III
Le colonel La Housaaye, commandant et inspecteur des oôtes de la Manche et du Calvados, au Ministre de la guerre,
Carentan, le 6 plariAse an xii (27 janvier 1804).
Citoven Ministre,
J'ai l'honneur de vous rendre compte que, le !•' pluviôse, 21 bateaux de Terre-Neuve, partis de Cherbourg pour se rendre à Boulogne, ont essuyé, à hauteur de Roubarg, près Gatteville, un coup de vent qui les a jetés sur les rochers. Quatre d'entre eux y ont été brisés; les hommes se sont sauvés. Les dix-sept autres bateaux n*ont souffert aucune avarie ; ils étaient, le 3, mouillés devant Barfleur.
Le 2, la division qui était i*elàchée sous le fort de la Hougue, composée de 40 bateaux de toute espèce, a continué sa route vers le Havre.
Le 3, un chasse-marée non armé, ayant 10 hommes d'équipage, est arrivé à Barfleur. Il se rendait à Cherbourg, chargé de mâture et de barils d'huile provenant de la frégate le Shannon,
Le 3, à 4 h. 1/2 du soir, la corvette la Salamandre y armée de 30 canons, est arrivée à Granville pour y charger des bois de construction et les porter à Brest, d'où elle était partie.
La frégate anglaise, qui était depuis plusieurs Jours stationnée devant Granville, est disparue dans la nuit du 2 au 3, chassée sans doute par le mauvais temps. 11 y avait le même jour dans le port 8 chaloupes canonnières prêtes à mettre à la voile.
Le 4, une division venant de Saint-Malo, composée de 3 chaloupes canonnières de !'• espèce ayant chacune à leur bord 25 hommes du 32® régiment de ligne, 7 bateaux de transport et 15 de Terre-Neuve, est passée devant les postes d'Agon et Portbail.
Le soir, 3 canonnières sont entrées dans la baie de Régneville.
Le même jour, 1 canonnière, 1 chaloupe, 2 bâtiments marchands avec des m&tures de bricks et 1 de Terre-Neuve sont entrés à Garteret.
Le même jour 4, la division des bâtiments qui ont été construits dans la rivière de Gaen est sortie et s'est dirigée sur le Havre.
Le 5, le bateau de !'• espèce n® 46, armé de 3 canons de 24, ayant à bord 25 hommes du 32* régiment et 2 bricks de transport non armés sont entrés dans la rade de Cherbourg.
Ces trois bâtiments font partie de la division de Saint-Malo dont je viens de parler. On m'assure qu'une galiote hollandaise propre au service de la cavalerie et qui appartenait aussi à cette division a été prise à hauteur du cap de la Hague dans la nuit du 4 au 5 par une frégate ennemie.
Le chef des mouvements du port n'avait pas encore reçu hier soir à ce sujet le rapport ofGciel, mais il en avait des données presque certaines.
Ce matin, 2 bateaux de 2» espèce, armés de 2 pièces de canon et 4 pierriers, et portant 25 hommes du 39* régiment ont appareillé de la rade de Cherbourg et ont fait route pour Boulogne.
On a signalé 4 bateaux de 2* espèce entrés à Osmonville le 6 au matin.
Salut et respect.
La Holssaye.
Le général de brigade La Houssaye, commandant et inspecteur des côtes, depuis Cancale jusqu'à Honfleur, au Ministre de la guerre.
Au quartier général à Coutances, le 7 floréal an ii (27 avril 1804).
Citoyen Ministre,
J'ai rhonneur de tous rendre compte que 2 canonnières, sous les n*>» 18 et 19, 3 bateaux canonniers, sous les n*»» 414, 418 et 423, sont partis de Gran- ^ille le 3 floréal, et entrés le même jour dans le port de Diélette.
Un stationnaire canonnier garde-côte, placé à la batterie de Diélette dans la nuit du 2 au 3 floréal, a fait son rapport qu'à 3 h. 1/2 du matin il a tu partir une fusée et brûler une amorce sur le bord de la mer dans les environs de Trouville. Un chasseur du 16*, de garde à la batterie, est de suite monté à cheval et s'est porté rapidement avec une patrouille de canonniers à l'endroit indiqué, mais on n'a pu rien découvrir. J'ai donné Tordre qu'on surveillât strictement ces environs.
Le 3 floréal, une division commandée par le capitaine de frégate Pévrieux est partie de Granville pour se rendre à Boulogne. Elle est composée de 7 chaloupes canonnières n<>* 337, 338, 341, 343 et d'un caîque n^ 3.
Le lendemain 4 floréal, à 7 heures du matin, cette division avait doublé la pointe de Jobourg : mais selon le rapport qui m'est parvenu depuis, j'ai appris qu'une canonnière et un bateau canonnier (i) appartenant à cette division s'étaient perdus corps et biens au passage du rai de Blanchard. Une autre canonnière, au môme passage, a été fort endommagée, mais on a pu la secourir et elle a été sauTée. Les cinq autres canonnières ont relâché dans l'anse de Playavy.
Le 5 floréal, une division composée de 1 canonnière, 1 bateau canonnier n^ 4i5, 1 péniche et 5 transports venant de Granville, est entrée dans le port de Diélette. Un chasse-marée faisant partie de cette division a échoué sur les rochers, près les signaux de Diélette, pour avoir manqué l'entrée du port. Il y a aujourd'hui, dans le port de Diélette, 4 canonnières, 8 bateaux canonniers, 2 bateaux de Terre-Neuve et iO sloops ou transports. Depuis deux jours, l'ennemi ne s'est montré dans ces parages que de très loin.
Le 6 floréal, à 5 h. 1/2 du soir, une division venant de Granville, composée de 1 canonnière n® 36, 3 bateaux canonniers n^* 340, 342 et 419, et 2 sloops, a relâché dans le havre de Géfosse sous la protection de la batterie mobile qui s'y trouve établie. Une frégate anglaise, en croisière devant Jersey, a essayé de la couper ; elle s'est approchée de la côte à une grande portée de canon et a lâché plusieurs bordées, tant sur la flottille que sur la batterie mobile ; deux ou trois boulets seulement sont arrivés jusqu'aux dunes : elle a pris alors une autre position et a recommencé son feu ; tous les bâtiments de la flottille ont riposté ; la batterie a aussi envoyé quelques boulets, dont les deux premiers sont tombés à bord de la frégate ; alors seulement elle a repris le large. La
(1) Ce sont la canonnière n* 71 et le bateau n* 3. Les garnisons du 40* périssent ^n entier.
flottille n*a point souffert. Demain, je commencerai ma tournée et me rendrai d'abord à Géfosse. La nécessité de réunir ici les rapports qui devaient m'étre adressés, de donner de nouvelles instructions aux commandants d'arrondissements m'a fait suspendre malgré moi mon voyage.
Salut et respect. La Houssaye.
P.-5. — J'apprends à Tinstant que la canonnière et 2 bateaux canonniers qui étaient venus échouer le 6 sous la batterie mobile à Gefosse, ont mis à la voile ce matin à 10 h. 1/2 pour se rendre à Cherbourg.
On voit les peines et les dangers auxquels étaient exposés les détachements qui avaient à doubler le Cotentin. A la suite d'un rapport annonçant la perte d'une canonnière et l'échouage de dix bâtiments, le Premier Consul eut un moment l'idée de désigner le contre-amiral Leissègues pour « diriger lui-même tous les passages de la Déroute (1) » en résidant à Carteret. L'ennemi était, en effet, très actif et gênant dans cette région. Parfois il tentait d'attaquer la nuit avec ses canots les bâtiments réfugiés dans les petites anses. Le 2 mars, 4 frégates et 12 corvettes attaquent 17 bateaux dans l'anse de Beuzeval ; le 2 avril, nouvelle attaque d'une corvette, deux cutters et trois péniches contre un bateau échoué au pied de Ja falaise de Biville (2). Le 14 avril, l'audace de l'ennemi est telle qu'une embarcation montée par 15 hommes les débarque en plein jour près du poste de Surville, dont le registre de signaux est enlevé.
Près de Tatihou, les Anglais, à partir du l®*" mai, commencent à prendre l'habitude de rester au mouillage dès que le temps le permet à deux portées de canon du fort (3). Ils font de même à l'embouchure de l'Orne, et ce n'est que grâce à un coup de vent (3) qui les force à appareiller qu'une division, en relâche à Sallenelles, peut gagner le Havre.
Si les mouvements furent longs et difficiles dans la Manche, ce ne fut rien en comparaison du voyage qu'avaient à exécuter les divisions de la flottille construites dans les ports de l'Océan. Outre les dangers d'une navigation très longue, une
(1) Correspondance de Napoléon inédite, 9 février. (Archives de la Giterre.) (t) Archives de la Guerre. — Côtes. 4 avril, le n» 58.
(3) I frégate et 1 catter. (Lettre 'de La Houssaye da 1« mai. Archives de la Guerre.) id. du 25 mai. Il y a derant le Havre 6 frégates, t corvettes et 1 cutter.
difficulté se présentait presque insurmontable, c'était de dépasser Brest, étroitement bloqué par la grande escadre anglaise.
Le début des opérations, de ce côté, avait été très brillant ; pourtant il avait fallu à la flottille rentrer à Lorient.
Rapport journalier.
Au quartier g(^oéral, à Rennes, 26 frimaire an xii (18 décembre 1803).
La flottille sortie de Lorient a été aperçue le 16 de ce mois par 2 frégates ennemies Tenant de Touest et qui ont manœuvré pour empêcher son passage ; pendant la nuit, elles ont mouillé sous Tile de Groix, et le lendemain elles ont livré combat à la flottille embossée sous la protection des batteries de cette lie ; après un engagement d'une heure et demie, les frégates ont repris le large sans avoir causé aucune perte ou avarie à la flottille, rentrée sur la rade de Lorient à la faveur de la nuit ; Tennemi a reçu quelques boulets de la flottille qui lui présentait une batterie de pièces de 24, et parait avoir craint d'être chaufi^é par les forts de Tlle de Groix.
Certifié par le général de division commandant la 13' de marine.
Delaborde.
Une nouvelle tentative avait amené le détachement à Penmarch et dans la baie d'Audierne (1). Mais à partir de là, il s'agissait de franchir le raz de Sein et de passer sous les yeux de Tescadre anglaise qui surveillait Tlroise et avait détaché vers le sud 5 vaisseaux et 2 frégates. Quand le temps le permettait, une de ces dernières mouillait à Tîle de Sein (2).
Il fallait donc essayer d'écarter, au moyen d'artillerie de terre, les navires ennemis, et c'est à quoi s'employa le général Boyer.
Henri Boyer, général de brigade, commandant et inspectant la côte depuis Brest jusqu'à l'embouchure de la Vilaine,
au général Berthier, ministre de la guerre.
16 janvier 1804.
Général Ministre,
La flottille est toujours retenue dans la baie d'Audieme par la contrariété des vents. Les 5 vaisseaux et 2 frégates ennemies continuent, en outre» à se tenir au
(1) Le capitaine Perdrier part de Lorient le 4 janvier avec 20 b&timeuts. (Lettre de Decrès, Archives nationales, AF«', 1191.)
(2) Rapport de Boyer, général de brigade, inspectear de la côte de Brest à la Vilaine. 16 Janvier -25 février.
large dans la direction de la baie et ont ajouté la précaution de détacher un cutter qui, serrant davantage la c6te, louToye en face du bec du Raz, qui est un point pour le passage de la flottille, de manière qu'il est à présumer qu'elle pourrait éprouver un engagement si elle ne profitait d'un coup de yent qui forçAt les Anglais à s'éloigner.. Ces contrariétés m*ont fait mettre en usage tous les moyens qui sont en mon pouvoir ; après avoir fait placer un obusier et une pièce de gros calibre au bec du Raz et autant dans la baie des Trépassés, j'ai fait acheter du bois, afin de rougir les boulets si les circonstances l'exigent. Je n'épargnerai rien pour rendre inutiles les efforts de l'ennemi.
Il n'y a rien de nouveau pour le service de terre ; il continue à se faire parfaitement bien.
J'ai l'honneur de vous saluer respectueusement.
BOYER
Au contre-amiral Decrèa.
Paris, 16 pluviôse an xu (6 février 1804).
Donnez ordre que tous les bâtiments destinés pour la flottille continuent leur chemin, et je n'approuve pas que 8 bateaux de !'• espèce arrivés à Audieme aient reçu contre-ordre. Le moindre contre-ordre dans la flottille dérangerait tout. Nous ne saurions plus où nous en sommes (1).
Bonaparte.
Henri Boyer, général de brigade, commandant et inspectant la côte depuis Brest jusqu'à la Vilaine,
au Ministre de la guerre.
Au quartier général de Lorient» le 5 ventôse an xii
(25 février 1804).
Citoyen Ministre,
Les croiseurs anglais sont toujours dans ces parages, et nos flottilles sont toujours au mouillage à Camaret, Penmarch, Lorient, Locmariaquer. Une péniche détachée de la frégate ennemie, mouillée à la hauteur de l'Ile de Sein, a fait voile, il y a quatre jours, sur la baie de Renaudet. Quelque temps après, elle est Tenue au bec du Raz, ayant dessein de doubler la pointe; comme elle était assez près de terre, on lui a envoyé deux obus; aussitôt elle a regagné la frégate, et depuis elle n'a plus reparu. Elle avait sans doute envie de jeter à terre quelque scélérat, mais l'ennemi est guetté de près, et j'espère que toutes ses tentatives seront inutiles.
La surveillance la plus soignée continue à s'exercer sur la côte et je ne pense pas que la tranquillité intérieure puisse être compromise.
Je mettrai toute l'activité qui dépendra de moi pour que le gouvernement puisse toujours être sans inquiétude sur le commandement qui m'est confié.
J'ai l'honneur de vous saluer avec respect.