SOULT
On peut déjà remarquer par cet épisode la difficulté de l'entrée à Boulogne, et, dans le rendu compte des mécomptes éprouvés à ce sujet, on aperçoit la divergence des versions officielles militaire et maritime, divergence dont on aura le constant spectacle par la suite.
Un peu plus tard, 60 voiles, parties de Caen sous les ordres du capitaine Hamelin, doublèrent la Hève sans accident. Mais ce convoi s'égrena, perdit une canonnière près de Berk-sur-
Mer et, après une relâche à Saint- Valéry, n'amena à Boulogne que 40 bâtiments le 14 décembre (1).
Le 12 janvier, 8 bâtiments passèrent encore la Hève, mais sans atteindre Boulogne. Deux seulement : une canonnière et un bateau montés par des détachements de la 9® légère, dépassèrent ce port et durent se réfugier à Calais. Presque tous les autres détachements venant de Touest et qui parvinrent à Boulogne pendant Fhiver, provenaient des ports à FEst de la Hève (2).
Dès le début de mars, les voyages deviennent plus fréquents, mais d'ordinaire lorsqu'on est au contact de Tennemi, on se borne à passer le plus vite possible sous la protection des batteries de côte Presque jamais, même lorsqu'ils disposent d'un nombre considérable de bâtiments, les commandants des divisions de la flottille n'acceptent le combat.
Le général de brigade Villatte, au général en chef Soult, commandant le camp de Saint-Omer.
Au quartier général, à Étaples, le 18 ventôse an xn
(9 mars 1804).
Mon général,
Ce matin, à iO heures, une division de flottille composée au moins de 26 voiles, se dirigeant vers Boulogne, a été attaquée par 3 bricks ennemis ; les batteries du Lormet, de Donnes et de Saint-Frieux, ainsi que Tartillerie légère ont protégé son passage : à i h. 1/2, toute la division avait doublé le cap d^Alpreck.
5 bateaux canonniers de seconde espèce et 2 petits bâtiments de transport
sont entrés dans la baie d'Ëtaples.
Salut et respect.
Villatte.
On ne pense qu'à échapper, et un moyen, rarement employé pendant l'hiver 1803-1804, où le vent souffla presque sans relâche, est parfois la rame, qui permet de profiter d'un calme.
(1) Lettre de Soult, 14 décembre ; lettre do Dupas, 13 décembre ; lettres de Villatte. 13 décembre {Archives de la guerre) ; lettre de Lacrosse, U décembre (Ai*chive8 de la Marine, BB', 208).
* (2) Rapport de Ta^Judant sous-officier Malgontier, mootant le bateau u* 190; lettre du général Margaron, 14 Janvier (Archives de la GueiTe, BBi^, 168) ; lettre de Bruix, )3 Janvier ; lettres de 8oult, 13 Janvier, 18 mars (Archives de la Guerre). Détachements de Dieppe, Saint- Vatery-en-Cauz, Fécamp, etc.
27 Tentftse (18 man) (1). '
J'ai rhonneur de tous envoyer Tétai des bAtiments arrivés à Saint-Valery et entrés à la marée de ce matin. Cette division était commandée par l'enseigne de vaisseau Gosté ; il m'a rendu compte des calmes constants qu'il a éprouvés dans sa traversée, et ce n'est qu'à la rame et à force de nage qu'il a pu gagner le port de Sainte Valery-en-Som me et enfin celui de Boulogne ; il estime avoir fait i4 lieues de cette manière ; les bateaux de l'* espèce surtout filaient sans secours du courant, de 2 nœuds i/2 à 3 nœuds ; les troupes qu'il avait étaient, à la vérité, exercées depuis quelque temps. Cet essai me démontre qu'on pourrait avoir le même avantage avec tous les bateaux de cette espèce (î).
Une des traversées les plus intéressantes fut celle exécutée à partir du 22 avril par le capitaine Hamelin, qui était retourné à Honfleur prendre le commandement d'un détachement important.
La controverse à laquelle elle donna lieu est un symptôme curieux du désarroi qui régnait alors dans les esprits et montre à quel point on était peu fixé à Tépoque sur la valeur de la flottille et le rôle à lui faire jouer .
Le Havre, 4 floréal an xn (21 avril 1804). Citoyen Consul (3), Enfin, il a été fait hier une manœuvre que je désirais depuis longtemps et
(1) Archives de la Marine, BB<% 168. — De Bruis.
(2) Il y avait, en effet, un avantage inappréciable à ce que la flottille tout entière pût profiter des calmes pour se mouvoir en toute sécurité, n'ayant rien à craindre du fait de la mer, ni du côté des croiseurs ennemis réduits à l'imjnobilitë. Il est digne de remarque que l'allocation d'avirons à tous les bâtiments de la flottille ne fut prescrite complètement que fort tard. (Archives de la Marine, BB»^, 168. — De Bruix.)
Lettre de Bruix.
23 floréal (13.mai 1804).
J'ai rhonneur de vous accuser réception de votre lettre du 1 1 floréal, dans laquelle vous me prévenes que l'intention du Premier Consul est que tous les bâtiments gui font partie de la flottille de guerre et de la flottille de transport soient pourvus davirons. J'avais donné des ordres en conséquence an préfet maritime et je l'avais invité à me faire connaître ses ressoui'ces et l'époque présumée où cette fourniture serait complétée ; il me répond qu'il a en magasin 28,000 avirons, qu'il est prêt à en recevoir encore 8,000, et qu'il espère se procurer en peu de temps ce qu'il en ^udra de surplus. Mais il m'observe que les corvettes de pèche n'en pourront pas armer un nombre proportionné à leurs dimensions, soit à cause de la tonture, soit à cause d'un rouffle que la plupart ont sur le pont» et qu'il conviendrait peut-être de démolir. Il attend du chef militaire de Dunkerque des observations qui fixeront mon opinion à cet égard.
(3) Archives nationales, carton AF^^, 1202. Marine, Colonies, Flottilles. An vnt à an xn.
que jamais je n'ai pu obtenir ; ses résultats prouvent d'une manière incontestable combien notre flottille se fait redouter des Anglais qui affectent cependant de la mépriser.
M. Hamelin, commandant une division composée de 13 bateaux de 1" espèce, 16 de 2*, 5 de 3*, 1 calque et 24 transports, appareilla de Honfleur à 7 heures du matin par un vent debout pour sortir de la rivière avec le jusant et en courant de petites bordées. Il entra en rade et rallia son convoi ; mais comme il était trop tard pour doubler le cap de la Hève, il se vit contraint à mouiller pour ne pas être entraîné par le flot.
Afin d'en imposer à l'ennemi, il se présenta en ligne de bataille en portant tous ses pavillons de distinction, iéloigrui jusqvCà une lieue et demie des batteries en courant droit sur la station anglaise ; celle-ci recula d'autant. Le capitaine Hamelin revint au mouillage. Sa manœuvre et le vent qui soufflait du sudouest indiquaient assez qu'il devait faire route pour le nord. On s'attendait qu'ils erait attaqué cette nuit entre les caps de la Hève et d'Antifer : au contraire, il a passé sans trouble. La station, qui n'a pu ignorer son appareillage et qui aurait dû prendre au moins toutes les précautions possibles pour le harceler dans sa marche, n'a pas osé s'en approcher.
J'en conclus, Général, que c'est à tort que nos divisions de flottilles cherclient à se dérober furtivement la nuit et montrent tant de faiblesse à l'égard d^un ennemi qui les craint et ne tentera jamais de les entamer.
Dés qu'on le voudra, Général, une forte division de canonniers traversera la baie de Douamenez, malgré les vaisseaux anglais qui y sont stationnés. Il y a dix ans que je le répète et que les preuves de la vérité de ce système s'accumulent sans cesse.
J'ai ici 3 divisions consulaires et 50 bateaux de i"' espèce disponibles, en tout 77 bateaux de i'« espèce et 7 prames. Une division de cette force filant le long des côtes en plein jour ne serait pas attaquée par toute la marine anglaise.
S'il entrait dans vos projets de la faire réunir à Cherbourg avec ce qu'on peut attendre de l'Ouest et une douzaine de vaisseaux de ligne, 30 vaisseaux anglais n'empêcheraient pas cette énorme division de porter un grand coup, soit à Centrée du canal Saint-Georges, soit dans la baie de Torbay, soit en prenant en avant ou à revers le port de Plymouth. Vous trouverez encore ici autant de transports que vous en voudrez pour faire à Cherbourg un rassemblement très inquiétant pour Tennemi. On peut aussi faire autant de bombardes que vous jugerez convenable d'en adjoindre à cette expédition.
En plein jour encore, cette division, dans les beaux temps d'étés malgré toutes les forces anglaises, se porterait de Cherbourg dans le Pas de Calais et assurerait le passage de la flottille.
Je crois bien que la flottille seule ne tiendrait pas contre des vaisseaux de ligne ; mais, appuyée par un petit nombre de vaisseaux de ligne elle-même, je ne doute pas qu'elle affronte impunément les forces navales les plus considérables.
Ce n'est pas seulement la manœuvre du capitaine qui me donne cette pensée, c'est une expérience de dix années et particulièrement celle de l'année courante, de laquelle je conclus que, faute d'avoir dans la flottille la confiance qu'elle mérite, nos officiers se sont exposés à des dangers et ont fait des pertes inutiles en passant nocturnement la Déroute et autres endroits difficiles,
en n*ostmise mettre en mer en présence tCun ennemi qui n'aurait jamais eu Cavdace de les attaquer, Cest ainsi que tous les bâtiments construits dans le Sud y restent f et sont toujours inutiles pour la grande expédition : c'est ainsi qu*on a laissé pendant quatre fnois et demi souffler les vents d'ouest sans pouvoir faire parvenir à Boulogne la totalité des btUiments construits dans le 3' arrondisse^ ment.
Ordonna, je vous prie, Général, que les grandes divisions qui restent appareillent en plein jour; ordonnez qu'il me soit envoyé de la poudre, des marins et des équipages pour les divisions consulaires, et le port du Havre sera totalement évacué de suite, malgré les ridicules croisières des Anglais, qui fuiront honteusement dés qu'elles nous verront appareiller.
J'avais prévu tout -ce que j'ai Thoimeur de vous dire dans cette lettre, dans celle que je tous ai écrite du Hairre le 2^ jour complémentaire an ii, et dont je joins ici l'extrait.
Au surplus, Général, on ne tiendra pas grand compte au capitaine Hamelin de la manœuvre qu'il a faite hier. On la regardera comme très peu hasardeuse, mais en admettant qu'elle ne le fût pas, il a du moins le mérite d'avoir le premier osé la faire et ses collègues s*y sont constamment refusés. Il ferait plus encore s'il n'avait pas à vaincre des préjugés. C'est un excellent officier. Je prends la liberté, Général, de vous le désigner comme un homme qui mérite l'honneur de fixer votre attention.
Je vous salue, Général, avec le plus profond respect.
Le Conseiller d'État, Forfait.
On voit combien le ton de cette lettre contraste remarquablement avec les défaillances et les faiblesses de tous les jours. Les détails ajoutés par Tamiral Bruix sur la force de la croisière anglaise près de la Hève, forcée à la retraite par le commandant Hamelin, ajoutent encore à la valeur du témoignage de Forfait.
£. Bruix, conseiller d'État, a^niral de Isl flottille n&tionsile, au citoyen Ministre de la marine et des colonies (I).
Boulogne, le 5 floréal an xii de la République (tb avril 1804).
Citoyen Ministre,
J'ai Thonneur de vous rendre compte que les 17 bâtiments arrivés d'Étaples dans la journée d'hier sont entrés h la marée de la nuit.
(1) Archives nationales, carton AFi^, 1191. Rapports des Ministres. Marine et Colonies, Correspondance générale, an xii, an xrv.
J'ai également Thonneur de vous informer qu'une dÎTision composée de 13 bateaux de 1 <^ espèce, 16 de 2*, 5 péniches, 2 calques et 24 transports, en tout 60 bâtiments, sous les ordres du capitaine de vaisseau Hamelin, est partie de Honfleur le 3 floréal à la marée du matin ; un calque et un transport qui avaient démâté en sortant sont rentrés dans le port.
Il y avait dans ce moment, à l'ouverture de la baie, une division ennemie composée d'un vaisseau rasé, une frégate, une corvette et deux cutters ; il y avait, en outre, derrière la Hève, une corvette, une galiotte et un cutter.
Le capitaine de yaisseau Hamelin louvoya avec sa division de guerre, de manière à faire croire à l'ennemi que son projet était de l'attaquer ; les bâtiments anglais louvoyèrent et ne montrèrent aucune envie d'accepter le combat. Le capitaine Hamelin pensa que leur projet était d'attendre, pour l'attaquer, qu'il eût doublé le cap la Hève, parce qu'alors toutes les circonstances leur auraient été plus favorables et qu'il ne serait plus resté à notre convoi aucun moyen de relâcher en cas de besoin. Le capitaine se décida donc h mouiller dans la petite rade du Havre ; l'ennemi suivit ce mouvement et mouilla aussi à deux ou trois lieues au large ; les cutters restèrent en observation, sous voiles, entre les deux divisions.
A 10 heures du soir, les vents fraîchirent de l'ouest-sud-ouest ; le capitaine Hamelin, profitant de l'obscurité de la nuit, fit appareiller le convoi et, échappant à la surveillance de l'ennemi, qui, dans ce moment, était aussi sous voiles, il fit route eu serrant la terre. Au moment de son appareillage, il fiit rejoint par 4 bateaux de i** espèce partis du Havre.
Dans le trajet, le capitaine Hamelin a fait entrer à Saint- Valery-en-Caux un bateau de seconde espèce qui devait y changer son artillerie. Il a également fait entrer â Dieppe i caîque faisant eau et 2 transports destinés pour ce port, ainsi que 4 bateaux de seconde espèce qui devaient y changer leur artillerie. Enfin il a remis à Étaples 2 bateaux de 1'^ espèce, 5 de 2*^, 2 péniches et 3 transports. Il a ordonné toutes ces relâches conformément à ses instructions, comme vous le verrez par le tableau que j'ai l'honneur de vous adresser.
Il arriva hier au soir sur la rade de Boulogne entre 11 heures et minuit avec 42 bâtiments qui lui restaient : il était trop tard pour profiter de la marée de la nuit, mais tout ce convoi est entré ce matin, excepté la canonnière n« 159 qui s'était souventée pendant la nuit à Wimereux.
Une autre division, composée de 1 prame, 15 bateaux de 1" espèce, 8 de 2®, 1 bombarde, 1 galîote à bombes et 6 péniches, faisant partie des 52 bâtiments de notre ligne d'embossage que le coup de vent du 26 avait forcés de relâcher
â Etaples, en est partie cette nuit et est entrée ce matin à Boulogne
Une quatrième division, composée de 6 bateaux de 1" espèce, 6 de 2*, 1 péniche, 2 booms et 22 bateaux de Terre-Neuve, partie cette nuit de Saint- Valéry, sous les ordres du capitaine de vaisseau Malin, est également arrivée et entrée ce matin â Boulogne, à l'exception d'un bateau de 1'^ espèce, qui a manqué l'entrée du port et qui a relâché à Wimereux, et d'un bateau de Terre-Neuve qui a été coulé â l'entrée du port par une canonnière ; l'équipage a été sauvé.
Il en résulte que la flottille de Boulogne s*est accrue cette nuit de 127 bâtiments, savoir :
480 DBUXIÉME PARTIE. — CHAPITRE V.
I prame; 37 bateaux de 1" espèce ; 36 bateaux de 2* espèce ;
i bombarde ;
1 galiote à bombes ; iO péniches ; 20 transports ; 2i bateaux de Terre-Neuve.
On signale en ce moment une division faisant route pour Boulogne et qui double actuellement les bancs de Somme.
2 cutters, 2 bricks et i corrette ennemie croisent à trois lieues dans Touest.
J'ai llionneur de tous saluer respectueusement.
E. Bruix.
P.-S. — 3 bâtiments, formant le reste des 52 qui ayaient relÀché à Étaples le 26, sont encore dans ce port ; deux d*entre eux, savoir : une canonnière et une bombarde, ont besoin de réparations et ne pourront venir à Boulogne qu*A la première grande marée. Le troisième, qui est le bateau de 2* espèce n^ 80, en partira à la marée de ce soir. E. B. (i).
Avec ramiral Decrès, la note est bien différente.
Le Ministre de la. marine et des colonies au Premier Consul.
Paris, le 13 floréal an xii de la République française
(3 mai 1804).
Citoyen Consul,
Ce que tous ayez bien touIu me communiquer des comptes que tous a rendus le citoyen Forfait sur la manœuvre du capitaine Hamelin a dû rappeler
(1) La lettre ci-dessoas donne les numéros des régiments ainsi parvenus à Boulogne; elle présente aussi un autre intérêt, c'est de réduire à sa Juste valeur l'allégation faite par Bruix de 127 navires entrant en une marée dans le port. Cela ne s'était jamais vu et ne^sc vit jamais par la suite.
RÉPUBUQUE FRANÇAISE.
Au quartier général, à Boulogne, le 7 floréal an xii (27 avril 1804).
Soult, général de la garde du Gouvernement^ commandant en chef
le camp de Saint' Omer,
Âu Ministre de la Guerre,
J'ai l'honneur de vous rendre compte, citoyen Ministre, que, depuis le 4 (c'est-à-dire en trois jours), cent vingt bâtiments sont arrivés à Boulogne, parmi lesquels 1 prame, 1 bombarde, 2Ô chaloupes canonnières, 36 bateaux canonniers, 13 péniches, 2 calques, 18 transports et 23 bâtiments de Terre-Neuve, venant du Havre, de Saint- Valéry et
mon attention sur cette affaire, d'autant que je me serais difficilement pardonné de ne vous avoir pas fait un rapport sur une manœuvre aussi brillante, si véritablementelle eût eu r éclat que lui prête le conseiller d'État.
J'ai sous les yeux le rapport qu'il m'en fit lui-même, et celui du capitaine Hamelin, qui m'a été transmis par Bruix; voici les faits : le capitaine Hamelin sortit de Honfleur le matin avec des Tents d'ouest qui lui permettaient de rentrer quand il Toudrait. Il avait 13 bâtiments de 1" espèce, i6 de ?•, 5 péniches, 2 calques et 24 transports.
L'ennemi avait i vaisseau rasé, i frégate, i corvette et 2 cutters à deux lieues au large.
Avec des vents d'ouest et dans un pays de marée, l'ennemi ne voulut pas entreprendre la manœuvre inutile d'arriver sur le capitaine Hamelin, qui avait sa retraite assurée et qu'il avait intérêt d'attirer au large. Si l'ennemi fût arrivé, il n'eût pas joint cette division qui, tirant moins d'eau, l'aurait attiré sur les bancs, et comme le citoyen Forfait dit lui-même que les vents soufflaient grand frais d'ouest-sud-ouest et que la mer allait monter, c'eût été une manœuvre ridicule à l'ennemi que d'arriver, car je doute que s'il eût voulu attaquer, il eût pu se relever de la cûte.
Quoi qu'il en soit, M. Forfait, qui ne doute de rien (4), m'écrivait au moment même de la manœuvre : Le capitaine Hamelin va doubler la Hève en présence de t ennemi, mais, par post-scriptum, il ajoute : Le capitaine Hamelin rallie la cûte du sud, c'est-à-dire qu'il ne va pas doubler. Le lendemain, nouvelle lettre du citoyen Forfait qui m'annonce que la division est venue mouiller en petite rade, et il m'en donne la raison bizarre que la mer va monter et que les vents sont à l'ouest-nord- ouest. Je dis bizarre, parce quelle n'est d'aucun poids dans l'intention où il était de prétendre qu'on passerait malgré l'ennemi, et que, dans le fait, le vent était à l'ouest et permettait de faire route directe.
Le fait est que le capitaine Hamelin, qui savait mieux pourquoi il venait au mouillage que le citoyen Forfait, dit nettement qu'il prit ce parti paro^ qu'il jugea que l'ennemi avait le projet de l'attaquer quand il aurait doublé la Hève, moment où tout eût été contre lui, Hamelin, parce qu'il n'aurait plus eu de relâche.
Il resta donc au mouillage jusqu'à iO heures du soir, où le temps étant
d'Étaples. Parmi ces derniers, se Iroavent ceux qui, le 26, avaient été forcés par le mauvais temps de quitter la rade de Boulogne.
Sur ces bâtiments, se trouvent divers détachements des 32*, 39*, 64* et 96* régiments d'infanterie de ligne, ainsi que des détachements des l**, 14* et 20* régiments de dragons ; demain je fais débarquer ces détachements, les dragons exceptés, et je leur fais rejoindre leurs corps respectifs ; ils seront remplacés à bord des bâtiments par des garnisons provisoires.
J'ai l'honneur de vous saluer. Soult.
(Archives nationales^ carton APi^, 1191. Rapports des Ministres. Marine et Colonies, Correspondance générale, an xii, an xiv )
(1) Effectivement, le 29 avril (Archives nationales, Secret. d'État, AFïv, 1202), Forfait s'était déclaré prêt à enlever la croisière anglaise qui bloquait le Havre. « Mais, ajoutait-il, le résultat le plus clair sera le renforcement de la division ennemie. »