‹ 17941830Chapitre 16 sur 118 · MANOEUVRES DES ADVERSAIRES DE ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

MANOEUVRES DES ADVERSAIRES DE ROBESPIERRE

il n'est pas vrai qu'il aille à la campagne , à Maison-Alfori , près Paris, encore moins qu'il y fasse aucune orgie. —Néanmoins cette inaction , cette temporisation , ne sont-elles pas une faute immense , inconcevable , inexcusable dans un homme qui croit tenir dans ses mains le sal ut de la République?

§ 16. — Manœuvres des adversaires de Robespierre.

En l'absence de Robespierre et de Saint-Just , et quoique gênés par Cou thon , les trois adversaires de Robespierre (Billaud,CoUot, Barrère), se préparent à l'attaque; s'emparent davantage de Carnot , Prieur et Lindet ; se liguent plus étroitement avec le Comité de Sûreté générale et avec les Députés menacés ; font arrêter le Maire Pache dévoué à leur rival ; font partir pour la frontière 1 5 des 48 compagnies de canonniers, toujours disposées à l'insurrection ; s'emparent le plus qu'ils peuvent de toutes les affaires ; et répandent mille calomnies contre leur rival. Voici comment , le 9 thermidor, il dénoncera lui-même leurs manœuvres :

« Je frémis quand je pense que des ennemis de la Révolution, que d'anciens professeurs de royalisme , que des ex-nobles , des émigrés peut-être , se sont tout-à-coup faits révolutionnaires et se sont transformés en Commis du Comité de Sûreté générale . pour se venger sur les amis de la Patrie de la puissance et des succès de la Révolution. Il serait assez étrange que nous eussions la bonté de payer les enpions de Londres ou de Vienne pour nous aider à faire la police de la République I »

C'est bien possible , puisque nous avons vu le Baron dimbert (T. 10, p. 437) et le Chevalier M... (T. III, p. 554) jouer ce rôle infernal... Que le Comité de Sûreté générale est coupable alors ! Mais que d'ennemis le malheureux Robespierre doit avoir parmi les Commis qu'il dénonce ainsi :

« Nous sommes instruits qu'ils sont payés par les ennemis de la Révolution pour déshonorer le Gouvernement révolutionnaire en luimême et pour calomnier les Représentants du Peuple dont les Tyrans ont ordonné la perte. Par exemple, quand les victimes de leur perversité se plaignent , ils s'excusent en leur disant : C'est Robespierre qui le veut ; nous ne pouvons pas nous en dispen ser. —Mais le traitque *» viens de eiter n'est qu'une branche du système de persécution plus

vaste dont je suis l'objet. En développant cette accusation de Dictature, mise à l'ordre du jour par les Tyrans , on s'est attaché à me charger de toutes les iniquités, de tous les torts de la Fortune, ou de toutes les rigueurs commandées par le salut de la Patrie. — On disait aux Nobles : C'est lui seul qui vous a proscrits. — On disait en même temps aux patriotes : // veut sauver les Nobles. — On disait aux Prêtres : C'est lui seul qui vous poursuit ; sans lui vous seriez paisibles et triomphants. — On disait aux fanatiques : C'est lui qui a détruit la religion. — On disait aux patriotes persécutés : C'est lui qui Va ordonné ou qui ne veut pas f empêcher. — On me renvoyait toutes les plaintes dont je ne pouvais faire cesser les causes, en disant : Votre sort dépend de lui seul. — Des hommes'aposfes dans les lieux publics propageaient chaque jour ce système ; il y en avait dans le lieu des séances du Tribunal révolutionnaire, qui disaient : Voilà des malheureux condamnés , qui est-ce qui en est la cause ? Robespierre. — Ou s'est particulièrement attaché à prouver que le Tribunal révolutionnaire était un tribunal de sang créé par moi seul et que je maîtrisais absolument pour faire égorger tous les gens de bien , et même tous les fripons , car on voulait me susciter des ennemis de tous les genres. — Ce cri retentissait dans toutes les prisons; ce plan de calomnies était exécuté à la fois dans tous les départements par les émissaires de la tyrannie. — Ce n'est pas tout ; on a proposé dans ces der- , niers temps des projets de finances qui m'ont paru calculés pour désoler les citoyens peu fortunés et pour multiplier les mécontents. J'avais souvent appelé inutilement l'attention du Comité de Salut public sur cet objet : eh bien ! croirait-on qu'on a répandu le bruit qu'ils étaient encore mon ouvrage et que , pour l'accréditer, on a imaginé de dire qu'il existait au Comité de Salut public une Commission de finances et que j'en étais le Président ? — Mais comme on voulait me perdre , surtout dans l'opinion de la Convention nationale , ou a prétendu que moi seul avais osé croire qu'elle pouvait renfermer dans son sein quelques hommes indignes d'elle. — On a dit à chaque Député revenu d'une mission dans les départements que moi seul avais provoqué son rappel.— Je fus accusé par des hommes très-officieux et très-insinuants de tout le bien et de tout le mal qui avait été fait. — On rapportait fidèlement à mes collègues et tout ce que j'avais dit et surtout ce que je n'avais pas dit. — On écartait avec soin le soupçon qu'on eût contribué à un acte qui pût déplaire à quelqu'un : j'avais tout fait , tout exigé , tout commandé; car il ne faut pas oublier mon titre de Dictateur... — Quand on eut formé cet orage de haiues, de vengeances, de terreurs, d'amours-propres intéressés, on crut qu'il était temps d'éclater. Ceux qui croient avoir des raisons de me redouter se nattaient hautement

Page 1