ROBESPIEBRE ATTAQUE LES COMITÉS
croyons même que Robespierre est le seul homme qui , par la confiance qu'il inspire, puisse calmer la fureur du Peuple.
Mais M. Thiers prétend que c'est l'humanité, la confiance, la pitié, l'influence de l'opinion publique et le désir de faire cesser le Gouvernement révolutionnaire, qui dirigent les ennemis de Robespierre : or, c'est là une erreur capitale , contre laquelle nous ne pouvons ne pas protester au nom de l'Histoire ; M. Thiers a lui-même raconté tout le contraire, et le contraire est manifeste ; ce sont uniquement l'orgueil, l'ambition et la crainte d'un juste châtiment qui les feront agir dans leur intérêt personnel; la plupart de ses adversaires , nous le verrons, sont des lâches, des voleurs , de féroces brigands. — C'est si peu l'humanité qui détermine la chute de Robespierre que ceux qui vont l'attaquer sont précisément ceux qui , dans les 20 derniers jours, profitent de sa retraite pour multiplier les exécutions et faire tomber, en 2 décades, 1285 têtes sur l'échafaud. C'est au contraire parce qu'il veut faire cesser la Terreur que les plus cruels Terroristes vont le renverser. Et jamais un historien n'a plus complètement pris le contre-pied de la vérité.
§ 14. — Robespierre commence à attaquer les Comités.
Mais Robespierre, tous les jours plus adoré des Jacobins, dit M. Thiers, commence à révéler les dissensions des Comités.
« Autrefois, dit-il le \" juillet, la Faction sourde qui s'est formée des restes de Danton attaquait les Comités en masse : aujourd'hui , elle aime mieux attaquer quelques membres en particulier pour parvenir à briser le* faisceau ; elle attribue ce qui appartient à tout le Gouvernement à un seul individu ; elle ose dire que le Tribunal révolutionnaire a été réorganisé pour égorger la Convention ; et malheureusement elle n'a obtenu que trop de confiance ; on a cru à ses calomnies , on les a répandues avec affectation ; on a parlé de Dictateur, on l'a nommé ; c'est moi qu'on a désigné ; et vous frémiriez si je vous disais en (juellieu ! La vérité est mon seul asile contre le crime. Ces calomnies ne me décourageront pas sans doute ; mais elles me laissent indécis sur la conduite que j'ai a tenir, tën attendant que je puisse en dire davantage , j'invoque , pour le salut de la République .
les vertus de la Convention , les vertus des Comités , les vertus des bons citoyens, et les vôtres, qui ont été si souvent utiles à la Patrie. »
M. Thiers, qui ne flétrit pas les intrigues, les manœuvres, les calomnies et les perfidies des Comités , appelle insinuations perfides ces précautions si naturelles pour se défendre contre un grand danger ï
§ 15. — Toutes les chances sont en faveur de Robespierre.
M. Thiers dit que les Jacobins le paient de sa confiance en eux par une adulation sans bornes.... 11 reconnaît que les Jacobins, la Commune, les Sections , l'ancien maire Pache (que le Comité vient de faire arrêter pour le lui enlever) , le nouveau Maire Fleuriot , l'Agent national Payan , le Commandant de la Garde nationale Henriot, les Juges et les Jurés du Tribunal révolutionnaire, lui sont tous dévoués.
- Avec de la résolution et de l'énergie , dit-il , Robespierre peut devenir très -redoutable.... Si les Comités et la Convention ne lui obéissent pas, il n'a qu'à so plaindre aux Jacobins, y exciter un mouvement, communiquer ce mouvement à la Commune, lui faire déclarer l'insurrection , mettre les Sections sur pied , envoyer Henriot demander à la Convention 40 ou 60 Députés : il les obtiendra certainement, et tout le Tribunal est à ses ordres pour les égorger. Tous les moyens enfin d'un 31 mai, plus prompt, plus sur que le premier, sont dans ses mains. -
Quelle puissance ! quelle preuve en sa faveur ! que d'actions de grâces lui doivent ses ennemis si c'est sa modération qui les sauve ï
Ses partisans lui demandent le signal ; Henriot promet d'être plus énergique encore qu'au 2 juin (T. 111, p. 409) : mais Robespierre , qui aime mieux tout faire par la parole et qui croit encore pouvoir beaucoup par elle , veut attendre un moment favorable pour les attaquer ouvertement à la Convention. En attendant, il exerce une police active au moyen du Bureau qu'il a organisé dans le Comité , surveille ses adversaires, et s'instruit de toutes leurs démarches. Il se donne maintenant un peu plus de distractions qu'auparavant ; mais