T. VI
82 <:oxvk\tio\. — 1794.
„ — je la boirai avec toi, s'écrie le célèbre David ! •
Couthon demande l'expulsion de tous les membres des deux Comités qui ont voté contre Robespierre, et leur radiation est décidée par acclamations.
« Ce n'est rien , dit Dumas ; demain , je les attends tous au Tribunal révolutionnaire ! »
Collot-d'Herbois, l'un* d'eux, veut rappeler ses anciens services, son dévouement et les périls qu'il a courus (p. 25) ; niais l'Assemblée le couvre de huées , l'exclut et le chasse violemment, ainsi que Tallien et d'autres qui sont présents.
L'agent national ou Procureur de la commune ( Payan) propose de se transporter sur-le-champ dans les Comités, où Ion sait que tous les conspirateurs sont actuellement rassemblés, et de tout terminer en les enlevant tous à la fois : le maire (Fleuriot), Dumas, Coffinhal, sont de cet avis : que Robespierre y consente, et tout est fini î — Mais Robespierre s'y oppose, et veut encoreessayer d'un rapport de Saint-Just, qui vient d'arriver de l'armée et qui parlera demain matin pour désigner les coupables , et d'un second discours qu'il prononcera lui même pour appuyer Saint-Just . Ce n'est qu'après ces moyens de douceur qu'on emploiera l'insurrection.
« Jacobins, dit-il , quand on a pour soi la raison , il ne faut pas imiter les Tyrans qui n'agissent que parla force; nous n'avons pas besoin de l'employer : il faut surtout respecter la Convention. Il nous suffira de faire tomber les têtes de quelques fripons et de quelques traîtres pour que la cause de la vertu soit sauvée. Demain , si vous me continuez votre appui, la République sera triomphante. -
Et la séance est levée aux cris de Vive la République ! Périssent les traîtres !
Tout cela n'est pas un mal irréparable , s'il peut empêcher ses ennemis d'intriguer pendant la nuit ; si les Jacobins , la Commune et lui-même, restent en permanence ; si l'insurrection est prête ; si les Tribunes ne sont pas composées d'ennemis ; en un mot, s'il s'est assuré la liberté de la parole ; car la *
libre discussion ne peut manquer de le faire triompher
Dans tous les cas. s'il succombe, ce sera pour avoir t ouj ou r>
DISCOL'RS l'A Kl' AU É PAR SAIXT-JL'ST. S*
préféré la douceur l\ la violence, pour n'avoir pas voulu imiter les Tyrans, pour avoir religieusement respecté la Convention.—Mais toutes ces temporisations sont des fautes, parce que la situation ne ressemble en rien à celle du 31 mai, puisque le péril extérieur est moins urgent, les Députés plus généralement menacés faute de listes officiellement publiées, les adversaires qu'il s'agit de vaincre bien autrement audacieux et énergiques que les Girondins, et l'opinion publique bien moins éclairée sur la question ; car ce premier discours, d'ailleurs insuffisant, ne sera peut-être ni publié ni connu dans la journée de demain , tandis que le second discours projeté ne sera peut-être pas prononcé. — La faute est immense, surtout si Tonne prépare pasàrinsUintl'insurrection pour qu'elle soit prête demain matin ; si Ton perd un moment pour surveiller toutes les démarches d'ennemis tels que Fouché, Tallien, Carnot, Barras, Billaud, Collot, tout le Comité de Sûreté générale ; et si l'on n'est pas parfaitement sûrdeconnaîtrctousleursprojetset leurs plans... Car les ennemi s, formellement menacés de l'échafaud pour demain, ne peuvent manquer de se préparer à un combat à outrance.
Et remarquons que M. Thiers n'oublie pas de rappeler que deux poètes célèbres, Boucher ( fauteur des Mois) et le jeune André Chenier, poète royaliste , périssent sur l'échafaud dans cette journée du 8 thermidor qu'il appelle la dernière de cette tyrannie sanglante qui s'est appesantie sur 4a France, comme s'il voulait l'imputer à Robespierre, comme si ce n'était pas les Comités qui dirigent tout depuis 47 jours.
Le lendemain , tous les journaux parleront du discours de Robespierre avec plus ou moins d'admiration : mais le Moniteur n'en parlera que le 1 1 et n'en dira que deux mots en le dénaturant. Le manuscrit, saisi chez lui par les vainqueurs, ne sera publié qu'un an plus tard , sans doute défiguré .
§25. — Discourt préparé par Saint- Jus t.
Les ennemis de Robespierre connaissent tout ce qu'il dit
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et fait et tous les projets d'insurrection. Beaucoup d'entre eux voudraient capituler ; mais les principaux , effrayés . presque certains de leur perte , désespérés , n'ont plus de ressource que dans cet adage : Sola salus victis nullamsperare salutem (le seul salut des vaincus est de combattre sans vouloir de salut).
Cependant les Comités , qui sont assemblés, hésitent encore et n'oserit pas Lire arrêter le Maire et le Commandant de la Garde nationale. Saint-Just , qui vient d'arriver à Paris et au Comité , et qui les observe en silence , les gêne et les embarrasse. Collot et Billaud, revenant furieux des Jacobins qui les ont chassés , l'apostrophent violemment, l'accusent de formerun Triumvirat avecRobespierreetCouthon,etd'avoir dans sa poche un rapport tout prêt pour les accuser demain.
Nous ne croyons pas qu'ils osent le fouiller (comme l'ont dit plus tard ses ennemis), pour saisir ce redoutable rapport, ni qu'ils osent tenter de le retenir prisonnier pour l'empêcher de parler demain , ni qu'ils osent exiger de lui qu'il ne parlera pas sans leur avoir communiqué son discours : il paraît seulement, d'après ce qu'il écrit lui-même, qu'ils essaient de le séparer de Robespierre , et qu'ils voudraient qu'il fît un rapport en leur nom , dans l'espérance qu'il n'oserait pas alors les attaquer : mais il veut parler en son nom seul, au nom de la Patrie, pour conserver toute son indépendance et dire franchement son opinion.— -11 paraît même (Histoire parlementaire) qu'il leur déclare qu'il ne voit pas d'autre moyen de rétablir la paix et l'union que la retraite de Billaud et Collot, et la réorganisation du Comité de Sûreté générale. — Quoi qu'il en soit, on se sépare à cinq heures du matin, le 9 ; et Saint-Just rédige son discours en son nom.
Il commence par y déclarer qu'il n'appartient à aucune Faction et qu'il ne veut en ménager aucune; qu'il dira sans pitié la vérité, et qu'il ne craint aucun reproche; qu'il ne redoute pas la mort etquil la désire même si le crime doit triompher...— Puis il déclare que la discorde sépare les membres du Comité, et que la cause en est dans l'orgueil et l'ambition