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MANOEUVRES DES ADVERSAIRES DE ROBESPIERRE

que ma perte certaine allait assurer leur salut et leur triomphe ; tandis que les papiers anglais et allemands annonçaient mon arrestation, des colporteurs de journaux la criaient à Paris. Mes collègues , devant qui je parle , savent le reste beaucoup mieux que moi ; ils connaissent toutes les tentatives qu'on a faites auprès (Veux pour préparer le succès d'un roman qui paraissait une nouvelle édition de celui de Louvet; plusieurs pourraient rendre compte des visites imprévues qui leur ont été rendues pour les disposer à me proscrire. — Enfin , on assure que Ton était prévenu généralement dans la Convention nationale qu'un acte d'accusation allait être porté contre moi : on a sondé les esprits à ce sujet , et tout prouve que la probité de la Convention nationale a forcé les calomniateurs à abandonner ou du moins à ajourner leur crime.

• Le but de mes ennemis est atroce... mais que leurs moyens sont méprisables! Jugez-en par un seul trait ! J'ai été chargé momentanément, en l'absence de Saint-Just , de surveiller un Bureau de police générale récemment et faiblement organisé dans le Comité de Salut public : ma courte gestion s'est bornée à provoquer une trentaine d'arrêtés, soit pour faire mettre en liberté des patriotes persécutés , soit pour s'assurer de quelques ennemis de la Révolution : eh bien, croirat-on que ce seul mot de police générale a servi de prétexte pour mettre sur ma tête la responsabilité de toutes les opérations du Comité de Sûreté générale , des erreurs de toutes les Autorités constituées , des crimes de tous mes ennemis? Il n'y a peut-être pas un individu arrêté, pas un citoyen vexé , à qui l'on n'ait dit de moi : Voilà Vauteur de tes maux ; tu serais heureux et libre s'il n'existait plus. — Comment pourrais-je ou raconter ou deviner toutes les espèces d'impostures qui ont été clandestinement insinuées , soit dans la Convention nationale , soit ailleurs, pour me rendre odieux ou redoutable ? Je me bornerai à dire que, depuis plus de six semaines, la nature et la force de la calomnie , l'impuissance de faire le bien et d'arrêter le mal , m'ont forcé à abandonner absolument mes fonctions de membre du Comité de Salut public; et je jure qu'en cela même je n'ai consulté que ma raison et la Patrie. » #

Toutes ces manœuvres ne sont-elles pas bien détestables? Mais quelle faute de la part de Robespierre de laisser prendre ces avantages à ses redoutables ennemis !

« Cependant , le spirituel et voluptueux Barrère (dit M. Thiers) se rend souvent à sa maison , à Clichy, avec Vadier, Amar et Vouland, et Dupin , l'accusateur de Lavoisier et des 32 Fermiers-généraux (p. 33). Là, ils conspirent et dressent leurs listes pour le Tribunal

révolutionnaire. Là , ils se livrent à tous les plaisirs avec de belles femmes ; Barrère exerce son esprit contre le Pontife et le Prophète Robespierre ; et après s'être ainsi égayés , ils sortent des bras de leurs courtisanes pour revenir au milieu du sang à Paris. •

Voilà des hommes bien dignes de supplanter Robespierre î De leur côté, Tallien. Lecointre, Barras, et les autres, conspirent : la maîtresse de Tallien, la Cabarus (arrêtée comme fille d'un banquier agioteur, comme femme d'un émigré, comme Suspecte) le presse de frapper Robespierre et de la délivrer. Fouchè surtout, parvenu à se faire élire Président des Jacobins, se rend dangereux par ses intrigues.

8 17. — Attaque contre Touché.

Bientôt, une pétition des Jacobins de Lyon aux Jacobins de Paris amène une vive discussion. Couthon accuse Dubois-Crancè d'avoir laissé échapper Prècy (T. III, p. 437) et le fait exclure de la Société. Robespierre accuse Fouchè d'être cause du suicide du patriote Gaillard (T. III, p. 541 ) et le fait sommer de venir se justifier.— Mais Fouchè écritqu'il a soumis toutes ses pièces au Comité, et prie les Jacobins de suspendre tout jugement jusqu'à ce que le Comité ait prononcé.

a Fouchè craint-il les yeux et les oreilles du Peuple , dit alors Robespierre? Craint -il que sa triste figure ne révèle le crime? Craint-il que 6,000 regards fixés sur lui ne découvrent son âme dans ses yeux ; et quen dépit de la Nature qui les a cachés , on n'y lise ses pensées? La conduite de Fouché est celle d'un coupable : je le regarde comme le Chef de la conspiration que nous avons à dénouer : il faut l'exclure. »

Et Fouché, quoique Président des Jacobins, est exclu ! — Mais c'est avertir Fouché , Tallien , et les autres, qu'ils sont perdus ; c'est les pousser au désespoir ; c'est une faute immense, que nous verrons renouvelée par Napoléon !

§ 18. — Tentative de réconciliation.

Cependant, les Comités surtout redoutent la lutte et demandent une réunion. — Les deux Comités s'assemblent : on se plaint réciproquement ; E lie-Lacoste, membredu Comité

campagne de 1794 : victoire de fleuaus. C>3

de Sûreté générale, va jusqu'à dire que Robespierre, Saint- Just et Couthon, forment un Triumvirat. — Néanmoins Saint-Just, rappelé de l'armée, insiste pour un arrangement, et assure qu'un officier fait prisonnier à Maubeuge a dit que la Coalition attendait qu'un parti plus modéré abattit le Gouvernement révolutionnaire et fit prévaloir un autre système. — On se fait quelques concessions ; on convient que Saint- Just fera un rapport dans lequel, sans parler des divisions, il parlera de Yunité'des Comités et de tous leurs membres; et Barrère, qui craint beaucoup le combat, répète chaquejour que le Gouvernement est parfaitement uni. — .Vais n'est-ce pas une faute immense de la part de Robespierre de faire ou de laisser croire que tous les membres des Comités sont parfaitement uni*, par conséquent qu'il approuve tout, qu'il dirige tout, qu'il est réellement Dictateur, comme on le dit partout, et qu'il est conséquemment responsable de tout? N'est-il pas ici victime de sa modération , de sa modestie, de son amour de la paix ? Car le mal subsiste toujours ; la réconciliation est impossible ; la paix n'est qu'une trêve; et les hostilités vont infailliblement recommencer.

Néanmoins, quelque utile que soit la présence de Saint- Just à Robespierre, tous deux sacrifient l'intérêt de leur sûreté personnelle à l'intérêt public ; et Saint-Just retourne de suite à l'armée du Nord , où se préparent de grands événements militaires... Ainsi, Robespierre et Saint-Just se sacrifient à la Patrie, tandis que leurs ennemis sacrifient tout à leur intérêt particulier ï Cette différence de conduite ne suffit-elle pas encore pour prononcer entre eux tous?

8 19. — Campagne de 1794 : Victoire de Fleurus.

Après une bataille gagnée, le 13 juin, sur 30,000 Autrichiens, par une partie de l'armée du Nord, commandée par Pichegru, Macdonald et Moreau, la ville d'Ypm, assiégée par ces derniers, est tombée en leur pouvoir, le 17, avec une garnison de 7,000 hommes. — Pendant ce temps, Jour

f»i CONVENTION. — 1794.

dan, à la tête de 06,000 hommes, a commencé le siège de Charleroy sur la Sambre.— Après un premier engagement indécis, le 1 6, avec le Prince d'Orange, commandant les Coalisés, Charleroy est pris, le 25, en présence et sousla direction de Saint-Just; et, le lendemain 26, Jourdan, Marceau, Klèber, Championnet, Lefebvre, gagnent, contre 80,000 Autrichiens, la fameuse bataille de Fleurus, qui force la Coalition à une retraite générale pour se concentrer à Bruxelles.

— Jourdan se dirige alors sur Bruxelles, tandis que Pichegru s'y dirige aussi, après avoir pris Bruges, Ostende, Nieuport et Gand ; et, le lOjuillet, l'armée française rentre dans la capitale de la Belgique, où bientôt 150,000 hommes se trouvent réunis. Bientôt aussi Liège est au pouvoir des Français.

— Jugez de la terreur en Europe et de la joie en France ! Les places deCondé, Landrecies, Valenciennes, le Ques-

noy , sont aussitôt investies; et la Convention, espérant que la terreur les ferait rendre sans combat et sans effusion de sang, décrète que les garnisons seront sommées de se rendre à l'instant , sous peiné d'être passées au 01 de l'épée. Landrecies se rend de suite; les trois autres, sommées plus tard , se rendront également lors de la sommation.

Ces succès militaires valent beaucoup d'éloges à Carnot.

« Auquel , il faut le dire ( dit M. Thiers , son admirateur ) , on attribue beaucoup trop les avantages de la campagne. -

Il a même fait une faute immense qui pouvait tout perdre, en ordonnant à Pichegru, dès le commencement, de longer les côtes de l'Océan pour enti er en Hollande au lieu de marcher sur Bruxelles, et à Jourdan de lui envoyer 16,000 hommes au lieu de les garder pour prendre Charleroy.

« C'était une fort sotte idée , dit M. Thiers , un ordre mal conçu et des plus dangereux. Les Généraux en démontrèrent l'absurdité à Saint-Just, qui prit sur lui de ne pas l'exécuter (et qui assura tous les succès de la campagne , en prévenant les désastres que pouvaient entraîner le plan et les ordres de Carnot). • t

Et cependant, quand, le 9 thermidor. Robespierre se per-

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