‹ 1793-1805Chapitre 89 sur 112 · LA CONCENTRATION DE LA FLOTTILLE (PAS DE CALAIS ET MER DU NORD · texte numérisé non relu

LA CONCENTRATION DE LA FLOTTILLE (PAS DE CALAIS ET MER DU NORD

Le passage de la mer du Nord dans la Manche, quoique plus facile, n'en était pas moins rendu dangereux par la présence constante des croiseurs anglais.

Depuis Ostende jusqu'à Gravelines, la côte basse, parsemée de bancs de sable et de hauts fonds, était en général favorable aux divisions de la flottille. Mais, de Calais à Boulogne, surtout près des caps Blanc-Nez et Gris-Nez, les croiseurs anglais pouvaient serrer la terre de très près. De plus, les vents les plus fréquents en hiver dans ces parages, ceux de la partie ouest et surtout du sud-ouest, étaient tout à fait défavorables pour doubler les caps en venant de la mer du Nord. Dans cette région, les combats furent fréquents, mais la disposition de la côte et l'appui des batteries permit très souvent aux bateaux de passer en présence de l'ennemi, parfois de vive force, ainsi qu'il était déjà arrivé à Pévrieux et à Saint- Haouen (1).

Le 16 décembre, il était entré à Calais un convoi de 14 bateaux de pèche montés par 23 hommes de la 33*^ de Jigne et 17 de la 20® légère (2). Trois jours plus tard, un autre détachement qui faisait le même trajet avait à subir une attaque près du signal de TOye, à l'ouest de Gravelines.

(1) Voir ci-dessus.

(2) Lettre de Soult, 17 décembre. {Archives de la Guerre,)

Sera8f général de brigade, au général de division Durutte.

A GnTêlines, le 28 finoMâi* an xn (20 décembre 1803).

J'ai Thonneur de tous rendre compte, mon GéMéral, d'un fait qui a eu lieu hier entre Grayelines et Calais, près le signal de rOye«

Quatre bateaux faisant partie d'un convoi, parti d'Ostciide le 25 courant, pour se rendre à Boulogne, étant restés en arrière, furent poursuivis hier par un vaisseau anglais; la crainte de tomber dans ses mains les força à échouer à 1 heure après-midi, près le signal de TOye, au moment où la 2^ compagnie d'artillerie légère et la 8* compagnie de chasseurs à cheval en station à Gravelines, et que mon aide de camp y conduisait, y arrivèrent; les postes voisins d'infanterie s'y étaient également portés avec la plus grande célérité : l'ennemi, qui avait déjà tiré sur ces bateaux, venait de mettre ses canots à la mer pour les approcher et s'en emparer, mais le feu de notre artillerie et la justesse de ses tirs a forcé l'Anglais à abandonner son projet : un obus est tombé & son bord et il a pris le large, abandonnant les bateaux qu'il avait sans doute déjà regardés comme siens, et qui seraient tombés dans ses mains sans les prompts secours qui leur ont été portés de Gravelines. La célérité qu'ont mise l'artillerie et les chasseurs à cheval à s'y rendre, mérite beaucoup d'éloges ; les sousofûciers et soldats du 85* régiment ont donné les preuves d'un grand dévouement, car, quoique transis de froid et malgré la grosseur des vagues, ils n'ont pas hésité à se jeter à l'eau jusqu'au col pour remettre à flot les bateaux échoués et les mettre à même de continuer leur route ; ils ont réussi avec beaucoup de peine aux trois premiers; le quatrième, malgré les plus grands efl'orts, n'a pu être remis en mer, mais j'espère qu'à la marée montante il sera dégagé; j'y ai fait laisser une garde d'infanterie, deux pièces d'artillerie et les artilleurs nécessaires. L'artillerie a escorté jusqu'à hauteur de Calais les trois premiers bateaux. Ces quatre bateaux avaient chacun* à bord 4 marins et 4 soldats, aucun officier ni sous- officier, et, comme dans un de ces bateaux il n'y avait pas assez de monde, j'y ai fait mettre deux soldats du 85* régiment, qui les accompagneront jusqu'à Calais.

Le vaisseau ennemi, après avoir pris le large, est allé se joindre à une frégate de sa nation qui était hors de portée de canon.

Le feu de l'ennemi et de notre artillerie a duré trois quarts d'heure, les boulets dépassaient nos troupes de 150 toises au moins et aucun ne les a atteintes. Les chasseurs à cheval et les artilleurs à la tète desquels était le capitaine Chemin ont porté à bord et sur leurs chevaux les marins et les hommes de garnison de ces bateaux, malgré la force des vagues.

Ayant donc, mon Général, le plus grand éloge à faire de toutes ces troupes, j'oserai vous prier de leur en témoigner votre satisfaction et d'en donner connaissance au général en chef.

J'ai l'honneur de vous saluer.

Signé : Seras.

Pour copie conforme :

Le général divisionnaire,

Page 1