‹ 17941830Chapitre 107 sur 118 · PROCÈS DE MOREAU, ETC · texte numérisé non relu

PROCÈS DE MOREAU, ETC

bons! Aussi cette opinion d'un assassinat sur Pichegru trouve- t-elle beaucoup d'échos; suivant le Mémorial é* Sainte-Hélène, on l'exprim2 môme à la Cour; et la Diplomatie la transmet à toutes les Cours.

Mais, dit-on, quelle nécessité de faire étrangler un traître, déshonoré, perdu da nsl'opinion ?.. . Comment ses révélations n'auraient-elles pas été publiées par d'autres?... Mais» répond-on, pourquoi Pichegru se serait-il étrangté lui-même? Un homme de son caractère ne devait-il pas désirer se justifier publiquement en attaquant face à face le Despotisme? Et quant aux révélations, qui peut dire qu'on ne les a pas vendues à Bonaparte, comme on a vendu tant d'autres choses?

Pour nous» le fait est complètement incertain ; et nous dirons seulement que» quand un Gouvernement est accusé d'avoir assassiné un prisonnier, c'est sa faute, c'est l'inévitable conséquence de ce qu'il laisse le prisonnier et sa famille sans aucune espèce de garantie contre l'assassinat.

Mais tout cela n'empêche pas Bonaparte d'arriver à l'Empire; au contraire, comme nous allons voir. — Mais auparavant voyons le procès de Moreau.

Le procès de Georges, Moreau et 44 autres, commence le 8 prairial (28 mai) pour ne finir que dans la nuit du 20 au 21 (9au îOjuin).Georgesavouetoutcequi lui est personnel et s'efforce de sauver ses compagnons. Moreau nie tout. Beaucoup de militaires, à la tête desquels est Lecourbe, beaufrère de Moreau, suivent les débats publics et ne dtsimulent pas leur intérêt pour l'accusé. On croit que, s'il était condamné, ils tenteraient tout pour le sauver. D'un autre côté, Bonaparte fait tout pour qu'il ne soit pas acquitté, et emploie, dit-on, toute son influence sur les Juges. Enfin Georges, Armand Polignanc et 18 autres, sont condamnés à mort, 4 à • la détention ; Moreau à 2 ans de prison , et les 21 autres sont acquittés. Bonaparte fait grâce à Polignac en commuant la

consulat. — 1801.

mort en une détention illimitée au fort deHam, et commue la détention de Moreau en exil en Amérique.

On le devine, le complot du Cabinet anglais et des Bourbons , la conspiration de Georges et du traître Pichegru, après la machine infernale et tant d'autres attentats , sont une merveilleuse occasion pour exprimer le dévouement , l'amour, l'adoration.. Il n'y a pas un Corps, pas un Lycée . pas une Église, pas un fonctionnaire public, qui n'envoient des adresses, qui ne remercient le Ciel... Rien n'est plus facile à Bonaparte que de se faire prier d'accepter un pouvoir héréditaire. Un coup de poignard pourrait tuer à la fois le Consul et la République ! Une dynastie rendra l'assassinat de son chef inutile , désarmera les assassins, préviendra les complots, assurera le salut de la République en as- " surant le salut d'un héros!...

En un mot, Bonaparte se fait nommer (28 floréal an 12, ou 18 mai 1804), ou se nomme Empereur presque absolu : c'est le Despotisme complet qu'il établit, avec quelques trompeuses apparences de liberté ; c'est le Despotisme militaire ; c'est la restauration de la Monarchie de Louis XIV.

^ SA. — Coup d'oeil sur le Cousulat.

Nous ne l'avons que trop prouvé, dans son origine, rien n'est plus criminel que le Consulat; rien n'est plus lâche, plus cupide, plus vil, que ce Sénat et tous ces conspirateurs qui se sont rendus les instruments et les complices de l'usurpation.

Mais, dans l'esprit de Bonaparte, le Consulat n'est que la première page de l'Empire : c'est donc l'Empire qu'il faut voir pour juger le Consulat. Puisse la fin purifier le commencement !

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