ROBESPIERRE S EST-II. 8 LUCIDE
\ oyons ! — En revenant de l'Ilotel-de-Ville, à l'instant même, Léonard- Bourdon vient rendre compte à la Convention, lui présente le gendarme Mèda (c'est Merda), et dit :
« Ce brave gendarme ne m'a pas quitté ; i/ a tué deux des conspirateurs. (Vifs applaudissements.) Nous avons trouvé Robespierre aîné armé d'un couteau, que ce brave gendarme lui a arraché. Il a aussi frappé Couthon , qui était aussi armé d'un couteau ; Saint-Just et Lebas sont pris. »
Le Président donne, au nom de la Convention, l'accolade fraternelle au meurtrier, et lui promet de l'avancement.
Le couteau est une fausseté manifeste : mais Robespierre ne tenait donc pas un pistolet... Ce n'est donc pas lui qui s'est tiré le coup de pistolet... Et puisque Méda a tué deux conspirateurs sans quitter Léonard-Bourdon , c'est donc Robespierre qu'il a tué ou blessé ainsi que Couthon. — Aussi , cette opinion est tellement répandue, dès le premier moment, que des gravures publiques représentent Méda entrant à la Commune et tirant le coup de pistolet à Robespierre, comme ce gendarme l'affirme dans une relation imprimée.
11 y a plus , le rapport officiellement dressé , à 5 heures , par deux médecins , constate : 1° que la direction du coup de pistolet, chargé à plomb, est oblique de dehors endedans.de gauche à droite , de haut en bas ; 2° que le blessé se sert constamment et uniquement de sa main droite pour plier de petits morceaux de papier et les introduire dans sa bouche afin d'en retirer le sang qui l'étouffé... Il est donc impossible qu'il se soit tiré le coup de pistolet. C'est donc un homme plus grand que lui (il n'a que 5 pieds 2 pouces) et venant à lui, un peu par côté sur sa gauche , qui lui a tiré le coup de gauche à droite et de haut en bas.
Il y a plus encore , les amis de Robespierre pensent alors et penseront toujours que c'est Léonard-Bourdon lui-même qui, à côté de Méda, a blessé Robespierre.
« Il s'en est publiquement vanté plus tard (dit V Histoire parlementaire) pour se faire admettre dans la société du Panthéon. Il a déclaré s'être déguisé en gendarme pour tuerie tyran de sa main.
110 <;o*vei*tion. — 1791.
Un témoin digne de foi nous a dit l'avoir entendu lui-même. -
Mais, s'il peut y avoir du doute entre Léonard-Bourdon et Méda , il nous parait incontestablement démontré que l'un d'eux est le meurtrier.
Robespierre ne doit pas se tuer : homme de cœur, d'âme, de dévouement , de philosophie ; qui parla si admirablement de rÊtre-Suprême ; qui disait à la Convention : « Nous vous tracerons de notre sang le chemin qui conduit à la liberté » (p. 27) ; qui disait hier aux Jacobins (p. 8!) : « Si vous m'abandonnez , vous verrez demain avec quel calme je boirai la ciguë; » qui , placé entre une mort certaine et la Dictature, préfère la mort pour donner l'exemple du respect à la Représentation-nationale ; toujours sincère et toujours intrépide, Robespierre doit vouloir et veut mourir en martyr sur 1 échafaud , pour donner l'exemple du courage civique et du dévouement patriotique.
§30. — Déclaration de Robespierre jeune mourant.
Grièvement blessé, en sejetantpar la fenêtre sur des baïonnettes et sur l'escalier de THotel-dc -Ville, pansé par un chirurgien, interrogé, à deux heures du matin , par les Magistrats municipaux qui le croient près d'expirer, Robespierre jeune répond et déclare :
« Qu'étant décrété d'accusation , il croit sa mor^ inévitable ; qu'il n'a jamais cessé de faire son devoir à la Convention, ainsi que son frère; que personne ne peut lui faire aucun reproche; qu'il regarde comme conspirateur Ponts , parce qu'il est venu chez lui pour le tromper; que Collot-oVHerbois ne désire point le bien de son pays; que Carnot lui parait un des conspirateurs qui voulaient livrer son pays... ; qu'il a été enlevé de la prison par la force armée , conduite par quelqu'un qu'il ne connaît pas; qu'on lui a rendu un bien mauvais service; que, dans la maison d'arrêt, il attendait la mort avec la sécurité oVun homme libre; qu'il est pur comme son frère... ; que, quand il a été à la Commune , il a parlé pour la Convention , en disant qu'elle était disposée à sauver la Patrie , mais qu'elle avait été trompée par quelques conspirateurs , et qu'il fallait veiller à sa conservation. -
On ne trouve sur lui que 16 livres 5 sons en assignats.
LE» ADVERSAIRES DE ROBESPIERRE. 1 l I
5 81. — Robespierre a-t-il été jugé ou assassiné?
Louis XVI a été accusé , défendu, jugé, par la Convention, par la France et par l'Europe. — Robespierre et Marat , accusés de Dictature par les Girondins, ont été accusés , défendus , jugés. — Les Girondins , les Hébertistes , les Dantonistes,ont pu se défendre. — Mais Robespierre , attaqué, le 9 thermidor, parune Coalition subitement formée, n'a pas pu dire un mot pour sa défense ; on n'a point dressé d'acte d'accusation; on ne l'a accusé d'aucun fait précis et criminel ; le Peuple n'a pu savoir de quoi on l'accusait ; l'opinion publique n'a pu porter aucun jugement ; en un mot, il n'a été ni véritablement accusé, ni défendu, ni entendu, ni jugé.
Nous verrons Cambacérès dire à Napoléon : C'est un procès jugé, maisnoK plaidé.. Et nous, nous disons : C'est un procès sabré, mais ni jugé, ni plaidé.
Nous disons que Robespierre a été assassiné!... 11 a été assassiné par \à Coalition formée dans la Convention comme s'il avait été poignardé par Tallien à la tribune !
§ 32. — Ce que c'est que les adversaires de Robespierre.
Vous l'avez déjà vu, la Convention ou la Coalition Thermidorienne, qui vient de livrer bataille à Robespierre, se compose: 1° de Billaud, Collot, Barrère, Carnot , Prieur, Robert-Lindet , du Comité de Salut public , qui ont approuvé tout ce qu'a demandé Robespierre, qui ont voulu plus que lui la Terreur, qui ont décuplé les exécutions pendant ses 47 jours d'absence, et qui consentaient à sacrifier 14 Députés : — 2° de Vadier , Amar, Vouland, Jagot, Laviconterie, et autres membres du Comité de Sûreté générale, qui tous sont des ultra-révolutionnaires par rapporta Robespierre qui se plaint de leurs cruautés et de leurs rapines;— 3° des 14 à 20 Députés (Tallien, Fouchè , Barras, etc.) , que les deux Comités reconnaissent coupables , dont ils consentaient le sacrifice, qu'ils appelaient la Séquelle
112 r.owENTio*. — 1794.
de Danton, et qu'on appellera les Thermidoriens; — 4° des 5 Députés demandés par Robespierre et refusés par les deux Comités ; — 5° des autres Montagnards, inquiets ou timides ; — 6° de la Plaine, aux tendances girondines ou royalistes.
Toutes ces fractions peuvent se réduire à 4; — 1° les Montagnards ; — 2° les Thermidoriens , ou Montagnards corrompus et renégats, menacés par Robespierre, et qui entraînent les autres à l'attaquer ; — 3° les Girondins; — 4° les Royalistes ou Monarchiens.
Hé bien, parmi tous ces hommes, qu'on en cite un seul qui vaille Robespierre! Qu'on en cite un qui ait autant travaillé; qui ait fait autant de discours ; qui ait plus de lumières et de talent ; qui soit aussi capable comme homme d'État , qui ait autant que lui un système social et politique; qui ait plus de patriotisme et autant de zèle ou de dévouement aux intérêts du Peuple et de l'Humanité en général; qui ait autant d'indépendance vis-à-vis son parti lui-même ; qui veuille autant que lui un régime d'ordre, de justice, de probité, de moralité, de vertu ; qui ait rendu plus de services à la Révolution, à la liberté et à l'Égalité ; enfin, qui ait obtenu autant d'estime, de confiance, d'admiration, d'applaudissements, de renommée et d'influence! qu'on cite un autre Robespierre, dont un autre David , un autre Lebas, un autre Saint-Just, un autre Couthon, auraient voulu partager la mort!
Si Robespierre est coupable, tous les Montagnards sont ses complices ou des lâches; s'il est innocent, tous sont criminels pour l'avoir immolé, et tous sont responsables du mal qu'ils vont causer en s associant aux Thermidoriens , aux Girondins et aux Royalistes.
Quant aux Thermidoriens, ce sont deslàchesqui pliaient sousRobespierre,desdébauchésetdesconcussionnaires,des traitresetdcscruels,qui vont proscrire et tuer les patriotes... Tallien, par exemple, le héros Thermidorien, est un pillard, un Septembriseur, que Cambon traitera publiquement de voleur, d'assassin , de canaille. . .
Nous ne parlerons ni des Girondins ni des Royalistes.