HUITIEME PARTIE
Spectacle inouï ! Un seul homme va bouleverser V Europe!
Le difficile, pour Napoléon, n'était pas d'arriver à Paris : soit qu'une conspiration le rappelât et lui préparât les voies, soit qu'une conspiration pour Napoléon II, ou pour le duc d'Orléans, l'encourageât à profiter des préparatifs faits pour un autre, soit qu'aucune conspiration ne vint le favoriser, les fautes des Bourbons, le mécontentement général des Républicains, des constitutionnels, des libéraux, l'intérêt des Bonapartistes dépouillés, la haine de l'armée et du Peuple pour les Bourbons, pour les Émigrés, pour les Nobles, pour les Prêtres et pour l'Étranger, suffisaient pour garantir un premier triomphe, le succès d'un coup de main : mais se maintenir, se consolider, c'est autre chose !
D'abord , à l'intérieur, il aura contre lui tous les Royalistes ; tous les traîtres, qui craindront sa vengeance ; les Républicains, les constitutionnels, les libéraux, qui, maintenant que la Restauration est opérée, redoutent par-dessus tout son despotisme militaire, et préfèrent la République, ou Napoléon II, ou le duc d'Orléans, ou même Louis XVIII, dont la faiblesse leur fait espérer plus de liberté. Cette masse de hauts fonctionnaires et de Bourgeois le redoutent d'autant plus que, depuis un an, on a dénoncé et publié tout ce que la terreur de l'Empire empêchait de publier auparavant, tous les reproches que peuvent mériter son ambition , son despotisme et les maux qu'il a causés. Tous les motifs de sa déchéance subsistent encore, même de son abdication ; et les hommes qui ont prononcé l'une et arraché l'autre sont encore là pour le repousser.
A Sainte-Hélène il dira (O'Meara) :
« Si j'étais maintenant en Angleterre , et qu'une députation de Français vint m'offrir le trône, je ne voudrais pas l'accepter, à moins
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que ce ne fût le voeu in anime de la Nation. Autrement, je serais obligé de me faire bourreau, de couper des millions de têtes pour m'y tenir, de répandre des fleuvt-s de sang. Ce sont les motifs qui m'ont fait abdiquer la dernière fois. »
Grande leçon pour ceux qui auront foi dans son génie et dans sa divinité! Mais pourquoi donc n'n-t-il pas vu ou voulu la même chose, à l'île d'Elbe, après sa première abdication?
En second lieu, à l'extérieur, comment Alexandre et ses alliés, qui ont déclaré qu'ils ne faisaient la guerre qu'à lui, qu'ils resteraient unis pendant 20 ans s'il le fallait pour l'abattre, et qu'ils ne fêt aient la paix m avec lui ni avec aucun membre de sa famille, pou: raient-ils reculer devant leurs déclarations, abandonner le Roi qu'ils ont rétabli , souffrir la violation du traité souscritavec eux par Napoléon (p. 572), et tolérer une révolution militaire et populaire? C'est infailliblement la guerre avec l'Europe, sans l'appui de la Bourgeoisie, avec l'hostilité de l'Aristocratie, la guerre civile et les trahisons encouragées par la Coalition. Quelle confusion ! Quel ch::osi Quel péril pour la France î
Pour peu qu'il nimàtsa Patrie cl l'humanité, il devait donc rester à l'île d'Elbe, même se retirer en Italie ou en Amérique, comme l'y engageait Fouché, même se reléguer à Sainte- Hélène si l'inquiétude des Souverains exigeait ce sacrificeau repos de la France et du Monde. Quant a la France, délivrée du Despotisme impérial, ranimée par la jouissance de cent fois plus de liberté qu'elle n'en avait sous l'Empire, elle saurait bien se défendre contre la faihlessedes Bourbons, les expulser peut-être et se choisir un autre Gouvernement.
Il devait attendre, du moins, que le congrès de Vienne fût dissous, et que les armées Européennes fussent éloignées, dispersées, désorganisées î
S'il voulait braver toutes les chances de guerre, il devait donner du moins toutes les chances à l'intérieur, en adoptant l'espr it révolutionnaire et toujours républicain du Peuple et de l'armée, en déclarant franchement la guerre aux Bourbons, aux Nobles et aux Piètres , en proclamant la République ou la Souveraineté nationale, en laissant la Nation parfaitement libre de choisir son Gouvernement, en se présentant comme simple Général, ou en proclamant Napoléon II et en traitant avec son beau-père, intéressé et disposé à le soutenir «à cette condition.
Mais, ô malheur! nous allons le voir toujours le même ; ni corrigé, ni guéri; n'ayant, comme les Bourbous, rien oublié
et rien appris; toujours despote; toujours employant la ruse „ le mensonge, la tromperie; toujours redoutant le Peuple et la Démocratie; toujours sacrifiant la France à son égoïsme, etattirant volontairement sur elle, pour satisfaire son ambition ou pour ne pas aller à Sainte-Hélène, un déluge de calamités. Peu d'hommes auront été aussi funestes à leur Patrie et à riuimanité! — A Sainte-Hélène, il dira (O'Meara) :
« Lorsque je revins de Pile «l'Elbe, Tamxyrand m'écrivit, de Vienne, pour me faire l'offre de trahir les Bourbons et de me servir, pourvu que je lui pardonnasse et lui rendisse ma faveur. Je lui refusai. •
Mais pourquoi ce scrupule, tardif, étrange, puisqu'il pardonne à Fouché , rancuneux , vaniteux et égoïste puisqu'il s'agit du salut ou de la perte de la France!
Il parait certain que son beau-père reconnaîtrait et soutiendrait Napoléon 11, s'il voulait proclamer son fils : mais il veut régner lui-même et tout compromettre! N'est-ce pas l'acte d'un père dénaturé et d'un ennemi de la France! Car, il n'ignore pas les malheurs qu'il attire sur ses concitoyens.
« Que vont devenir les Patriotss jusqu'à mon arrivé e à Paris, ditil en partant? Je tremble que le* Vendéens et les ftmigrte ne les massacrent. Malheur à eux s'ils y touchent! Je serai sans pitié! »
Userait bien temps!... Nous avons vu ses premières proclamations, à Gap. Abusant toujours de l'ignorance du Peuple et des Soldats, de leurs passions, de leurs préjugés, de leur confiance, il exploite leur haine des Bourbons, des Émigrés et des Prêtres, leurs préoccupations pour leurs intérêts matériels, les craintes dos paysans au sujet des biens nationaux, des dîmes et des droits féodaux, en ne, parlant aux soldats que de leurs humiliations, de leurs injures, et de la perte ae leurs honneurs et récompenses. — Aussi la haine et la colère absorbent tous les autres sentiments ; c'est la haine pour les Bourbons qui l'accueille beaucoup plus que Vamour pour lui ; et le cri de vive l'Empereur! signifie surtout à bas es Bourbons! — A Sainte-Hélène, il dira :
« Les Émigrés sont revenus aussi importants, aussi vains, aussi arrogants que quand ils sont partis : ils n'ont rien oublié et rien appris (lui aussi) ! Ce sont eux qui ont causé la Révolution et fait répandre tant de sang (et il les a rappelés, favorisés ! ) ; et les voilà qui, après 25 ans d'exil et d'opprobre, chargés des vices et des mêmes crimes pour lesquels ils ont été expatriés, reviennent exécuter une nouvelle Révolution. (Et il fait comme eux ! ). Je connais la France : dans 10 ans, toute cette race sera massacrée et jetée dans la Seine. •
Oui. s'il laissait faire, le Peuple, les paysans et les soK
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dats, extermineraient les Émigrés, les Seigneurs et les Prêtres; et s'il s'oppose , c'est que son intérêt est d'arriver à Paris sans brûler une amorce et sans répandre une goutte de sang pour faire croire au Congrès qu'il est ramené par l'amour universel. — Mais les Officiers et les Citoyens éclairés lui parlent liberté : Le colonel Labédoyére, qui le ferait fusiller s'il voulait, qui décide son triomphe en se déclarant pour lui, et qui stipule pour ainsi dire au nom de la France, lui dit, en l'abordant, ces mémorables paroles.
« Sire, les Français ont tout fait pour Votre Majesté ; mais il faut que Votre Majesté fasse tout pour eux. Puis d'ambition ! I»i,i:s de Despotisme 1 Nous voulons être mimebiI heureux! Il faut abjurer, Sire, le système de conquête et rie puissance qui a fait le malheur de la France et le vôtre. »
Voilà bien le vœu de la France ! Il répond :
« Si je réussis, je ferai tout ce qu'il faudra faire pour remplir l'oltonte de la Nation, bon bonheur m'est plus cher quo le mien. C'est pour la rendre libre et heureuse que je me suis jeté dans une entrepris qui pouvait me coûter la vie... »
A Grenoble, il entend les cris Liberté, République. Le jeune Rey lui parlera même de Brutus. — Il répond :
- Je suis venu pour vous délivrer du jouy, non pour régner, le trône n'est rien pour moi, mai» pour vous restituer les droits quo les Boarbons vous ont otés. J'ai tiiop aimé la oueriie : je ne la ferai plus; je laisserai mes voisins en repos. Je veux régner pour rendre noire belle France libre, heureuse et indépendante, et pour asseoir son bonheur sur des bases inébranlable*... Je veux être moins son Souverain que le premier et le meilleur de ses citoyens. -
Mais tout cela n'est que généralités, banalités, ruses, pour se faire accueillir! — Il dit aux Lyonnais :
• J'ai été entraîné, par la force des événements, dans une faum • route : mais, instruit par l'expérience , j'ai abjuré cet amour de la gloire qui a eu pour la France et pour moi tant de funestes résultats! Je me suis trompé en croyant ouo le siècle était venu de rendre la France le chef-lieu d'un grand Empire : j'ai renoncé pour toujours à cette haute entreprise; nous avons assez de gloire : il faut nous reposer (quel aveu de ses fautes et do son ambition cassée ! )... Ce n'est point l'ambition qui me rarnènoen France (si); c est Vamour de la Patrie (non). J'aurais préféré le ropos de l'Ile d'Flbe aux soucis du trône, si je n'avais su que la Franco était malheureuse et qu'elle avait besoin de mot (non ). En mettant le pied sur notre chère France , j'ai fait le vœu de la rendre libre et heureuse (non) ; je ne lui apporte que des bienfaits (non, d'affreuses calamités). Je reviens, pour concourir, avec les Représentants de la Nation (non) a la formation d'un pacte de famille qui consacrera à jamais la liberté et les droits de tous les Français (non). Je mettrai désormais mon ambition et ma gloire à faire
le bonheur de ce grand Peuple, duquel je tiens tout (et qu'il va perdre!) Je ne veux point, comme Louis XVIII, vous octroyer (si) une Charte révocable ; je veux vous donner une Constitution inviolable, et qu'elle soit l'ouvrage du Peuple et de moi (non). -
Mais tout cela est ruse pour réussir! Il fera comme Louis XVUI, il octroiera, tout seul!
« Je sais que les idées libérales ont repris le terrain que j'avais fait gagner au pouvoir : je ne chercherai point à le reprendre ; il ne faut jamais lutter contre une Nation ; c'est le pot de terre contre le pot de fer. Les Français seront contents de moi. Je sens qu'il y a du plaisir et de la gloire à rendre un Peuple heureux... Je donnerai à la France des garanties. Je ne lui épargnerai pas la liberté. Je laisserai à la liberté la bride sur le cou. Je sais ce qui convient aux Français : nous nous arrangerons. »
Mais tout cela n'estque belles phrases, promesses vagues, ruses î... 11 reprend son titre d'Empereur, il s'appelle Souverain , reparle de trône et de règne , et refait des décrets impériaux... 11 parle même de gouvernement fort.
« Point de licence, dit-il, point d'anarchie; car l'anarchie nous conduirait au Despotisme des Républicains, le plus fécond de tous en actes tyranniques, parce que tout le monde s'en mêle. •
Comme si les Républicains voulaient la licence, l'anarchie, le Despotisme, la tyrannie! Toujours d'atroces calomnies !... Comme si ce n'était pas outrager et s'aliéner les Républicains !
Son premier décret abolit la Noblesse et les titres féodaux, en remettant en vigueur les lois de la Constituante et de nos Assemblées nationales : mais il conserve sa noblesse impériale!
lin 2mc décret appelle la Chambré des Députés Chambre des communes, dissout la Chambre des Pairs, ajoute :
- Les Collèges électoraux seront réunis à Paris , dans le courant de mat, en grande Assemblée extraordinaire du Champ-de-Mai, afin de prendre les mesures convenables pour corriger et modifier nos Constitutions, selon l'intérêt et la volonté de la Nation, et pour assister au couronnement de V Impératrice et de mon fils. »
Ainsi , il promet un Champ-de-Mai : mais il n'aura lieu qu'en juin!... 11 promet que ce Champ aura pour objet la Constitution : mais ce ne sera qu'une comédie, une farce! Il promet que la Constitution nouvelle sera faite par les Collèges électoraux réunis en grande assemblée : mais c'est lui seul qui rédigera et octroiera l'acte additionnel aux Constitutions de l'Empire, en le soumettant seulement à une acceptation aussi dérisoire que les précédentes! Il promet l'a tri-
cfc.vr- jours. — 1815
vèe de f Impératrice et de son fils, par conséquent le consentement et l'appui de l'Autriche: mais il ne viendront pas; et toutes ces promesses, sans lesquelles il n'entrerait pas à Paris, ne sont que des mensonges et des ruses, comme ceux du 18 brumaire. N'est-ce pas un crime aussi? Et que peut avoir de glorieux un accueil surpris par de pareils moyens?
Cependant, les proclamations de Soult et du Roi, les discours, les adresses, les actes des deux Chambres, rappellent tous les reproches , les calamité* , les malédictions du passé, et signalent les désastres de l'avenir.
. Sous lui, dit Lnhu\ \,\w> d'espoir de liberté ; el \c joug qu'il lève sur nos têtes déjà affaiblies par sa trop longue tyrannie paraît si pesant que chacun aperçoit bien qu'il serait insupportable. Le Despotisme
ESI l/lMI'ÉlUELX BESOIN DK SON CARACTERE. "
Et malheureusement c'est vrai : ses sentiments, ses opinions, ses habitudes, son instinct, tout son être suent le Despotisme. Le Despotisme, c'est pour lui la vraie liberté; la liberté n'est pour lui que de l'anarchie... Il est Despote tout naturellement, suis le savoir et sans le vouloir... Et une masse énor me de bons Fi ançais, de bons citoyens, de bons citovens , sont convaincus que son despotisme est incorrigible et que son re tour est la plus affreuse des calamités.
Accusé par lui de trahison , Marmont l'accuse à son tour d'avoir tout perdu lui-même, en laissant 300,000 hommes dans les garnisons d'Allemagne, etc., lorsqu'il n'avait que 40,000 hommes pour défendre la France; d'avoir prolongé une défense impossible, d'avoir tout sacrifiéa son ambition, à son orgueil, à sa vengeance; et, sans absoudre Marmont, beaucoup attaquent Napoléon. Que d'obstacles I
Il est entin à Paris, porté par les soldats, mais il y va rencontrer la plus redoutable des résistances, la résistance d'inertie. On attendra ! l'Armée elle-même et le Peuple ne l'appuient que parce qu'ils le supposent corrigé, guéri, patriote, libéral, républicain.
Il choisit pour Ministres : Carnot, intérieur , en lui donnant le titre de Comte, qu'il refuse; Davoust , guerre; Caulaincourt, extérieur ; Gaudin, finances; MolUen, trésor; J)ecrès, marine; Fouché, police; Cambacérès, justice; Maret, Secrétaire-d'État. — On approuve le choix de Carnot , on blâme celui de Fouché : on ne conçoit pas coinment \\ peut choisir ce Fouché qu'il a destitué, humilié, outragé ; qui s'est réuni àTalleyrand pour la déchéance ; qui
n'a pas dissimulé sa haine contre lui depuis son abdication ; qui a reproché à Metternich de ne l'avoir pas fait enfermer dans un château-fort en lui prédisant qu'il reviendrait tout bouleverser; qui lui a écrit à file d'Elbe pour l'engager à se retirer en Amérique, et qui n'a travaillé contre les Bourbons qu'en faveur de Napoléon II et d'une Régence.
Mais on apprend bientôt que, le 13 mars , le Congrès de Vienne la déclaré hors les relations civiles et sociales , en- . nemi et perturbateur du repos du Monde , livré à la vindicte publique ; déclarant que son invasion est la tentative d'un délire criminel et impuissant; déclarant enfin que les Souverains donneront au Roi et à la Nation française tous les secours nécessaires. — Si celte déclaration , d'une importance gigantesque, avait été connue plus tôt, il est presque certain qu'elle aurait tout paralysé : et maintenant c'est en vain qu'il la soutient fausse : elle commence à répandre l'effroi... Et cette déclaration de guerre est signée par Talleyrand, représentant Louis XVlll!!!
Le 26, il reçoit toutes les Autorités, comme pour faire sa rentrée solennelle et sa propre restauration. — Mais c'est en vain qu'il dit pompeusement : Tout A LA NATION et tout pour la France, voilà ma devise. » Cette devise ne signifie rien et ne rassure pas du tout, pas plus qu'une déclaration du Conseil-d'État contre les Bourbons et pour lui. Le Conseil municipal lui rappelle la promesse d une Constitution : mais il l'ait semblant de n'avoir pas entendu ; et c'est cepen- • dant là qu'on l'attend .'
11 recule donc devant ses promesses , et ne pense qu'à la guerre et à la compression des [loyalistes. S'il avait, du moins, fait arrêter les Bourbons pour les tenir en otages! Mais, après avoir rendu la liberté au Duc d'Angouléme, pris les armes à la main , il rend des décrets pour les bannir, pour séquestrer leurs biens, pour exiler à 30 lieues de Paris leurs Ministres et les employés de leur Maison , et pour excepter d'une amnistie 1 3 individus, Talleyrand, les membres du Gouvernement provisoire, Marmont, l'avocat Hellart , membre du -Conseil municipal, Lynch, maire de Bordeaux, etc. — Et cet acte de vengeance excite une telle désapprobation qu'il est obligé de le supposer fait a Lyon , le 13 mars, et que Bertrand refuse de le contresigner.
L'orage gronde cependant au dehors ; Marie-Louise, à qui il a écrit, ne lui répond pas, livrée à un amant officiellement
CE*T-JOLRS. — 1816.
choisi par la Cour de Vienne pour la diriger ; la déclaration du Congrès n'est que trop réelle; Jes Souverains et leurs Ministres ne veulent pas même recevoir une lettre autographe qu il leur adresse pour lesexhorter à la paix ; ils ont, au contraire, fait un nouveau traité d'alliance, le 23 mars, pour le combattre et rétablir Louis \Vlll ; ils ne voudront pas même répondre à son offre de sanctionner le traité du 30 mai ; Louis XV1H , reconnu par le Congrès , a sa Cour à Gand . son Ministère et son Moniteur, qui publie sas ordonnances.. . et le péril est si grand que Carnot désespère , et que Fouchè, qui jusque-là penchait pour Napoléon 11 et une Régence, se décide à trahir en laveur de Louis XVIll. A. Sainte-Hélène, Napoléon dira :
« Fouchè m'a indignement trahi en 1815. Il était, à mon insu, d'intelligence avec Metternich, qui lui donna rendez-vous à Bâle. Un banquier m'ayant tout dénoncé, je lis arrêter l'agent de Metternich et découvris tout. Effrayé par cette arrestation, Fouetté vint me révéler tout. « Avez-vous envoyé un agont à Bàle ? lui dis-je. — Non, Sire. — Ce sera heureux pour vous; car s'il en était autrement, j'en aurais la preuve et vous péririez. •
Cependant, il ne doute bientôt plus que Fouchè continue ses intrigues avec Metternich et sa trahison en faveur de Louis XV1U; il sait que son Ministre de la guerre Davoust est son ami et son complice ; il voit même que les rapports rédigés par Fouchésur la situation de la France n'ont d'au- * tre but que d'instruire le Roi et le Congrès ; il voit qu'il favorise partout les Royalistes; il entend crier à la trahison et demander la destitution du traître : mais, tandis que Fouche dit à ses complices que c'est un ex-grand homme devenu foc, il dit presque publiquement lui-môme que Fouchè ne pèse pas une once dans la balance de ses destinées, et qu'une victoire le débarrassera de ses ennemis. Mais la trahison peut empêcher la victoire! Et ce sont ses menaces ou ses outrages envers Metternich (à qui il demanda un jour : - Combien de millions vous a-t-on donnés pour votre signature? -). envers Talleyrand, envers Fouchè , envers ses Maréchaux, qui lui ont fait tant d'irréconciliables ennemis qui l'ont empêché ou qui l'empêcheront de vaincre.
Et la trahison est d'autant plus redoutable que voici ce que (suivant Thibaudeau) il apprend sur les dispositions des Puissances à son égard :
• Ces Souverains mettent toute leur confiance en Fouche pu ur
CEST-JOUUS. — 1815.
renverser Napoléon et ramener les Bourbons... Ils lui laissent le choix des moyens... Ils lui promettent tout ce qu'il pourra désirer pour lui... Ils veulent Louis XVIII et sa famille: cependant ils pourraient accepter: Louis XVIII et après lui le Duc d'Orléans, à 1 exclusion du Comte d'Artois; 2° le Duc d'Orléans; 3* un Prince étranger; A* Napoléon II avec une Régence : mais ils ne traiteront jamais avec Napoléon. — De ce moment Fouché, décidé pour les Bourbons, ne parlera de Napoléon II que pour diviser les patriotes et les trahir tous. La masse des Impérialistes, espérant pouvoir obtenir Napoléon //, pressent Napoléon de proclamer son fils. — « Mettre la France sous « la Régence d'une Autrichienne ! dit-il ; j'aimerais mieux les Bour- « bons! — Mais vous abdiquiez en 181 4, en faveur du Roi de Rome « et de Marie-Louise... — Il y a des raisons de famille que je ne a puis dire ( l'amant autrichien de Marie-Louise )... D'ailleurs, que