DISCOURS DU 8 THERMIDOR
à la détestable influence de l'intrigue, et surtout à la puissance sinistre de la calomnie. Je vois le monde peuplé de dupes et de fripons; mais le nombre des fripons est le plus petit : ce sont eux qu'il faut punir des crimes et des malheurs du monde. Je n'imputerai donc point les forfaits de Brissot et de la Gironde aux hommes de bonne foi qu'ils ont trompés quelquefois ; je n'imputerai point à tous ceux qui crurent à Danton les crimes de ce conspirateur ; je n'imputerai point ceux d1 'Hébert aux citoyens dont le patriotisme sincère fut entraîné quelquefois au-delà des limites de la raison. •
11 proteste énergiquement de son respect et de sa soumission à la Convention ; et nous ne craignons pas d'affirmer que cette soumission est un fait incontestable ; on verra même qu'il ne périra qu'à cause de son respect religieux pour la Représentation nationale.
« On nous accuse d'aspirer au pouvoir suprême , à la Dictature; on dit même que nous l'exerçons déjà. La Convention n'existe donc plus? le Peuple Français est donc anéanti? Stupides calomniateurs, vous ne vous êtes donc pas aperçus que vos ridicules déclamations sont une injure à une Nation invincible qui punit les Tyrans !
« Cependant, ajoute-t-il, ce mot de Dictature a des effets magiques ; il flétrit la liberté ; il avilit le gouvernement ; il détruit Ta République ; il dégrade toutes les institutions révolutionnaires, cfu'on présente comme l'ouvrage d'un seul homme; il rend odieuse la justice nationale, qu'il présente comme instituée par l'ambition d'un seul homme ; il dirige sur un point toutes les haines et tous les poignards du fanatisme et de l'aristocratie. »
Et, tout en repoussant l'accusation de Dictature, il avoue qu'il éprouve la passion du bien public.
• Il est des âmes vénales qui ne s'ouvrirent jamais qu'à des passions lâches et féroces, de misérables intrigants qui ne lièrent jamais le patriotisme à aucune idée morale, et qui marchèrent dans la Révolution à la suite de je ne sais quel Prince méprisé, comme jadis des laquais sur les pas de leurs maîtres... Mais elle existe, je vous l'atteste, âmes sensibles et pures, elle existe cette passion tendre, impérieuse, irrésistible, tourment et délices des cœurs magnanimes ; celte horreur profonde de la tyrannie ; ce zèle compatissant pour les opprimés ; cet amour sacré de la Patrie ; cet amour plus sublime et plus saint de C Humanité, sans lequel une grande Révolution n'est qu'un crime éclatant qui détruit un autre crime : elle existe cette ambition généreuse de fonder sur la Terre ia première République du monde ; cetégoïsme des hommes non dégradés, qui trouvent une volupté céleste dans le
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calme d'une conscience pure et dans le spectacle ravissant du &o/i/»«*r public : vous le sentez en ce moment qui brûle dans vos âmes ; je le sens dans la mienne. »
Et si ce langage est sincère, comme tout nous en donne la conviction profonde, ce Robespierre, si vénéré du Peuple, ne mérite-il pas en effet de la vénération ?
• Ils m'appellent tyran! Ah, si je l'étais, ils ramperaient à mes pieds ; je les gorgerais d'or, je leur assurerais le droit de commettre tous les crimes, et ils seraient reconnaissants... Si je Pétais, les Rois que nous avons vaincus, loin de me dénoncer (quel tendre intérêt ils prennent à notre liberté ! ) me prêteraient leur coupable appui ; je transigerais avec eux... •
L'Empire et Fouché ne justifieront que trop ces paroles 1
« Qui suis-je, moi qu'on accuse? Un esclave de la liberté, un martyr vivant de la République , la victime autant que l'ennemi du crime. Tous les fripons m'outragent ; les actions les plus indifférentes et les plus légitimes de la part des autres sont des crimes pour moi ; un homme est calomnié dès qu'il me connaît ; on pardonne à d'autres leurs forfaits et l'on me fait, à moi, un crime de mon zèle. Otez-mox ma conscience, et je suis le plus malheureux des hommes ! •
Puis il se plaint que, pour le perdre, on lui attribue,» lui seul, tout ce qui peut se faire de mal (p. 59).
« Enferme-t-on des patriotes au lieu d'aristocrates, on dit : C est Robespierre qui le veut ; quelques patriotes sont-ils condamnés, on dit : C'est Robespierre qui Va ordonné; les nombreux agents de police du Comité de sûreté générale commettent-ils des vexations et des rapines, on dit : C'est Robespierre qui les a envoyés...
« Les auteurs de ce plan de calomnies sont d'abord le duc d'York» M. Pitt, et tous les Tyrans armés contre nous. Qui ensuite?... Ah! je n'ose les nommer dans ce moment et dans ce lieu ; je ne puis me résoudre à déchirer entièrement le voile qui couvre ce profond mystère d'iniquités; mais ce que je puis affirmer positivement, c'est que, parmi les auteurs de cette trame sont les agents de ce système de corruption et d'extravagance, le plus puissant de tous les moyens inventés par l'étranger pour perdre la République, parmi eux sont les apôtres impurs de l'athéisme et de l'immoralité dont il est la base. •
Il affirme qu'on a même préparé son acte d'accusation.
« Les lâches! s'érric-t-il, ils voulaient <ionc me faire descendre au