NOUVELLE GUERRE AVEC L ANGLETERRE
pas non plus si la France ne peut pas reprocher à Bonaparte de fournir des prétextes de guerre en se taisant nommer Pré sident de la République Italienne, puis Médiateur de la Confédération Suisse , en réunissant au territoire français le Piémont divisé en six départements, en soufflant à la Nation un esprit de servitude et de conquête qui effraie même l'ancienne Opposition anglaise (p. 486). — Mais nous dirons que, devant une nouvelle guerre qui peut ranimer et qui ranimera la coalition générale, qui peut amener et qui amènera toute l'Europe en Fi ance et à Paris, Bonaparte est peut-être bien coupable de tuer la République et d'étouffer la Démo cratie et le dévouement patriotique.
Quoi qu'il en soit, voici de nouveau la guerre en place de la paix promise, une guerre longue et terrible, qui deviendra générale, qui épuisera et dépeuplera la France et l'Europe, et qui finira par engloutir Bonaparte et sa fortune.
Et, suivant son usage (usage anti-humain !), l'Aristocratie Anglaise commence la guerre avant de la déclarer, et saisit, sur mer et même dans les ports de la Grande-Bretagne, les bâtiments et les individus français qui se confiaient dans le droit des gens. Bonaparte use à l'instant de représailles, et fait approuver la guerre par le Sénat, leTribunat et le Corps législatif. La France entière fait entendre des cris belliqueux , sans penser qu'elle aurait peut-être des reproches à faire à son chef qui l'expose à de grands malheurs en se livrant au goût des conquêtes. Dans leur enthousiasme, les villes, d'ailleurs entraînées par les Bonapartistes, offrent des vaisseaux gros ou petits. Et bientôt la Grande armée, divisée en six corps, couvre les côtes depuis Bayonne à la Hollande, tandis que les ports et les rades se couvrent de chaloupes canonnières pour la transporter en Angleterre.
En attendant , Bonaparte ordonne des prières publiques (à quel point de contre-révolution il est arrivé déjà !); l'armée d'Italie s'empare de Naples, et Mortier envahit le Hanovre en forçant 25.000 soldats à mettre bas les armes et en
c,o\ftULAT. — 1803.
s'cmparant de 500 pièces de canon. Puis Bonaparte, aecom pagné de Joséphine et d'une Cour brillante, vient visiter le littoral du Nord, presser les préparatifs et se faire encenser.
Quelle révolution ne pourrait-il pas exciter en Angleterre s'il voulait la République, la Démocratie, l'indépendance de chaque Nation ! Mais les Démocrates anglais le redoutent comme plus despote que leur Aristocratie ; celle-ci trompe encore le Peuple par toutes les calomnies imaginables contre les Français; l'Angleterre épouvantée, réunie dans un sentiment national, se lève en niasse pour défendre ses côtes, les couvre de redoutes, barre ses rivières, prépare des chariots pour transporter rapidement ses troupes et des mines pour faire sauter ses ponts, couper ses routes, et tout incendier en se retirant dans l'intérieur. Ses escadres viennent même bombarder tous nos ports depuis le Havre à Dunkerque, mais sans pouvoir leur faire grand mal, ce qui néanmoins cause en France une grande irritation.
Toutes les forces respectives sont en présence : du côté de l'Angleterre 51 1 vaisseaux armes, 680 petits bAtiments, 123,000 marins, 184,000 soldats et 400,000 volontaires; du côté de la France, des soldats moins nombreux, mais autrement aguerris (et que serait-ce si l'on avait les 100,000 sacrifiés en Egypte et à Saint-Domingue!), et 1,850 tant vaisseaux que chaloupes canonnières, dont 700 forment le centre à Boulogne.
Bonaparte quitte Paris une seconde fois, le 1 1 brumaire an 12 (3 novembre 1803), pour Boulogne. Arrivé le 12, il fait manœuvrer une division navale, que la flotte anglaise vient attaquer, mais qui la repousse à coups de canon ; et le 16, il fait exécuter un simulacre d'embarquement. Puis il revient à Paris au grand désappointement de l'armée et du Peuple.— Nous reverrons Bonaparte à Boulogne : mois auparavant, il faut le voir au milieu d'une bande d'assassins qui , au lieu de le tuer, lui faciliteront le dernier pas pour monter sur le trône impérial.
CO.XSl'IUATION DE GEORGES, PICHEGRU, MO Ai: AU. ATi § 39. — Conspiration de Georges, Pichegru , Moreau.
Pendant que se prépare, des deux côtés de la Manche, une horrible guerre qui peut couvrir l'Océan de cadavres et de débris, les Bourbons, qui désespèrent avec Bonaparte, et l'Aristocratie anglaise qui redoute une descente, conspirent de nouveau pour le faire assassiner. Ce n'est pas le Peuple, ce sont des Princes, des Rois futurs, des Grands Seigneurs de Londres, qui font publier que « tuer n'est pas « assassiner », et que « il est nécessaire de sacrifier un « pour le salut de tous. » Ne doutant pas de l'assassinat du Premier Consul, le Cabinet anglais ordonne aux Émigrés à sa solde de se rendre sur le Rhin pour y attendre l'événement. Le Duc d'Enghien s'y rend en elïet, tandis que le Duc de Berry se rendra en Vendée et que le Comte d'Artois se tiendra prêt à se rendre à Paris.
Ce sont Georges Cadoudal et Pichegru qui doivent faire exécuter l'assassinat, le même Pichegru, déjà coupable d'une horrible trahison, et qui, ainsi que Dumouriez, conseille l'Angleterre contre sa Patrie. Et, croyant la coopération de Moreau nécessaire pour assurer ensuite la révolution, ils commencent par lui envoyer l'abbé David et le Général Lajolais, pour négocier son alliance avec Pichegru. Le négociateur revient assurer qu'il consent ou parait consentir. — Alors Georges, porté sur un bâtiment de la Marine royale, débarque à Béville, près Dieppe, le 3 fructidor an 1 1 , avec huit Émigrés, et arrive clandestinement à Paris, par des chemins détournés, en couchant chez des Royalistes. D'autres arrivent de même. Pichegru arrive ensuite, le 25 nivôse an 12 (janvier 1804), avec les frères Polignac, Rivière, Lajolais, etc., et loge d'abord avec Georges, à Chaillot. Georges veut avoir en outre 2 ou 300 Chouans ; mais il ne peut réunir en tout que 40 hommes d'exécution. Quant à Moreau. qui reçoit les visites de Pichegru et de Georges, il veut bien aider à la restauration, mais à deux conditions, que la révolution sera faite par le Sénat, etc. (comme il la fera en t. iv. 32
498 consulat. — 1804.
1814)» et que les Bourbons accepteront une Constitution. On soupçonne même qu'il voudrait être Dictateur et remplacer Bonaparte. Trompés dans leur espérance, Georges et Pichegru n'en persistent pas inoins dans leur projet, rendu bien plus difficile.
Cependant Bonaparte, qui paie très-chèrement à Londres des Émigrés, de grands Seigneurs et de grandes dames» pour lui faire connaître les complots du Cabinet des Émigrés, est instruit du départ de beaucoup de brigands qui doivent l'attaquer; et sa police est partout à leur recherche : mais il ignore entièrement l'arrivée de Pichegru , et les journaux anglais le trompent en parlant tous les jours de lui comme s'il était à Londres.
MablebonheurdeBonaparteveutque,troishc4nmesavant été condamnés à mort comme espions anglais, l'un d'eux, Querelle, fait des révélations pour avoir sa grâce, et apprend qu'il est venu, avec Georges et d'autres, pour tuer Bonaparte. Sur ses indications, on arrête une grande partie des agents subalternes , dont deux se pendent en prison. L'un de ceux-ci, Bouvet de Lozier, avant été sauvé, fait à son tour des révélations, et dénonce Pichegru et Moreau. On acquiert, d'un autre côté, la certitude que Pichegru est à Paris; et, sans hésiter, Bonaparte fait arrêter Moreau et Lajolais; puis il annonce publiquement une conspiration tramée contre sa vie par le Gouvernement anglais, Moreau, etc.
Beaucoup ne veulent pas croire Moreau coupable et crient à la jalousie et à la persécution. Mais le Sénat, etc., tous les fonctionnaires, toutes les armées, multiplient les manifestations de dévouement; on entend partout des cris contre le Cabinet anglais, partout des prières pour le salut du Premier Consul.
Et Bonaparte abuse de cetenthousiasmeen sa faveur pour taire suspendre le jury dans tous les départements pendant deux ans, lorsqu'il s'agira de complot ou d'attentat.
Pichegru, forcé de changer souvent de logement, réduit h