janvier
Général,
J'ai l'honneur de vous rendre compte de ma rentrée en ce port et des événements qui l'ont occasionnée.
Conformément aux différentes instructions que j'ai eu l'honneur de recevoir de vous (qui portent que je profiterai du premier vent favorable pour me rendre à Calais et ensuite à Boulogne), j'appareillais hier à 1 h. i/4; le vent alors était au sud-est et, l'ennemi n'étant point en vue à 1 h. i/2, les 13 bâtiments composant la division étaient réunis à une encablure dans l'ouest du port; alors je fis route, longeant la côte par trois brasses d'eau; à 2 heures, la péniche n® 22, commandée par Crevan, échoua sur l'accore de la (illisible) de Mardick, je mis aussitôt en travers et lui envoyai les secours que je présumais utiles à son renflouage : elle n'en eut pas besoin, et, à 2 h. 1/2, nous continuâmes notre route ; à 6 heures, étant par le travers de la pointe de rOye, les vents passèrent au sud-ouest joli frais , le jusant favorisant ma navigation, je ne balançai pas à la continuer en louvoyant depuis 2 brasses jusqu'à 5 brasses d'eau.
Ail heures, ayant le cap à terre et par conséquent (sic) j'eus connaissance d'un bâtiment par le bossoir de bâbord ; ce bâtiment courant à contre-bord, je lui criai d'arriver, il me répondit qu'il ne le pouvait pas ; aussitôt je fis contrebrasser devant carré derrière pour culer et abattre en même temps. Au même instant, un grain ti'ès fort tombant à bord, ce bâtiment fit un mouvement d'abatée et m'aborda droit de l'avant, me cassa ma soubarbe en fer et, conséquemment, engagea ma manœuvre au moment où il était urgent qu'elle fût prompte ; je parvins enfin à me parer de ce bâtiment, qui passa de l'arrière à moi et continua â courir bâbord.
(1) Archives de la Marine, BB«, 189.
Malgré Tordre que j*aTais donné à la dWision de profiter du reste du jusant pour gagner le mouillage le plus à terre possible, trois quarts d*heure après cet événement, on me rendit compte de Tabordage en criant qu'ils coulaient bas et qu*enfin ce navire était abandonné. Jugez de ma situation en apprenant ce malheureux événement, surtout ne pouvant y apporter aucun remède, le vent étant tellement fort que je fus obligé de me rendre au mouillage. Je mouillai à la fin du jusant à environ une lieue dans Tembouchure de Calais avec deux des bâtiments de ma division qui avaient exécuté mes ordres ; le reste laissa arriver et vint chercher un abri dans la rade de Dunkerque, négligeant même dé se tenir au vent du port pour rentrer à la marée.
Ce matin, à 1 heure, j'eus connaissance de 3 bricks et de i cutter ennemis, k environ une lieue un quart dans T Ouest ; les bâtiments étant couverts de voiles et gouvernant sur moi, j'ordonnai à ma division de filer les câbles et d'imiter ma manœuvre ; j'appareillai et pris chasse dans l'Est -après avoir reçu quelques coups de canon, tirés hors de portée. Je continuai la chasse jusqu'à 8 h. J/2, en ayant soin de me tenir en arrière de ma division et en bordant d'un bord sur l'autre pour changer la route de l'ennemi et, par ce moyen, donner le temps à la division de gagner la rade de Dunkerque à 8 h. 1/2. La côte tirant sur l'ennemi, il riposta et prit le large ; presque tous les bâtiments de ma division étant déjà sous le vent de Gravelines, je me décidai à me tenir au vent de Dunkerque et à y rentrer à la marée, ce que j'ai fait avec les 3 bateaux canonniers n" 361, 365, 366, les péniches n«« 23, 32 et 51, la corvette la Jeune-Angélique et le smack, la corvette Errante ; les 3 bâtiments qui ne sont point rentrés sont : le bateau canonnier n<» 374 et les péniches n^* 22 et 31 ; les deux premiers ont fait route pour Nieuport et le troisième est, dans ce moment, à une demi-lieue du port. J'ai l'honneur de vous saluer respectueusement.
NiELLY.
Pour copie :
Le Chef d'état-major générai de la flottille y
Lafond.
Parfois, ce sont de simples accidents de navigation qui causent de véritables désastres :
L, Davout, général de la garde du Gouvernement, commandant en chef le camp de Bruges, au Premier Consul (1).
Aujourd'hui 14* jour de pluviôse an xn de la République française
(4 février 1804).
Nous, Henri Hévin, commandant la Fortitude chargée de la conduite de 20 bateaux baleiniers de Flessingue, en vertu des ordres du capitaine de frégate Audouard, chef militaire audit port ;
(1) Archives de la Marine, BBiv, 189.