‹ 17941830Chapitre 102 sur 118 · MÉDIATEUR DE LA CONFÉDÉRATION SUISSE · texte numérisé non relu

MÉDIATEUR DE LA CONFÉDÉRATION SUISSE

lois ; et, sans explication, poussé par son orgueilleux despotisme et par les aristocrates Colons, il envoie (30 brumaire an il ou 21 novembre 1802), une escadre et 34,000 hommes commandés par son beau-frère Leclerc , comme si ce n'était pas de la cruauté et de la tyrannie de tuer ou d'opprimer des malheureux que la France n'a pas voulu ou n'a pas pu protéger ! Comme si ce n'était pas aussi de la cruauté et de la tyrannie d'envoyer tant de Français dans un climat presque mortel ! Mais il semble que Bonaparte dédaigne de s'informer s'il fait chaud à Saint-Domingue, s'il fait froid à Moscou, comme il paraît ne s'être pas informe si Saint-Jermd'Acre avait des fortifications : il semble que ce soit un Musulman qui croit à la fatalité, à son étoile, à sa fortune, et qui pense n'avoir jamais besoin de prévoyance, Après avoir réduit les noirs à incendier le Cap pour se défendre , après avoir fait périr un grand nombred'habitants dans les combats après avoir enlevé Toussaint-Louverture, 30,000 Français, le Général Leclerc, beaucoup d'autres Généraux, périssent de la fièvre jaune; ce qui n'empêche pas Bonaparte de sacrifier encore 15,000 hommes, qui périssent aussi presque tous. Alors éclatent une insurrection générale et la guerre avec l'Angleterre; et ceux qui survivent, environ 2,500. sontforcésde quitter St-Domingue ; mais ils sont pris parles Anglais, qui les dépouillent inhumainement, ou se réfugient dansles îles voisines. St-Domingue est perdu pour la France. Et puisque Bonaparte a seul la gloire des succès, n'est-il pas au moin s aussi juste de le rendre responsablede cet effroyable désastre? Ainsi, voilà près de 100,000 Français qu'il fait périr inutilement en Egypte et à St-Domingue ! Et il appelle monstres les hommes qui , en 92 et 93 , ont sacrifié i ou 5,000 contre-révolutionnaires qui compromettaient le salut de la France en conspirant criminellement avec l'étranger ï

§ 35. — Médiateur de la Confédération Suisse.

Les Aristocrates et les Démocrates Suisses se faisant toujours une guerre civile acharnée, Bonaparte envoie N'y avec

une armée pour les forcer à mettre bas les armes (brumaire an 1 1 ou novembre 1802). Puis, sur sa demande, 56 Députés viennent à Paris former un Congrès ou une Convention, qui rédige une Constitution ou un traité , qui reconnaît 19 Cantons indépendants, qui établit entre eux une Confédération, et qui constitue les uns en République aristocratique, les autres en République démocratique. Ronapartese fait nommer Médiateur de la Confédération Suisse , et acquiert sur elle une influence qui ne peut manquer de déplaire à l'Europe et de compromettre la paix.

§ 36. — Système contre-révolutionnaire.

Maître de tout, chargé de tout, Bonaparte organise Tintérieur et imprime un grand mouvement à l'administration : c'est son devoir ; c'est facile quand on dispose de toutes les ressources de la France ; et d'ailleurs ce n'est pas l'habileté qui lui manque. Il réorganise la médecine, le notariat, des chambres consultatives pour l'industrie et le commerce, Te x position des produits de l'industrie, l'École des arts et métiers, l'Institut, l'Administration forestière : mais toutes ces institutions, fondées avant lui, il les réorganise dans son intérêt, pour lesmonarchiser et pour en faire des instruments de sa propre puissance. Il se fait donner, au lieu de 500,000 francs de traitement , une liste civile de 6 millions, et 600,000 francs à chacun desdeux autres Consuls, ce qui seul amènerait la Monarchie en créant la nécessité des gros traitements pour tous les fonctionnaires et d'un luxe corrupteur. 11 a une Cour pompeuse, des réceptions officielles en costumes, des Préfets du palais, des Dames du palais. 11 s'efforce d'abolir les souvenirs de la Révolution en supprimant ses fêtes, même celle du 14 juillet. Comme les Rois, il élève des monuments aux individus, à Jeanne-d'Arc, à Kléber, et s'empare des artistesen leur commandant des statues et des tableaux dont il est presque toujours le héros. Puis, ressuscitant les lettres royales de cachet et d'exil, il condamne Mm* de Staël à s'é-

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