‹ 17941830Chapitre 101 sur 118 · Supplément de Constitution despotique · texte numérisé non relu

Supplément de Constitution despotique

Mais ce n'est pas encore assez : enhardi par le succès, Bo naparte veut faire un pas de plus vers l'hérédité et demander a son servile Sénat de lui déférer le droit de nommer son successeur. Et voyez sa ruse; car tout est ruse eâ lui!

Il fait rédiger un long projet dcSenatus-Omsulte < t ■ 1 organique (\o la Constitution, en *7 articles, qui. sous le pi étexte (forgetniêer et '!<• coniervir la Constitution la dénature et

la viole, en nommant les 3 Consuls à vie ; en donnant au Premier Consul le droit de choisir son successeur; en lui donnant une liste civile pour toute sa vie; en réduisant le Tribunat à 50 membres au lieu de 100 ; en donnant au Sénat de nouveaux pouvoirs exorbitants , celui d'interpréter et de compléter la Constitution . celui de suspendre le Jury et même la Constitution, celui d'annuler des jugements, celui de dissoudre le Tribunat et le Corps législatif. Cest une nouvelle Constitution , toute différente de la premièreet bien plus despotique encore. Puis il l'apporte lui-même à son Conseild'État.qui consent à tout, même à lui donner l'Empire quand il voudra. Puis le 16. il fait convoquer extraordinaireraent le Sénat, à midi. Vers 2 heures, il lui fait distribuer son long projet de Sénatus-Consulte ; à 7 heures, il envoie trois de ses Conseillers-d'État demander son adoption : il fait lire par son complice Cornudet, membre d'une Commission nommée précédemment pour un autre objet, un rapport qu'il a fait rédiger d'avance et qui conclut à l'adoption demandée... Et le servile Sénat viole encore la Constitution en adoptant, le même jour, sans discussion et sans examen, ce long Sénatus-Consulte organique du 10 thermidor, qui forme une Constitution nouvelle.— Et cette nouvelle Constitution n'est même soumise à aucune acceptation! — A-t-on jamais vu plus de mépris pour les droits delà Nation? Et cela, après nos 1 2 années de révolution !

Et voyez encore sa ruse pour faire le dernier pas et arriver à l'hérédité ? Quoique d'accord avec les meneurs de son Conseil-d'État, de son Sénat, etc. , pour se faire Empereur ou Roi. il affecte de dire que la Royauté anglaise serait impossible en France , que l'hérédité est absurde et contraire à la volonté na tionale . « Quand me fais-tu Impératrice des Gaules

- (lui demande Joséphine, qui sait bien que c'est son projet)?

- — Quoi! répond-il en riant, la petite Joséphine impéra- * trice!... C'est une folie, une absurdité! » Mais en même temps, il fait répandre avec profusion dans le public une petite brochure intitulée : Un citoyen à un Sénateur, rédigée.

CONSPIRATIONS DAî\S L ARMÉE

dit-on, par Lucien (qui s'est fait peindre en costume d'Empereur romain et qui veut être Roi), pour préparer les esprits à lui donner un siècle aûn de mieux faire le bonheur de Ja France. Et toujours il parle seul, sans que personne puisse lui répondre!

Qu'un malheureux Peuple , si longtemps sacrifié par de misérables intrigants, ébloui par la gloire militaire, soit encore trompé par son ignorance et sa confiance, on le conçoit : maisque le Conseil-d'État, le Sénat, le Tribunal, etc., montrent tant de bassesse... ! C'est désolant ; mais il faut bien le concevoiraussi,puisqu'ilachoisila plupart d'entre eux parm i ce que la France a de plus égoïste, de plus cupide, de plus servile, de plus disposé à tout lui livrer à condition qu'il partage avec eux ! X lui toute la responsabilité !

Bonaparte ordonnant une grande fête publique, le 15 août, pour célébrer en même temps la publication de la nouvelle Constitution, l'anniversaire de sa naissance, et la fête catholique de l'Assomption, toutes les Autorités se précipitent dans les salons des Tuileries et rivalisent d'adulation dans leurs adresses, tandis que l'Archevêque de Paris donnent l'ordination épiscopale, en grande pompe, dans Notre-Dame, au pauvre abbé Fesch, dont tout le mérite est d'être son oncle.

$ 33. — Conspirations dans l'Armée.

Cependant, les Républicains purs ne sont pas les seuls mécontents : le Despotisme de Bonaparte est si insolent que ses complices mêmes s'en indignent; quelques Sénateurs, quelques Tribuns, etc., probablement B. Constant , qui se réunissent chez WLme de Staël, voudraient renverser le Despote, sans avoir le courage de l'attaquer au moins à la tribune. Fouché lui-même n'est pas sûr; et Bonaparte s'inquiète assez pour lui ôter la police, en l'envoyant au Sénat et en lui donnant 1 ,200,000 francs pour le calmer.

Mais c'est dans l'armée surtout, républicaine et jacobine, que Bonaparte se fait des ennemis : Moreau n'a pas craint

m CONSULAT. — 1802.

demanifester son mécontentement en refusant d'assister au Te Deum pour le Concordat ; Bernadotte , envoyé dans l'Ouest, favorise, à Rennes, une conspiration militaire à la tête de laquelle se mettent son Chef d'état-major Simon et son aide-de-camp Marbot. Tandis que ceux-ci sont arrêtés, on le destitue lui-même ; et bientôt on arrête encore les Généraux Donnadieu et Delmas et le Colonel Fournicr, sans oser rendre publique leur conspiration, qui pourrait devenircontagieuse. — Latines lui-même, qui commande la Garde consulaire, s'explique hautementaux Tuileries, surtout contre la restauration du Clergé ; et Bonaparte croit devoir l'éloigner en l'envoyant comme Ambassadeur en Portugal.

On prétend même qu'une vaste Association secrète et républicaine se forme daus l'Armée sous le nom de Philadelphcs; qu'un offn ier, Oudet, d'une grande capacité, la fonde à Besançon; que Moreau en devient le chef; que le complot d'Arena en est la première conséquence ; que les généraux Mallct et Lahorie en seront les agents ; et que cette Association menacera continuellement le pouvoir de Bonaparte.

$ 3*. — Expéditions d'Alger et de Saint-Domingue.

.Nous ne dirons qu'un mot d'Alger, dont les pirates onl insulté la France et ses alliés, mais que Bonaparte oblige à lui donner satisfaction (an 10 ou 1802), en envoyant une escadre qui menace de sa vengeance.

Nous ne dirons aussi que quelques mots de St-Domingue. Depuis leur insurrection (T. II, p. 436) contre les blancs, les mulâtres, commandés par Rigaud, occupent le Sud, et les noirs , commandés par Toussaint-Louverture , occupent le Nord. Tous reconnaissent la France comme Métropole. En l an lO,Toussaint-Lonverture convoque une Assemblée centrale, qui rédige une Constitution , proclame l'égalité et le nomme Gouverneur à vie. Mais Bonaparte, à la sanction duquel Toussaint-Louverture envoie cette Constitution , s'indigne de ce que Saint-Domingue a l'audace de se donner des

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