‹ 1793-1805Chapitre 88 sur 112 · BO'V'ER · texte numérisé non relu

BO'V'ER

(l) Correspondance de Napoléon, 7528.

Henri Boyer, général de brigade, commandant et inspectant la côte depuis Brest jusqu'à la Vilaine

au Ministre de la guerre.

Aa quartier général do Lorient, le 18 germinal an xii

(8 avril 1804).

Citoyen Ministre,

Conformément à ce que j'avais Thonneur de tous marquer le 8 du courant, je partis le même jour, étant bien aise de me concerter avec le préfet maritime de Brest pour assurer à hauteur du bec du Raz et malgré les croisières ennemies le passage de la flottille qui est à Audiernc.

J'ai l'honneur de tous rendre compte que, d'après les dispositions que j'ai prises et fait exécuter en ma présence par le placement de plusieurs bouches à feu de la batterie mobile à l'extrême pointe du bec du Raz, ce passage a cessé d'être dangereux pour nos flottilles. Le capitaine Leboizee, chargé de la direction des couTois Tenant du sud, sortira d'Audierne au premier bon ?ent, et nos mesures sont prises de manière à me faire présumer que les Anglais ne pourront parvenir à disputer ce passage. Si, lorsque ce cap sera doublé, les flottilles arriTécs en face de la baie des Trépassés se trouTaient aToir affaire à une force majeure, alors leur retraite sera parfaitement assurée, en se jetant dans cette baie ou par les précautions que je viens d'aToir de placer deux obusiers du côté du rcTcrs du Raz et en face de la batterie de Morlen, de laquelle j'ai cm deToir détacher le mortier pour le porter un peu plus à gauche et sur une pointe aTancée, opération que j'ai jugée nécessaire, et pour laquelle je demande Totre approbation, je puis me procurer des feux croisés qui défendront parfaitement l'entrée de la baie. Les postes de hussards et de chasseurs que j'ai Tisités dans cette tournée font leur devoir avec xèle, je n'ai qu'à me louer de la surveillance qu'ils apportent sur les côtes.

Les flottilles qui se trouTent rassemblées dans le Finistère et le Morbihan, absorbent toutes les denrées sur la côte. Il serait bien à désirer qu'elles pussent dépasser Brest.

Les croiseurs anglais proûtent du beau temps pour se multiplier dans ces parages. Sur plusieurs points de la côte on signale souvent des frégates, corvettes, lougres, fort petites embarcations armées. Je remonterai demain jusqu'à la riTière de Quimperlé, étant bien aise de m'assurer qu'à son embouchure les moyens de défense n'éprouTent aucune altération.

J'ai l'honneur de tous saluer respectueusement.

BOYER

Rien n'y fit, la flottille ne put bouger d'Audierne ni entrer dans l'Iroise.

»ii Pourtant, le Premier Consul avait donné, dès le H janvier (1), des ordres pressants pour activer le mouvement de

(1) Correspondance de Napoléon, il et 12 janvier. (Archives de la Guerre.) Lettre da Ministre de la marine au Ministre de la guerre, 14 janv. (Ai^hives de la Guerre.)

la flottille de TOcéan, et Daugier avait été envoyé en mission dans ce but. Tout vint s'arrêter au bec du Raz (1).

Henri Boyer. général de brigade,

commandant et inspecteur de la côte depuis Brest jusqu'à la Vilaine,

au général Berthier, ministre de la guerre,

Aa quartier général de Vannes, le 29 germinal an xu

(19 aTTil 1804).

Citoyen Ministre,

J*ai rhonneur de tous rendre compte que trois divisions de la flottille du sud, venant du Croisic, Paimbœuf et Nantes, sont entrées dans le Morbihan et à couvert des nouvelles tentatives que fait Tennemi pour les brûler.

Le 25 germinal^ un corsaire anglais échoua sur un rocher au bas de la rivière de Quimperlé. Il fut impossible de s'en emparer parce que nous n'avions seulement pas une péniche à pouvoir mettre 25 hommes afin de s'emparer de ce b&timent. La marée l'ayant relevé de son échoua ge le 26 à 4 heures du matin, il a fait route vers Concarneau, d'où j'apprends à l'instant qu'il a coulé vers la hauteur de ce parage, et l'équipage a été fait prisonnier de guerre.

La flottille qui se trouve à Audierne n'a point encore dépassé la pointe du Raz, je ne sais par quelle fatalité l'officier qui la commande s'obstine à rester là ; cependant, les vents du sud ont soufflé et il a existé du calme assez pour favoriser sa sortie.

L'ennemi croise toujours depuis la Vilaine jusqu'à Brest. Cinq vaisseaux, plusieurs frégates, corvettes et cutters sont toujours mouillés dans l'Iroise.

Actuellement, où je me trouve un laps de temps, puisque les flottilles du sud sont assurées sur ma gauche, je vais me rendre de nouveau à la pointe du Raz, afin d'essayer encore à décider le capitaine Leboizec, chargé de la direction des flottilles, d'effectuer ce passage.

(1) Le Ministre de la marine et des colonies par intérim,

au Ministre de la guerre.

Paris, le 23 niv6se an xu de la République (14 Janvier 1804).

J'ai l'honneur de vous prévenir. Citoyen Ministre, que le capitaine de vaisseau Daugier, commandant le bataillon des matelots de la garde, vient de recevoir du Premier Consul Tordre de se rendre successivement dans les ports de Cherbourg, Gran ville, Saint-Malo, Lorient, Nantes, Rochefort, Bordeaux et Bayonne.

L'objet de la mission de cet officier est d'accélérer par tous les moyens possibles le départ pour Boulogne des bltiments rassemblés dans ces ports, pour faire partie do la flot tille nationale. Il lui est spécialement recommandé par ses instructions, de se concerter avec les généraux commandant les divisions militaires, pour faire fournir les troupes qui doivent former les garnisons de ces bltiments ; Je ne doute pas, Citoyen Ministre, que vous n'ayez donné tous les ordres nécessaires à cet effet, mais vous trouverez sûrement convenable de prévenir les généraux de la prochaine arrivée du capitaine Daugier, et de la mission qu'il est chargé de remplir, afin qu'ils puissent concourir, en ce qui les concerne, à l'exécution immédiate des ordres du Premier Consul.

Agréez, Citoyen Ministre, les assurances de ma haute considération.

HiRVIRU.

Comme j'ai eu Thonneur de tous le marquer, Citoyen Ministre, la batterie mobile que j*ai formée dans ce point protège efficacement les flottilles qui pourraient y passer.

J*ai rhonneur de tous saluer respectueusement.

BOYER

L'activité et Taudace de rennemi sur les côtes de TOcéan avaient grandement entravé les mouvements de la flottille. Le 24 décembre, 1 vaisseau de 74 et 1 frégate avaient pénétré dans Fanse de T Aiguillon, forçant un convoi de 100 chassemarées à se réfugier dans la rivière de Marans (1). Une autre division anglaise tenait le pertuis d'Antioche et observait l'île d'Aix. Il arrivait aussi, dans cette région, que des partis ennemis faisaient parfois mine de débarquer.

Gaspard Paulet, général de brigade, à Son Excellence

le Ministre de la guerre.

Aa quartier général aux Sables, le 4 nivôse an xii

(26 décembre 1803).

Citoyen Ministre,

J'ai l'honneur de tous rendre compte que, dans la nuit du 2 au 3, l'infanterie que j'avais placée la veille à Saint-Jean-de-Mont, faisant patrouille, aperçut k ii heures du soir des péniches anglaises essayant de débarquer du monde; la fusillade s'est engagée et Tennemi fut forcé de reprendre le large. Les troupes réparties sur la côte, tous les chasseurs avec le 82° régiment, sont restés toute la nuit sous les armes, diverses péniches ou embarcations longeant la côte; un convoi deiOO voiles est dans ce moment retenu à Fromentine, ne pouvant se rendre aux Sables, un autre de 90 voiles a été obligé de se réfugier dans la rivière de Marans; tous les deux attendent Féloignement des vaisseaux ennemis pour gagner le port des Sables.

Les péniches et canonnières doivent, au premier vent favorable, partir de l'ile d'Aix ; je vais me rendre à l'Aiguillon pour assurer leur marche, qui peut éprouver quelques difQcultés, l'ennemi étant toujours mouillé dans la rade de r Aiguillon, au pertuis d^Antioche. Le départ du 4« régiment de chasseurs nuira à la surveillance de la côte.

J'ai l'honneur d'être avec respect. Votre Excellence,

Votre obéissant serviteur,

Paulet.

(1) Lettre du général Paulet, inspecteur de la côte de Vendée, 24 décembre. (Archives de la Guerre.)

Gaspard Paulet, général de brigade, à Son Excellence

le Ministre de la guerre.

Aa quartier général aux Sables, le 20 nivôse an xii

(U janvier 1804).

Citoven Ministre,

J\ii l'honneur de tous rendre compte que la flottille nationale, forte de 15 Toiles, partie le 19 de la rade de Ttle d*Aix, vient d'arriver aux Sables, où elle a relâché ; le vent contraire l'empêche de sortir, les marins me font espérer qu'elle pourra appareiller ce soir à la marée montante. Conformément à vos ordres, j'ai suivi sa marche et j'avais pris toutes les dispositions nécessaires pour la défendre si elle avait trouvé quelques obstacles de la part de l'ennemi, qui n'a pas paru pendant toute im marche; la division anglaise parait s'être éloignée des Sables pour surveiller les côtes d'Espagne et le pertuis d'Antioche.

Le 15 nivôse, à minuit, une péniche anglaise s'est approchée de la côte de Saint-Jean-du-Mont; un chasseur qui était en Tedette, voyant déjà cinq à six hommes débarqués, a fait feu dessus pour avertir le poste dont il était éloigné ; son arrivée a fait prendre le large à la péniche, qui, après avoir longé la côte jusqu'à Fromentine, s'est dirigée sur l'Ile de Noirmoutier.

Le 18, un corsaire de Guernesey força un bâtiment marchand de se jeter à la côte près la batterie Duperray, et se disposait à l'amariner lorsque les chasseurs de garde à la batterie firent un feu si bien dirigé qu'après l'avoir fortement endommagé dans sa mâture, ils le forcèrent à gagner le Korge, et abandonner sa prise; au second coup de canon, un affût de 18 se brisa. Je viens d'écrire au directeur d'artillerie pour son remplacement.

J'ai l'honneur d'être avec respect. Citoyen Ministre,

Votre obéissant serviteur.

Paulet.

A Tembouchure de la Loire devant le Croisîc, où a été rassemblée la division du lieutenant de vaisseau Le Fougères, il y a en permanence 1 frégate et 2 corvettes (1); il y en a autant entre Belle-Isle et Quiberon, et la frégate mouille souvent à Fîle d'Hoëdic ou à celle d*Hoat. Pourtant Fougères, parti de Paimbœuf dans la nuit du 7 au 8 avril (2), gagna Locmariaquer à la vue de Fennemi, qui resta immobile. D'un autre côté, le lieutenant de vaisseau Letourneur, ayant rallié en route un convoi marchand de 160 voiles, arriva le 15 avril dans la baie de Bourgneuf. Le 21, il était à Paimbœuf (3), d'où

(1) Lettre du général Lacoste, iospectear des côtes à Paimbœuf, 7 avril.

(2) Lettre du général Lacoftte, inspecteur des côtes à Paimbœuf, 9 avril. — Lettre de Boyer, 10 avril.

(3) Lettres du général Lacoste, inspecteur des côtes à Paimbœuf, des 15 et 21 avril, 1*, 3, 7 et 12 mai.

il partit le 29 pour Saint-Nazaire. Entre midi et 1 heure, la division doublait la pointe du Croisic et, le 3, après une canonnade échangée avec 1 frégate anglaise et 2 bâtiments légers (1), vers 8 heures du matin, à hauteur de Quiberon, la division se repliait sur Locmariaquer.

Le 8, Letourneur, parti du Morbihan pour Lorient, eut un succès qui fit grand bruit à Fépoque.

Henri Boyer, général de brigade, commandant et inspectant la côte,

au Ministre de la guerre,

Aa quartier général de Lorient, le 18 floréal an xii

(S mai 1804).

Général Ministre,

J*ai rhonneur de vous donner avis qu'une corvette anglaise qui fatiguait journellement nos conTois dans les parages du Morbihan, vient de tomber en notre pouvoir.

Ce matin, le brave lieutenant de vaisseau Letourneur, commandant la section d'une flottille du Sud, a appareillé pour se diriger sur Lorient. A hauteur de la Teignouse (2), il a rencontré cette corvette ; Taffaire s'est engagée, et, après deux heures de combat, elle a été forcée d'amener son pavillon. Le vent contraire a forcé le brave Letourneur i\ renoncer au projet d'arriver h Lorient ; il s'est dirigé de la pointe de l'Ile d'Hoat où s'est passée l'affaire, sur le Morbihan, où il est en relâche avec la corvette prisonnière.

Le petit lougre qui était avec la corvette est allé chercher du renfort, dit-on, mais on le croit pris par nos péniches.

Par le premier courrier, j'aurai l'honneur de vous donner de plus amples détails.

Le lieutenant Letourneur est du nombre de ces militaires dont on ne saurait trop vanter la bravoure et le sang-froid. J'ai peine à croire que, lorsqu'il sera rendu avec sa flottille dans les parages d'Audieme, il trouve de r impossibilité à passer le bec du Raz et à filer sur Brest. Il est fait pour inspirer de la confiance, avec d'autant plus de raison qu'il a la noble émulation d'acquérir de plus en plus des droits à la bienveillance du gouvernement.

J'ai l'honneur de vous saluer respectueusement.

H. Boyer.

D'après une lettre du général Donzelot, relative à la même affaire, la corvette aurait été prise à la faveur d'un calme plat, qui aurait permis aux 6 canonnières de Letourneur de l'enlever à l'abordage.

(1) Lettre de Boyer, 6 mai.

(2) Entre Qaiberon et llle d'Hoat.

Voici la version anglaise de ce curieux épisode :

Le 8 mai au lever du jour (1), le brick sloop de 18 caronades de 18, Vencefo (capitaine John Westley Wright), avec un équipage de 51 matelote et 24 mousses supplémentaires), ayant été pris par un calme à Fembouchure du Morbihan, fut drossé par le courant de marée descendante, si près du rocher de Teignouse, qu'il fallut mouiller pour éviter d'échouer. Après avoir sondé, le brick leva Tancrc et tenta de ranger le chenal, mais un nouveau calme et un fort courant de marée contraire fit échouer la manœuvre. Tandis que l'équipage s'efforçait de s'éloigner de la côte à l'aviron, une flottille de 17 bâtiments armés, sortis du Morbihan, se dirigea à l'aviron contre le navire. Il y avait 6 bricks ou canonnières de 1'* classe armés chacun d'un 24 et de 2 canons de 18 et ayant 60 à 80 hommes à bord, 6 lougres ou bateaux de 2® classe armés chacun de 2 canons de 18 et portant 40 à 50 hommes chaque, 5 lougres de 3* classe armés d'une caronade en cuivre de 36 lançant des obus ; au total : 35 canons avec 700 à 800 hommes sous le lieutenant Letourneur (2).

A 8 heures du matin, l'ennemi ouvrit le feu à toute portée et continua à s'approcher jusqu'à 9 h. 30. A ce moment, le Vencejo dut commencer le feu par sa bordée de bâbord avec des hommes fatigués par la manœuvre des avirons et divisés entre le service des canons à bâbord et celui des rames à tribord pour se maintenir de flanc.

Ce combat inégal, à portée de mitraille, dura deux heures. Le gréement fut fort endommagé, 8 canons furent démontés, les grand'vergues tombèrent sur le pont, les pertes furent de 2 tués et 12 blessés y compris le capitaine Wright, et enfin, un seul canon étant en état de tirer, le brick amena son pavillon

« Monsieur, dit le lieutenant Letourneur, en recevant l'épée du capitaine Wright, vous avez noblement défeadu l'honneur de votre nation et la réputation de votre marine. Nous aimons et estimons les braves, et l'on vous traitera vous et votre équipage avec tous les égards possibles (3). »

Le 12 mai, Letourneur arriva à Lorient emmenant sa prise.

Ce petit succès ne put amoindrir Téchec du mouvement d'ensemble. — En mai 1804, pas un seul bâtiment de la flottille n'avait encore réussi apaiser de F Océan dans la Manche.

(1) W. James, Naval History.

(2) Ces chiffres sont absolument inexacts. 11 y avait environ 25 soldats par canonnière. C'était l'effectif normal des a garnisons » pendant les traversées de concentration.

(3) On sait que Wright, mêlé par la police de Fouché à l'affaire de Georges, fut enfermé an Temple et y mourut dans des circonstances plus que suspectes.

Page 1