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trigues, il abdique en faveur de son père, qui, le 5 mai, cède sa couronne à Napoléon et se retire à Compiègne, après avoir nommé Murât LieuienanUgénèral du royaume et invite les Espagnols à lui obéir. Ferdinand , son frère Don Carlos et son oncle Don Antonio, ratifient la cession et se retirent à Valençay.
Mais, nous le demandons, comment un héros, un grand homme, un homme de génie, peut-il s'abaisser à de pareilles manœuvres? Est-ce là ce que Bonaparte a promis à la France? Comment accuser les autres Rois de perfidie, d'ambition et d'injustice? Une République pourroit-elle jamais approuver et pratiquer une pareille déloyauté? Du reste, écoutons Napoléon à Sainte-Hélène :
« J'embarquai fort mal toule cette affaire, je le confesse : Pimmoralité put se montrer par trop patente, Pinjustice par trop cynique; et le tout demeura fokt vilain, puisque j'ai succombé ; car r attentat ne se présente plus que dans sa hideuse nudité, privé de tout le grandiose et des bienfaits qui remplissaient mon intention. »
Quant à ses intentions, était-il un Dieu pour être le bienfaiteur de l'Espagne malgré elle? S'il voulait le bonheur des Peuples , ne devait-il pas les respecter, leur donner la liberté, la République? Ne devait-il pas commencer par rendre la France libre et heureuse?
u Le bombardement de Copenhague en pleine paix ot l'enlèvement de la flotte Danoise avaient perdu les Anglais dans l'opinion ; l'affaire d'Espagne les fit oublier et me pebdit. »
Oui, l'injustice, l'immoralité, la perfidie deNapoléon dans cette affaire, exploitées par tous les Rois, par tous les Cabinets, par toutes les Aristocraties, par toute l'Émigration, par tous les Prêtres, par tous les Journaux, vont faire oublier les scandales de la Cour Espagnole , l'assassinat de Paul 1er, les perfidies et les cruautés du Cabinet anglais, ses atroces provocations à l'assassinat, le partage de la Pologne, tous les crimes des anciens trônes, pour concentrer les cris de l'Europe contre Napoléon, pour exalter le courage des Espagnols, pour provoquer tous les Peuples à les imiter. Quelle faute! quel crime envers la France!
i Misai:.— 1808
Napoléon croyait sans doute que les Espagnols imiteraient les Italiens et les Hollandais, dont les Députés aristocrates et bourgeois se sont résignés à le prier de les enchaîner. Déjà même une Junte, établie à Madrid et dirigée par Murat, le prie de donner Joseph pour Roi d'Espagne.— Mais le Peuple, qui partout a plus d'honneur, de patriotisme et de courage que l'Aristocratie et la Bourgeoiesie, le Peuple s'indigne, s'insurge, s'irrite, se lève comme un homme d'honneur ( dira Napoléon lui-même à Sainte-Hélène ), brave tous les périls, et, comme le Peuple français en 92, s'écrie : vaincre ou périr!... Sa fureur est telle que, s'il tenait Napoléon, il le massacrerait, le pendrait, lui arracherait les yeux et la langue, ou le scierait entre deux planches et le couperait en morceaux comme il fera à ses soldats.
Cependant le Sénat, le Conseil-d'État, Talleyrand, etc., seront trop lâches pour ne pas approuver toujours, encenser, encourager Napoléon. Le Peuple et l'armée ne connaissent pas la vérité ou désapprouvent , mais sans pouvoir désobéir à une volonté despotique. — Cest donc l'armée qui devient, malgré elle, l'instrument de l'oppression des Espagnols , et c'est contre elle qu'ils tourneront toute la rage qu'ils ont contre l'Empereur.
Dans la première insurrection , à Madrid , 500 Français périssent. — Les Français se défendent, attaquent, tuent des milliers d'Espagnols, en livrent une foule d'autres à leurs commissions militaires , et étouffent l'insurrection dans le sang.— On devine la nouvelle fureur des Espagnols!... Ils vont devenir cruels, féroces... Les Français useront de représailles... Quelle confusion, quel chaos! Les Moines, qui couvrent l'Espagne, menacés dans leur existence, vont allumer le fanatisme... Les Généraux vont piller les couvents, tuer les Moines... Et si l'Espagne devient, pendant six ans , le théâtre de toutes les atrocités ; si Napoléon y fait tuer un million d'Espagnols et 3 ou 400,000 Français ; si, par suite, l'Europe est en feu, à qui la faute et la responsabilité?
Une amnistie ramène la paix pour un moment. — Une
empire.— 1808. 533
grande Junte, convoqué à Rayonne pour le 15 juin, et composée des Députés du Clergé, de la Noblesse et de la Bourgeoisie, accepte Joseph et rédige une Constitution. — Napoléon nomme Murât RoideNaples,et revient à Paris, croyant l'Espagne à lui.
Mais l'insurrection éclate de nouveau et devient générale; partout on massacre les malheureux Français isolés; le Général Rènè, qui revient de Portugal, est scié entre deux planches; partout on organise des Juntes insurrectionnelles ; et la Junte suprême de Séville déclare la guerre au nom de la Nation. Les Anglais accourent, et se hâtent de fournir des armes, des munitions, des officiers pour instruire et diriger, des vivres, etc., et une armée Anglaise, outre l'armée Espagnole de La Romana, qui faisait partie de l'armée française en Poméranie, et qu'ils ramènent sur leurs vaisseaux. — C'est en vainque Dupont s'empare de vive force deCordoue, où il augmente la fureur des Espagnols en pillant et en levant des contributions; c'est en vain que Bessières gagne une bataille et tue beaucoup d'Espagnols ; c'est en vain que Joseph entre à Madrid (20 juillet), recevant les hommages de quelques fonctionnaires publics : Moncey échoue devant Valence ; Lefèvre-Desnouettes devant Sarragosse ; Dupont, embarrassé par ses fourgons remplis de son pillage , ayant beaucoup de trop jeunes conscrits ( à qui la faute? ), abandonné par deux régiments Suisses indignés, est forcé de capituler et de mettre bas les armes, à Baylen, avec 15,000 hommes (22 juillet). Les Espagnols portent la fureur jusqu'à violer la capitulation (comme Bonaparte a violé celle de Saint- Jean-d'Acre et comme il vient de violer toutes les lois de l'honneur à Bayonne), à maltraiter les soldats, à les fouiller comme des voleurs, et à les envoyer prisonniers à Cadix et en Angleterre, tandis qu'on était convenu de les renvoyer en France. Sans doute la défection des Suisses et la violence des Espagnols envers les soldats au mépris d'une capitulation ne peu vent s'excuser ni par le pillage qu'ils reprochent au Général , ni par la perfidie qu'ils reprochent à l'Empe-
nmnE. — IH08.
reur : mais si les malheureux soldats sont victimes , à qui la première faute?
Quand Napoléon apprend ce désastre, il s'écrie :
« C'est une tache pour io nom français 1 II eût mieux valu qu'ils fussent tous morts les armes à la main ! On retrouve des soldats : il n'y a que Yhonneur qui ne se retrouve pas 1 »
Etsa conduite à Buyonne n'est point une tache à ses yeux ! elle est conforme à Yhonneur! Comment un Despote peut-il se plaindre, quand il a donné de pareils exemples? — Aussi, quoiqu'il proteste qu'il fera fusiller Dupont pour avoir sacrifié l'armée à ses fourgons , il n'osera le punir ni de son pillage, ni de sa lâche capitulation.
On conçoit l'effet produit en Espagne, en Europe, en France, par le pillage de Cordoue, la défection des Suisses et la capitulation de Baylen! On devine l'enthousiasme des Espagnols, leur confiance, leur résolution de s'ensevelirsous les ruines de leur Patrie plutôt que desubirunjougétranger.
Joseph est obligé de quitter Madrid avec la garnison ( lrraoût),et Junot, attaqué par Wdlesley, commandant 35,000 Anglais , est forcé de capituler, d'évacuer le Portugal, et de s'embarquer sur des vaisseaux britanniques qui le transportent en France. Qu'on juge encore de reflet!
Cependant Napoléon , qui sent la nécessité de venir luimême en Espagne, sent aussi celle de se prémunir contre une attaque du côté du nord ; il se fait céder Flessinguc par la Hollande, Kehl vis-à-vis Strasbourg , et Cassel vis-à-vis Mayence ; puis il réunit à la France Parme, Plaisance et la Toscane, divisées en départements; puis il fait occuper les États Romains, et veut exiger du Pape des concessions qu'il refuse ; puis il a une entrevue avec Alexandre, du 6 octobre au 14, à 2?r/ur//i, où les deux Empereurs se jurent amitié et alliance ; puis il retire toutes ses troupes d'Allemagne pour les envoyer en Espagne, et lève plus de 200,000 conscrits .
Et, pour compenser tant de sacrifices, il organise une nouvelle noblesse héréditaire; il crée des Princes avec le titre d1 Altesse sérènissime, des Ducs, des Comtes, des Barons, des
Chevaliers. Tous les Ministres, tous les Sénateurs, tous les Conseillers d'état à vie, etc., seront Comtes , etc.; tous les membres de la Légion-d'IIonneur sont Chevaliers et nobles. Il rétablit les armoiries et les livrées... Et pour rendre cette Noblesse brillante, il voudrait doter les Princes et ses Ducs de quelques millions de revenus; et, pour les leur donner, il voudrait conquérir l'Europe entière... Ses favoris, ses protégés, ses fonctionnaires, son armée qu'il flatte, qu'il caresse, qu'il enrichit, sont contents, on le devine ; mais la masse de la Nation et du Peuple commence à n'avoir plus d'illusions , à être blasées sur les victoires, à n'être plus sensibles qu'aux revers, à voir que Napoléon sacrifie tout à lui et à sa famille, à regretter, àsouffrir, à craindre. Mais comment se plaindre ? Point de Presse , point de Représentation nationale , point de tribune; et toujours des adulations officielles et soldées; le Despotisme ordonne même les vivat , les illuminations , la joie.— Il ne sera plus temps à Sainte-Hélène de dire :
« J'ai constitué la nouvelle Noblesse pour écraser l'ancienne et pour satisfaire le Peuple, d'où sont sortis la plupart de ceux à qui j'en conférai les titres, et parce que le plus simple soldat avait le droit d'aspirer au titre de Duc. Je crois même que j'ai eu tort ; car c'était affaiblir ce système cT égalité qui plaisait tant à la Nation. »
Cest en vain qu'il annonce en partant pour l'Espagne , x « qu'avec l'aide de Dieu, il va couronner son frère à Madrid « et planter ses aigles sur les forts de Lisbonne. » Ses prophéties ne s'accompliront pas.
Il écrase cependant les Espagnols en plusieurs combats, c'est tout simple; et Madrid capitule le 4 décembre. Il abolit Y Inquisition, supprime un grand nombre de couvents , et publie une proclamation dans laquelle il parle de sa conquête, de sa clémence, de ses bienfaits, ajoutant :
« Si vous ne répondez pas à ma confiance, il ne me restera qu'à vous traiter en provinces conquises, et à placer mon frère sur un autre trône. Je mettrai alors la couronne d'Espagne sur ma tête, et je saurai la faire respecter des méchants ; car Dieu m'a donné la force et la volonté nécessaires pour surmonter tous les obstacles. »