DISCOURS PRÉPARÉ PAR SA1KT-JCST
de Billaud et Collot , dans leurs sentiments de jalousie et d'envie contre Robespierre , dans leur complot pour le perdre et pour* s'emparer du pouvoir. Il annonce que Robespierre s'est retiré du Comité et que , depuis quelque temps , ce sont deux ou trois hommes qui dirigent tout. Il les accuse même de fausseté, et assure que, lors d'une récente tentative de réconciliation, Billaud disait à Robespierre : Nous sommes tes amis; nous avons toujours marché ensemble, tandis
que la veille , il le traitait de Pisistrate et de Tyran Il
ajoute que Billaud et Collot ne voulaient plus qu'on parlât de f Être-Suprême, ni de l'immortalité de l'âme, ni de la sagesse... Il accuse aussi Carnot d'avoir, ù son insu, donné Tordre d'enlever 18,000 hommes à Jourdan, ordre qui aurait fait perdre la bataille de Fleurus s'il avait été exécuté... H p/oteste qu'il accuserait Robespierre s'il le croyait coupable ; mais qu'il le défend parce qu'il le croit irréprochable... Il reconnaît qu'hier il n'a point asse% clairement désigné les membres qu'il inculpait: mais il afûrme que personne n'a plus de respect et de dévouement pour la Convention nationale.
« On constitue Robespierre, dit-il , en tyran de Vopinion. Mais ce n'est là qu'un sophisme qui tendrait à faire proscrire le mérite et la raison. Et quel droit exclusif avez-vous sur l'opinion , vous qui trou-vez un crime dans Vart de toucher les âmes ? Trouvez-vous donc mauvais que Ton soit sensible et persuasif? Êtes- vous donc de la Cour de Philippe , vous qui faites la guerre à l'éloquence ? Un tyran de l'opinion ! Mais qui vous empêche de disputer Vestime de la Patrie, vous qui trouvez mauvais qu'on la captive? Il n'est point de Despote au monde, si ce n'est Richelieu, qui se soit offensé de la célébrité d'un écrivain. Est-il un triomphe plus désintéressé ? Caton aurait chassé de Rome le mauvais citoyen qui eût appelé Céloquence dans la tribune aux harangues le tyran de l'opinion.... Démosthènes était-il tyran ?... Ainsi , la médiocrité jalouse ( Billaud , etc.) voudrait conduire le génie (Robespierre) à Véchafaud ! Et , comme le talent d'orateur que vous exercez tous ici est un talent de tyrannie, on yous accusera bientôt comme des Despotes de Vopinion. •
Puis il explique que Couthon, Prieur de la Marne, Jean- Bon-Saint- André, et lui Saint-Just, sont presque toujours en mission ; que Prieur de la Cote-d'Or et Robert-Lindet sont
c.o.wem-ion. — 179*.
ensevelis dans leurs bureaux ; que Robespierre s'est retire depuis 40 jours (pour faire tomber l'accusation de Dictature), et que Billaud, Collot, Barrèreet Carnot, surtout les deux premiers, ont tout fait pendant ces 40 jours... H reproche à Prieur et à Robert de remplir seulement le rôle de Ministres . et à Carnot d'accaparer l'honneur des victoires* sans parler de ceux de ses collègues qui y contribuaient en combattant.
- Sylla, dit-il , était un fort bon Général , un grand Politique , un savant Administrateur; mais il appliqua ce mérite à sa fortune. »
Enfin , il accuse formellement Billaud et Collot d'avoir
conçu et exécuté le plan d'usurper le pouvoir en immolant
Robespierre , et propose de décréter que :
« Les institutions qui seront incessamment rédigées présenteront les moyens que le Gouvernement , sans rien perdre de son ressort révolutionnaire, ne puisse tendre à l'arbitraire, favoriser l'ambition , el opprimer ou usurper la Représentation nationale. »>
Quel effet ne produira pas ce discours, s'il est prononcé et si Robespierre peut avoir la parole pour l'appuyer !
§ 26. — Préparatifs contre Robespierre.
Il paraît (d'après une brochure de Lecointre sur les événements de thermidor) , que la conjuration contre Robespierre a commencé dès le 24 mai, après son rapport sur l'Étre-Suprême , et que les premiers membres de cette conspiration ont été : Laurent, Lecointre, Fréron, Barras, Courtois, Garnier (de l'Aube), Rovère, Tirion, Tallien et Geoffroy. — Fouché, Billaud, etc., etc., y sont entrés ensuite.
Billaud a voulu y faire entrer Jngrand : mais celui-ci a refusé en déclarant que, si l'on attaquait Robespierre, la République était inévitablement perdue. Carnot en devient un des membres les plus influents, soit parce qu'il croit aux projets de Dictature, soit parce que Saint-Just lui a reproché, dans le Comité, comme fautes inexcusables, d'abord de conserver dans les États-majors une foule d'anciens aristocrates nécessairement suspects, ensuite d'avoir donné Tordre d'enlever 18,000 hommes à Jourdan (p. 64).
PREPARATES CONTRE ROBESPIERRE. 87
« Le nouveau motif (dit VHistoire parlementaire) qui porte Carnot à agir plus que jamais dans le sens des conspirateurs , c est qu'il g est fortement compromis en commettant une faute analogue a celle qui a fait condamner le général Houchard. -
Nous avons vu les manœuvres des conjurés (p. »y) pour calomnier Robespierre ; et ces manœuvres ont leur effet.
- Je ne vous rappellerai jamais assez (dit secrètement à Robespierre un de ses agents) combien les conspirateurs sont en grand nombre; et le plus malheureux de tout , c'est qu'ils ont des gens à eux dans les deux Comités. Toutes vos opérations leur sont connues d'avance. Us mettent bien de l'art pour corrompre V esprit public ; ils répandent les assignats avec prodigalité ; ils ne peuvent jamais échouer dans les moyens qu'ils emploient , surtout lorsqu'ils s'adressent à des gens sans expérience. »
Et pour s'attacher les révolutionnaires les plus énergiques, les deux Comités arrêtent (le 6 thermidor) que tous les détenus renfermés dans toutes les prisons de tous les Départements seront jugés sans délai , et que quatre Commissions po pulaires sont instituées pour les juger plus rapidement ; et cette extension si vaste dans l'application de la loi du 22 prairial est signée Billaud, Collot, Barrère, Carnot, Prieur, Robert-Lindet, etc., mais n'est point signée Robespierre.
Et cependant, malgré tous leurs préparatifs, les conjurés tremblent : Tallien a écrit à Robespierre ; Fouchè a tenté de le calmer; Billaud lui disait hier : Nous sommes tes amis; Collot vient même, dit- on, de se jeter à ses genoux.
Mais les Députés menacés (les Tallien , Fouché , Barras , Amar, etc.), sont bien autrement actifs et violents : pour sauver leurs tètes, c'est celle de Robespierre qu'ils veulent abattre à tout prix, même en s'alliant aux Royalistes, même en sacrifiant la République à leur intérêt personnel.... Ces mêmes hommes qui se sont montrés les plus terribles révolutionnaires (notamment Tallien à Bordeaux, Fouchè et Colloi à Lyon , Barras et Frèron à Toulon , Carrier à Nantes) ; qui, joints aux Billaud, aux Vadier, etc., ont sacrifié les Girondins; qui ont exigé le sacrifice de Danton, tandis que Robespierre n'a fait que céder à leurs instances ; qui ont me-
co.WfciNTio.v — 1794
nacé la Plaine , tandis que Robespierre Ta protégée ; et qui viennent de multiplier les exécutions depuis la retraite de Robespierre; tous ces mêmes hommes, disons-nous , ne craignent pas d'implorer le secours de la Plaine, en lui promettant, pour se sauver, de faire cesser la Terreur dont ils ont été jusqu'à présent les pluscruels agents. Ilscourenttoutelanuit chez les Chefs, Boitsy-d'Anglas, Durand-Maillane, Plasne- Champeaux, pour les supplier de voter pour eux contre Robespierre qu'ils calomnient . Repoussés trois fois (car la Plaine doit leur préférer Robespierre), trois fois ils reviennent à la charge, en prodiguant les supplications et les promesses.... Qui saura jamais les mystères de cette nuit! Qui saura les traités conclus, les transactions consenties ! Qui saura si les anciens ultrà-révolutionnaires ne promettent pas à la Plaine une portion du pouv oir, un changement de système, le rappel des Girondins, même le rapport delà Constitution de 1793, même le sacrifice des Jacobins, de la Commune, et tout ce que nous verrons plus tard '. Et d'ailleurs, ils ont le trésor à leur disposition; ils peuvent répandre cent millions pendant la nuit! — Quoi qu'il en soit, la Plaine et la Montagne presque entière, se laissant gagner et tromper dans l'espérance de les abattre tous les uns après les autres, promettent de voler l'accusation de Robespierre. — On convient que Tallien commencera l'attaque et l'accusera de tyrannie; que beaucoup l'accuseront à la tribune; qu'on écoutera touslesaccusateurs; qu'on interrompra Saint-Just, Robespierre et ses amis; qu'on ne lui permettra ni de se défendre ni de parler ; qu'on le mettra en accusation, pour le traduire immédiatement au Tribunal révolutionnaire; en un mot, qu'on le tuera sans le laisser parler. — Ainsi, d'un côté, les Comités et la Convention presque entière, présidée d'abord par Collot-d'Herbois, puis par Thuriot, de l'autre Robespierre et quelques Députés appuyés sur les Jacobins, la Commune et le Peuple, vont, tout-à-l'heure, se faire une guerre à mort, dont dépendra le sort de la République! Pour qui faut-il faire des vœux?
POUR QUI FAUT-IL FAIRE DE* VOEUX? 8tf $ 27. — Pour qui faut-il faire de* vœux?
Tout le prouve, tout le démontre, tout le proclame, Robespierre veut conserverie Gouvernement révolutionnaire contre les Aristocrates, les conspirateurs, les alliés de l'étranger, les contre-révolutionnaires; mais il le veut sans excès, sans injustice, sans cruauté, sans anarchie; mais il veut le faire cesser le plus tôt possible ; mais il veut dès à présent protéger les patriotes, et c'est lui qui demande une Commission pour faire mettre en liberté tous ceux qui se trouvent injustement emprisonnés ; mais c'est un véritable Philosophe pratique, qui veut la morale, la probité, le dévouement au Peuple et à l'Humanité. C'est là le fondement de son étonnante popularité; c'est là pourquoi le Peuple, éminemment moral et juste, le vénère et l'adore ; c'est là pourquoi le vertueux Couthon, le généreux et sage Saint-Just, le modeste Lebas, l'enthousiaste David (nous ne parlons pas de son frère), s'attachent à lui et voudront mourir avec lui : c'est là pourquoi l'Agent national Payan lui écrit confidentiellement, la veille du 8 thermidor :
■ Attaquez ceux qui ont essayé de pervertir la morale publique; renversez enfin Bourdon et ses complices; dirigez les fonctionnaires publics, qui doivent être les ministres de la morale. Vous n'avez encore centralisé que le Gouvernement physique et matériel ; centralisez le Gouvernement moral. Faites un rapport vaste et développé avec votre philosophie ordinaire... »
Nous connaissons d'ailleurs la modération de Robespierre jeune et de Couthon (p. 67), et nous verrons tout à l'heure Napoléon raconter , à Sainte-Hélène , qu'il était lié avec Robespierre jeune en mission près de l'armée de Nice, et qu'il a vu de longues lettres de Maximilien, dans lesquelles il se plaignait des supplices trop nombreux et manifestait le désir de faire cesser la Terreur.
• Saint-Just et Lebas (dit V Histoire parlementaire) sauvèrent V Alsace par des mesures révolutionnaires, sans qu'il en coûtât une goutte de sang versé par la guillotine. -
Et d'un autre côté, nous connaissons assez rex-prétreiW-
coNVE.vno*. — 1794.
laud-Varennes, premier exécuteur du massacre de septembre (T. III. p. 86), l'ex-comédien Collot-d'Herbois, l'ex-prêtre Fouché, l'ex-huissier Merlin, l'ex-procureur Bourdon de l'Oise ou Bourdon-U-Roux (qui sera déporté comme royaliste), l'ex-boucher Legendre, Tallien, Fréron, Carrier , l'exnoble Barras, l'ex-noble Amar, l'ex-avocat Vadier (T. H. p. 342, 357, 359), Rovère, royaliste caché, etc.
Et nous pouvons poser comme un t'ait historique, certain, incontestable, que Billaud, Collot, Barrère, etc., Amar, Vadier,etc. ,Tallien, Fouché , etc. , attaquentRobespierrecomme un révolutionnaire modéré qui veut faire rétrograder la Révolution, tandis que Robespierre les accuse d'être des ultràrévolutionnaires qui veulent la prolonger au-delà des bornes, et même des agents volontaires ou involontaires de l'étranger qui la déshonorent par leurs vices et leurs crimes... Avec Robespierre la Révolution peut atteindre son but ; avec les autres, tous les sacritices déjà faits peuvent être perdus.
Les vœux des amis de l'humanité ne peuvent donc être douteux. Voyons si c'est la bonne cause qui va triompher.
$ 28. — 9 Thermidor : chute de Robespierre.
Le 9 thermidor (27 juillet), dès le matin, les Jacobins sont presque en permanence ; le Maire et l'Agent national sont à la Commune ; et le Commandant de la Garde nationale (Henriot) parcourt les rues, à cheval, suivi de son État-major : mais l'insurrection n'est pas commencée; le Peuple ne sait presque rien de ce qui se passe ; et c'est une faute immense qu'on ne ferait peut-être pas si Marat et tant d'intrépides révolutionnaires n'avaient pas péri déjà en combattant la contre-révolution.
Saint- Just est à la tribune pour prononcer son discours, sans l'avoir communiqué. —Mais les adversaires ont résolu qu'on ne le laisserait pas lire son rapport ; et à peine commence-t-il à parler des divisions dans les Comités, que Tallien (qui n'a que de la violence sans talents) s'élance à la
tribune, et demande que le voile soit déchiré.— A l'instant éclate comme une bombe la grande conspiration de la nuit. Trois salves d'applaudissements, prolongés, suspendus et repris, répondent à ces paroles, et annoncent que le combat est commencéentrela Convention etRobespierre.. . Ëtl'insurrection n'arrive pas ! On a même négligé, peut-être, de prendre les précautions nécessaires pour connaître sans retard au dehors les événements du dedans ! — Billaud succède à Tallien . 11 dénonce les Jacobins, raconte qu'hier ilsont résolu d'égorger la Convention (mensonge ! ) s'oppose à ce que Saint-Just lise le rapport qu'il n'a pas communiqué, et exhorte la Convention à montrer de l'énergie si elle ne veut pas périr.
« Non, non, s'écrient les conjurés , en agitant leurs chapeaux ! elle ne périra pas, elle aura du courage ! -
Tous ces hommes qui s'avouent coupables d'une longue lâcheté vont donc être braves contre un seul homme.
Lebas demande la parole, et s'agite vainement pour l'obtenir. De nouveaux efforts sont encore inutiles.
« A rordre, à l'Abbaye le séditieux! • lui crie l'Assemblée en masse.
Billaud continue donc et accuse violemment Robespierre :
D'avoir voulu dominer et devenir maître absolu (mensonge) ; — de s'être retiré quand on s'est opposé à sa loi du 22 prairial (fausseté) ;
— d'avoir voulu conserver le noble Lavalette, conspirateur à Lille ; — d'avoir empêché l'arrestation oVHenriot, complice d'Hébert , — de s'être opposé à l'arrestation d'un secrétaire du Comité qui avait volé t U,000 francs ; — d'avoir fait enfermer le Comité révolutionnaire de f Indivisibilité (p. 68) ; — d'avoir voulu faire décimer la Convention;
— enfin d'avoir voulu sauver Hébert et Danton.
- La première fois que je dénonçai Danton au Comité, dit-il, Robespierre se leva furieux , disant qu'il voyait bien que je voulais perdre les meilleurs patriotes. »
Mais ce sont des faussetés, ou des allégations, ou des actes de modération, ou des actes qu'il avait le droit de faire d'après ses fonctions et auxquels ses accusateurs ont consenti !
Vous devinez que les conjurés murmurent et crient comme si tous ces faits étaient prouvés et criminels. . . On ne veut pas mêmeluiaccorder la parole qu'il demande avec instance pour
répondre à Billaud.— A bas le tyran ! a bas le tyran! lui crie-t-on de tous côtés pour le forcer à quitter la tribune.
« L'Assemblée ose enfin lui donner le nom qu'ti mérite, dit M. Thiers. »
Quoi ! M. Thiers appelle lui-même tyran celui que la Convention vénérait et applaudissait avec tout Paris et toute la France ! Il approuve que les Billaud, les Tallien, les Fouché, les Carrier, etc., traitent Robespierre de tyran , eux qu'il disait tout à l'heure être eux-mêmes des tyrans (p. 79) !
Tallien, qui demande la parole après Robespierre, l'obtient avant lui.
« Je savais , dit- il , que ma tête était menacée , et jusqu'ici j'avais gardé le silence. Mais hier, j'ai assisté â la séance des Jacobins ; j'ai vu se former l'armée du nouveau Cromwel ; j'ai frémi pour la Pairie , (quel impudent mensonge ! ) et je me suis armé d'un poignard pour lui percer le sein, si la Convention n'avait pas le courage de le décréter d'accusation. »
Voilà un digne Brutus ! Et tandis qu'on traitait Marat de scélérat parce qu'il montrait un pistolet pour se tuer luimême (T. III, p. 188), M. Thiers semble admirer le féroce Tallien, qui montre un poignard pour assassiner Robespierre si la Convention ne le jugeait pas criminel, qui le poignarderait alors malgré la Convention... Et la Convention encourage pour ainsi dire le tyrannicide en couvrant Tallien d'applaudissements lorsqu'il montre son poignard.
Et cet infâme Tallien a l'audace (pourra-t-on le croire) de l'appeler un tyran, un conspirateur, un nouveau Catilina, entouré de nouveaux Verrès, qui voulait rester seul avec des hommes crapuleux et perdus de débauche .'//...
« Tout annonce , dit-il, que Y ennemi de la Représentation nationale va tomber sous nos coups... Lajustice nationale frappera les scélérats.»
Et l'insurrection, l'insurrection...? Elle n'arrive pas!... Tallien et Billaud demandent l'arrestation d'Henriot et de trois autres ; et l'arrestation est ordonnée.
Cependant Robespierre, qui est resté à la tribune, demande toujours la parole : mais les conjurés, qui redoutent sa voix
si souventtoute-puissante, la couvrent par leurs cris à bas le tyran!... N'est-ce pas un infâme assassinat !
Barrère obtient encore la parole avant Robespierre avec deux discours dans sa poche, l'un pour, l'autre contre lui, suivant que tournera la lutte... Voilà, vraiment, de dignes et respectables adversaires de Robespierre! Il attaque Robespierre comme un tyran, comme un ennemi duPevple. Il insinue qu'il est allié de l'Étranger. — Il demande la destitution (ÏHenriot, et l'appel du Maire et de l'Agent n itional à la barre; enfin il propose une proclamation au Peuple pour l'avertir que les Chefs militaires semblent menacer la Convention. — Et tout est décrété.
Vadier vient à son tour parler de la Mère de Dieu, de sa dangereuse conspiration, du certificat de civisme donné par Robespierre à Dom Gerle, et de la lettre (trouvée dans le lit, et peut-être glissée là par la police), dans laquelle cette mère deDieuappelle Robespierre son fils chéri (p. 45). Il l'appelle aussi tyran et pousse l'impudeur jusqu'à dire qu'il a rendu lui-même la loi du 22 prairial, et que c'est lui seul qui opprime les patriotes, tout en lui reprochant d'avoir défendu C. Desmoulins.
« Personne n'ignore, dit- il , qu'il a défendu ouvertement Bazirc, Chabot et C. Desmoulins. »
Mais Tallien remonte à la tribune, et dit que c'est l'ensemble des actes de Robespierre qu'il faut montrer.
« Et il commence, dit M. Thiers , un tableau énergique de la conduite de ce Rhéteur, lâche, orgueilleux et sanguinaire. »
Est-ce le sanguinaire Tallien, ou M. Thiers, qui insulte ainsi l'homme si longtemps vénéré? Mais Tallien ne peut citer aucun crime.
Robespierre , à la tribune , fait toujours de vains efforts pour obtenir la parole : et personne ne le soutient, ni dans la Convention ni dans les Tribunes... Saint-Just,Couthon, Robespierre jeune, Lebas, David, et quelques autres, ne se font pas déchirer pour ledéfendre ! Et l'insurrection n'arrive pas/.
0 4 no\vE.\Tio*. — 1794.
- L'arrestation «le Robespierre \ v s'écrie Louchct. " Son accusation ! » s'écrie Loiseau.
Et cent voix de conjurés appuientces propositions de deux lâches qui n'ont rien fait ni riendit jusqu'à présent. — Robespierre demande encore la parole : mais Thuriot, qui préside en place de Collot, ne cesse d'agiter sa sonnette et feint de ne pas l'entendre. Et les Girondins, aussi ingrats que lâches r appuient, contre ce Robespierre qui s'est compromis pour sauver leurs 73, ce Thuriot qui demandait leur supplice! ï ï (P. 46.)
« C'est à vous, dit-il à la Plaine, à vous hommes purs, hommes vertueux, que je m'adresse, et non aux brigands... Pour la dernière fois, Président des assassins (dit-il à Thuriot), je te demande la parole. -
Et nous voyons qu'il ne craint pas d'irriter ses ennemis : mais les conjures ont résolu de l'assassiner ; et sa voix s'épuise sans qu'on veuille l'entendre.
«< Le sang de Danton V étouffe, » s'écrie Garnier de VAube.
Et chacun sait, cependant, que tous ses accusateurs ont demandé et consenti le supplice de Danton !
« C'est donc Danton que vous voulez venger !» s'écrie Robespierre...
Le malheureux fait encore de vains efforts pour parler.
« Ha qu'un tyran est dur à abattre ( s'écrie le cruel Fréron , qui a . tué , par jour, 200 Toulonnais , les moins coupables, puisque les autres étaient partis avec les Anglais). »
L'accusation est enfin décrétée au milieu d'un épouvantable tumulte ;et de tous côtés les conjurés se lèvent en criant Vive la République!
« La République, répond Robespierre, elle est perdue ! Les brigands triomphent. »
Saint-Just et Couthon sont aussi décrétés. — 1 Robespierre jeune demande à partager le sort de son frère ; — Lebas le demande aussi ; et tous deux sont décrétés, sans que ce dévouement sublime puisse arrêter un moment la Convention . Ne faut-il pas, cependant, qu'unhomme ait quelque chose de bien extraordinaire pour qu'ondemande à mourir avec lui!
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Ses ennemis vainqueurs, qui se sont inclinés si longtemps devant lui , veulent se venger en l'humiliant, et le forcent à descendre à la barre.
Puis , la séance est suspendue de 5 à 7 heures ; et Robespierre est emmené, avec ses quatre coaccusés , dans la salle du Comité de Sûreté générale, où les Amar, les Vadier, les Vouland, les Jagot, se donnent le plaisir de les interroger avant de les faire conduireen prison, comme ils se donnent souvent la jouissance d'assister aux grandes exécutions.
Mais quel crime reprocher aux accusés? Comment motiver l'accusation? Et si le Tribunal révolutionnaire les acquitte! Si le Peuple les porte en triomphe !
D'un autre côté, que font la Commune et les Jacobins? Pourra- t-on croire qu'ils n'ont rien fait, qu'ils ne savent pas mèmeecqui se passe, qu'ils ignorent longtemps l'arrestation de Robespierre, que la Commune suspend sa séance, que le Mûre se laisse notifier par wnhuissier le décret qui le mande à la barre, et que, sur la réquisition d'un autre huissier, Ucnriot se laisse arreteravec ses Aides-de-camp et conduire auComitédeSûretégénérale auprès des 5 prisonniers? Amar s'enfuit à leur approche ; et bientôt Henriot et ses Aides-decamp engagent une lutte avec les gendarmes qui gardent Robespierre et vont le délivrer de vive force. Quel événement si tous se rendent ainsi à la Commune î Mais Robespierre veut absolument obéir à la Convention et se présenter au Tribunal révolutionnaire... Tous restent donc prisonniers; et presque aussitôt les cinq Représentants sont envoyés dans cinq prisons différentes.
Cependant, quand la Commune rentre en séance, à 6 heures, elle apprend l'arrestation de Robespierre. A l'instant l'insurrection est décidée et proclamée ; le tocsin sonne à l'Hôtel -de-Ville et dans les Sections; les barrières sont fermées; des Commissaires sont envoyés partout pour amener des bataillons à la Commune; l'ordre est envoyé aux concicr-
convention — 1794.
ges de toutes les prisons de ne pas recevoir les prisonniers ; enfin on nomme une Commission insurrectionnelle de 9 membres, dans laquelle se trouvent Payan et Coffinhal (Vice- Président du Tribunal révolutionnaire, Président des Jacobins), qui rédige aussitôt la proclamation suivante :
« Citoyens , la Patrie est plus que jamais en danger ; des scélérats dictent des lois à la Convention qu'ils oppriment. On poursuit Robespierre, qui fit déclarer le principe consolant de rÊtre-Suprème et de l'immortalité de l'âme ; Saint-Just , cet apôtre de la vertu , qui fit cesser les trahisons du Rhin et du Nord , qui , ainsi que Lebas , fit triompher les armes de la République ; Couthon, ce citoyen vertueux qui ira que le corps et la tête de vivants , mais qui les a brûlants de l'ardeur du patriotisme; Robespierre le jeune, qui présida aux victoires de l'armée d'Italie. — Et quels sont leurs ennemis? un Amar, noble de 30,000 livres de rente ; Dubarran , vicomte , et des monstres de cette espèce ; Collot-d'IIerbois , le partisan de l'infâme Danton , comédien qui , dans l'ancien régime , avait volé la caisse de sa troupe ; ce Bourdon (de VOise), qui calomnia sans cesse la Commune de Paris ; ce Barrère, qui appartient à toutes les factions tour-à-tour, et qui a fait fixer le prix des journées des ouvriers pour les faire périr de faim. Voilà les scélérats que le Conseil te dénonce. Peuple, lève-toi I Ne perdons pas le fruit du 10 août et du 31 mai ! Précipitons au tombeau tous les traîtres! — Signé Fleuriot, Maire. »
Et aussitôt le Conseil-général, composé de 90 membres présents, arrête:
« Que les nommés Collot-dllerbois, Amar, Léonard- Bourdon, Fréron, Tallien, Panis, Carnot, Dubois-Crancé, Vadier, Javogncs, Fouchc, Granet et Moïse-Bayle , seront arrêtés , pour délivrer la Convention de l'oppression où ils la tiennent. Une couronne civique est offerte aux généreux citoyens qui arrêteront ces ennemis du Peuple. •
Ah ! si le Peuple connaissait toute la vérité, comme il accourrait au secours de Robespierre ! Déj à pl usieur s bâtai lion s , plusieurs compagnies de canonniers et de gendarmes, sont réunis sur la place de la Commune : et Coffinhal part avec quelques compagnies et du canon, pour enlever les prisonniers du Comité de Sûreté générale. Il n> trouve que Henriotetses Aides-de-camp, les délivre, disperse les membres dos Comités (au lieu de les arrêter),et s'en revient (au lieu de
fermer la salle de la Convention, ou d'arrêter, ou d'expulser, ou de bloquer les Députés qui s'y trouvent).
Pendant ce temps, Robespierre et ses quatre compagnons, envoyés dans cinq prisons éloignées, ont été refusés parles concierges , ou enlevés par la police municipale et amenés à la Municipalité (actuellement la Préfecture de police.)
Robespierre a longtemps résisté et résiste toujours, voulant exécuter le décret, obéir à la Convention, se constituer prisonnier, et se défendre devant le Tribunal révolutionnaire, tant il est éloigné de vouloir être Dictateur , tant il est sincère dans ses protestations réitérées de soumission et de respect envers la représentation nationale !
Cependant , la Commune lui envoie une Députation pour le chercher et lui dire qu'il ne s'appartient pas , qu'il doit être tout entier au Peuple et à la Patrie.
« Vous me perdez, répond -il à la Députation ! Vous vous perdez vous-mêmes, et vous perdez la République ! »
Néanmoins on l'enlève du Luxembourg et de la Municipalité ; on l'entraîne à la Commune, à l'Hôtel-de-Ville , où son frère, Saint-Just , Lebas et Couthon , également enlevés, arrivent successivement, et où l'on jure, au milieu des transports d'enthousiasmme, de mourir pour les défendre.
Mais Robespierre a fait perdre beaucoup de temps, et paralyse encore tout par sa résistance.
Réunis enfin vers minuit, qu'ils ne perdent pas un instant pour agir, pour faire une proclamation au Peuple, pour appeler l'École de Mars, pour enthousiasmer leurs partisans, pour marcher sur la Convention , pour la bloquer et l'assiéger, pour mettre hors la loi 10 ou 20 de leurs ennemis qui ne manqueront pas de les y mettre eux-mêmes s'ils leur en laissent le temps , et pour enlever tous ceux dont on pourra se saisir ; que Saint-Just et Lebas, si braves à l'armée, montent à cheval ; que Robespierre y monte aussi ou qu'il parte à pied , ou qu'il se montre et parle ; et la victoire est à eux : leurs ennemis se diviseront , ou fuiront, ou capi-