BONAPARTE NOMME TOUS LES PRESIDENTS
loigner de Paris à 40 lieues, tant il craint la critique de salon ! Mais l'acte le plus remarquable, le plus étonnnant peutêtre, le plus contre-révolutionnnaire, c'est la suppression de la classe des Sciences morales et politiques à l'Institut, créée sur le plan de Condorcet (T. III, p. 1 42) : proscrire ces sciences, l'idéologie, la pensée, la discussion, substituer le sabre à l'intelligence, n'est-ce pas la guerre à tous les principes de la Révolution? N'est-ce pas le plus insolent despotisme, du Vandalisme, de la tyrannie à la façon d'Omar et d'Attila? * Aussi, bientôt l'Armée, imitant le Général, et n'estimant que la baïonnette, traitera avec le plus outrageant méprisle bourgeois , le citoyen , le commerçant , l'industriel , le savant , qu'elle appellera des pékins ou des calicots , tandis que la Révolution s'est opérée aux cris d'égalité, de fraternité, et de soumission du Soldat à la Souveraineté du Peuple!
§ 37. — Bonaparte nomme tous les Présidents.
Mais, nous l'avons dit, malgré toutes ses précautions despotiques, son despotisme mécontente ses valets eux-mêmes dans le Sénat et les autres Corps ; jamais il ne s'absentera sans inquiétude ; et toujours il rêvera de nouveaux moyens d'enchaîner ou de corrompre ses esclaves. — Pour s'assurer davantage l'obéissance de son Sénat de 80, dans lequel il lui suftit d'avoir 41 dévoués, il crée (14 niv. an 11 ou 4 janv. 1803) 29 Sénatoreries dans le ressort des 29 tribunaux d'appel, et donne à 29 Sénateurs un palais dans chaque Sénatorerie pour aller l'y représenter pendant 3 mois avec des honneurs et un nouveau traitement de 25,000 fr. Puis il glisse quelques articles par lesquels il s'attribue la nomination du Chancelier ou Président du Sénat, de son Trésorier et de ses Questeurs.— Pour s'assurer le Corps législatif, il se fait attribuer (28 frim. an 12 ou 20 déc. 1803) la nomination de ses Président, Vice-Président, Secrétaires et Questeurs, sur des listes de candidats. L'adulateur Fontanes est le premier Président qu'il choisit.— Pour s'assurer le Tribunat...
4Ui COXSULAT. — 1803.
Il le supprimera...— Il nomme d'ailleurs les Présidents des Collèges électoraux , qui ne présentent que des candidats. — Ainsi , comme s'il était Roi , ou tuteur de troupes d'enfants, il nomme tout , même les Présidents et les Chefs de tous les Corps.
Et quand le Code civil, ordonné par la Constituante (T. I. p. 278), rédigé en projet, imprime, adopté en partie, longtemps avant le 18 brumaire, sera définitivement voté dans la session de Tan 12 (1801), Fontanes mettra Bonaparte audessus de Justinien, de Bélisaire , de Charletnagne ; et le Corps législatif décrétera que sa Stulue sera placée dans le sanctuaire des lois.
Bientôt, il organisera des écoles de droit en remplacement des écoles de législation, et rétablira l'Ordre des avocats , comme s'il avait juré de rétablir L'ancien régime!
$ 38. — Nouvelle guerre avec l'Angleterre.
Hais la paix d'Amiens, si heureuse pour l'ambition personnelle de Bonaparte (p. 482), n'est qu'un bienfait éphémère pour la France ou plutôt n'aura jamais été un bienfait réel , mais une duperie . un malheur même, puisque , sans cette paix , la désastreuse expédition de Saint-Domingue n'aurait pas eu lieu. Cette paix , conclue en mars 1802 , est rompue en mai 1803, quand Pittetlcs Tories l'emportent de nouveau sur les Wighs dans le Parlement britannique. — L'Angleterre reproche à Bonaparte ses agrandissements nouveaux, et Bonaparte lui reproche son occupation de Malte et de l'Egypte, en violation du traité d'Amiens.
Nous n'examinerons ni si la véritable cause de la rupture n'est pas l'ancienne haine de l'Aristocratie anglaise contre ta Révolution française, ni s'il sied à cette Aristocratie de parler d'agrandissement, quand elle a fait depuis quelques années d'immenses conquêtes sur toutes les mers, en Amérique, en Afrique, dans l'Inde, où sa Compagnie de marchands a conquis le vaste Empire de Tipo-Saïb. — Nous n'examineront