‹ 17941830Chapitre 106 sur 118 · EXÉCUTION DU DUC DESGIUE · texte numérisé non relu

EXÉCUTION DU DUC DESGIUE

nouvelle... N'importe ! Bonaparte veut; et tout ce qui l'entoure approuve, Talleyrand, tous les autres.

Les généraux Or dernier et Caulaincourt partent avec des gendarmes ; le duc est arrêté dans son lit, dans la nuit du 24 au 25 ventôse (15 au 16 mars 1804), amené à Vincennes le 29 à 5 heures du soir, jugé par une Commission militaire, et fusillé, c'est-à-dire assassiné, dans le fossé, à 4 heures du matin... Et le lendemain, la France apprend en même temps l'enlèvement et l'exécution.

Sans doute les Bourbons n'ont guère le droit de se plaindre : mais la liberté, mais la France, qui va peut-être se trouver par là exposée à une nouvelle coalition?... Pittdit alors • que Bonaparte vient de se faire plus de mal que ne « lui en ont fait les Anglais. - Et Alexandre, qui remplace son père Paul Ier (assassiné, avec son consentement tacite, dit-on, et par des assassins vendus à l'Angleterre), prendra le deuil du duc d'Enghien, se plaindra de la criminelle violation du droit des gens , et s'en servira pour motiver la guerre.

Cependant, aucun des Nobles qui encombrent déjà la Cour de Bonaparte ne la quitte ; d'autres ne s'empressent pas moins d'y accourir ; et le Peuple , qui ne voit que le point culminant dans tous les événements, ne donne pas un regret au Bourbon , qu'il ne connaît pas et qu'il considère comme le complice des Anglais , de la Coalition , de l'Émigration et des assassins.

11 y a plus : ce Peuple , toujours plus ébloui, ne s'en attache que davantage à Bonaparte, comme celui-ci lui plairait bien plus, ainsi qu'à l'armée, s'il déclarait la guerre aux Émigrés , aux Nobles , aux Prêtres et à toute l'Aristocratie. D'un autre côté, les Régicides et les anciens révolutionnaires, certains désormais que Bonaparte ne pourra jamais transiger avec les Bourbons , sont plus disposés à lui confier l'Empire pour mieux les garantir encore.

Et le Cabinet anglais, qui paie des assassins pour abattre Bonaparte, contribue puissamment à l'élever au trône; car

CONSULAT. — (80i.

on espion, qui le trahit, fait saisir et livrer à Bonaparte la nombreuse correspondance des ambassadeurs britanniques en Bavière et en Wurtemberg, qui organisent en France la guerreci vile et l'assassinat ; Bonaparte fait publier toutes ces lettres et en envoie copie à tous les ambassadeurs en France; tous protestent de leur indignation contre les deux agents anglais; la Bavière et le Wurtemberg les chassent ; ils fuient comme des coupables; la justification que le Cabinet Britannique ose faire de leur conduite, excite en Europe comme en France une réprobation universelle. De partout, on crie à Bonaparte d'user de représailles, de faire tuer tous les Rois ennemis, tous les Ministres ennemis... Et voilà où conduit l'immoralité d'un seul gouvernement ! Mais Bonaparte préfère profiter de tous ces événements pour se faire Empereur. — Auparavant , passons dans la prison de Pichegru.

$ 41. — Étranglement de Pichegru.

Le 16 germinal an 12 (avril 1804), au matin, Pichegru est trouvé mort dans son lit, couché sur le côté droit, étranglé avec sa cravate de soie et un bâton formant tourniquet. Personne, dit-on, n'a rien vu ni rien entendu qui indique l'introduction d'individus qui l'auraient étranglé : mais cela ne prouve rien, parce que rien n'est plus facile à la police que de cacher un assassinat. Aussi les amis des accusés ne manquent pas de crier que Bonaparte a fait étrangler Pichegru parce qu'il désespérait de le convaincre ou de le faire condamner, parce qu'il redoutait ses révélations contre luimême, ou ses attaques contre son despotisme, et le danger de réunir 3 accusés comme lui, Georges et Moreau, qui s'encourageraient réciproquement. Quel ébranlement, en effet, pour l'opinion si, dans le silence absolu de toute presse indépendante, Pichegru et Moreau attaquaient hardiment l'usurpation et le despotisme de Bonaparte, et s'ils pouvaient révéler et prouver que lui-même avait, lors du traité de Campo- Formio et depuis, donné ou inspiré des espérances aux Bour-

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