les installations que vous avez prescrites; les capitaines doivent prendre ici l'esprit et l'ensemble qui doivent régner dans le service de la flottille. Je ne connais pas les intentions du général Gombis, mais, d'après celles qu'il dit avoir reçues, il faut qu'il garde ici une grande quantité de bâtiments pour le matériel et les chevaux de l'artillerie, la cavalerie et les troupes, de manière qu'il occupera à lui seul la totalité du bassin . Le général Soult fournira toys les travailleurs dont on aura besoin, et, comme un voyage qu^a fait â Dunkerque le citoyen Sganzin m'a empêché de, le Toir, je ne connais ni l'époque où il commencera les travaux, ni les moyens qu'il a pour les exécuter.
Bruix.
C'est, en effet, en mars 1804 seulement, que les défauts du
(1) Archives de FÉcole des ponts et chaussées.
port de Boulogne sont devenus assez apparents pour que le Premier Consul se décide à s'occuper d'améliorer l'entrée par la création, depuis si longtemps réclamée, d'une écluse de chasse.
Voici quel était le projet de Sganzin (1) :
Il y aura : i^ une grande («cluse sur le bassin à flot, servant à la fois d'écluse de navigation et d*écluse de chasse ; 2^ une petite écluse sur la Liane, séparée du bassin à cause des alluvions, avec 2 clapets et 2 vannes pouvant donner des chasses avec les eaux de la Liane retenues pendant une ou plusieurs marées.
La première, en maçonnerie et pierres de taille, coûtera, d'après Tingénieur Grandclas, 350,000 francs. La petite écluse coûtera moitié.
En général, de semblables travaux exigent deux campagnes. Si ton avait tous les matériaux taillés et le nombre dCouvrierSy les chantiers et le pont de service nécessaire, on pourrait finir en une campagne.
En bois, il faudrait une campagne et 1SO,000 francs.
Dans un autre mémoire daté du 29 mars, Sganzin propose un barrage en maçonnerie : en laissant la Liane dans son lit et en renonçant au canal ^ « on pourra, dit-il, terminer le travail en six mois ». Il coûtera 590,000 francs. « On pourra « avoir dans le bassin 9 pieds de niveau en morte eau et « 15 pieds en abaissant le radier au maximum, c'est-à-dire au « zéro de Téchêlle. L'écluse de 25 pieds de large sera sufli- « santé pour les bricks de guerre. On ne peut pas espérer « que les chasses abaisseront le fond du canal au-dessous du « zéro de l'échelle, car le tuf se montre en beaucoup d'en- « droits, particulièrement près du pont de service (2). »
Finalement, le 21 avril seulement, on décida de construire un barrage provisoire, en terre consolidée avec des pieux, et une écluse en bois, qui devait avoir 30 pieds de large au sommet (3). Les chasses seront produites au moyen d'une porte tournante. Le total de la dépense est évalué à 331,604 francs (4).
Tel est le projet tardivement admis et insui'fisant, puisque
(1) il mare. (Archives de l'École des ponts et chaussées.) (t) Archives de VÈcole des ponts et chaussées,
(3) Ce calcul est rigooreuscment exact et les renseignements donnés sor le tof ont été ▼éfiifiés.
(4) Archives de l'École des ponts et chaussées. — Ce barrage devait se tronver à 240 nètres en amont du barrage actuel.
Tabandon du canal de la Liane devait ôter toute force aux chasses, auquel le gouvernement s'arrêta. Il s'agissait pourtant d'une question vitale pour l'entreprise. La manière dont furent menés les travaux jettera une lumière plus grande encore sur les vraies intentions du Premier Consul.
En ce qui concerne la défense de la rade, on a vu plus haut qu'il avait fallu renoncer à construire le fort flottant de Forfait, qui n'aurait pu sortir du port. Le fort en charpente, abandonné pendant l'hiver, ne fut repris qu'en mai. A cette même époque, le musoir ouest, qui devait porter le nom de Fort Napoléon, n'était pas terminé. Quant aux forts de la Crèche et de THeurt, on en dut, dès le mois de décembre, abandonner les travaux.
Le CamuSf adjudant commandant, au oolond Vallongue.
An quartier général à Boulogne, le t9 frimaire an xn (tl décembre 1803).
Le général Andreossy, qui devait me donner ses notes, mon cker camarade, s'est borné à me dire que, dans le cours de ce mois, il n'avait rien eu de très intéressant et, effectivement, les Anglais n'ont tenté aucune attaque. Vous verrez, pft* Tétat de la flottille, que je vous adresse, le nombre de bateaux qui existent à Boulogne ; on en attend chaque jour de nouveaux et, su^essivement, je vous instruirai de leur arrivée dans le port.
Les fortes marées et les coups de vent ont beaucoup endommagé les deux forts que Ton élève à droite et à gauche de Boulogne, les travaux restent suspendus jusqu* à une saison moins rigoureuse, et Ton a suppléé à la défense qu'ils auraient présentée par quelques batteries sur la côte, en arrière de ces forts.
C*est le 23 mars seulement qu'on reprendra la construction, et, dès le début (1) l'activité devient réelle : le 29 mars « il y (( a, à la Crèche, 330 travailleurs, dont 34 maçons et 40 tail- « leurs de pierres; et à THeurt : 380 travailleurs, dont i( 48 maçons et 40 tailleurs de pierres (2). » Le lendemain, on emploie 380 ouvriers à la Crèche et 450 à FHeurt.