T. VI
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tulerunt, ou seront vaincus . par la force sans pouvoir réunir un seul bataillon pour leur défense.
« Robespierre, lui dit Lebas, voici le moment de monter à cheval !
— Non!... — Si nous ne montons pas à cheval, nous sommes mis hors la loi... — Hé bien!... Je ne veux point donner l'exemple d'un nouveau Cromwell... Nous ne sommes rien que par le Peuple, et nous ne devons pas porter atteinte à la Représentation nationale... -
Nous croyons qu'il a tort , parce que la Convention las- * sassine, parce qu'il Ta lui-même appelée tout-à-Pheure une assemblée dominée par des brigands et des assassins, parce que la Commune s'est compromise, et que s'il laisse triompher les brigands la République est perdue comme il le disait lui-même. Mais du moins, puisqu'il consent à périr plutôt que d'attaquer la Représentation nationale , puisqu'il meurt martyr du respect qu'il témoignait pour elle, devant elle hier matin (p. 73), et devant les Jacobins hier soir (p. 82), c'est la plus palpable et la plus horrible calomnie que de l'accu er d'être un ambitieux, un Dictateur, un usurpateur, un Tyran , un Cromwell , un Catilina !
« Rédigeons une proclamation, dit Couthon tout en arrivant... — Ft au nom de qui ? répond Robespierre.... — Au nom de la Convention, réplique Saint-Just, pour la délivrer des brigands qui l'oppriment ou la trompent. La Convention est où nous sommes... — Non...
— Alors il ne nous reste plus qu'à mourir 1 »
Si , dès le premier moment , Saint-Just, Lebas, Couthon , la Commune , menacés tous d'une mort certaine, voulaient abandonner Robespierre à lui-même et marcher seuls avec le Peuple sur la Convention , en faisant même la proclamation au nom do Robespierre comme au leur, on peut regarder comme presque certain qué la Convention était vaincue... Mais le respect, la vénération, le dévouement, que Robespierre leur inspire à tous sont tels que tous préfèrent mourir plutôt que de violenter sa conscience et sa volonté.
Le respect de Robespierre pour la Représentation nationale, etle respect de ses amis pour lui-même, paralysent donc tout : on perd le temps à discuter pour le persuader, lorsqu'il n'y a pas une minute à perdre pour éclairer le Peuple, qui ne
sait rien , qui n'a pas même pu Lire le discours de Robespierre, que les émissaires de la Convention s'efforcent de tromper par mille calomnies, et qui. de toutes les Sections, envoie des Commissaires à la Commune pour connaître la vérité : presque point d'action en mVmot, quand le moindre délai peut tout perdre , parce que la Convention est plus unanime et plus menacée qu au 31 mai , parce que les Montagnards sont d'autres hommes que les Girondins , parce que la population n'est pas instruite de la question comme au 2 juin.
Cependant Henriot seul, ivre, dit-on , dès le matin ( pour avoir pris un petit verre d'eau-de-vie contre son habitude) , dispose quelques bataillons et quelques compagnies de canonniers autour de la Convention, sur la place du Carrousel, et se prépare à l'attaque en tournant les canons contre elle : bientôt il va commander le feu!.... Quel moment!
Mais que fait l'Assemblé ? On devine le tumulte et l'effroi , quand ceux qui arrivent successivement racontent ce qu'ils viennent de voir et d'apprendre... Les Comités délibèrent dans une petite salle attenante au bureau du Président , et ne savent quel parti prendre : tous se croient perdus!... — Bourdon propose de sortir en corps pour tenter de ramener le Peuple. — Legendre assure que le Peuple défendra la Convention. — Billaud annonce à la tribune qu 'Henriot va faire tirer à boulet. — Collot-d'Herbois , qui préside, dit alors en s'asseyant :
« Représentants, voici le moment de mourir à votre poste ! Des scélérats ont envahi le Palais national ! »
Tous les Députés prennent alors leurs places , tandis que les Tribunes s'enfuient en criant; et la Convention, ainsi abandonnée, attend l'attaque en silence.... Il faut l'avouer, c'est une belle attitude !
« Henriot hors la loi! s'écrie une voix. — Hors la loi /répète l'Assemblée. «
Et quelques Députés sortent, pour lire le Décret aux' canonnière. — Mais les canonniers sont venus là pour canori-
uisvEvriox. — 1794.
ner la (Convention ; ce n'est pas pour elle qu'ils ont braqué leurs canons contre elle ! que leur feront ses prières ou ses ordres, ses supplications ou ses menaces , ses paroles ou ses décrets ? Henriot , d'ailleurs , fëra-t-il la faute de les laisser parler ! . . . Mais Henriot faisant cette faute énorme, ils parlent :
«' Canonnière, vous déshonorerez-vous, disent les Députés? le brigand est hors la loi ! »
Qu'est-ce que cela fait si Henriot et les canonniers leur répondent en les mettant eux-mêmes hors la loi par une décharge ! . . .
« Canonnière, dit Henriot, feu!... •
Mais les canonniers... refusent d'obéir... Et Henriot s'enfuie!... Et tout est fini!... Les canonniers, venus pour faire triompher l'insurrection, viennent de tirer sur elle ï... Ces hommes du Peuple, dévoués à la cause du Peuple, mais trompés et aveuglés, viennent de perdre le Peuple en se perdant ex-mèmes , en perdant Robespierre ! Ce sont ces quelques canonniers qui décident des destinées de la France ! Et c'est ici qu'on voit combien le succès d'une affaire décisive peut dépendre d'une petite troupe de combattants et surtout du Chef qui la commande.
Encouragée par ce premier prodige de la mise hors la loi , la Convention rend un pareil décret contre Robespierre et les autres et contre la Commune en masse. Puis , sur la proposition de Vouland , elle nomme Barras commandant de la force armée, et lui adjoint sept Députés , Fréron, Ferrand , Rovère , Delmas , Bolleti , Léonard- Bourdon et Bourdon de l'Oise... Puis elle nomme des Commissaires pour aller dans les Sections les éclairer et les appeler à sa défense... Puis elle envoie Legendre fermer les Jacobins... Puis elle remplace le Commandant de l'École de Mai s et s'empare des 3,000 élèves de cette école... Il faut encore l'avouer, elle se défend bien!
Les Représentants se rendent courageusement dans Iejf
Sections (puisque l'insurrection fait la faute immense de les y laisser entrer) ; ils emploient tous les moyens, vrais ou faux, de gagner le Peuple ; ils accusent Robespierre de tyrannie, d'usurpation, de cruauté, de nouveaux projets sanguinaires, de trahison même. C'est le voleur qui crie au voleur et qui s'échappe en faisant courir la garde après celui qu'il a volé... Ils parviennent à tromper et à gagner à leur cause un grand nombre de Sections qui ne savent rien du débat, puisqu'on a commis l'énorme faute de ne pas les instruire, parfaitement, longtemps d'avance précaution d'autant plus nécessaire que les patriotes les plus énergiques ont péri ou sont partis pour l'armée.
Quoi qu'il en soit, plusieurs Sections envoient leurs bataillons à la Convention ; d'autres rappellent même leurs bataillons déjà envoyés à la Commune ; les bataillons amenés au Carrousel par Henriot font défection comme les canonniers ; Barras dispose maintenant d'une petite armée ; et la Convention, presque complètement rassurée pour sa défense, prend la résolution d'attaquer à son tour. Et pendant ce temps, les hommes de police, les Vadicr, les Amar, les Vouland, apercevant sur leur bureau un cachet à fleurs de lis saisi chez un émigré , imaginent de répandre partout qu'on vient de trouver chez Robespierre un cachet à fleur de lis, qui prouve qu'il ne travaille que pour les Bourbons ou pour se faire Roi lui-même... (I). Est-il possible?... Kadteravouera plus tard , avec un vif regret et une profonde douleur, cette infernale rouerie : mais il suffit qu'elle dure une heure pour jeter le désordre dans les esprits et pour faire un mal irréparable... Les faubourgs Saint- Antoine et Saint-Marceau . qui viennent au secours de la Commune, s'arrêtent quand
(I) On assure (et nous regardons le fait comme certain) que Cambon disait un jour à Vadier, exilé comme lui à Bruxelles: - Commentavezr vous eu la scélératesse d'imaginer ce cachet, et toutes les autres pièces par lesquelles vous vouliez faire passer Robespierre pour un Royaliste? • et que Vadier répondit: - Le danger de perdre la tét* donne de l'imagination. •
on leur prouve que Robespierre et la Commune sont des conspirateurs contre-révolutionnaires.
Legendre , avec une troupe, ferme les Jacobins et en rapporte la clef sur le bureau du Président.
Mais que font donc Robespierre , Saint -Just , Couthon , Lebas, les Jacobins et la Commune /—On n'en sait rien , on ne le saura peut-être jamais, puisque tous vont périr dans un instant; mais on n'en voit rien sortir; et la ebose est inconcevable. Tandis qu'ils auraient dû cent fois prendre l'initiative et l'offensive, ils se laissent surprendre et attaquer ; et c'est maintenant Léonard-Bourdon qui vient, au nom de la Convention, assiéger l'Hôtel-de-Ville! — Mais Saint- Just, Lebas , Robespierre jeune, si braves à la guér i e, si intrépides?... Nous l'avons déjà dit, le respect de Robespierre pour la Représentation nationale continue à tout paralyser.
La place cependant est couverte de gardes nationaux , de gendarmes et de canonniers avec leurs pièces : mais les
mots de mise hors la loi Convention,. . . loi , République, . . .
produisent un effet pour ainsi dire magique; et tous les défenseurs de la Commune se retirent ou se réunissent à la troupe de la Convention , quand celle-ci vient investir et bloquer l'Hôtel-de-Ville.
La terreur s'y répand lorsque Payan (chose presque incroyable) consent à recevoir le décret de mise hors la loi... Abandonnés ainsi, condamnés, réduits à l'impossibilité de se défendre , Robespierre et ses amis se décident à mourir : Coffinhal, d'une force extrême, accuse Henriot de les avoir perdus, le saisit et le jette par la fenêtre ; Lebas se tire un coup de pistolet et se Uie; Robespierre jeune se jette par la fenêtre ; le paralytique Couthon est blessé et porté mourant sur le quai Lepelletier ; Saint-Just reste calme et immobile, quoique armé ; enfin Robespierre trouve le courayr de se donner la mort (dit 31. Thiers), en se tirant un coup de pistoletquilui fracasse seulement In mâchoire, tandisque, suivant d'autres , le coup de pistolet lui *«st tiré par le tfejul.n me»
Méda bu même par Bourdon. Nous examinerons cette question tout-à-l'heure.
Les assaillants sont alors dans la salle ; et, plus décidés au carnage que Coffinhal entrant tout-à-l'heure dans la salle des Comités, ils menacent de sabrer tous les municipaux qui jetteraient leurs écharpes. Ils s'emparent de tous , du Maire Fleuriot, de l'agent national Payan , de Coflinhal, etc.; on met les blessés sur des brancards; et l'on se rend en triomphe à la Convention, où l'on arrive à 3 heures du matin.
Pendant ce temps, les conjurés, dans la Convention, accablent d'outrages et de calomnies Robespierre absent.
• Fréron dit qu'il voulait former un Triumvirat qui devait rappeler les proscriptions sanglantes d* Sylla. Il appelle Couthon un tigre altéré du sang de la Représentation nationale.
• Elie Lacoste les traite de scélérats, ligués avec V Étranger.
« Collot les appelle des conspirateurs, des contre-révolutionnaires, des traîtres , des tyrans, des proscripteurs, des Sylla, qui s'efforçaient de corrompre l'esprit public, de détériorer la morale, d'égarer l'opinion... Il accuse Robespierre de n'avoir pas aimé M abat, ce constant ami du Peuple.
« Legendre assure que le Peuple n'adorera plus personne (comme il adorait Robespierre) ; qu'il ne s'attachera plus qu'à la Convention ; qu'on disait : roint de patriotes sans Robespierre, mais qu'on dira désormais : Point de patriotes sans les principes.
« La Convention, ajoute-t-il, renferme autant de Montagnards que d'hommes de bien ; et la preuve qu'elle est composée d'hommes de bien, c'est que le décret d'arrestation des traîtres a élé voté à l'unanimité. (On applaudit : c'est tout simple).
• Billaud affirme que Robespierre est un hardi factieux, un artificieux conspirateur, qui depuis six mois se couvre du masque de la vertu pour égorger la République.
• Si le crime triomphe, dit Thuriot, croyez-vous que dans vingtquatre heures il puisse exister un homme vertueux dans les murs de Paris? Non :il faut que les hommes vertueux se poignardent ou conduisent les scélérats à l'échafaud. Ces brigands, s'ils avaient réussi, auraient fait accrocher à leurs fenêtres tous ceux à qui il reste encore un degré d'estime publique : ils auraient fini par dévorer les entrailles des mères de famille*. •
Mais le Comité de Salut public vient rendre compte de la situation : écoutons Barrère :
• Citoyens, dit-il, elle a donc éclaté cette horrible conjuration tramée sous le manteau du patriotisme et par des usurpateurs de Popinion publique... (Il raconte l'insurrection de la Commune)... C'est la Contrerévolution... Vous voyez ici la conspiration la plus atroce, une conspiration militaire, une conspiration ourdie avec un art et un sang-froid que n'eurent jamais ni les Pisistrate ni les Catilina. »
Il propose de mettre hors la loi tous les fonctionnaires qui n'agiraient pas pour la Convention; etledécretest rendu.
Puis la Convention ajourne une fête, décrétée sur la proposition de Robespierre, pour transporter au Panthéon , demain , les restes des deux jeunes Républicains Barra et Viala.
« Nous allons attaquer la Commune, dit Frèron en partant : nous sommerons, au nom de la Convention, ces hommes, peut-être égarés, qui peuvent se trouvera l'Hôtel-dc-Ville, de nous livrer les traîtres ; et, s'ils refusent, nous réduirons en poudre cet édifice. — Oui ! oui ! s'écrie-t-on de toutes parts. » (Vifs applaudissements.)
Robespierre pouvait, comme eux, réduire la Convention en poudre : plus humain qu'eux, il ne Ta pas voulu ; et c'est lui qu'on apporte mourant.
- Le lâche Robespierre est là, dit Charlier qui préside alors : vous ne voulez pas qu'il entre?.... —Non, non!...
« Apporter ici le corps d'un homme couvert de tous les crimes, dit Thuriot, ce serait enlever à cette belle journée tout l'éclat qui lui convient. Le cadavre d'un tyran ne peut que porter la peste; la place qui est marquée pour lui est ses complices, c'est la place de la Révolution. Il faut que les deux Comités prennent les mesures nécessaires pour que le glaive de la loi les frappe sans délai. »
Le supplice est ordonné par acclamations ; et les conjurés lèvent la séance à 6 heures du matin pour revenir à 9 heures.
Pendant que la Convention se sépare au milieu des cris de victoire, Robespierre et ses amis sont déposés dans la salle du Comité de Salut public. On le place sur une tablerla tête appuyée sur des cartons. On assure (Histoire parlementaire) que ses collègues viennent l'insulter, lui cracher au visage, le frapper .même, et que des commis du Comité de Sûreté générale (p. 59) le piquent avec des canifs.
« Il demeure ainsi plusieurs heures, dit M. Thiers, exposé a la curiosité et aux outrages d'upe foule de gens... Il conserve sa présence d'esprit et parait impassible... Il subit un pansement douloureux sans faire entendre aucune plainte... Il a l'impassibilité et la sécheresse de f orgueil humilié. . . »
Quelle rage de haine contre un homme vénéré (nous le répéterons toujours)pour ses vertus, le premier homme incontestablement par son dévouement au Peuple et au progrès ! Ne voir en lui que l'orgueil humilié, sans lui donner un mot de pitié ï L'outrager au contraire mourant, à l'agonie, parce qu'il est vaincu.... ou plutôt parce qu'il a eu la modération de ne pas laisser exterminer ceux qui l'outragent!... Et Ton parle sans cesse d'humanité ïî
Pendant qu'on les transportetousà la Conciergerie, retournons à la Convention , qui ouvre sa séance à neuf heures.
Le Tribunal révolutionnaire vient lui dire qu'elle s'est couverte de gloire (quel changement!) et lui demander comment il devra constater l'identité des Municipaux mis hors la loi , puisque tous y sont également.
« Tout délai serait préjudiciable à la République , dit Thuriot. II faut que Vèchafaud soit dressé sur-le-champ , et qu'avec les têtes de ses complices tombe aujourd'hui la tête de cet infâme Robespierre , qui nous annonçait qu'il croyait à l'Être-Suprême et qui ne croyait qua la force du crime. Il faut que le sol de la République soit purgé oVun monstre qui était en mesure de se faire proclamer Roi. Je demande que le Tribunal se retire au Comité de Sûreté générale pour prendre ses ordres, et qu'il retourne à son poste. — Décrété. »
Puis Barrère vient encore parler au nom du Comité de Salut public. Écoutons encore !
« Citoyens, dit-il , la justice nationale a triomphé; le Peuple s'est montré aussi grand qu'il fut jamais; et les Sections de Paris ont bien mérité de la République. Voilà donc les dangers que Vorgueil , Cesprit de domination et le poison du despotisme ont fait courir à la liberté! Un seul homme a manqué de déchirer la Patrie... La hideuse Contre-révolution s'était réfugiée à la Maison-Commune; c'est là qu'elle a essayé plusieurs fois de s'établir, de se filtrer ensuite dans les diverses Autorités constituées. Soit par vanité , soit par perver-
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sité , soit par ambition , soit par aristocratie , soit par vénalité , una foule de citoyens s'étaient livrés à cette épidémie contre-révolutionnaire qui a produit tant d'obstacles à la liberté. Saint-Just était nommé Chef d'un Comité d'exécution ; Lebas était le Pouvoir exécutif; les deux Robespierre et Couthon étaient le Conseil; Dumas s'occupait de la formation d'un Tribunal contre- révolutionnaire f et trois patriotes devaient être pendus ce matin... »'
Comment Barrère peut-il affirmer tant de faussetés , et
parler de projet de pendre pour mieux faire croire à la
contre-révolution !...
« Non , le souvenir d'une pareille démence ne devrait pas passer à la Postérité , où les efforts de quelques pygmées contre la liberté ne peuvent être que ridicules. Étrange présomption de ceux qui veulent arrêter le cours majestueux , terrible, rie la Révolution française, et faire reculer les destinées de la première des Nations ! Et avec quels moyens! avec le talisman royal! avec des mannequins que le Despotisme a brillantés autrefois! Peut-être vous ne le croirez pas, sur le bureau de la Maison-Commune , où se tenait la séance contre-révolutionnaire , était uti sceau neuf n'ayant pour empreinte qu'une fleur de lis; et déjà, dans la nuit, deux individus s'étaient présentés au Temple pour en demander les habitants. <>
Oh! qu'il est douloureux de voir tant de perfidies employées pour tromper le Peuple et perdre un homme! Le talisman royal, le sceau \euf à fleurs de lis trouvés sur le bureau de la Commune , la visite au Temple , tout cela n'est que mensonge et infernale rouerie de police ! !
« Aussitôt que les Représentants ont parlé de* signes de royalisme trouvés à la Maison-Commune , les Sections Républicaines n'ont fait entendre que des cris d'indignation. »
Ainsi, les Représentants n'ont entraîné les Sections Républicaines qu'en les trompant par la plus infâme calomnie!!!
« Des Aristocrates déguisés parlaient d'indulgence, comme si le Gouvernement révolutionnaire n'avait pas repris plus d'empire par la Révolution même. De Vindulgence ! il n'en est que pour l'erreur involontaire ; mais les manœuvres des Aristocrates sont des forfaits , et leurs erreurs ne sont que des crimes. »
Voilà Robespierre accusé d'Aristocratie et d'indulgence pour les Autocrates !
Enfin, Barrère propose la proclamation suivante :
« Citoyens , des conspirateurs hypocrites , frappés par vos véritables Représentants , s'étaient réfugiés dans le sein d'une Municipalité perfide. Ils rassemblaient une force armée, provoquaient les citoyens contre la Représentation nationale , et menaçaient d'envahir les droits du Peuple... A peine les manœuvres des conspirateurs Robespierre , Saint-Just et Couthon , ont été connues , les Sections de Paris ( trompées ) ont environné la Convention nationale ; les citoyens ont fait aux Représentants du Peuple un rempart de leurs corps... Un homme n'est qu'un homme devant la loi , et tout usurpateur des droits du Peuple n'est pas un homme, mais un coupable qui doit disparaître. »
Et voilà comme on trompe le Peuple pour l'entraîner à se livrer à ses ennemis en abandonnant ses amis !
Et pendant ce temps, le même jour 10 thermidor (28 juillet), Robespierre, son frère, Saint-Just, Couthon, etc., au nombre de 21 , sont conduits au Tribunal révolutionnaire.
« Étes-vous Maximilien Robespierre, lui demande le Président? »— Sa blessure ne lui permet pas d'ouvrir la bouche : mais, calme, résigné, noble dans son attitude, animé de ce courage froid et sublime qu'inspirait à Socrate la volonté héroïque et presque divine de sacrifier sa vie à l'Humanité, il fait, de la main et de la tête, un geste qui dit oui.
Après avoir constaté seulement leur identité, le Tribunal les envoie de suite à Péchafaud.
Carrier, le féroce Carrier, rappelé pour ses cruautés à Nantes (p.54) (et qui sera bientôt condamné lui-même comme un monstre) suit la charrette en poursuivant Robespierre de ce cri furieux: Mort au tyran! — N'est-ce pas un éloge que ces injures de Carrier!
Robespierre, Saint-Just, tous, meurent avec courage.
Mais l'opinion est tellement égarée depuis deux jours, les ennemis de Robespierre sont tellement parvenus à le faire considérer comme la seule cause du régime de la Terreur, qu'une foule immense, accourue à son supplice, accompagne de ses applaudissements chaque coup qui tranche une tête, et fait éd iter ensuite une joie extraordinaire.
Et ce Saint- Just, si jeune, si beau, si brave, si généreux, si dévoué à la cause du Peuple et de PHumanité, si remarquable par sa haute capacité, qui a rendu tant de services à la France sur la frontière (et dont M. Thiers, si louangeur et si sensible pour les Girondins et les Dan tonistes, ne regrette ni la jeunesse, ni la beauté, ni le courage, ni le patriotisme, ni les talents, ni les services); ce Robespierre surtout, si applaudi par toute la France, si admiré par la Convention ellemême, si vénéré, si adoré même; te Couthon, qui joignait l'humanité à l'énergie, qu'on surnommait le vertueux et qui voulait partager les coups de poignard destinés à Robespierre (p. 66); ce Robespierre jeune, si généreux, qui voulait que son frère donnât sa vie pour le Peuple (T.UI, p. 224), et qui voulait en même temps partager son tombeau ; et ce modeste Lebas, qui, par un héroïque dévouement, sacrifiant une jeune épouse qu'il adore et un jeune fils (de 6 semaines) dont la naissance fait son bonheur, demande à mourir avec Robespierre, qu'il regarde comme la vertu même; tous ces hommes si distingués ne sont plus que de vils et horribles scélérats , des êtres sans talents , le rebut du Peuple , des monstres dont le nom fait horreur et dont on ne peut prendre la défense sans se déshonorer soi-même !
Où donc est la vérité ? Les adversaires de Robespierre sontils la vertu? Robespierre est-il le crime? Ceux qui l'ont si longtemps vénéré et applaudi n'étaient-ils que des imbéciles ou des lâches? Ceux qui applaudissaient à son supplice sont-ils des inconstants ou des ingrats et des barbares? Est-il justement condamné ou victime des plus perfides calomnies? — Examinons encore ces question s; car Robespierre est à nos yeux, depuis 1 789 jusqu'au 9 thermidor, le plus fidèle organe de la Révolution, le plus véritable Représentant du Peuple ; il est, pour ainsi dire, la Révolution elle-même et le Peuple lui-même... Et d'abord, Robespierre s'est-il suicidé?
Ç 29. — Robespierre t'est-il suicidé?
Barrère l'affirme à la tribune ; M. Thiers le répète : mais